(English version available here.)
Alors que le gouvernement fédéral cherche à consolider les fondements économiques du Canada par de nouveaux accords commerciaux et des projets d’envergure, il pourrait et devrait faire davantage pour aider les petites villes et les communautés rurales à surmonter les difficultés et à saisir les opportunités.
Le discours prononcé à Davos par le premier ministre Mark Carney a souligné l’importance de la transformation économique du Canada à une époque marquée par la rivalité entre les grandes puissances et le déclin de l’ordre international fondé sur des règles. Les systèmes qui ont longtemps soutenu notre prospérité – les alliances commerciales, les chaînes d’approvisionnement et un ordre international coopératif – sont en train d’être redessinés.
Les grandes lignes de la réponse du gouvernement vont dans le bon sens, en mettant l’accent sur la diversification commerciale, la capacité industrielle de défense et la compétitivité climatique.
Mais nos communautés – celles qui se trouvent en première ligne de ce que le premier ministre Mark Carney décrit comme une rupture – semblent être laissées pour compte, alors même que certaines d’entre elles luttent pour leur survie.
Les gouvernements disposent de nombreux leviers pour les aider, notamment des politiques proactives qui soutiennent l’ensemble de la communauté pendant les périodes de perturbation, aident les grands employeurs à s’adapter au changement, accompagnent les travailleurs vers de nouvelles occasions d’emploi et renforcent les stratégies de développement économique menées par les communautés et les entrepreneurs ruraux.
Réponse fédérale limitée
Malgré 156 mentions des communautés dans le budget fédéral 2025, celui-ci ne fait nulle part le lien entre les mesures annoncées et les défis majeurs auxquels elles font face. Le fonds de 51 milliards de dollars sur dix ans pour renforcer les communautés est important, mais son champ d’application se limite aux infrastructures municipales de base (routes, eaux usées, hôpitaux) plutôt qu’aux initiatives fondamentales visant à soutenir la résilience.
Les petites communautés qui dépendent de secteurs touchés ne font pas seulement face à un ralentissement économique. Elles risquent des fermetures d’installations et des licenciements pouvant avoir des effets d’entraînement dévastateurs pour les travailleurs, les entrepreneurs, les restaurants, les administrations locales et les organisations à but non lucratif. Dans le pire des cas, les prix de l’immobilier pourraient chuter au point que les gens doivent rembourser plus que la valeur réelle de leur maison.
Le projet de transformation communautaire de l’Institut de recherche en politiques publiques (IRPP) a identifié les communautés qui pourraient subir des perturbations dans les décennies à venir par la transition énergétique mondiale ou les changements de politique commerciale aux États-Unis. Ces communautés, souvent plus petites et en régions éloignées, comptent un grand nombre d’emplois dans les secteurs de la fabrication, des ressources naturelles ou de l’agriculture.
Pourtant, la réaction des gouvernements à une fermeture ou à un licenciement consiste encore à se concentrer uniquement sur les travailleurs et les employeurs directement touchés. Souvent, les actions prises sont insuffisantes et tardives.
On peut faire mieux
Et si les gouvernements adoptaient plutôt des approches proactives visant à renforcer la résilience de ces communautés fragilisées et soutenaient l’ensemble de leurs citoyens à travers des transformations économiques majeures ?
Et si les investissements dans des projets d’envergure s’accompagnaient de plans coordonnés de formation et de soutien aux fournisseurs entrepreneurs locaux, plutôt que d’un afflux de travailleurs de l’extérieur ?
Et si les dépenses consacrées au développement économique visaient à renforcer les stratégies communautaires et les entrepreneurs des régions éloignées plutôt que de dicter des priorités ?
Et si les politiques industrielles du gouvernement, en collaboration avec les dirigeants communautaires, aidaient les grands employeurs à s’adapter aux changements économiques structurels ?
Et lorsqu’une communauté est confrontée à une fermeture importante, que se passerait-il si une équipe d’intervention rapide venait en aide aux entreprises, aux travailleurs, aux ménages, aux administrations locales et aux organisations communautaires pour les aider à relever ces défis ?
Cette approche n’est pas de la charité. Elle vise à renforcer la résilience du Canada à partir de la base. Le moment est venu pour les Canadiens de se serrer les coudes afin de consolider nos secteurs les plus exposés pour qu’ils puissent se propulser vers l’avenir.
Une stratégie de résilience communautaire ne doit pas remplacer les efforts de construction nationale. Elle peut plutôt être intégrée à chaque initiative, qu’il s’agisse de grands projets, de diversification commerciale, de capacité de défense ou de compétitivité climatique, par exemple.
Les petites villes, les villages, les zones rurales et les communautés autochtones du Canada sont trop souvent négligés dans ces stratégies, alors que près de 40 % des Canadiens vivent dans des communautés de moins de 100 000 habitants.
Le pari de Carney : bâtir l’avenir du Canada tout en réduisant la fonction publique
Agir ou subir ? Le Canada face à la nouvelle économie mondiale
Certaines mesures prometteuses ont été prises, telles que :
· le partenariat de 100 millions de dollars entre la Banque de développement du Canada et le Réseau de développement des communautés pour soutenir les entrepreneurs des régions rurales ;
· la création d’alliances pour la main-d’œuvre afin de mieux coordonner les investissements publics et privés dans le développement des compétences ;
· l’engagement pris dans le budget fédéral de novembre d’allouer 1 milliard de dollars sur quatre ans à des infrastructures à double usage dans l’Arctique ; et
· la politique « Achetez canadien » et le fonds d’intervention stratégique, qui contribueront également dans une certaine mesure.
Mais il reste encore un long chemin à parcourir avant de pouvoir déclarer que les collectivités canadiennes sont résilientes.
Alors que le gouvernement Carney met en œuvre sa stratégie de réponse à la rupture à laquelle le Canada est confronté, il devrait veiller à ce que chaque région du pays dispose des outils nécessaires pour gagner la bataille, non seulement pour sa survie, mais aussi pour la prospérité future du pays dans le contexte de réalignement mondial en cours.

