Les Autochtones sont les meilleurs défenseurs de la santé des écosystèmes et doivent être à la table des négociations du Traité du fleuve Columbia.

Auparavant, les saumons remontaient le fleuve Columbia, depuis l’océan Pacifique près d’Astoria, en Oregon, jusqu’aux montagnes Rocheuses canadiennes, à la source du fleuve à Canal Flats, en Colombie-Britannique. C’était un fabuleux périple de 2 000 km en amont, traversant un paysage de forêt luxuriante, de désert aride et de hauts sommets.

Or, depuis la construction du barrage Grand Coulee dans l’État de1942, (construction à laquelle le gouvernement fédéral canadien avait donné son aval), les saumons n’ont pu retrouver leurs frayères ancestrales situées dans la moitié supérieure du bassin versant. Les écosystèmes du cours supérieur du Columbia ont ainsi été privés de précieux nutriments que les saumons apportent de l’océan, et cela a été préjudiciable aux peuples autochtones qui ont toujours utilisé cette ressource.

Aujourd’hui, la renégociation en cours du Traité du fleuve Columbia est une occasion politique prometteuse de ramener le saumon chez lui, dans la partie supérieure du fleuve Columbia, grâce à un programme concerté de rétablissement.

Depuis le mois de mai, les négociateurs de traités fédéraux, nommés par le Canada et les États-Unis, ont commencé les discussions. Cependant, les espoirs de voir les populations de saumons se rétablir (et les écosystèmes se régénérer) se sont évanouis lorsque les deux pays ont choisi d’exclure les nations autochtones du processus.

Dans une étude récemment publiée, mon collègue et moi avons examiné les facteurs les plus importants pour négocier le rétablissement du saumon dans le cadre du nouveau traité. Après l’analyse de traités antérieurs et similaires, et d’autres projets de passage du poisson, ainsi que des tendances de la gouvernance mondiale de l’eau, nous avons constaté que dans les négociations de traités, les parties cèdent souvent des droits dans un domaine pour tirer des avantages dans d’autres.

Comme le Canada est situé en amont, il dispose d’un avantage géographique important, car plusieurs paramètres, notamment le contrôle des inondations, l’énergie hydroélectrique, la santé des écosystèmes, l’approvisionnement en eau et la navigation aux États-Unis, dépendent en partie de la gestion des flux d’eau associés aux barrages-réservoirs canadiens.

En aval, les États-Unis ont un avantage pour ce qui est de la question du rétablissement du saumon, car la première étape essentielle d’un tel programme consiste à faire passer le saumon au-dessus des barrages américains, qui sont les premiers obstacles à franchir.

Les États-Unis pourraient par exemple lier leur appui au rétablissement du saumon à une réduction de leurs paiements pour les services canadiens de gestion de l’eau. Mais on ne sait pas si, dans un tel cas, le Canada serait prêt à prioriser le rétablissement du saumon au détriment de la maximisation de ses revenus connexes aux traités.

Notre étude souligne le risque que des projets importants de restauration de la santé des écosystèmes du fleuve Columbia, tels que le rétablissement du saumon, soient négociés dans des séances à huis clos, et sacrifiés au profit de gains financiers à courte vue, répartis de manière inéquitable. Pour éviter que cela ne se produise, il est essentiel de pouvoir compter sur de puissants défenseurs dans la salle des négociations.

La renégociation du traité n’est pas simplement une occasion pour les États-Unis et le Canada de procéder au rétablissement du saumon. Dans l’ensemble, c’est une occasion de changer le cours d’une longue histoire autour du fleuve Columbia, où les écosystèmes et les populations rurales, en particulier les populations autochtones, ont été systématiquement marginalisés pour générer des profits dont ces dernières ne profitent absolument pas.

Le traité initial, intervenu deux décennies après la construction du barrage Grand Coulee, a inondé quatre vallées fertiles et riches sur le plan écologique du Canada et créé un système dans lequel les débits d’eau sont gérés uniquement pour le contrôle des inondations et de la production d’énergie hydroélectrique en aval. Et ce traité a été conclu sans presque aucun apport ni avantage local direct pour les communautés.

Nos gouvernements nous ont assuré que la situation serait différente cette fois-ci. Cependant, leur choix d’exclure les Premières Nations de la négociation nous laisse croire le contraire.

Cette décision est contraire à l’esprit de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, approuvée par le Canada et les États-Unis, et elle s’inscrit dans une tendance inquiétante, reflétée dans la récente décision de la Cour suprême selon laquelle le gouvernement fédéral canadien n’a pas à consulter peuples autochtones pour la rédaction de ses lois.

Elle va également à l’encontre de l’engagement du Canada en faveur d’une réconciliation véritable avec les peuples autochtones.

Les dirigeants autochtones ont été de loin les meilleurs défenseurs de la santé des écosystèmes vitaux du fleuve Columbia dont profitent tous les habitants du bassin, des deux côtés de la frontière. Pour veiller à ce que le nouveau traité donne une priorité véritable à l’environnement, notre meilleur espoir est de faire entendre les voix des peuples autochtones.  Ils doivent être à la table de négociations ; leurs droits et notre avenir l’exigent.

Photo : Le fleuve Columbia à Crown Point, en Oregon. Les négociations du renouvellement du Traité du fleuve Columbia entre le Canada et les États-Unis ont commencé le 29 mai 2018 à Washington, D.C. AP Photo / Don Ryan.


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