Depuis quelques années, la place accordée à la cuisine et aux recettes dans l'espace public a augmenté de manière phénoménale.

Depuis quelques années, la place accordée à la cuisine et aux recettes dans l’espace public a augmenté de manière phénoménale : on ne compte plus le nombre d’émissions télé consacrées à la question, que ce soit pour informer, enseigner, s’illustrer ou tout simplement pour en parler. Nous avons même le Food Channel, et la chaîne Zeste depuis l’an dernier, pour les inconditionnels. De même, les présentoirs sont remplis de revues dédiées à la cuisine, et en librairie, les livres de recettes comptent parmi les meilleurs vendeurs ; au Québec seulement, il se publie près de 200 titres par année.

Et alors? me direz-vous. En effet, quoi de plus ludique, après tout, que cuisiner. Mais le simple divertissement dissimule des enjeux économiques et politiques fondamentaux. Derrière le pain bio qu’on achète au coin de la rue, les fruits exotiques qu’on trouve aujourd’hui à longueur d’année au marché ou le bœuf de l’Alberta que l’on apprend à bien saisir avec notre chef préféré se cachent des questions de fond qui sont rarement abordées dans ces émissions et ces livres. Assez rarement tout court, en fait.

Mais la récession de 2008-2009, la hausse des prix des denrées alimentaires et les émeutes qu’elle a entraînées dans plusieurs pays ont mis la politique agroalimentaire à l’ordre du jour. Des revues prestigieuses comme The Economist ou Foreign Policy y ont consacré des dossiers importants récemment. Au début de juillet, Nicolas Sarkozy accueillait à Paris les pays du G20 pour parler d’agriculture, une réunion qui a permis de conclure une entente pour lutter contre la volatilité des prix dans ce secteur. Le Canada recevra lui, en septembre, le Groupe de Cairns, une coalition de 19 pays exportateurs de produits agricoles, pour faire le point sur les négociations de l’OMC dans ce domaine.

Sujet de l’heure en somme, auquel nous consacrons notre numéro estival en réunissant huit articles qui abordent quelques aspects de cette importante question.

Président de l’Institut canadien des politiques agro-alimentaires, David McInnes met la table en présentant les principaux enjeux auxquels l’industrie agroalimentaire canadienne est confrontée. Un changement de mentalité est nécessaire, affirme-t-il : il faut faire en sorte que tous les joueurs impliqués travaillent, innovent et gèrent les risques en collaboration. Bob Seguin du George Morris Centre, un think tank canadien consacré aux questions agroalimentaires, abonde dans le même sens. Alors que les ministres de l’Agriculture sont en train de revoir l’accord stratégique Cultivons l’avenir, qui vient à échéance en 2013, il les invite Ì€ être audacieux et ambitieux dans ce processus : de modestes changements au statu quo ne suffiront pas, dit-il.

Il est vrai que les défis de cette industrie, qui emploie deux millions de personnes au Canada et compte pour plus de 8 p. 100 de son PIB, sont considérables. En matière de compétitivité en premier lieu, car le Canada exporte environ un tiers de sa production agroalimentaire ; en 2009, il figurait au quatrième rang mondial des pays exportateurs. Bruno Larue et Alan Ker s’intéressent aux questions que les producteurs de céréales, de bœuf et de lait devront résoudre pour demeurer compétitifs à l’échelle mondiale, alors que Sylvain Charlebois analyse la performance canadienne en matière de sécurité alimentaire pour constater notamment que le Canada fait piètre figure en ce qui concerne la traçabilité des aliments.

Or la capacité de suivre et de retracer un aliment sur toute la chaîne de production et de distribution sera un facteur de plus en plus décisif pour soutenir les exportations, en particulier dans le secteur des aliments biologiques. Matthew Holmes de l’Association pour le commerce des produits biologiques examine les problèmes que soulève l’omniprésence des aliments génétiquement modifiés et évoque les craintes que suscite l’adoption éventuelle d’une politique autorisant de faibles concentrations de tels organismes.

Jennifer Clapp aborde la question de l’aide alimentaire internationale, qui a pris une importance capitale alors que le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde a atteint un niveau record en 2009. Mais l’insécurité alimentaire n’est pas l’apanage des pays pauvres. Lynn McIntyre fait le point sur la situation au Canada même et note que les stratégies adoptées pour lutter contre ce problème, sous forme d’assistance alimentaire, sont peu efficaces, car l’insécurité alimentaire est d’abord une conséquence de la pauvreté. Et finalement, Marie-Éve Couture Ménard se penche sur un enjeu connexe, celui des politiques visant à modifier les habitudes alimentaires pour enrayer les maladies chroniques et l’épidémie d’obésité.

Par ailleurs, ce numéro d’été compte plusieurs contributions libres. D’abord, deux articles sur des questions d’actualité. Robert Asselin réfléchit à l’avenir du PLC, et Kevin Lynch propose des mesures pour remettre les finances publiques en ordre, ici et ailleurs. Ensuite, trois autres articles sur des enjeux récurrents : l’autonomie gouvernementale avec Martin Papillon, qui revient sur le résultat du référendum tenu ce printemps au Nunavik ; la réforme de la Constitution avec Guy Tremblay, qui met de l’avant une solution pour réintégrer le Québec dans le giron constitutionnel ; et le développement durable avec Evan Lloyd, qui présente des mesures pour améliorer la performance environnementale du transport de marchandises.

Finalement, vous pourrez lire l’allocution de Monique F. Leroux devant la Chambre de commerce de Toronto en juin dernier. Et comme d’habitude, nos chroniqueurs attitrés, Todd Hirsch et Alain Noël. Bonne lecture !

Photo: Shutterstock