(Cet article a été traduit de l’anglais.)

Il est temps de mieux développer notre infrastructure de recherche numérique (IRN), en la fondant sur l’équité, la diversité et l’inclusion. De cette manière, le Canada pourra devenir un chef de file en la matière. La plupart des partisans d’une plus grande représentativité en milieu de travail la défendent par souci de responsabilité sociale. Cela est fort louable. Toutefois, peu d’entre eux ont associé une meilleure représentation à des bénéfices économiques. Cela est particulièrement vrai dans le domaine de l’infrastructure de recherche numérique (IRN) où le Canada bénéficie déjà directement d’une main-d’œuvre diversifiée. Nous pourrions toutefois exploiter notre potentiel bien davantage.

En 2018, le gouvernement du Canada a pris une mesure positive visant à coordonner notre puissance informatique et notre connectivité nationale avec les meilleurs logiciels et services de stockage de données disponibles grâce à sa stratégie pour l’IRN. Dans ce cadre, un nouveau programme de contribution a été établi, en vertu duquel l’Alliance de recherche numérique du Canada (anciennement la Nouvelle organisation d’infrastructure de recherche numérique) recevra jusqu’à 375 millions de dollars pour coordonner et diriger la stratégie nationale d’IRN. En tant qu’organisme fédéral sans but lucratif, l’Alliance cherche à établir et à maintenir un écosystème d’IRN solide et dynamique au Canada.

L’IRN est un ensemble d’outils et de services qui permettent aux chercheurs de transformer les mégadonnées en percées scientifiques. Les données ne sont pas simplement le nouveau pétrole de notre économie, mais aussi un rouage essentiel du progrès scientifique. De vastes volumes de données utiles et échangeables, bien construits et clairement définis, sous-tendent des travaux de recherche et des politiques de qualité dans toutes les disciplines. À mesure que la course mondiale à l’innovation s’accélère, seuls les pays qui disposent d’une IRN de calibre mondial pourront demeurer compétitifs.

En ma qualité de premier chef de la direction de l’Alliance de recherche numérique du Canada, une des priorités émergentes qui s’impose à mes yeux est de trouver des façons de former et de maintenir en poste le personnel hautement qualifié dans le domaine de l’IRN. Ce personnel regroupe notamment les conservateurs de données, les analystes, les archivistes, les développeurs de logiciels et les administrateurs de systèmes qui soutiennent et gèrent l’équipement sous-jacent. L’expertise en cybersécurité permet de protéger le savoir créé. De plus, en faisant de l’équité, de la diversité et de l’inclusion des critères centraux dans nos processus d’embauche et de formation, nous nous assurerons d’avoir une main-d’œuvre solide, novatrice, créative et concurrentielle.

Les atouts du Canada en matière de diversité et de multiculturalisme confèrent déjà un avantage certain pour nos exportations de technologies, comme les logiciels et les applications. Nos produits sont très attrayants pour les autres pays. En comparaison avec ceux provenant d’autres régions du globe, leur adoption est jugée plus facile pour les utilisateurs, notamment pour les marchés d’Europe, d’Asie et d’Amérique du Sud. Pourquoi ?

Un produit technologique canadien a de bonnes chances d’être créé par une équipe de projet composée de personnes de différents pays, résultat direct des politiques canadiennes favorables à l’immigration et de notre stratégie en matière d’éducation internationale. Les expériences personnelles des membres d’une équipe de projet influencent la façon dont tout produit technologique canadien est conçu. L’adoption de ce produit sera probablement facilitée dans les marchés étrangers où l’utilisateur cible partage du vécu avec les membres de l’équipe de développement.

Autrement dit, l’avantage concurrentiel du Canada en matière d’exportation technologique doit beaucoup à notre tissu social et à notre identité nationale.

Alors pourquoi ne pas élaborer nos politiques en fonction du plus grand atout de notre main-d’œuvre : sa diversité ?

Notre prospérité future réside dans notre diversité

Que peuvent faire les gouvernements et les employeurs pour favoriser l’équité, la diversité et l’inclusion ? Une opportunité historique se présente à nous et nous devons la saisir.

Un point de départ évident serait d’encourager les femmes à choisir en plus grand nombre des carrières dans les domaines des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques (les STIM). Depuis la fin du XXe siècle, de nombreux programmes de STIM ont travaillé à attirer plus de femmes. On s’efforce également d’accroître le nombre de mentores susceptibles de promouvoir et d’encourager les femmes à acquérir les compétences nécessaires pour réussir dans ce secteur et en faire un choix de carrière. Pourtant, selon un rapport publié en 2020 par les Femmes en communications et technologie, seulement 31,3 % des personnes employées dans le secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC) sont des femmes. Pire encore, 16 % des entreprises canadiennes du secteur des TIC ne comptent aucune femme parmi leurs cadres supérieurs, et seulement 4 % des plus grandes entreprises technologiques du Canada sont dirigées par des femmes.

Le Canada pourrait faire tellement mieux.

De même, comme option politique potentielle, nos concitoyens racisés pourraient être spécifiquement ciblés par des politiques d’immigration habilitantes qui permettraient d’attirer des individus compétents en haute technologie. Nous exportons de longue date nos talents technologiques aux États-Unis. Il serait peut-être temps d’attirer des talents similaires en misant sur l’attractivité de notre pluralisme et de notre qualité de vie. Une stratégie en matière d’IRN fondée sur l’équité, la diversité et l’inclusion aiderait tous les acteurs du domaine à travailler ensemble vers un objectif commun : faire du Canada un chef de file mondial en matière d’IRN et un pôle d’attraction pour les talents en technologie.

Il faut aussi examiner les partenariats à effet de levier. L’organisme national sans but lucratif Mitacs, par exemple, conçoit et met en œuvre depuis 20 ans des programmes de recherche et de formation au Canada. De concert avec 70 universités, 6 000 entreprises ainsi que les gouvernements fédéral et provinciaux, il établit des partenariats qui soutiennent l’innovation industrielle et sociale au Canada.

Le Défi 50‑30 est une initiative distincte, mais connexe, créée conjointement par le gouvernement du Canada, la société civile et le secteur privé, qui vise à atteindre la parité hommes-femmes et une représentation significative (au moins 30 %) des groupes sous-représentés dans les conseils d’administration et les postes de direction, afin de bâtir un avenir économique plus diversifié, plus inclusif et plus dynamique.

Ces deux programmes pourraient gagner à unir leurs forces. En effet, l’établissement d’objectifs communs entre la formation offerte par Mitacs et les initiatives du gouvernement fédéral en matière d’équité, de diversité et d’inclusion permettrait de maximiser les efforts en matière d’efficience et d’équité sociale.

De même, une entente tripartite entre Mitacs, Innovation, Science et Développement économique Canada (ISDE) et l’Alliance de recherche numérique du Canada pourrait cibler les femmes, les Autochtones, les Noirs, les membres de la communauté LGBTQ2+ et d’autres communautés sous-représentées afin de tirer parti de leurs expériences uniques dans le domaine de l’IRN. En cette période de conception de la nouvelle stratégie canadienne en matière d’IRN, les questions d’équité, de diversité et d’inclusion doivent occuper une place prépondérante.

Des politiques audacieuses conduisent à des avancées audacieuses. C’est ainsi que nous résoudrons les problèmes de représentation des populations racisées, des Autochtones et des autres groupes marginalisés. Toutefois, plutôt que de réinventer des solutions, il faudrait peut-être établir un cadre plus cohérent pour que nous tendions tous vers les mêmes résultats.

Le Canada doit faire des progrès non seulement dans la façon dont nous concevons cette stratégie, mais aussi dans le choix des personnes qui seront appelées à l’exécuter.

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Nizar Ladak est PDG de l’Alliance de recherche numérique du Canada. En 2021, il a reçu le prix Leaders and Legends Distinguished Service Award de l’Ontario Institute for Studies in Education (OISE). Il a été sélectionné en 2019 comme l’un des 25 meilleurs immigrants du Canada par la Banque Royale du Canada et le magazine Canadian Immigrant.

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