La campagne électorale fédérale en cours représente une bonne occasion de se pencher sur les facteurs favorisant la productivité et l’amélioration générale des conditions dans le monde des affaires et de l’investissement pour les entreprises. Pour peu que ces conditions soient favorables, le prochain gouvernement pourra assurer de façon durable la prospérité et le développement économiques du pays et améliorer le niveau de vie des Canadiens.

La compétitivité et la croissance de la productivité doivent occuper une place de choix dans cette campagne et bénéficier de stimuli exceptionnels.

Pour ouvrir ce vaste chantier, l’action gouvernementale doit viser trois axes principaux : le développement du capital humain, l’investissement et l’innovation, et l’économie verte.

Le capital humain, facteur déterminant de prospérité

Le capital humain constitue sans contredit le socle le plus important de la performance économique et sociale. Les nouvelles réalités du marché du travail exigent de plus en plus de formation. En effet, la transformation numérique en cours, le recours à des technologies de plus en plus sophistiquées, la nouvelle organisation du travail et la gestion de tous ces changements requièrent des compétences numériques et managériales accrues. Il faut donc absolument offrir davantage de formation en entreprise aux employés.

De leur côté, les chômeurs doivent avoir accès à une panoplie de services en matière de formation et d’orientation, mais les travailleurs doivent aussi améliorer leurs compétences afin d’aider leur entreprise à être plus productive et d’éviter toute mise à pied.

La réforme à venir du régime d’assurance-emploi doit intégrer des mesures pour inciter les prestataires à suivre des formations entre deux emplois et veiller à ce que les mesures qui pourraient être mises en place n’encouragent pas les prestataires à fuir le marché du travail. Le régime devrait aussi soutenir l’employeur qui prend lui-même en charge la formation de ses employés, par exemple, par une baisse de ses cotisations à l’assurance-emploi.

Par ailleurs, la révision du régime devrait prévoir une répartition plus équitable des coûts entre les trois parties prenantes – le gouvernement fédéral, les employeurs et les travailleurs –, de manière à ce que l’employabilité devienne une responsabilité mieux divisée entre les individus, les entreprises et les instances gouvernementales. Un tel partage permettrait également de tenir compte des prestations à caractère social si elles devaient être maintenues dans le régime.

Il faudrait aussi miser sur l’immigration et faciliter la venue de travailleurs étrangers temporaires qui peuvent répondre aux besoins des employeurs, quelles que soient leurs qualifications. Dans cette démarche d’accueil qui peut être très complexe, il faut notamment s’attaquer aux délais administratifs et à l’imposition de quotas.

Investissements privés, innovation et productivité

Les investissements privés en équipement, en machinerie, en technologie et en innovation contribuent de manière significative à hausser la productivité de la main-d’œuvre, à accélérer la croissance économique et à améliorer notre niveau de vie. Il faut susciter davantage l’innovation et la prise de risque. Le gouvernement devrait s’assurer de maintenir un milieu des affaires favorable aux investissements des entreprises, notamment en s’assurant que le taux d’imposition applicable aux investisseurs, y compris les étrangers et les entreprises exportatrices, soit compétitif par rapport à la moyenne des pays de l’OCDE.

Des règlements concurrentiels peuvent aussi favoriser une hausse de la productivité. Le gouvernement doit donc poursuivre ses efforts en matière d’allègement administratif et viser une réglementation plus efficace et plus prévisible qui permet de dynamiser les investissements, sans coûts additionnels pour l’État. Sur le plan de l’efficacité, les dédoublements dans la réglementation fédérale et provinciale constituent un bel exemple de problème récurrent.

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Si les technologies numériques représentent la voie de l’avenir, le Canada fait piètre figure au chapitre de l’innovation et de sa commercialisation. Nous n’investissons pas suffisamment dans l’automatisation, la robotisation et les TIC en général, comparativement aux autres pays développés. Ainsi, pour combler le retard, il faudrait notamment bonifier et adapter les incitatifs fiscaux relatifs à la recherche-développement (R-D). Les dépenses admissibles devraient prendre en compte celles qui sont liées à la commercialisation – cette dernière représentant le talon d’Achille de l’économie canadienne – ainsi que la R-D dans les domaines de la robotisation et du numérique.

Les investissements publics : une occasion à saisir

Le prochain gouvernement aura l’occasion de faire de la politique d’approvisionnement public un important levier d’innovation et de croissance inclusive et durable.

En raison des dépenses que cela entraîne, les investissements dans les infrastructures et les approvisionnements publics au pays encouragent l’économie de manière directe, mais aussi à travers un effet de réseau. Ces investissements peuvent donc contribuer non seulement à la compétitivité et à la croissance des entreprises, mais aussi à la robustesse des économies locales. À cet égard, les contrats publics devraient encourager davantage l’achat local. Le prochain gouvernement devra trouver comment le favoriser, tout en respectant les règles de libre-échange et en utilisant sainement les fonds publics. Il en va de même pour l’innovation dans les produits et services et dans les façons de faire.

Par ailleurs, il ne faut pas négliger les secteurs qui sont encore mis à mal par la pandémie, qui a écorché durement certains secteurs clés de l’économie canadienne comme l’aéronautique, le tourisme et la restauration, pour ne nommer que ceux-là. Il faudra demeurer attentif à leurs besoins, car la reprise sera longue pour eux et pour les milliers de travailleurs qui en dépendent. La revitalisation des centres-villes est un autre enjeu dont devront débattre les chefs des partis fédéraux.

Plus que jamais d’actualité : l’économie verte

La nécessaire lutte aux changements climatiques peut et doit être un axe économique favorable à l’innovation et à la croissance des entreprises. Comme la transition vers une économie moins dépendante du carbone et l’atteinte de nos cibles en matière de réduction des GES requièrent d’importants investissements publics et privés, il faut en maximiser les retombées et la rentabilité. On doit donc soutenir la R-D et l’innovation, notamment dans le secteur industriel. On doit aussi encourager le développement des technologies vertes et des énergies renouvelables (comme le gaz naturel, la biomasse, l’éolien, le solaire et l’hydrogène), en plus de soutenir l’électrification. Pour atteindre ses objectifs, le gouvernement peut lui-même faire sa part en ajoutant des critères environnementaux et de développement durable dans ses appels d’offres et ses politiques d’approvisionnement.

Des signes encourageants pour l’économie, malgré la crise sanitaire

Même si l’économie canadienne demeure fragile, la relance déjà amorcée progresse plus vite que prévu. Le prochain gouvernement devra s’assurer d’offrir des conditions optimales pour une croissance économique durable, ce que les mesures susmentionnées contribueront sûrement à faire.

La pandémie présente au moins un aspect positif en ce qu’elle nous a obligés à regarder l’avenir différemment et à comprendre qu’il est temps de saisir les grandes occasions qui s’offrent à nous en termes de croissance, d’innovation et de modernisation de notre économie et la formation de notre capital humain.

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Norma Kozhaya
Norma Kozhaya œuvre au Conseil du patronat du Québec depuis septembre 2007, d'abord à titre de directrice de la recherche et économiste en chef, et comme vice-présidente à la recherche et économiste en chef, depuis février 2014.

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