Nos politiques climatiques nous rapprochent de notre cible de réduction des GES. Le Canada doit les maintenir, tout en incitant les provinces à faire plus.

(Cet article a été traduit en anglais.)

Dans l’Accord de Paris, le Canada s’est engagé à réduire de 30 % ses émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2005. Même si cette cible doit être revue à la lumière de la science climatique, la campagne électorale a remis cette promesse à l’ordre du jour et soulevé une question importante : le Canada est-il en voie d’atteindre sa cible en matière de réduction des émissions de GES ? La réponse à cette question est complexe.

Il faut se méfier des déclarations selon lesquelles nous avons déjà, en 2019, failli à notre objectif de réduire les émissions de GES de façon importante d’ici 2030. Nous devons plutôt, dès maintenant, évaluer les avancées à cet égard à l’horizon 2030 et ajuster le tir au besoin. Pour ce faire, nous utilisons les indicateurs de durabilité de l’environnement que le gouvernement du Canada met à jour chaque année.

En effet, le Canada publie les projections sur ses émissions de GES depuis 2011. Il s’agit d’une référence fiable. Ces projections ont été formulées et revues tant sous des gouvernements conservateurs que libéraux. Et l’équipe de modélisateurs qui les élabore est demeurée en grande partie inchangée au fil des ans. Les comparaisons sont donc non partisanes.

Un bémol, toutefois : les projections pour 2030 comportent une part d’incertitude, car elles font appel à des données complexes pour modéliser les émissions. D’une part, elles se fondent sur plusieurs hypothèses concernant, entre autres, le taux de croissance de la population et du PIB, l’innovation technologique et son déploiement, ainsi que les tendances des prix mondiaux du gaz naturel et du pétrole. D’autre part, les projections doivent intégrer la diversité des politiques nationales et provinciales qui ont une incidence sur la pollution carbone des grandes industries, tout en tentant de prévoir les changements de comportements des particuliers, et ce, jusqu’à l’horizon 2030.

Les émissions de GES diminuent au Canada

Bien que les émissions de GES aient fluctué au cours des 10 dernières années, les prévisions fédérales démontrent qu’elles diminueront au cours de la prochaine décennie (voir la figure ci-dessous).

Avant 2016, le bilan du Canada affichait un écart de 300 mégatonnes (Mt) d’équivalent de dioxyde de carbone entre sa cible de 2030 et les émissions projetées, qui étaient alors de 815 Mt. À partir de 2016, en raison de ses obligations découlant de l’Accord de Paris, le gouvernement a mis en place de nouvelles politiques climatiques (voir plus loin) qui ont entraîné une baisse des projections de nos émissions. Le plus récent rapport sur les projections des GES (2018) repose sur l’hypothèse que toutes les politiques prévues seront mises en œuvre, y compris celles concernant le secteur de l’Affectation des terres, des changements d’affectation des terres et de la foresterie (ATCATF). (Ce secteur permet de prendre en compte ce qu’on appelle des « solutions nature », soit des pratiques d’aménagement du territoire qui augmentent la captation du carbone.) Selon ce rapport, l’écart entre notre cible de réduction des GES ― 513 Mt d’ici 2030 ― et nos émissions projetées ― 592 Mt ― est donc réduit à 79 Mt, ce qui nous amène à une réduction de 19 % par rapport à 2005. Il faut noter que certaines mesures, comme les investissements en transport en commun, n’ont pas été modélisées dans les projections et pourraient contribuer à réduire cet écart de 79 Mt, du moins en partie. De futures mesures devront toutefois être mises en place pour atteindre des réductions de 30 %.

Ainsi, le retard du Canada s’amenuise et nous nous rapprochons de notre cible.

La cible de 2030 et les politiques des provinces

Contrairement à certaines idées véhiculées par les politiciens en campagne électorale, les politiques climatiques canadiennes permettront véritablement de réduire nos émissions de GES au cours des 10 prochaines années, et ce, sans freiner la croissance économique. Notre objectif pour 2030 est donc à portée de la main, à condition que lesdites politiques demeurent en place et que des efforts supplémentaires soient entrepris pour réduire nos émissions de 79 Mt additionnelles.

Les politiques publiques qui rendent ces réductions possibles sont :

  • la norme fédérale sur les combustibles propres ;
  • la tarification du carbone ;
  • le règlement fédéral pour éliminer les centrales au charbon d’ici 2030 ;
  • les règlements supplémentaires sur l’efficacité énergétique.

Nous devons également prendre en considération les politiques climatiques provinciales. Rappelons que deux gouvernements provinciaux nouvellement élus ont annulé des politiques et des programmes visant à réduire les émissions de GES. Le retrait de l’Ontario du marché du carbone Québec-Californie, l’abandon de ses programmes d’investissement dans les énergies renouvelables ainsi que l’adoption d’un plan climat moins ambitieux ajouteront 30 Mt aux émissions de carbone d’ici 2030. Quant à l’Alberta, faisant fi de l’urgence climatique, elle a abandonné sa tarification du carbone et d’autres mesures climatiques, tout en continuant de produire du pétrole et du gaz. Ces décisions auront de graves conséquences sur le profil des émissions de GES du Canada.

Les politiques climatiques provinciales ont donc une incidence majeure sur nos émissions de GES. Comme nous le rappellent plusieurs économistes, l’uniformité de la tarification carbone au Canada est un facteur important pour assurer la réduction des GES au pays. Il faut à tout prix éviter de déplacer les activités polluantes vers les provinces où le coût de la pollution carbone est moindre.

La Cour d’appel de l’Ontario a tranché récemment en faveur de l’intervention du fédéral dans l’établissement de normes pour réglementer les émissions de GES au pays. En raison de l’urgence climatique, elle a statué que, si les provinces ont le pouvoir de prendre des mesures pour lutter contre la pollution et les GES émis sur leur territoire, seul le Parlement peut imposer des normes minimales pour tout le pays, comme il le fait par la tarification du carbone. Elle a aussi souligné que le refus de certaines provinces de mettre en place de telles mesures nuit à celles qui prennent les changements climatiques au sérieux, créant ainsi une iniquité envers les provinces proactives.

Revenons donc à la question initiale : sommes-nous en voie d’atteindre notre cible de réduction des émissions de GES ? Selon les données, il semble que nous nous en rapprochons, mais à certaines conditions seulement, dont le maintien des politiques climatiques actuellement en place et la pleine participation de toutes les provinces canadiennes à la lutte contre le réchauffement climatique.

Mais la cible actuelle du Canada ne va pas assez loin. Dans l’Accord de Paris, les pays signataires se sont engagés à contenir le réchauffement planétaire bien en dessous de 2 C et à favoriser la poursuite des efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5 C. La cible canadienne pour 2030 a été adoptée par le gouvernement précédent et n’a pas été revue depuis. Or, pour éviter une hausse de la température de plus de 1,5 °C, les scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) recommandent dans leur rapport de 2019 de réduire d’ici 2030 les émissions mondiales de 45 % par rapport aux niveaux de 2010 et d’amener les émissions nettes à zéro en 2050. Et cela sans compter la responsabilité historique du Canada en tant que pays riche. Nous devons donc faire plus, et même beaucoup plus.

Même si nous sommes sur la bonne voie, la cible actuelle du Canada (pour utiliser une métaphore) ne constitue qu’une étape en mi-montagne. Le sommet que nous devons atteindre pour éviter les pires impacts des changements climatiques se trouve beaucoup plus haut. Une randonnée ardue nous attend, mais il paraît qu’une fois au sommet, la vue est splendide.

Cet article fait partie du dossier Élections 2019.

Photo : Shutterstock / Elnur


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