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Bon nombre des nouvelles mesures annoncées dans le budget fédéral 2026 visent à améliorer l’abordabilité. Rien d’étonnant : celle-ci demeure une priorité pour la grande majorité des Canadiens. Le gouvernement concentre son aide sur les personnes à plus faible revenu, dans le but de sortir davantage de Canadiens de la pauvreté. Il prend également un engagement ambitieux : mettre fin à l’itinérance d’ici dix ans.
Reste à voir s’il parviendra à obtenir des résultats tangibles pour les personnes qui en ont le plus besoin.
Les aides au revenu contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire
La principale mesure du budget en matière d’aide au revenu est une bonification de la nouvelle Allocation pour l’épicerie et les produits essentiels (anciennement le crédit pour la TPS/TVH). Dotée de plus de 4 milliards de dollars, cette mesure devrait permettre à 120 000 personnes de sortir de la pauvreté en 2027. Il s’agit toutefois d’une bonification temporaire.
La bonification de l’Allocation pour l’épicerie et les produits essentiels devrait devenir permanente.
C’est ce que nous recommandions à la fin de 2023, dans le cadre d’une collaboration entre l’Institut de recherche en politiques publiques et le Conseil d’action sur l’abordabilité et Gillian Petit, chercheuse à l’Université de Calgary. Nous préconisions également une bonification plus importante de la prestation afin de réduire sensiblement la pauvreté et l’insécurité alimentaire. Nous recommandions aussi des versements mensuels plutôt que trimestriels, pour aider les ménages à assumer leurs dépenses courantes.
Depuis 2019, le prix des aliments et les loyers ont augmenté de plus de 30 %. Même si l’inflation a ralenti, les prix devraient rester nettement supérieurs à leur niveau de 2019 pendant encore un certain temps. Quant à la croissance des revenus des personnes au bas de l’échelle, elle n’a pas suivi le rythme.
La bonification représentera environ 28 dollars de plus par mois pour une personne seule et 57 dollars pour une famille de quatre personnes, même si les versements seront effectués tous les trois mois. Au total, la prestation représentera donc environ 108 dollars par mois pour une personne seule et 214 dollars pour une famille de quatre personnes au cours de l’exercice 2026-2027 (du 1er avril 2026 au 31 mars 2027).
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Cette aide sera bienvenue, mais elle ne suffira pas à elle seule à contrer l’insécurité alimentaire. En 2025, environ 9,8 millions de Canadiens, dont 2,4 millions d’enfants vivaient dans un ménage en situation d’insécurité alimentaire. Lorsque le coût de la vie augmente, il est plus facile de réduire les dépenses alimentaires que de comprimer les dépenses fixes, comme le loyer ou le chauffage. La situation est particulièrement difficile pour les personnes aux revenus les plus faibles, qui pourraient demeurer sous le seuil de pauvreté.
Une solution à plus long terme pourrait venir de la nouvelle Allocation aux travailleurs pour bâtir le Canada, qui bonifie la Prestation canadienne pour les travailleurs. Le budget abaisse le seuil de revenu minimum requis pour y avoir droit de 3 000 à 500 dollars, ce qui élargira le nombre de bénéficiaires. Il augmente également le montant maximal de la prestation, qui passera de 1 709 à 1 859 dollars pour une personne seule, et de 2 943 à 3 143 dollars pour une famille. Cette mesure devrait permettre à 240 000 personnes de sortir de la pauvreté.
La prestation ne s’applique toutefois pas à la plupart des étudiants de niveau postsecondaire ni aux personnes sans revenu. Certaines personnes qui ont besoin d’aide risquent donc d’être laissées pour compte.
Le gouvernement prévoit également mettre fin aux versements anticipés de la prestation, ce qui obligerait les travailleurs admissibles à attendre d’avoir produit leur déclaration de revenus pour recevoir les sommes auxquelles ils ont droit. Cette mesure éliminerait les versements qui dépassent le montant auquel les bénéficiaires ont finalement droit. Elle priverait toutefois aussi les travailleurs à faible revenu d’une source de revenus pendant l’année, alors que certains peuvent avoir de la difficulté à assumer leurs dépenses courantes.
Les économies réalisées grâce à cette mesure et à la réduction des coûts administratifs seraient supérieures au coût des bonifications annoncées. À compter de 2028-2029, cette modification permettrait d’économiser 871 millions de dollars par année, alors que l’élargissement de la prestation coûterait 515 millions par année, soit une économie nette de 356 millions de dollars annuellement, selon les estimations du budget.
Pour les personnes qui doivent cesser de travailler ou réduire leurs heures de travail afin de prendre soin d’un membre de leur famille ayant une déficience mentale ou physique, le crédit canadien pour aidants naturels sera désormais accessible même si leur revenu est trop faible pour payer de l’impôt. Une personne aidante pourra ainsi recevoir jusqu’à 1 260 dollars par année, même si elle ne paie pas d’impôt sur le revenu.
Aucune de ces mesures ne sera toutefois utile aux personnes qui ne produisent pas de déclaration de revenus. Or, près de 20 % des personnes qui gagnent moins de 20 000 dollars par année ne le font pas. Le budget prévoit des fonds supplémentaires pour permettre à l’Agence du revenu du Canada de mettre en œuvre ses engagements antérieurs en matière de déclaration de revenus automatique. Cette mesure devrait permettre à un plus grand nombre de personnes de recevoir les prestations auxquelles elles ont droit. Il faudra toutefois déployer des efforts supplémentaires pour joindre les personnes en situation de précarité de logement et celles qui ont un accès limité aux technologies numériques.
Peut-on mettre fin à l’itinérance d’ici dix ans ?
Le gouvernement Trudeau avait déjà évoqué l’objectif de mettre fin à l’itinérance en 2020, 2021 et 2022. Pourtant, depuis, le phénomène a pris de l’ampleur dans la plupart des régions du Canada. En 2025, plus de 121 000 personnes ont eu recours à des refuges d’urgence, et la durée moyenne des séjours a considérablement augmenté au cours de la dernière décennie. Toujours en 2025, plus de 65 000 personnes étaient en situation d’itinérance au cours d’une même nuit dans 75 collectivités, une hausse de 60 % par rapport aux dénombrements réalisés entre 2020 et 2022.
Le budget 2026 prend un engagement ambitieux : mettre le Canada sur la voie de l’élimination de l’itinérance d’ici dix ans. Il présente cet objectif comme un appel à l’action lancé à tous les ordres de gouvernement et aux autres acteurs concernés. Le gouvernement fédéral ne promet donc pas de l’atteindre à lui seul. C’est un objectif louable, mais pour être crédible, un tel engagement doit s’accompagner d’indicateurs de réussite précis, d’objectifs intermédiaires et d’un engagement concret des autres ordres de gouvernement.
De son côté, le gouvernement fédéral prévoit consacrer 11,2 milliards de dollars sur quatre ans à de nouvelles mesures de lutte contre l’itinérance. Cette enveloppe comprend plusieurs initiatives recommandées par les experts : 3,6 milliards de dollars pour les logements avec services de soutien et les logements de transition ; 1,8 milliard pour des services intégrés en matière de logement, de santé, de santé mentale, de dépendances et d’aide sociale ; 2 milliards pour les infrastructures en santé mentale et en traitement des dépendances ; et 2,1 milliards pour des programmes d’intervention directe et de prévention. Enfin, 1,7 milliard de dollars seront consacrés au renouvellement de l’Allocation canadienne pour le logement. Le gouvernement a également annoncé la création d’un nouveau centre pour la santé mentale et les dépendances à Winnipeg, au Manitoba.
Le budget prévoit en outre 13 milliards de dollars supplémentaires pour le programme Maisons Canada, afin de stimuler la construction de logements hors marché partout au pays. Cette initiative pourrait éviter que des locataires qui consacrent déjà une part trop importante de leur revenu au logement se retrouvent en situation d’itinérance, à condition qu’une part suffisante des investissements soit consacrée à des logements véritablement abordables.
Les investissements annoncés pour le logement des Premières Nations pourraient également faire une différence : 11 milliards de dollars sur dix ans et 1,7 milliard sur cinq ans pour le logement dans les réserves.
Mais le gouvernement fédéral ne peut pas mettre fin à l’itinérance à lui seul. Il s’engage à financer les coûts d’investissement liés au logement, mais les frais de fonctionnement incomberont aux provinces et aux territoires. Les organismes à but non lucratif jouent eux aussi un rôle essentiel dans la lutte contre l’itinérance. Ils pourraient bénéficier du soutien de Maisons Canada par l’entremise du Fonds de soutien intégré, mais une enveloppe moyenne de 450 millions de dollars par année pour l’ensemble du pays ne permettra de répondre qu’à une partie des besoins.
À Toronto, le réputé Dunn House devrait pouvoir accueillir 100 personnes après son agrandissement. Or, les coûts d’investissement se chiffrent en dizaines de millions de dollars, auxquels s’ajoutent des frais de fonctionnement de plus de 2 millions de dollars par année. Les partenariats avec les communautés autochtones seront également essentiels, puisque les peuples autochtones connaissent certains des taux d’itinérance les plus élevés au Canada.
La réussite de ces mesures dépendra largement de leur mise en œuvre. Comme pour la plupart des initiatives du gouvernement Carney, les programmes devront être déployés rapidement pour que les milliards de dollars prévus puissent être dépensés dès l’exercice 2027-2028. Ce ne sera pas une mince tâche.
De bonnes orientations, mais pas de solution miracle
L’augmentation des aides au revenu, l’expansion du logement hors marché et la mise en place de services d’accompagnement intégrés pour les personnes en situation d’itinérance figurent depuis longtemps parmi les principales recommandations des experts en matière d’abordabilité et de logement. Le budget marque des progrès dans ces domaines, mais il reste à voir si les mesures seront suffisamment ambitieuses et si les partenariats nécessaires pourront être établis assez rapidement et efficacement pour produire des résultats.
Le Canada accuse depuis un certain temps un retard dans la lutte contre l’itinérance et l’insécurité alimentaire. À tout le moins, les mesures prévues dans le budget pourraient contribuer à inverser ces tendances au cours des prochaines années.
Mais certaines personnes continueront de passer entre les mailles du filet.
Le supplément à l’Allocation canadienne pour l’épicerie et les besoins essentiels est temporaire. Les personnes qui ne produisent pas de déclaration de revenus, mais qui ne sont pas en situation d’itinérance, n’en bénéficieront pas directement. Les étudiants à faible revenu ne seront pas admissibles à l’Allocation canadienne pour les travailleurs.
Avec plus de 300 000 ménages comptant au moins un membre inscrit sur une liste d’attente pour un logement social, les investissements dans le logement hors marché et le logement avec soutien communautaire mettront du temps à produire des effets.
Le budget représente une avancée importante, mais il est trop tôt pour crier victoire. Il faudra constater des améliorations tangibles et durables, mesurées à l’aide d’indicateurs clairs, dans la vie des Canadiens qui vivent les situations les plus difficiles.


