Le programme de formation de la main-d’œuvre (PACME) lancé par Québec peut bénéficier à de nombreux travailleurs, mais il comporte aussi des angles morts.

(Cet article a été traduit en anglais.)

Au Québec comme ailleurs, la pandémie de COVID-19 a entraîné la mise à pied de milliers de travailleurs pour une période indéterminée. En l’espace de deux mois ― de février à avril 2020 ―, le taux de chômage au Québec a augmenté de 5 à 17 %, et pourrait même dépasser 20 % cet été, une progression d’une rapidité jamais vue dans l’histoire de la province.

Pour mettre à profit cette période d’arrêt de travail involontaire, le gouvernement du Québec a lancé en toute hâte, le 6 avril dernier, le Programme actions concertées pour le maintien en emploi (PACME) dans le but d’aider les travailleurs à développer leurs compétences. Un tel programme en période de chômage élevé comporte de nombreux avantages, mais aussi des angles morts qu’il faut surveiller.

Le programme de formation PACME

Depuis le début de la pandémie, plusieurs programmes gouvernementaux, tant fédéraux que provinciaux, ont été mis en œuvre afin de soutenir la main-d’œuvre et les entreprises, lesquelles forment le tissu économique de notre société. L’objectif du PACME est d’amener les travailleurs à participer à des activités de formation afin qu’ils acquièrent des compétences en lien avec les emplois actuels et futurs, pour faire en sorte que les entreprises soient mieux préparées à la relance économique. Les entreprises qui s’adaptent aux nouvelles conditions de travail en réduisant les coûts, en trouvant de nouvelles méthodes de travail et en formant leur main-d’œuvre peuvent augmenter leur productivité pour mieux passer au travers de la crise actuelle. Le PACME rembourse 100 % des dépenses de formation de 100 000 dollars ou moins, incluant les coûts de formation et les salaires des employés jusqu’à un taux horaire de 25 dollars, et 50 % des dépenses de formation de 100 000 à 500 000 dollars.

Le PACME s’adresse aux entreprises et aux « promoteurs collectifs ». Ces derniers sont des institutions semi-publiques — comités sectoriels, comités régionaux et comités sociaux composés d’un éventail d’acteurs (employeurs, syndicats, milieu de l’éducation, etc.) — vouées au développement de la main-d’œuvre. Ils sont financés en grande partie par le gouvernement du Québec. L’institution phare de cet écosystème est la Commission des partenaires du marché du travail, qui finance 50 % du PACME par l’intermédiaire du Fonds de développement et de reconnaissance des compétences de la main-d’œuvre, auquel cotisent les employeurs. Le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale finance l’autre moitié du programme. Les promoteurs collectifs peuvent concevoir et dispenser leurs propres formations, mais en général, ils mettent en rapport les entreprises et les fournisseurs de formation.

Les principales activités de formation admissibles au PACME sont la formation de base des travailleurs, la francisation, les compétences numériques et la formation continue liée aux activités de l’entreprise, qu’elle soit en rapport direct ou non avec le poste occupé par l’employé. Dans le contexte de la crise de COVID-19, les modalités de formation devront respecter les consignes de la santé publique.

Les projets de formation seront acceptés jusqu’au 30 septembre 2020 ou jusqu’à l’épuisement de l’enveloppe budgétaire de 100 millions de dollars. La durée des projets peut varier de quelques jours à quelques mois, selon les besoins établis.

Les bénéfices

Il faut applaudir la rapidité avec laquelle le gouvernement du Québec a mis en place un tel programme de développement des compétences, en pleine période de bouleversement économique et social. Le PACME bénéficie de l’élimination d’une barrière importante à la participation à des activités de formation, soit le manque de temps. En effet, les recherches dans ce domaine ont démontré que le manque de temps contribuait au faible taux de participation des travailleurs à des activités de formation. Il y a 10 ans déjà que des responsables d’entreprise déclaraient ne pas être en mesure d’offrir du temps libre à leurs employés pour des activités de formation en raison de la quantité de travail.

Il faut saluer la souplesse dont le gouvernement du Québec a fait preuve en instaurant un programme provincial de développement des compétences qui est en complémentarité avec les nouveaux programmes fédéraux, notamment la Subvention salariale d’urgence et la Prestation canadienne d’urgence.

De plus, il faut saluer la souplesse dont le gouvernement du Québec a fait preuve en instaurant un programme provincial de développement des compétences qui est en complémentarité avec les nouveaux programmes fédéraux, notamment la Subvention salariale d’urgence et la Prestation canadienne d’urgence. Dans mes recherches sur les politiques publiques de développement des compétences, la complémentarité des programmes gouvernementaux apparaît en effet comme un facteur de succès et d’efficacité. Elle permet d’accroître les ressources et d’accueillir un plus grand nombre de participants aux activités de formation. Dans le cas du PACME, elle élimine un des obstacles les plus importants à la participation aux activités de formation : leur coût. Les salaires des travailleurs étant admissibles aux programmes fédéraux et les frais des activités de formation au PACME, les entreprises et les travailleurs seront d’autant plus incités à participer à des activités de formation.

Enfin, étant donné que la crise sanitaire durera encore plusieurs mois, on peut s’attendre à ce que le PACME ait un effet accélérateur sur le développement de l’offre de formation en ligne, laquelle suscitait déjà un intérêt grandissant au sein des entreprises. 

Des mises en garde

Le PACME s’adresse aux employeurs et vise les travailleurs qui ont conservé leur lien d’emploi, mais délaisse ceux qui sont au chômage. Toutefois, les employeurs peuvent faire une demande de formation au PACME pour les employés qu’ils ont mis au chômage, car un certain nombre de ceux qui ont perdu leur lien d’emploi avec leur employeur pourraient éventuellement être rappelés au travail. C’est là que les promoteurs collectifs mentionnés précédemment pourraient servir d’intermédiaires entre les travailleurs qui sont au chômage et les fournisseurs de formation en offrant de la formation à ces chômeurs. Une expérience concluante a déjà été réalisée dans le secteur des pharmacies il y a quelques années. Le PACME jouerait ainsi un rôle plus important encore auprès des milliers de travailleurs qui ont perdu leur emploi.

L’impact de la crise actuelle sur l’emploi varie d’un secteur d’activité économique à l’autre, de même que selon la taille de l’entreprise et le niveau de qualification de la main-d’œuvre. Pourtant, le PACME ne fait aucune distinction entre les demandeurs. Le programme sera en vigueur jusqu’au 30 septembre ou jusqu’à l’épuisement de son budget de 100 millions de dollars. Autrement dit, il fonctionne suivant le principe du premier arrivé premier servi.

Des études ont montré que les secteurs d’activité économique où l’on participe le plus aux activités de formation sont ceux qui sont à la fine pointe de la technologie ainsi que le secteur manufacturier hautement syndiqué. Elles ont révélé aussi que les petites et moyennes entreprises (PME) et les travailleurs peu qualifiés s’engagent plus rarement dans la formation. Or nous savons que la crise actuelle frappe davantage le secteur des services de proximité ― par exemple l’industrie du tourisme, la restauration, le commerce de détail ―, qui est essentiellement composé de PME et dont les travailleurs sont généralement peu qualifiés et ont de bas salaires. C’est donc, paradoxalement, ces PME et ces travailleurs ― même si le chômage demeurera élevé et les emplois seront difficiles à trouver dans ce secteur ― qui risquent de participer en moins grand nombre au PACME.

Paradoxalement, ce sont les PME et les travailleurs peu qualifiés qui risquent de participer en moins grand nombre au PACME.

Prioriser le développement des compétences de certains secteurs d’activités économiques, en fonction de la taille des entreprises et du niveau de qualification de la main-d’œuvre, serait avantageux non seulement pour les personnes qui œuvrent dans ces secteurs, mais aussi pour toute la société québécoise. Les secteurs d’activités les plus affectés par la crise, les entreprises moins productives et les travailleurs peu qualifiés qui ont de bas salaires pourraient bénéficier grandement d’un programme visant à accroître leur productivité et leur richesse, au bénéfice de toute la collectivité.

Enfin, la durée du PACME, prévue jusqu’au 30 septembre 2020, semble trop courte étant donné l’incertitude entourant la date du retour à la normale de la situation économique. On ne prévoit pas qu’un vaccin contre la COVID-19 soit disponible avant 2021. Ce qui signifie que l’économie pourrait fonctionner au ralenti pendant plusieurs mois encore. Le gouvernement devrait envisager de prolonger le PACME jusqu’au 31 décembre 2020 et accroître son budget en conséquence afin de permettre à un plus grand nombre de PME et de travailleurs peu qualifiés, notamment les plus vulnérables, d’en bénéficier. Une prolongation pourrait aussi être avantageuse pour les milieux de travail où la formation ne peut se donner à distance. Au moment de la levée des mesures sanitaires, ceux-ci pourraient alors accéder à des formations en direct et ainsi tirer profit du programme.

Le PACME est une occasion historique de hausser le niveau des compétences dans plusieurs secteurs d’activité. Il faudrait voir à ce qu’il puisse bénéficier avant tout aux PME et aux travailleurs peu qualifiés qui, en raison des coûts et du manque de temps, participaient moins aux activités de formation jusqu’à présent. Le PACME élimine certains obstacles à la formation ; il aura une incidence importante s’il peut rendre les PME et la main-d’œuvre peu qualifiée plus productives pour qu’elles s’engagent avec plus de vigueur dans la relance post-pandémie.

Cet article fait partie du dossier La pandémie de coronavirus : la réponse du Canada.

Photo : Le premier ministre du Québec François Legault arrive à la conférence de presse quotidienne avec le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale Jean Boulet, le 26 mars 2020, à Québec. La Presse canadienne / Jacques Boissinot.