Voici un extrait du discours de Jean Charest à la veille du vote de confiance des délégués réunis au congrès du Parti libéral du Québec le mois dernier.

Ce 30e congrès des membres du Parti libéral du Québec a lieu à un moment où plusieurs défis convergent sur notre route. Le Québec a besoin de nous. Qui peut, mieux que nous, guider le Québec à travers ces défis ?

Notre force à nous, les libéraux du Québec, ce sont nos valeurs.

Ce qui nous anime, c’est la justice sociale, ce principe qui est derrière la création de notre système de santé et notre système d’éducation fait par Jean Lesage. C’est le principe qui nous amène aujourd’hui à refuser de taxer la maladie.

Ce qui nous anime, ce sont les libertés individuelles. Pour nous, toutes les personnes sont égales et ont droit à la même considération. C’est le principe qui animait Adélard Godbout, premier ministre du Québec, lorsqu’il a accordé le droit de vote aux femmes. C’est le principe qui m’a amené à faire le premier Conseil des ministres avec autant de femmes que d’hommes dans toute l’histoire du Québec.

Ce qui nous anime, c’est le développement économique, c’était la maîtrise de l’énergie du Nord de Robert Bourassa. Aujourd’hui, c’est le plus grand chantier de notre histoire avec le développement de l’énergie renouvelable et la modernisation de nos infrastructures.

Ce qui nous anime, c’est l’attachement au Québec. Défendre le Québec, c’est parler avec son cœur. C’est le français comme langue officielle au Québec depuis 1974, grâce à un gouvernement libéral, celui de Robert Bourassa. Et sous mon gouvernement, c’est la reconnaissance du Québec comme nation.

Ce qui nous anime, c’est l’équité intergénérationnelle. C’est la Commission-Jeunesse qui a ajouté cette valeur fondamentale à la constitution de notre parti. Nous avons écouté les jeunes en créant le Fonds des générations pour réduire le poids de notre dette.

Ce qui nous anime, c’est l’ouverture sur le monde et l’adhésion à de grands ensembles. C’est le Canada. C’est l’Amérique du Nord, la Francophonie et c’est l’Europe. Parce que nous concevons l’avenir à travers un nouvel espace de prospérité pour le Québec, parce que nous concevons l’avenir à travers des alliances nouvelles.

Parce que notre action repose sur des valeurs, nous rejetons le dogmatisme qui est l’essence même du Parti québécois. Parce que notre action repose sur des valeurs, nous avons une direction qui a toujours été celle du progrès économique et social. Et ce que nous voulons, nous, les libéraux du Québec, au sommet de l’Assemblée nationale, c’est notre drapeau du Québec, c’est notre fleurdelisé, ce n’est certainement pas une girouette.

Parce que notre action repose sur des valeurs, le Parti libéral du Québec demeure la grande force de changement du Québec. Nous sommes capables de réunir les Québécois de toutes les générations, de toutes origines et de toutes les régions. C’est cette volonté commune qui nous rassemble.

Cette volonté de construire un Québec meilleur, avec une économie plus forte et plus prospère pour mieux partager nos richesses. Avec une économie plus moderne, qui nous donne les moyens de mieux soigner, de mieux éduquer et de mieux vivre en famille. Avec une économie que nous préparons pour la prochaine génération de Québécois, pleinement orientée vers le développement durable.

Pour réussir, pour réussir le Québec, ça prend du leadership.

En préparant ce congrès, ce moment qui est important pour nous, qui est important pour moi, j’ai réfléchi sur la question du leadership. Ça m’a rappelé un poème qui est souvent cité, que j’aime beaucoup, un poème de Rudyard Kipling. Je veux partager avec vous quelques passages de ce poème :

If you can keep your head when all about you Are losing theirs and blaming it on you ; If you can dream and not make your dreams your master ; If you can think and not make your thoughts your aim ; If you can meet with triumph and disaster ; And treat these two impostors just the same ; You’ll be a man my son.

Il est vrai que souvent nos victoires et nos défaites sont des imposteurs. Il y a des victoires qui cachent des déceptions, et il y a des défaites qui nous appellent à devenir meilleur. J’ai appris. J’ai beaucoup appris. Le leadership, tel que je le conçois, c’est de faire face à l’adversité. C’est être capable de se relever. Et la force pour y arriver, c’est vous qui me la donnez.

Le 26 mars 2007, les Québécois ont livré un message fort à toute la classe politique. En démocratie, le peuple n’a jamais tort. J’ai accepté le jugement des Québécois. J’ai accepté cette décision des Québécois, et j’ai travaillé dans un Parlement de cohabitation. J’ai écouté. J’ai changé.

J’ai accepté cette décision des Québécois, et j’ai travaillé dans un Parlement de cohabitation. J’ai écouté. J’ai changé.

À travers tout ça, vous, les militants du Parti libéral du Québec, vous ne m’avez jamais laissé tomber. Vous aussi, vous avez accepté la décision des Québécois avec moi. C’est une des grandes forces de notre parti. C’est cette faculté qui nous a permis de traverser les époques en dessinant l’avenir du Québec.

Nous nous sommes remis au travail. J’ai parcouru à nouveau chacune des régions du Québec. Je l’ai fait dans un esprit, je l’admets, différent. J’ai beaucoup, beaucoup écouté. Pour mieux agir et pour mieux décider.

J’ai compris que nous devions nous rapprocher des Québécois. J’ai compris que chaque décision que nous prenons doit être un geste de rapprochement.

Nous avons réussi à faire marcher ce nouveau Parlement de cohabitation, qui est en soi un événement rare dans notre vie parlementaire. Pour les trois partis politiques à l’Assemblée nationale, chaque décision est un test de maturité. L’équipe libérale a été à la hauteur de ce que les Québécois attendaient de nous. Nous avons agi dans la droite ligne des engagements que nous avions pris devant les Québécois. Nous avons réussi à faire marcher ce Parlement en mettant en œuvre nos priorités.

Ce que nous avons démontré dans les derniers mois, c’est que même si nous sommes minoritaires, nous sommes avant tout le gouvernement de tous les Québécois, sans exception.

Retournons un an en arrière. Placés devant ce grand défi que les Québécois nous on lancé, on a réalisé quoi ? Nous avons adopté au cours de la dernière session autant de projets de loi que lors de la meilleure des sessions où nous étions majoritaires. Pourtant, dans un Parlement de cohabitation :

On a baissé les impôts d’un milliard de dollars en 2008, ça peut représenter jusqu’à 2 000 dollars dans les poches des familles de la classe moyenne du Québec. On a livré un plan de rénovations de nos infrastructures de trente milliards de dollars qui va transformer le Québec. Ajoutez à cela notre stratégie énergétique. Ensemble, ça représente des investissements de soixante milliards de dollars dans les régions du Québec pour créer de l’emploi et pour se donner des outils qui structurent notre économie, nous permettant ainsi d’accélérer la croissance et d’améliorer notre qualité de vie.

On est devenu le premier gouvernement au monde à imposer une redevance sur le carbone pour lutter contre les gaz à effet de serre. Nous avons fait preuve de leadership. Nous avons fait la démonstration qu’il est possible de respecter le protocole de Kyoto. Qu’il est aussi possible de construire une économie qui sera reconnue, partout sur la planète, comme étant un leader mondial de l’énergie renouvelable. Ça, c’est la signature du Québec, c’est nous.

On a ouvert les premières cliniques privées affiliées au système de santé pour mieux soigner.

On a ouvert les premières cliniques privées affiliées au système de santé pour mieux soigner. On a fait ce changement qui représente une révolution à l’intérieur d’un système de santé public, dans lequel le privé est appelé à jouer un rôle. Pour y arriver, on a redoublé d’efforts afin qu’on puisse mieux soigner les Québécois.

À cela s’ajoute l’ouverture de deux facultés de médecine satellites, une à Trois-Rivières et l’autre à Ville de Saguenay. Cela permettra la formation de plus de médecins, de plus d’infirmières, tout en réorganisant le travail pour qu’on puisse justement donner à notre système de santé, ainsi qu’aux hommes et aux femmes qui le soutiennent, les moyens pour mieux soigner.

On a resserré le Code de la sécurité routière pour sauver des vies. Il a même fallu se battre pour ça à l’Assemblée nationale étant donné l’existence d’un gouvernement de cohabitation. On a également sorti la malbouffe des écoles pour que nos enfants mangent mieux. On a introduit le congé de compassion dans les relations de travail pour les victimes d’actes criminels et leur famille. Voilà notamment quelques-unes de nos réalisations de la dernière année. À tous les niveaux, notre gouvernement a été capable d’améliorer la qualité de vie des Québécois.

On a relevé ensemble le défi de la cohabitation.

J’ai relevé le défi que les Québécois m’ont lancé le 26 mars dernier.

Et aujourd’hui, j’ai le goût, plus que jamais, d’aller encore plus loin avec vous et de faire grandir le Québec. C’est à nous, en ce congrès des membres, de dessiner le chemin qu’empruntera la prochaine génération de Québécois. Nous amènerons le Québec dans un nouvel espace de prospérité.

La concurrence est plus forte que jamais. L’économie américaine ralentit. Le prix du pétrole augmente. Mais notre volonté, elle, celle des militants du Parti libéral du Québec, est plus forte que jamais. Il nous faut plus que jamais un leadership capable de rassembler les Québécois.

Il nous faut un leadership capable de redéployer nos forces, pour que le Québec puisse mieux grandir, s’épanouir et réussir.

Je veux ouvrir des marchés à nos entrepreneurs et faire du Québec la grande porte d’entrée de l’Europe en Amérique du Nord. Je veux attirer au Québec des femmes et des hommes de talent de partout au monde parce que la voie de l’avenir pour une économie comme celle du Québec, c’est d’être une force d’attraction. Le vrai test, le vrai défi, c’est d’attirer les meilleurs qui viennent des quatre coins de la planète. Ils doivent pouvoir se dire : « C’est là où je veux vivre, c’est là où je veux travailler. » C’est au Québec que ça va se passer à l’avenir. C’est ça notre défi à nous. Il ne faut surtout pas fermer les frontières, il faut ouvrir le Québec à la prospérité et l’ouvrir aux autres.

Je veux lever les barrières qui nuisent au commerce entre le Québec et l’Ontario. Je veux pour chaque Québécois et chaque famille une meilleure qualité de vie. Je veux que le Québec soit reconnu pour la force de son économie. Mon ambition, pour les dix à quinze prochaines années, c’est que nous soyons une société de référence et que les gens partout ailleurs disent : « On veut faire comme eux, on veut s’ouvrir comme les Québécois l’ont fait, on veut attirer les meilleurs talents comme ils ont su le faire. »

Je veux continuer ce virage vers le développement durable qui est source de fierté et de prospérité pour les Québécois. Je veux persévérer pour que ce virage soit pour nous une marque de commerce.

Plus que jamais, je veux faire de notre langue française un objet de fierté.

Plus que jamais, je veux faire de notre langue française un objet de fierté. Sous les libéraux du Québec, notre langue française sera également un instrument d’inclusion. C’est la différence entre nous et le Parti québécois.

Finalement, je veux avec vous défendre la vision libérale d’un Québec ouvert sur le monde, d’un Québec qui grandit. Je veux, comme vous et avec vous, le meilleur pour le Québec, le meilleur pour nos familles, le meilleur pour la prochaine génération de Québécois.

Nous nous engageons ensemble, à partir d’aujourd’hui, dans une nouvelle période qui est fascinante sur le plan politique, mais surtout très importante pour l’avenir de nos enfants. Les Québécois nous ont posé ce défi le 26 mars 2007 et à ce jour, nous avons été à la hauteur. À nous maintenant de leur poser un défi. À nous maintenant d’agir.

 

Extrait du discours prononcé au 30e congrès du Parti libéral du Québec, à Québec, le 7 mars 2008.