(This article has been translated from English.)

Ces dernières années, les gouvernements fédéral et provinciaux se sont engagés à investir de façon significative dans le développement des compétences. En dépit de ces engagements, notre compréhension de l’avenir du travail et de ce qui sera nécessaire à un avenir plus inclusif semble toujours déficiente. S’il est important d’investir dans les compétences, nous avons aussi besoin de politiques qui fournissent un soutien structurel, comme des garanties de revenu, des logements abordables et d’autres investissements sociaux.

Le Centre des compétences futures se trouve aux premières loges de plusieurs de ces conversations sur le développement des compétences. Nous nous employons activement à rassembler des preuves et des connaissances sur les investissements dans les compétences qui s’avèrent efficaces, pour qui ils le sont, et dans quelles conditions. Par exemple, notre partenaire de recherche Blueprint a découvert que la moitié des participants à un programme d’évaluation et de développement des compétences avec le Conseil de l’emploi des immigrants pour la Colombie-Britannique (IEC-BC), avaient trouvé un emploi cinq mois après avoir rejoint le programme. Cette recherche et d’autres mettent de l’avant les questions multidimensionnelles qui s’entrecroisent avec les compétences, en particulier pour les groupes qui font face aux plus grands obstacles pour l’accès à des occasions d’emploi équitables et inclusives.

Par exemple, nous savons que si les participants à un programme de formation peuvent améliorer leurs compétences et décrocher un emploi, ils ont également besoin d’un logement abordable, de services de garde d’enfants et d’autres nécessités pour participer à la vie active. Nous devons considérer ces aspects plus larges comme faisant partie intégrante de la « qualité de l’emploi ».

L’avenir du travail numérique repose sur les personnes, pas seulement sur la technologie

Série « Options politiques » : L’avenir du travail et de la formation

Quelles sont les questions les plus pertinentes pour la qualité du travail? Les décideurs publics et les autres acteurs doivent tenir compte de plusieurs dimensions cruciales.

Le revenu

Le salaire est un indicateur clé par lequel les employés évaluent un emploi potentiel. Toutefois, le revenu n’est pas la seule dimension d’un environnement de travail de qualité. Des niveaux d’éducation et de revenu plus élevés sont associés à une plus grande satisfaction au travail, car les conditions physiques d’un emploi, le type de travail requis et les avantages associés ont tous tendance à s’améliorer avec l’augmentation des niveaux d’éducation et de revenu. Cependant, comme plusieurs d’entre nous le constatent tous les jours, la recherche montre également que la satisfaction professionnelle ne se limite pas au revenu et inclut le stress et les conditions de travail au sens plus large, entre autres. En somme, la qualité du travail se transporte au-delà du revenu et intègre d’autres dimensions.

Les avantages sociaux

Bien des gens ont recours à un large éventail de soutiens sociaux pour travailler et rester en bonne santé. Les avantages offerts par l’employeur peuvent inclure une assurance complémentaire sur des soins de santé ou dentaires. Les employés peuvent individuellement souscrire à des avantages supplémentaires comme une assurance-vie ou une assurance-invalidité ou des programmes de santé complémentaires comme la massothérapie.

Cependant, il existe d’autres prestations et investissements publics qui aident les gens à évoluer dans le monde du travail, notamment des services de garde d’enfants et des logements et transports abordables. Sans ces soutiens essentiels, de nombreuses personnes se trouvent dans l’incapacité de participer pleinement à l’économie.

Le concept d’avantages sociaux doit s’étendre au-delà des suppléments plus modestes fournis par certains employeurs pour inclure un ensemble plus large d’outils permettant de garantir la participation économique des travailleurs et une prospérité partagée. Cela s’avérera d’autant plus important qu’une plus grande proportion de personnes sont des travailleurs indépendants ou que le nombre de travailleurs à la demande (gig workers) augmente, ce qui réduit d’autant le nombre de personnes ayant accès aux prestations fournies par l’employeur.

La sécurité d’emploi

De nombreuses personnes apprécient la prévisibilité et un certain degré de sécurité dans leur environnement de travail. La pandémie a accentué l’incertitude économique pour certains groupes, notamment les personnes en situation précaire. Tout au long de la pandémie, certains secteurs et professions ont dû être fermés à de multiples reprises pour des raisons de santé publique (notamment des milliers de travailleurs du secteur de l’hôtellerie et de la restauration). L’amélioration de la qualité du travail au Canada passera peut-être par un soutien accru à un revenu minimal garanti et à la planification et l’orientation de la transition de carrière.

L’essor du travail à la demande a accentué la précarité de l’emploi pour de larges segments de la population active. Les jeunes, les travailleurs des services et les domaines créatifs sont particulièrement touchés. Alors que le gouvernement fédéral entreprend des consultations en vue d’une réforme du programme d’assurance-emploi (AE), la résultante doit faire en sorte que l’amélioration de la sécurité de l’emploi, notamment par la garantie du congé parental, de l’assurance-emploi et un salaire acceptable ne soient pas que l’acquis de certains travailleurs seulement, mais accessibles au plus grand nombre.

L’environnement de travail

Ces dernières années, les employeurs ont été mis au défi d’assurer la santé et la sécurité de leurs employés tout en assurant la survie de leur entreprise. Bien que la conversation portait surtout sur les risques pour la santé physique, nos recherches montrent que la santé mentale est également une composante importante de la qualité du travail pour les Canadiens.

De récentes discussions sur l’équilibre entre le travail et la vie privée, y compris la législation sur le droit à la déconnexion, se déroulent déjà dans les lieux de travail canadiens. Les recherches montrent que les pratiques des employeurs, notamment la flexibilité des horaires et les approches en matière de diversité et d’inclusion, sont essentielles à la création d’un environnement de travail de qualité. Les employeurs qui sont en mesure d’innover et d’ouvrir la voie dans ce qui touche à la diversité, à l’équité et à l’inclusion seront les modèles de notre avenir.

Le développement des compétences

Nous savons que les gens considèrent systématiquement les possibilités d’apprentissage, de croissance et de développement comme des aspects essentiels de leur qualité de travail. Le Centre des compétences futures entend souvent les employeurs affirmer que le développement des compétences est tout autant crucial pour l’atteinte de leurs objectifs. Par exemple, dans une étude sur l’industrie automobile menée par le Diversity Institute de l’Université Ryerson, le développement des compétences est considéré comme essentiel pour les employeurs qui naviguent dans une économie en évolution rapide et qui comptent sur les compétences de leurs employés pour stimuler leur croissance.

De même, dans une enquête récente menée auprès d’employeurs de tout le Canada, 75 % d’entre eux ont déclaré que la pénurie de travailleurs qualifiés représentait un défi sérieux ou très important. Pourtant, beaucoup d’entre eux (en particulier ceux des petites et moyennes entreprises) ne sont pas au courant de l’existence des soutiens ou services qui peuvent aider les employés à développer leurs compétences et à planifier leur carrière.

Par ailleurs, une autre enquête a également révélé que 73 % des employeurs reconnaissent qu’il leur incombe aussi de proposer des programmes de gestion de carrière à leurs employés. Le développement des compétences et la gestion de carrière sont plus essentiels que jamais, et des politiques solides doivent être mises en place pour garantir que les solutions sont ciblées et efficaces.

Des individus aux systèmes

Investir dans un travail de qualité peut transformer des vies. Nous voyons des preuves de programmes qui changent la vie des gens, qu’il s’agisse d’immigrants nouvellement arrivés qui trouvent un emploi dans leur domaine de compétence, de jeunes qui font leur entrée sur le marché du travail, de travailleurs en milieu de carrière qui cherchent de nouvelles possibilités dans des secteurs en croissance ou d’employeurs qui renforcent leur main-d’œuvre en investissant dans les compétences. Il s’agit d’outils essentiels pour une reprise équitable et pour un avenir inclusif et prospère qui comprend un revenu complété par des avantages sociaux, un bon environnement de travail et la sécurité de l’emploi.

La politique de l’emploi au Canada doit veiller à ce que les investissements profitent à la fois aux travailleurs et aux employeurs.

Cet article fait partie du dossier spécial L’avenir du travail et de la formation.

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Tricia Williams
Tricia Williams est directrice de la recherche, de l’évaluation et de la mise en commun des connaissances du Centre des compétences futures. Twitter @TriciaW_22, @fsc_ccf_en et @fsc_ccf_fr

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