OTTAWA – Le gouvernement fédéral assouplit les restrictions liées à la COVID-19 pour les fonctionnaires et permet un retour complet des travailleurs dans des immeubles qui sont pratiquement abandonnés depuis deux ans.

Les nouvelles directives sanitaires permettront un retour au bureau à pleine occupation, avec le maintien de certaines mesures préventives. Le plus gros changement est que les employés n’ont plus à porter le masque lorsqu’ils sont à leur poste ou pendant les réunions, pourvu qu’ils puissent maintenir une certaine distanciation.

Dany Richard, président du syndicat et coprésident du Conseil national mixte patronal-syndical, a dit que les ministères mettront en place des projets-pilotes avec les nouvelles directives.

Selon M. Richard, les ministères vont encourager leurs employés à revenir au bureau pendant quelques jours pour « se faire une idée », après deux ans de travail à domicile. Le retour au travail en présentiel pourra ensuite être planifié en fonction des commentaires des employés, a-t-il ajouté.

Un retour au bureau sur fond de négociations

En comparaison avec d’autres employeurs au pays, le gouvernement fédéral a mis du temps à organiser le retour au bureau, depuis que le variant Omicron a frappé peu avant Noël et mis le projet sur la glace.

Ottawa a légèrement assoupli les restrictions en mars, mais les employés fédéraux devaient toujours porter des masques à l’intérieur, même s’ils étaient distancés physiquement, et même à l’extérieur, quand la distanciation n’était pas possible. Plusieurs cadres qui ne sont pas autorisés à parler publiquement ont affirmé que beaucoup d’employés étaient réticents à retourner au bureau, parce qu’ils trouvaient inconfortable de devoir porter un masque toute la journée.

Un retour graduel cet été, complété à l’automne

On s’attend à ce que le retour au bureau se fasse progressivement tout au long de l’été, avec une forte accélération d’ici septembre. Dany Richard dit que les ministères souhaitent conclure des ententes avec leurs employés quant aux modalités du télétravail d’ici l’automne, afin de préciser où ceux-ci travailleront, soit à distance, soit de manière hybride en spécifiant combien de jours par semaine ils devront être au bureau.

Selon les nouvelles directives, les services aux clients en personne peuvent reprendre normalement tant que les employés, les clients, les visiteurs et le public portent un masque lorsqu’ils interagissent à l’intérieur.

Un autre changement est que les employés qui ont été en contact étroit avec une personne infectée à la COVID-19 peuvent se rendre au bureau s’ils ne présentent aucun symptôme, ou si la santé publique leur a confirmé qu’ils n’avaient pas à se mettre en quarantaine. Toute personne dont le test est positif ou qui présente des symptômes devra rester à la maison pendant au moins sept jours et ne présenter aucun symptôme à son retour.

Les employés sont également invités à porter un masque chirurgical ou N95 à l’intérieur lorsqu’il est difficile de respecter la distanciation sociale, par exemple dans les ascenseurs, les couloirs et les escaliers. Le port du masque n’est plus nécessaire pour ceux qui travaillent à l’extérieur. Les ministères sont aussi encouragés à continuer de fournir des masques et à soutenir un climat de travail favorable au port du masque, afin que les gens se sentent à l’aise d’en porter un même lorsque ce n’est pas requis.

Le dépistage et le suivi des employés et des visiteurs vont cesser dans la plupart des endroits. Auparavant, ceux qui n’étaient pas complètement vaccinés ou qui étaient dispensés de l’être devaient passer un test rapide afin d’éviter qu’une personne infectée puisse se rendre au bureau.

Des recommandations, et non des obligations

On demande aux ministères de maintenir une signalisation avertissant les personnes malades de ne pas pénétrer dans un lieu de travail. Des mesures préventives telles que la ventilation, la désinfection et le lavage des mains sont toujours recommandées.

Ces lignes directrices s’appliquent aux ministères dont le Conseil du trésor est l’employeur. Des agences plus indépendantes ou distinctes, telles que l’Agence du revenu du Canada, Parcs Canada et l’Agence canadienne d’inspection des aliments sont encouragées à emboîter le pas.

Les directives sont des recommandations, donc pas obligatoires. Leur application incombe aux dirigeants, qui sont responsables de la santé et de la sécurité de leurs employés et de la gestion de leurs propres organisations.

Vers une main-d’œuvre hybride

Le gouvernement se tourne vers une main-d’œuvre hybride, avec des employés travaillant à la fois au bureau et à la maison. La façon dont cela se déroule varie beaucoup. Le Conseil du trésor a fait savoir dès le départ qu’il ne pouvait pas imposer une approche unique pour tous les ministères, puisque ceux-ci ont chacun leur propre mandat, de même que des lieux de travail aussi différents que des parcs, des bateaux, des sous-marins, des prisons ou des laboratoires.

Cela a mené à un pot-pourri d’approches. Certains salariés doivent être au bureau deux ou trois jours par semaine, tandis que d’autres peuvent décider avec leurs gestionnaires. On s’attend à ce que les postes de travail non attribués – disponibles pour le premier arrivé – soient la norme dans de nombreux ministères, à moins que les employés ne présentent un handicap ou qu’ils soient présents tous les jours au bureau. La question de savoir si les différents services gouvernementaux disposent de la capacité technologique et de la bande passante nécessaires pour gérer une main-d’œuvre répartie entre le domicile et le bureau demeure un enjeu. De nombreux employés ont également amené leur ordinateur – et même leurs chaises – chez eux. Ce matériel devra être rendu ou remplacé.

Après deux ans, de nombreux fonctionnaires sont habitués à travailler de la maison et seront réticents à retourner au bureau. Les gestionnaires s’attendent à ce que les employés qui souhaitent travailler à distance recherchent un emploi auprès des services qui offrent une telle possibilité.

L’obligation vaccinale maintenue ?

Les directives ne font cependant aucune mention de la politique de vaccination obligatoire, qui demeure le plus important outil de prévention de l’approche « par couches » du gouvernement fédéral pour freiner la propagation de la COVID-19 au travail.

Ottawa est présentement en train d’évaluer s’il lèvera ou prolongera l’obligation vaccinale, mise en place en octobre dernier. Présentement, tous les employés du secteur public et de la GRC doivent prouver qu’ils sont entièrement vaccinés contre la COVID-19, sans quoi ils risquent un congé sans solde.

Aujourd’hui, plus de 98 % des fonctionnaires fédéraux ont reçu au moins deux doses du vaccin. L’obligation vaccinale est également en vigueur pour les employés des industries sous réglementation fédérale.

Les syndicats ont appuyé l’obligation vaccinale, mais font pression pour que les personnes non vaccinées soient autorisées à retourner au travail. Ces dernières pourraient être accommodées en leur permettant de passer des tests de dépistage ou de travailler à distance.

L’autrice a bénéficié d’une bourse de journalisme Accenture sur l’avenir de la fonction publique.Découvreziciles autres chroniques de Kathryn May.

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Kathryn May
Kathryn May est la boursière Accenture en journalisme sur l'avenir de la fonction publique. Dans les pages d'Options politiques, elle examine les défis complexes auxquels font face les fonctionnaires canadiens. Elle a couvert la fonction publique fédérale pendant 25 ans pour le Ottawa Citizen, Postmedia et iPolitics. Gagnante d'un prix du Concours canadien de journalisme, elle a aussi mené des recherches sur la fonction publique pour le compte du gouvernement fédéral et d'instituts de recherches.

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