Ne serait-il pas plus juste de parler de la québécisation de la politique canadienne au lieu de la canadianisation de la politique québécoise ?

Dans une récente chronique d’Options politiques, Alain Noël constate que l’élection québécoise du 1er octobre « marque la canadianisation presque complète de la vie politique québécoise ». Il n’est pas le premier à faire le constat que l’importance moindre accordée à la question nationale représente une « canadianisation » de la politique québécoise.

Par contre, un tel argumentaire, qui se concentre trop sur la question nationale, manque un peu de perspective et obscurcit le caractère distinct de la politique québécoise.

Tout d’abord, la question nationale demeure importante. Même si la situation diffère des années 1990, chacun des partis au Québec a une position claire sur cet enjeu et s’est prononcé pour ou contre l’indépendance. Il ne faut pas perdre de vue qu’un tiers de l’électorat québécois a voté pour un parti ouvertement indépendantiste le 1er octobre dernier. On ne peut donc dire que ce schéma ressemble à la politique ontarienne ou saskatchewanaise.

Puis, le système partisan québécois reste déterminé par l’axe centre–périphérie. Outre la question de l’indépendance, les enjeux de pouvoir entre Ottawa et Québec demeurent présents dans la politique québécoise. Si le PLQ et la CAQ sont tous deux fédéralistes, la CAQ est nationaliste et demande plus de pouvoir pour le Québec. Elle représente une troisième option, l’autonomisme, qui s’insère entre l’indépendantisme du PQ et de QS et le fédéralisme du PLQ. Le positionnement sur cet axe idéologique permet de distinguer les partis québécois et influence le choix électoral des Québécois. Dans la fédération canadienne, cette caractéristique électorale est quand même assez unique.

Enfin, aucun des partis provinciaux au Québec n’a de lien formel avec un parti fédéral. Même si les partis québécois et des partis fédéraux peuvent partager les mêmes couleurs, il n’y a pas d’associations partisanes formelles entre les deux échelons, contrairement à ce qui est encore la norme dans les autres provinces canadiennes. Un autre fait qui démontre le caractère indépendant de la politique québécoise.

Noël met l’accent sur l’aspect « coloré » de la politique québécoise pour démontrer sa canadianisation ― le rouge, le bleu et l’orange reflétant les couleurs partisanes de la politique canadienne. Cependant, cette palette tricolore est en train de se transformer au Canada. Depuis quelques années, les partis verts ont une présence parlementaire à la Chambre des communes et dans plusieurs assemblées provinciales. Selon les sondages, un parti vert pourrait même former le prochain gouvernement à l’Île-du-Prince-Édouard. Le vert devient une couleur politique de plus en plus importante au Canada, ce qui est loin d’être le cas au Québec.

Il est en effet difficile de voir comment le RoC a influencé la politique québécoise. Noël écrit que la canadianisation de la vie politique québécoise devrait aussi mener à la « canadianisation de nos politiques publiques, avec moins d’impôts, moins de dépenses publiques et des protections sociales plus limitées ». Mais ces politiques ne sont pas étrangères au Québec et font partie de la vie politique québécoise depuis deux décennies. Lucien Bouchard, Jean Charest et Philippe Couillard ― comme le fait François Legault ― s’inscrivaient au modèle « néolibéral » de l’efficacité de l’État et de la responsabilité budgétaire.

Je ne vois vraiment pas d’effritement du caractère distinct de la politique québécoise, et encore moins une canadianisation de l’écosystème politique du Québec. Par contre, quand on suit l’évolution récente de la politique canadienne, on peut certainement y déceler une influence québécoise.

Tout d’abord, les enjeux identitaires, qui ont marqué la politique québécoise durant la dernière décennie, commencent à se manifester également au Canada. Pensons au rôle marquant que le port du niqab a joué dans la campagne fédérale de 2015, à la création du Parti populaire du Canada, qui milite contre le « multiculturalisme extrême », et à la position ferme de Doug Ford envers la récente vague de refugiés : on y voit une certaine « imitation » des enjeux qui ont depuis quelques années marqué la politique québécoise. Puis, d’autres questions au centre du modèle québécois, comme les services de garde et le rôle des provinces dans la sélection et l’intégration des immigrants, sont aussi devenues importantes pour le RoC. Ainsi, on devrait plutôt se demander s’il n’y a pas une « québécisation » de la politique canadienne.

Il est normal que des schémas politiques au Québec et au Canada se ressemblent. Il est aussi normal que les politiques du Québec et du Canada s’influencent mutuellement. Par contre, c’est un peu poussé de conclure que l’importance moindre accordée à la question nationale a engendré une canadianisation de la politique québécoise.

Photo : Le premier ministre désigné du Québec François Legault, entouré des membres de la Coalition avenir Québec après leur assermentation, le 16 octobre 2018. La Presse canadienne / Jacques Boissinot.


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