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Ce qui se passe actuellement en République démocratique du Congo (RDC) n’est pas seulement une urgence sanitaire localisée, c’est le signe avant-coureur d’un échec en santé mondiale bien plus profond et dangereux. Nous devons agir.
Il y a un an, le Dr Manenji Mangundu, directeur national d’Oxfam en RDC, avait dressé un tableau peu reluisant de la situation. L’Agence américaine de développement international (USAID) finançait 70 % de l’aide humanitaire dans l’est de la RDC. Lorsque ce financement a été brutalement interrompu sur décret de Donald Trump en janvier 2025, les prestataires de soins ont fermé leurs portes, et les personnes privées d’accès aux soins en ont immédiatement souffert.
Le Dr Mangundu rapportait alors une hausse notable des cas de choléra et de mpox. Plus effrayant encore, il décrivait la RDC comme un « réservoir d’Ebola ».
La communauté internationale a tourné le dos à la RDC à un moment où les structures du pays étaient en train de s’effondrer en raison d’un conflit prolongé et violent, des déplacements massifs de population et d’une catastrophe humanitaire aux proportions effarantes. Lors de ma visite en juillet 2025, des femmes dans les villages dévastés de l’Est me demandaient comment survivre autrement qu’en se prostituant. La seule clinique d’un village, qui n’avait qu’un lit, était sur le point de fermer.
Et voilà où nous en sommes : une espèce du virus Ebola pour laquelle il n’existe ni vaccin ni traitement se propage rapidement en RDC et dans les pays avoisinants.
Un abandon aux conséquences prévisibles
On a tendance à considérer Ebola comme une crise lointaine, mais cette épidémie n’est pas survenue par hasard. Les pays du Nord global portent une grande part de responsabilité. Cette crise est, en partie, le résultat prévisible des coupes dans l’aide internationale de l’administration Trump et des autres pays de l’OCDE qui lui ont emboîté le pas, prises loin des communautés touchées : des décisions qui ont mené au démantèlement de programmes vitaux et à l’affaiblissement de systèmes de santé déjà fragiles.
Ebola n’est pas une maladie nouvelle; l’épidémie actuelle est la 17e épidémie qui touche la RDC. Au prix de de plus de 15 000 vies humaines, mais également grâce aux avancées scientifiques et au travail de milliers de personnes engagées envers la santé mondiale, les Congolaises et les Congolais ont acquis une expertise reconnue dans le contrôle de cette maladie. Mais aujourd’hui, il manque de moyens pour soutenir le travail essentiel mené au quotidien par les experts locaux, qui luttent contre le virus avec courage et détermination.

La propagation de l’épidémie est très préoccupante, mais l’aspect le plus inquiétant reste le contexte dans lequel elle s’inscrit. La baisse radicale du financement humanitaire a des conséquences dramatiques. Des établissements de santé ont fermé du jour au lendemain, les stocks de médicaments essentiels se sont vite épuisés et les systèmes de surveillance des maladies, qui permettent de détecter les épidémies avant qu’elles ne se propagent, ont été affaiblis. L’accès à l’eau potable, aux installations sanitaires et aux campagnes de sensibilisation des populations a été réduit, accélérant encore davantage la propagation des maladies.
Pour des millions de personnes, cela veut dire pas de vaccins, pas de traitements contre les infections, pas de médicaments, pas d’eau potable, pas de toilettes ni d’endroit pour se laver.
C’est dans ce contexte que le virus Ebola a refait surface.
Quand l’aide disparaît, les crises s’aggravent
L’est de la RDC est le théâtre de l’une des crises humanitaires les plus complexes au monde. Des décennies de conflit ont provoqué le déplacement interne de plus de 6 millions de personnes, tandis que des millions d’autres vivent dans des conditions extrêmement précaires, sans accès fiable aux services de base. Plus de 26 millions de personnes y souffrent de la faim.
Lorsqu’une maladie comme Ebola survient dans ce contexte, son endiguement devient bien plus difficile — non pas parce que la maladie ne peut pas être contrôlée, mais parce que les systèmes nécessaires pour y arriver ont été décimés, et que les gens ont besoin de se déplacer pour vivre ou survivre. Ici, la dimension mondiale devient évidente.
Santé mondiale : le Canada doit montrer la voie
Les incohérences du programme humanitaire canadien pour l’Amérique latine
Les maladies ne connaissent pas de frontières. La leçon tirée de la pandémie de COVID-19 aurait dû être claire : les épidémies, où qu’elles se produisent, peuvent devenir des menaces partout si elles ne sont pas surveillées et contrôlées rapidement. Et pourtant, les pays du Nord global diminuent tour à tour leur soutien aux systèmes de santé fragiles. Les pays de l’OCDE ont coupé de plus de 35 % leurs budgets d’aide humanitaire. Le Canada dit vouloir maintenir l’enveloppe humanitaire, mais a réduit de 2,7 milliards son aide au développement. Même le Québec a coupé ses budgets de solidarité internationale en décembre 2025, pour finalement annoncer leur maintien en mai 2026. Pour Oxfam, cette subvention est justement destinée à soutenir le système de santé en RDC et au Tchad.
Investir dans la prévention ou payer le prix de l’inaction
Les décisions mondiales en matière de financement de l’aide internationale jouent un rôle déterminant dans la résilience ou la fragilité des systèmes de santé des pays vulnérables. La question est de savoir si le monde est prêt à investir dans la prévention, ou s’il continuera à payer un prix bien plus élevé pour son inaction.
Pour un pays comme le Canada, soutenir les efforts mondiaux de lutte contre les maladies n’est pas un acte de charité, mais de solidarité et de dignité. C’est aussi une nécessité dans un monde interconnecté.
Le Canada doit maintenir son leadership reconnu en matière de santé mondiale et influencer les autres États. Son engagement sur 10 ans en matière de santé et de droits dans le monde et son engagement sur l’aide humanitaire doivent être maintenus et financés adéquatement.
Ce n’est pas le moment de baisser les bras. La sécurité et la prospérité économique passent aussi par des populations en santé vivant dans la dignité.

