(English version available here.)
Le 24 octobre 2025, Options politiques a publié un article rédigé originalement en anglais et traduit en français par un contributeur se présentant sous le nom de Daniel Robson. Ce dernier affirmait être un journaliste canadien, indépendant, originaire de Montréal. Avant la publication, l’auteur nous avait fait mention d’articles qu’il avait publiés peu de temps auparavant dans plusieurs médias canadiens. Ces références, les nombreux échanges avec lui et l’ouverture qu’il démontrait à l’égard de nos commentaires, corrections et demandes de précisions nous avaient donné suffisamment confiance en sa légitimité pour publier l’article.
N’ayant plus cette assurance, nous avons supprimé l’article original, la biographie de l’auteur, de même que leurs versions traduites en français. Nous n’avons pas été en mesure de confirmer auprès de sources indépendantes que la personne qui a écrit pour nous est bien la personne qu’elle affirme être ni que les informations biographiques qu’elle a fournies soient exactes.
Voici comment nous en sommes arrivés là
Le 7 septembre, j’ai reçu un courriel d’un éditeur établi en Turquie qui avait reçu une proposition de texte de la part de cet auteur. Il me demandait si je pouvais attester que le Daniel Robson qui avait publié dans nos pages était bien la personne qu’il disait être. Après avoir examiné notre abondante correspondance avec lui de même que son profil en ligne, j’ai constaté que je ne pouvais pas l’attester hors de tout doute. Cela nous a amenés à réexaminer entièrement le travail de cet auteur et à communiquer de nouveau avec lui. Le contenu de l’article ne posait aucun problème en soit, mais nous avons multiplié les démarches pour vérifier l’identité, l’expertise et les éléments biographiques fournis par son auteur.
Le 14 septembre, j’ai parlé au téléphone avec la personne qui s’était d’abord présentée à nous sous le nom de Daniel Robson. Lors de cet échange, je lui ai demandé de fournir des détails vérifiables concernant sa formation, son parcours professionnel ou ses liens avec le Canada, ce qu’il a refusé. Il a également décliné mon invitation à discuter en vidéoconférence et a refusé de fournir des références ou toute autre information qui nous auraient permis de confirmer son identité et son parcours professionnel.
Au cours de la conversation, il a brièvement mentionné avoir fréquenté un établissement d’enseignement montréalais. Nous avons contacté cet établissement, qui nous a confirmé n’avoir aucun dossier au nom de Daniel Robson parmi les étudiants s’étant déjà inscrits. Lors du même appel, l’auteur avait accepté de nous fournir un curriculum vitae, mais il a refusé par la suite de l’envoyer.
La personne s’identifiant au nom de Robson nous a expliqué qu’il hésitait à fournir des renseignements personnels en raison de préoccupations liées à sa sécurité. Il affirme avoir reçu des menaces liées à son travail journalistique et a exprimé des doutes concernant les motivations et les agissements de l’éditeur dont les questionnements ont mené à notre propre démarche. Nous prenons les préoccupations concernant la sécurité au sérieux.
Nous avons vérifié et confirmé l’identité et le parcours journalistique de l’éditeur qui nous a d’abord contacté, mais notre démarche ne s’appuie pas uniquement sur les informations que ce dernier nous a fournies. Ce que nous partageons ici découle de ce que nous avons nous mêmes appris grâce à nos recherches ainsi qu’à notre correspondance et à nos conversations avec l’auteur. Au cours de mon appel avec lui, je lui ai proposé de garder les renseignements qu’il nous fournirait confidentiels et de ne les utiliser qu’à des fins de vérification de son identité. À ce jour, il a toujours refusé.
D’autres éléments sont venus renforcer la décision de retirer l’article de cet auteur. Nous avons identifié des traces d’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) dans ses courriels ainsi que dans six autres articles qu’il nous a envoyés et que nous n’avons jamais publiés. Des outils d’analyse d’images soulèvent également des doutes quant à l’authenticité de la photographie qu’il nous avait fournie. En octobre dernier, au moment de la première contribution, il a également refusé les honoraires que nous offrons parfois aux journalistes qui écrivent pour nous – une réaction inhabituelle pour un journaliste indépendant en début de carrière.
Nous reconnaissons que nous aurions dû faire davantage de vérifications avant la publication. Je me suis trop fortement appuyé sur le fait que des articles signés sous le nom de Daniel Robson avaient déjà été publiés dans d’autres publications canadiennes – un effet domino par lequel l’acte d’avoir déjà publié ailleurs devient en lui-même une source de crédibilité. Nous étions également rassurés par sa réactivité et sa collaboration lors des nombreux retours et devant les modifications apportées à son travail initial, sur une durée de près d’un mois. Je regrette de ne pas avoir vérifié son identité et son parcours professionnel de manière plus approfondie avant de publier son article, et que notre publication ait pu amener d’autres personnes à faire confiance à son travail.
À l’avenir
Nous continuerons de soutenir les auteurs de la relève et d’encourager les voix émergentes à nous proposer des articles. Or, nous sommes à revoir actuellement notre processus de sélection. Nous en savons aujourd’hui davantage sur l’IA qu’il y a un an. À l’avenir, lorsqu’un auteur ne fournira pas de preuves tangibles de son expertise professionnelle ou semblera avoir eu recours de manière importante à des outils d’IA, nous prendrons des mesures supplémentaires pour établir son identité et vérifier son expertise dans le domaine concerné. Tout manquement à l’obligation de déclarer l’utilisation de l’IA entraînera un refus de l’article.
Rien n’est plus important pour nous que la confiance de nos lecteurs. Nous avons l’obligation de prendre des mesures raisonnables pour nous assurer que les personnes dont nous publions les textes sont bien celles qu’elles prétendent être et qu’elles possèdent l’expérience nécessaire pour étayer les points de vue qu’elles expriment. Nous nous engageons à redoubler de vigilance à l’avenir.

