Le point sur la situation économique et financière du gouvernement du Québec de novembre dernier présente une perspective de croissance économique à court terme plus vigoureuse que celle du budget 2021-2022 présenté en mars 2021.

Par conséquent, le gouvernement peut financer de nouvelles initiatives tout en présentant des déficits réduits pour les prochaines années, réduisant ainsi les obstacles à un retour à l’équilibre budgétaire.

Une croissance économique plus vigoureuse

En mars dernier, le ministre des Finances Éric Girard prévoyait une croissance du PIB réel de 4,2 % pour l’année 2021, alors que la récente mise à jour l’établit à 6,5 %. Comme il s’agit d’un écart important, on peut se demander si le ministre a péché par excès de prudence au printemps dernier au moment d’annoncer ses prévisions ou si l’incertitude du moment masquait le potentiel d’une croissance rapide. Certes, le ministre prenait des précautions en mars 2021, sa prévision se trouvant sous la moyenne par rapport à la croissance du secteur privé (4,2 % contre 5,1 %). Cela dit, les données de la mise à jour économique indiquent aussi que la prévision de la moyenne du secteur privé pour 2021 a été révisée à la hausse, passant de 5,1 à 6,3 %.

Inversement, tant le ministère des Finances que les prévisionnistes du secteur privé revoient à la baisse la croissance économique réelle anticipée pour l’année 2022. À vrai dire, il y a un peu plus de croissance, mais une partie a été tout simplement devancée.

Cette meilleure croissance économique procure des revenus plus élevés au gouvernement, facilitant la mise en œuvre de nouvelles initiatives.

Les données du budget de mars 2021 ne permettaient pas, même à la fin de 2025-2026, de constater une récupération complète de la production perdue pendant la pandémie pour retrouver les niveaux anticipés avant la pandémie. Or, la mise à jour économique montre que la reprise vigoureuse de l’économie permet de combler plus rapidement et entièrement l’écart entre le PIB présenté avant la pandémie et le PIB actuellement prévu, et ce, dès 2024.

Un déficit plus modeste que prévu, avec une portion structurelle

Malgré l’incertitude et les vagues pandémiques, le déficit pour l’année 2020-2021 au sens de la Loi sur l’équilibre budgétaire, avant prise en compte de la réserve de stabilisation, a été réduit de moitié. D’abord estimé à 15 milliards de dollars lors du budget de mars 2021, il atteindrait plutôt 7,5 milliards. La révision à la baisse du déficit prévu est également importante pour 2021-2022. Il a été réduit de 5,5 milliards, passant de 12,3 à 6,8 milliards, mais la baisse aurait été encore plus forte, n’eût été les nouvelles initiatives qui ont un impact budgétaire sur l’année en cours.

Il convient de souligner que certaines des nouvelles initiatives annoncées lors de la mise à jour économique ont un caractère non récurrent, comme la prestation exceptionnelle pour palier à la hausse du coût de la vie, alors que d’autres sont de nature permanente, comme la majoration du crédit remboursable pour frais de garde. Évidemment, elles affectent différemment le solde budgétaire de l’année en cours et des années à venir.

Malgré cette embellie, les défis pour le Québec restent nombreux. On n’a qu’à penser à la présence d’un déficit structurel, ce qui signifie que le déficit ne se résorbera pas de lui-même, malgré la reprise économique. Même si ce dernier était initialement estimé à 6,5 milliards de dollars et qu’il a été réduit lors de la présentation de la mise à jour économique, il reste encore un déficit structurel de 4 milliards de dollars à combler.

Dans cette perspective, il convient de rappeler qu’en mars dernier, le gouvernement a annoncé que la Loi sur l’équilibre budgétaire serait suspendue pour permettre de réduire graduellement le déficit sans nuire à la reprise. Le projet de loi pour la mise en œuvre de certaines mesures du budget de mars 2021 a été déposé le 3 décembre 2021 par le ministre des Finances, il confirme son intention de rétablir l’équilibre budgétaire au sens de cette loi au plus tard en 2027-2028. Pour y parvenir, un plan de résorption des déficits devra donc être éventuellement présenté.

Les dépenses de santé continuent d’augmenter

Souligner que le ministère de la Santé a été mis à rude épreuve avec la COVID-19 et ses nombreuses vagues relève de l’évidence. Les mesures de soutien et de relance liées à la pandémie dans le portefeuille de la Santé et des Services sociaux s’élèveront à 6 milliards en 2021-2022, après avoir atteint 6,5 milliards en 2020-2021. Ces mesures de soutien sont plus importantes que ce qui était prévu dans le budget de mars 2021 (2,4 G$). Un peu plus d’un demi-milliard de dollars est également budgété en 2022-2023 pour les mesures de soutien et de relance liées à la COVID-19.

Sans tenir compte des dépenses associées à la pandémie, l’augmentation prévue des dépenses de santé est importante : elle sera de 5,7 % en 2020-2021, de 6,1 % en 2021-2022 et de 6 % en 2022-2023.

En 2023-2024, les dépenses de santé et de services sociaux dépasseront de plus de 11 milliards ce qu’elles étaient quatre années plus tôt (2019-2020).

La rareté de la main-d’œuvre

Outre l’enjeu du retour à l’équilibre budgétaire et celui du financement et de l’offre de soins de santé, le gouvernement doit aussi faire face à une pénurie de main-d’œuvre. C’est dans ce contexte qu’il entend consacrer une somme de 2,9 milliards de dollars sur cinq ans pour former, requalifier et attirer 170 000 travailleurs dans cinq secteurs clés : 1. la santé et les services sociaux, 2. l’éducation, 3. les services de garde éducatifs à l’enfance, 4. le génie et les technologies de l’information et 5. la construction.

L’essentiel de cette somme, soit près de 60 %, prendra la forme de bourses d’études incitatives pour des programmes d’études reliés aux quatre premiers secteurs susmentionnés. Pour le reste, les détails restent à venir.

***

En conclusion, on s’attendait tellement à pire en matière de finances publiques postpandémiques qu’on en vient à penser que le rétablissement des finances publiques se fera facilement… mais gare aux illusions!

La bonne reprise économique observée au Québec en 2021 ne doit pas faire perdre de vue la présence d’un déficit budgétaire structurel. Un plan de résorption des déficits devra être préparé et rendu public. Ce plan, qui limitera la marge de manœuvre du gouvernement, s’ajoute au contexte générationnel du Québec, où la transition démographique atténue les perspectives de croissance économique tout en créant des pressions sur l’augmentation des dépenses. À terme, le gouvernement devra trouver une manière d’arrimer les revenus de l’État au financement du panier de services publics.

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Luc Godbout
Luc Godbout est professeur titulaire au Département de fiscalité à l’Université de Sherbrooke et titulaire de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques. Il a présidé la Commission d’examen sur la fiscalité québécoise.

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