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Au début de l’été, nous avons participé à une conférence sur l’innovation rurale à Estevan, en Saskatchewan. Les échanges nous ont amenées à réfléchir à ce qui fait la résilience d’une collectivité, à sa capacité de tirer parti de nouvelles occasions de développement et aux conditions qui favorisent l’innovation.
Estevan, l’une des dix collectivités étudiées dans le cadre du projet « Transformations communautaires » de l’IRPP, affirme vouloir jouer un rôle plus actif dans la définition de son avenir économique et dans le renforcement de sa résilience. Mais qu’est-ce que cela signifie concrètement ?
Que signifie être résilient ?
Le produit intérieur brut (PIB), qui mesure la valeur de l’ensemble des biens et services produits dans un pays, demeure l’un des principaux indicateurs utilisés pour évaluer la santé d’une économie. Et pourtant, son concepteur lui-même, l’économiste Simon Kuznets, mettait déjà en garde contre son utilisation comme mesure du bien-être de la société.
À bien des égards, le niveau de vie matériel n’a jamais été aussi élevé qu’actuellement. Cette amélioration s’est accompagnée d’une hausse du PIB mondial. Mais cet indicateur ne dit rien sur des dimensions essentielles, comme le nombre de décès liés aux maladies infectieuses ou encore l’accès à l’eau potable.
Nous partageons donc la réserve exprimée par Kuznets et croyons qu’il faut aller plus loin. Aller au-delà du PIB suppose d’évaluer ce qui crée réellement de la valeur dans une économie. Cela revient à reconnaître que la santé, les liens sociaux et le bien-être collectif sont eux aussi des actifs économiques, puisqu’ils soutiennent la prospérité à long terme.
Les avantages économiques d’investir dans le bien-être
Certaines études montrent que les communautés où la qualité de vie est faible doivent consacrer davantage de ressources aux services policiers, aux interventions d’urgence et aux soins de santé. Ces dépenses, bien qu’essentielles, réduisent la marge de manœuvre nécessaire pour investir dans le développement économique et préparer l’avenir.
Le bien-être influence directement la capacité d’une collectivité à se développer et à saisir de nouvelles possibilités. Une population en santé participe davantage au marché du travail. Une meilleure éducation favorise une main-d’œuvre plus qualifiée. Un logement adéquat facilite l’accès à l’emploi. Enfin, les collectivités qui offrent un milieu de vie attrayant et des installations collectives réussissent davantage à attirer et à retenir les talents permettant d’innover.
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Depuis longtemps, on a présumé que la croissance du PIB profitait ultimement à tout le monde, à l’image d’une marée montante qui soulève tous les bateaux. Mais cette vision ne tient pas toujours compte de ce que recherchent réellement de nombreuses collectivités; la santé, le bonheur et le sentiment d’appartenance.
Pour placer le bien-être au cœur des décisions publiques, il faut d’abord définir ce que la communauté souhaite devenir, recenser les ressources qui lui permettront d’y parvenir et se doter d’indicateurs pour suivre les progrès réalisés.
Les défis de mise en œuvre
Dans une étude menée auprès de municipalités représentant le quart des collectivités de la Saskatchewan, les participants interrogés ont évoqué plusieurs obstacles à l’intégration du bien-être dans les politiques et les programmes. Elles ont notamment mentionné le manque de ressources humaines et financières, le manque de temps, l’absence de données, l’incertitude quant à la marche à suivre ainsi qu’un soutien parfois insuffisant de la part de la communauté.
Des recherches menées en Nouvelle-Zélande suggèrent que ces défis peuvent être surmontés grâce à un leadership fort, à la collaboration, à une communication ouverte et à la prise en considération des leçons tirées des réussites et des échecs passés.
Mesurer pour mieux décider
Plusieurs municipalités au Canada disposent déjà de stratégies et de plans en matière de bien-être, et Statistique Canada dispose d’un grand nombre des indicateurs nécessaires pour mesurer les progrès.
Pour intégrer les indicateurs communautaires dans les processus de planification stratégique et de budgétisation, les municipalités peuvent d’abord définir collectivement ce qu’est le bien-être de leur communauté et impliquer les groupes communautaires dans les décisions d’investissements.
Pour aller plus loin, elles pourraient ajouter une question sur la qualité de vie dans les rapports du conseil municipal, par exemple : « En quoi cette décision affecte-t-elle le bien-être des habitants ? »
Elles pourraient également adopter un « budget du bien-être », où chaque décision financière serait évaluée selon son effet attendu sur la qualité de vie de la population.
Plusieurs initiatives déjà mises en œuvre en Saskatchewan illustrent cette approche :
- l’élaboration d’un indice provincial calqué sur l’indice canadien et utilisant les données de Statistique Canada ;
- la création de plans de sécurité et de bien-être communautaires avec les collectivités rurales ;
- la prise en compte des besoins spécifiques des municipalités rurales ; et
- le renforcement des capacités des municipalités en matière de collaboration grâce à des incitations financières, telles que l’Initiative de soutien sectoriel ciblé de la Saskatchewan.
Avec sa Loi de 2007 sur l’aménagement et le développement, la Saskatchewan montre que les provinces peuvent intégrer efficacement la qualité de vie dans l’aménagement municipal en rendant ce critère obligatoire dans les politiques en matière d’aménagement du territoire, de logement, de transports, de sécurité publique, de services communautaires, de loisirs, de gestion de l’environnement et de développement économique.
Les provinces peuvent aussi soutenir les infrastructures municipales essentielles — notamment les réseaux d’eau, les hôpitaux et les écoles — et consacrer une plus grande part des revenus tirés des ressources naturelles au financement des services qui contribuent directement au bien-être collectif.
Ces initiatives gagnent à s’appuyer sur des recherches rigoureuses. Les partenariats entre municipalités et institutions d’enseignement supérieur permettent notamment d’évaluer l’impact des politiques publiques et des choix budgétaires. Les travaux réalisés par la Johnson Shoyama Graduate School of Public Policy, en 2022, illustrent bien cette contribution à la promotion du bien-être dans l’élaboration des politiques municipales.
Le gouvernement fédéral pourrait lui aussi renforcer cette approche en élargissant les critères d’admissibilité au volet de prestation directe du Fonds pour bâtir des collectivités fortes pour mieux répondre aux besoins des municipalités. Il pourrait également conclure des ententes de transformation communautaire avec les régions exposées à des chocs économiques et y intégrer des objectifs liés au bien-être. De telles ententes favoriseraient une meilleure coordination entre les différents ordres de gouvernement et permettraient d’investir dans la résilience avant que les crises ne surviennent.
Repenser le sens de « prospérer »
Repenser le PIB ne suffit pas. Il faut aussi revoir notre conception de la vitalité des collectivités. Le bien-être ne devrait plus être considéré comme une simple responsabilité du secteur social, mais comme le fondement même de la prospérité économique. En plaçant la santé, la qualité de vie, les liens sociaux et la protection des ressources naturelles au cœur des décisions publiques, les gouvernements investiront non seulement dans l’économie d’aujourd’hui, mais aussi dans la résilience des collectivités de demain.


