Le défi pour le Parti québécois consiste à briser le mur d'indifférence pour redonner aux citoyens le goût de l'action collective et de l'engagement politique.

Au début de l’été, le Parti québécois était nettement en tête dans les sondages avec un peu plus de 40p.100 des intentions de vote, contre environ 30 p. 100 pour le Parti libéral.

Ces résultats étaient indubitablement liés à l’impopularité du gouvernement Charest, qui engendrait des taux record d’insatisfaction. Les appuis à Pauline Marois elle-même, en effet, demeuraient plutôt limités.

C’est que le climat politique est morose au Québec. Rebutés par les magouilles dans le monde municipal, les écarts de conduite dans l’industrie de la construction et la gestion douteuse des nouvelles places en garderie, les électeurs se sont éloignés du parti au pouvoir, mais ce n’est qu’avec peu d’enthousiasme qu’ils se sont ralliés au principal parti d’opposition, presque aussi affecté que le Parti libéral par le cynisme ambiant. La tendance est au repli sur la vie privée et à l’individualisme, au confort et à l’indifférence.

Le défi pour le Parti québécois consiste à briser ce mur d’indifférence pour redonner aux citoyens le goût de l’action collective et de l’engagement politique. À cette fin, le parti a amorcé un large processus de réflexion en vue du congrès national d’avril 2011.

Que ressort-il pour l’instant de ce processus? Pour faire court, on peut dire que le parti de Pauline Marois s’engage à consolider le statut du français et la primauté de l’identité et des valeurs québécoises, à mettre «l’enrichissement des individus» au centre de sa politique économique, et à « rénover de fond en comble » la protection sociale pour la rendre «plus efficace, plus souple et plus humaine ».

Si on fait exception de la souveraineté et des enjeux identitaires, ces orientations ne sont pas très éloignées de celles du parti de Jean Charest. Là où le document péquiste sur la richesse dit qu’il ne s’agit plus de « rattraper les autres nations, mais de les dépasser », on pourrait facilement coller le slogan libéral de 2004, « Briller parmi les meilleurs ». La même chose semble vraie pour le document sur la protection sociale, qui parle surtout de revoir et de débureaucratiser les services pour permettre un « virage vers l’essentiel ».

Rien ici pour susciter l’enthousiasme. Le Parti québécois promet essentiellement de faire mieux ce que fait déjà le gouvernement en place: une gestion de centre droit de bonne qualité, axée sur l’enrichissement individuel et l’efficacité.

Deux facteurs expliquent cette tangente néolibérale. D’abord, plusieurs conseillers de Pauline Marois demeurent convaincus que le parti doit aller chercher les votes perdus de l’ADQ, quelque part à droite de l’échiquier politique. Ensuite, comme bien des partis sociaux-démocrates, le PQ connaît un passage à vide, auquel il devra bien finir par faire face.

En ce qui concerne les votes perdus de l’ADQ, il s’agit largement d’un mirage. Dans leur livre récent, Le comportement électoral des Québécois (2009), Éric Bélanger et Richard Nadeau montrent bien qu’il n’y a pas eu de génération ADQ cohérente, vivant quelque part à droite de la banlieue. Motivés par une insatisfaction diffuse et par des facteurs conjoncturels, les votes pour l’ADQ en 2007 sont venus de tous les horizons et ils se sont rapidement évanouis faute d’une base conservatrice substantielle dans l’électorat québécois. Le problème du PQ était alors moins d’être au centre gauche que de trop ressembler au PLQ, ce qui encourageait certains électeurs à aller du côté des tiers partis.

Quant à la question socialedémocrate, il s’agit d’un enjeu plus fondamental et plus difficile. Un peu partout, les partis de centre gauche se cherchent, réussissant mal à proposer une alternative convaincante au néolibéralisme ambiant. Le problème ne consiste pas à accepter le marché, l’enrichissement ou l’efficacité, puisque tous les partis sociaux-démocrates ont accepté depuis longtemps de composer avec le capitalisme. La difficulté relève plutôt de l’absence d’une vision alternative cohérente, ambitieuse et porteuse pour l’avenir.

Pourquoi, par exemple, les « individus » québécois devraient-ils devenir plus riches que leurs voisins? Pour acheter davantage de bateaux de wakeboard afin de finir de détruire les derniers lacs sains du sud du Québec, et plus de quatre-roues pour pilonner les derniers recoins intouchés de la forêt? Ou pour construire une société plus juste, plus saine et respectueuse de l’environnement?

En définitive, la social-démocratie n’a un sens que si elle procède d’une vision critique de la société capitaliste pour en dénoncer les travers et mettre de l’avant des valeurs autres que celles du marché et de la consommation. Il ne suffit pas de blâmer le gouvernement en place et Ottawa. Il faut penser et agir avec une certaine profondeur.

Ernst Wigforss, grand réformateur du parti social-démocrate suédois et ministre des Finances entre 1925 et 1949, parlait « d’utopies provisoires » pour décrire un horizon socialdémocrate qui soit réalisable politiquement mais suffisamment audacieux pour susciter l’enthousiasme et guider l’action. C’est avec de telles « utopies » que le Parti québécois doit renouer. Mais pour ce faire, il faut commencer par voir ce qui ne marche pas dans notre société.

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