C’est avec fierté et beaucoup d’émotion que je réponds aujourd’hui à l’appel du destin qui prend parfois un tournant que l’on n’aurait pas osé imaginer. Sachez combien je suis honorée de la marque de confiance que vous me témoignez en me désignant le 27e Gouverneur général du Canada. Je tourne en votre présence une page importante de ma propre histoire et j’entreprends cette nouvelle aventure avec espoir et conviction.

Je voudrais avant tout vous parler d’espoir. (…) Car l’espoir a éclairé tout mon parcours d’enfant et de femme et s’est incarné dans ce pays aux possibilités illimitées que, il faut bien l’avouer, l’on tient parfois pour acquis.

Depuis la petite fille née dans un autre pays « barbelé de pied en cap », pour reprendre l’expression si forte de mon oncle le poète René Depestre, celle qui a vu ses parents, sa famille, ses amis aux prises avec les horreurs d’une dictature sans merci, jusqu’à la femme qui se tient devant vous aujourd’hui, c’est tout un apprentissage de la liberté qui a vu le jour. Je sais à quel point cette liberté est précieuse et quel héritage fabuleux elle représente pour chaque enfant et chaque citoyen de ce pays. Moi dont les ancé‚tres étaient des esclaves, moi qui suis issue d’une civilisation longtemps réduite aux chuchotements et aux cris de la douleur, j’en connais le prix et je reconnais en elle notre plus grand trésor collectif.

Je demeure convaincue que chaque Canadienne, chaque Canadien est riche de cette liberté et défierait quiconque voudrait la lui enlever. De Signal Hill à l’iÌ‚le de Vancouver, de la terre de Baffin à Thetford Mines, cette terre de liberté est noÌ‚tre et nous unit toutes et tous. Cette liberté a marqué notre histoire et notre territoire de son souffle florissant comme nos étés et fort comme nos hivers. Elle a façonné cet esprit d’aventure que j’aime pardessus tout dans ce pays et qui permet à chacune et à chacun d’entre nous de participer pleinement à son édification.

Il y a plus de quatre siècles, cet esprit d’aventure pousse des femmes et des hommes à franchir l’océan pour découvrir ailleurs un monde nouveau. C’est aussi lui qui amène des peuples autochtones à leur communiquer le génie de ces terres généreuses. C’est encore lui qui conduit les gens des quatre coins du monde à venir ici prendre part à nos projets d’avenir ou recommencer leur vie à l’abri de l’injustice et loin des massacres. C’est toujours lui qui incite nos artistes, nos chercheurs, nos forces du maintien de la paix et nos institutions à propager notre savoir-faire et notre message d’espoir. Nous sommes aujourd’hui la somme de toutes ces aventures.

Pensez-y. Aborder une terre inconnue avec l’espoir de s’y enraciner. Se nourrir de la rencontre avec les peuples de ces grands espaces qui résonnent de leurs coutumes immémoriales. S’ouvrir enfin au monde entier qui vient retrouver chez nous l’idéal d’une société où toutes les citoyennes et tous les citoyens sont égaux en droits. Notre histoire nous parle de la liberté d’inventer un monde nouveau, et de l’audace de ces aventures singulières. (…)

Le métier de journaliste, que j’ai pratiqué avec passion et conviction, m’a permis d’é‚tre le témoin privilégié de bien des bouleversements et de cette ouverture sans précédent sur le monde. Sachez que j’entends rester à l’écoute et que ma curiosité reste vive. J’estime que nous sommes à un point tournant de l’histoire des civilisations et que notre avenir repose plus que jamais auparavant sur celles et ceux qui nous forcent à imaginer le monde de demain. Ces femmes et ces hommes qui déploient aujourd’hui les multiples facettes de nos possibilités. Qui gravent dans notre mémoire la mesure de nos aspirations. Qui nous tendent un miroir où se révèle l’écart entre ce que nous sommes et ce que nous aspirons à é‚tre.

Il est fini le temps des « deux solitudes » qui a trop longtemps défini notre approche de ce pays. L’étroitesse du « chacun pour soi » n’a plus sa place dans le monde actuel qui exige que nous apprenions à voir audelà de nos blessures et de nos différends pour le bien de l’ensemble. Bien au contraire, nous devons briser le spectre de toutes les solitudes et instaurer un pacte de solidarité entre tous les citoyens qui composent le Canada d’aujourd’hui. Il y va de notre prospérité et de notre rayonnement partout où l’espoir que nous représentons apporte au monde un supplément d’aÌ‚me.

C’est dans cette perspective que j’entends m’assurer que cet espace institutionnel que j’occupe à compter d’aujourd’hui soit plus que jamais un lieu où la parole citoyenne trouvera un écho et où prévaudront les valeurs de respect, de tolérance et de partage qui sont si chères à mes yeux et à ceux de toutes les Canadiennes et de tous les Canadiens. Je dirais mé‚me que ces valeurs sont pour moi souveraines et sont inextricablement liées au Canada que j’aime. (…)

Je veux aussi et surtout que nos jeunes soient nos porte-étendard. Je veux qu’ils puisent à pleines mains dans ce trésor énorme qu’est le Canada. Je suis mère d’une petite fille dont l’histoire m’a ouvert les yeux sur des réalités très dures, mais incontournables. Marie-Éden, ma fille, a changé ma vie. Elle m’a appris que si tous les enfants naissent égaux, ils n’ont pas tous les mé‚mes chances de s’épanouir. Voilà qui vaut autant pour les enfants d’ici que pour les enfants du Tiers-Monde. (…)

Rien ne me semble plus indigne de nos sociétés modernes que la marginalisation de certains jeunes conduits à l’isolement et au désespoir. Nous ne devons pas tolérer de telles dérives. Après tout, nos jeunes nous aident à redéfinir la grande famille à laquelle nous appartenons toutes et tous dans un monde de moins en moins étanche, de plus en plus ouvert. Ils sont la promesse de notre avenir. Il est donc de notre devoir de les engager à participer à cette réinvention du monde et de leur communiquer cet esprit d’aventure que nos ancé‚tres nous ont transmis, quelles que soient leurs origines. Il faut donner aux jeunes le pouvoir et surtout l’envie de faire ressortir leur plein potentiel. à cela, je veillerai et j’invite tous et chacun à m’aider dans cette taÌ‚che primordiale.

Je suis animée de l’espoir de rencontrer très bientoÌ‚t mes compatriotes et je suis forte de la conviction que le Canada doit continuer à accomplir de grandes choses si nous travaillons ensemble au mieux-é‚tre de la population et de l’humanité. Notre pays est si vaste et si riche dans ses coloris et ses accents. Plusieurs d’entre nous n’avons pas la chance d’en mesurer l’étendue. Je sais combien je suis privilégiée. D’où mon impatience et ma haÌ‚te d’aller à votre rencontre et d’amorcer avec vous le dialogue qui est pour moi l’acte fondateur de ce pays. (…) 

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