La création d’agences de santé autochtones serait un pas dans la bonne direction.

C’est une réalité tragique : l’état de santé des peuples autochtones du Canada ne se compare pas du tout à l’état de santé de la population en général. Cette situation est bien documentée maintenant. Quel que soit son âge, un autochtone au Canada est davantage exposé au risque d’éprouver des problèmes de santé, notamment d’avoir des maladies graves.

Examinons tout d’abord les faits. Les maladies infectieuses touchent encore les autochtones en grand nombre. Dans plusieurs communautés, la tuberculose est épidémique, et les virus respiratoires saisonniers causent fréquemment des maladies graves chez les nourrissons et les enfants.

Les maladies chroniques comme le diabète sont endémiques et conduisent trop souvent à la dialyse ou à l’amputation d’un membre. Récemment, les problèmes de santé mentale et la flambée de suicides survenus à Attawapiskat et Pimicikamak ont fait les manchettes, mais ce n’étaient pas là des cas isolés. De telles crises se produisent beaucoup trop souvent dans les communautés autochtones à travers le pays.

Ces phénomènes ne sont pas nouveaux. Du reste, nous avons des données qui permettent de décrire parfaitement la plupart des crises sanitaires et d’en comprendre les causes. C’est quand vient le temps d’agir que nous faisons mauvaise figure.

Une bonne partie des problèmes de santé les plus graves relevés chez les autochtones ont un lien avec les facteurs que les chercheurs appellent les « déterminants sociaux de la santé » : de faibles taux d’emploi, des logements surpeuplés ou un accès limité à une éducation de qualité. Bien entendu, les problèmes environnementaux et les défaillances évidentes en matière de santé et de services sociaux jouent aussi un rôle.

Alors, à qui incombe la responsabilité dans ce dossier et que peut-on faire ?

En vertu de notre Constitution et d’un ensemble de traités et de lois, le gouvernement fédéral a l’obligation de fournir aux autochtones certains services, notamment en matière de santé et d’éducation. Un jugement récent de la Cour suprême (Daniels c. Canada) confirme que cette obligation s’étend aussi aux Métis ainsi qu’aux « Indiens non inscrits ».

Or, actuellement, les relations entre la population majoritaire et les peuples autochtones sont marquées par des tensions, que les déplorables conditions qui leur sont toujours imposées ne cessent d’entretenir. Une attitude proprement colonialiste des gouvernements, faite de mépris, d’oppression et de discrimination, a laissé de profondes cicatrices en héritage. Dans son rapport final, la Commission de vérité et réconciliation du Canada a d’ailleurs dénoncé les mesures honteuses qui ont permis dans le passé à nos dirigeants politiques et aux autorités religieuses de se livrer à ce que certains ont qualifié – à notre avis avec raison – de véritable génocide culturel.

Pourtant, l’avenir pourrait – et devrait – être porteur d’espoir. Sur le plan démographique, la population autochtone est plus jeune que celle du reste du pays. De surcroît, ces jeunes sont plus instruits qu’auparavant et leurs niveaux d’éducation ne cessent d’augmenter. Ils s’attendent à faire partie de communautés dynamiques, mobilisées et en progrès constant, tant sur le plan politique que social ou économique. Le Canada doit éviter de répéter les erreurs du passé et de gaspiller le potentiel que représentent aujourd’hui ces jeunes autochtones.

Du point de vue constitutionnel, la santé est une responsabilité provinciale. Depuis une quinzaine d’années, cependant, deux accords nationaux sur la réforme des soins de santé (2003 et 2004) ont permis de clarifier les rôles que doivent jouer les différents niveaux de gouvernementaux en matière de politique de santé et de déterminer les secteurs prioritaires pour l’action commune, soit les soins primaires, la santé mentale, les soins à domicile ainsi que les temps d’attente pour certaines chirurgies. Dans les derniers mois, le nouveau gouvernement libéral à Ottawa a annoncé son intention de conclure une nouvelle entente et d’engager des pourparlers dans ce sens.

À partir d’aujourd’hui, la santé autochtone doit être une priorité commune d’Ottawa et des provinces.

En fait, tout nouvel accord sur la santé devrait accomplir deux choses. Premièrement, le gouvernement fédéral devrait prévoir un transfert substantiel afin de garantir aux populations autochtones l’accès aux soins, notamment en ce qui concerne les soins primaires, la santé mentale et la prise en charge des maladies chroniques.

Il y a 10 ans, l’Accord de Kelowna prévoyait de nouveaux investissements fédéraux de 5,1 milliards de dollars dans le développement social autochtone, dont 1,3 milliard uniquement pour la santé. Comment on le sait, l’entente n’a jamais été mise en œuvre, élargissant ainsi le fossé entre le gouvernement et les populations autochtones et rendant la situation encore plus désespérée. Nous suggérons de mettre à jour de toute urgence le cadre financier adopté à Kelowna et de le traduire en projets concrets, qui viendront appuyer les politiques sociales et les soins de santé destinés aux peuples autochtones du Canada.

Deuxièmement, il faut mettre fin à l’incertitude qui entoure le partage des responsabilités en matière de santé autochtone. Tous les ordres de gouvernement doivent s’entendre sur les objectifs à atteindre, mais l’administration des programmes doit être confiée directement aux autorités autochtones.

On peut atteindre ce but en établissant des agences de santé et de services sociaux autochtones. Des modèles réussis existent déjà au Canada et ailleurs dans le monde. En Colombie-Britannique, la First Nation Health Authority, qui n’en est encore qu’aux premiers étapes de son existence, représente un pas dans la bonne direction, malgré un mandat un peu étroit, qui ne couvre pas tous les besoins sanitaires et sociaux.

Le gouvernement provincial et les provinces doivent placer de toute urgence la santé autochtone au sommet des priorités. C’est un investissement prudent et nécessaire dans l’avenir de la population canadienne dans son ensemble. Nous ne pouvons plus attendre.

 


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