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Dans un discours qui a beaucoup fait parler lors du Conseil national du Parti québécois à la mi-avril, Paul St-Pierre Plamondon a ramené à l’avant-plan la question de l’indépendance du Québec.

Estimant possible l’élection d’un gouvernement péquiste en 2026, le chef du PQ a laissé entendre que son ascension au poste de premier ministre serait accompagnée d’un référendum sur la souveraineté. Cela représenterait pour les Québécois l’ultime chance « de se donner une pérennité linguistique et culturelle ».

Et nous voilà repartis sur une question que l’arrivée au pouvoir de la CAQ avait évacuée des tribunes! Avec une maigre récolte de trois sièges à l’élection provinciale de 2022, plusieurs avaient enterré le Parti québécois. Son quasi-effacement de la scène politique signifiait certainement que le sempiternel débat sur la souveraineté du Québec pouvait enfin être clos.

Deux ans plus tard, les sondages d’opinion au Québec témoignent d’un spectaculaire revirement de situation. Si des élections avaient lieu aujourd’hui, le PQ finirait en tête, avec environ 33 % du vote. Mieux, en raison de la division de l’électorat québécois en cinq partis, le PQ pourrait même former un gouvernement majoritaire, pour la première fois en plus de 25 ans.

Tout ceci nous amène à reparler de référendum. La résurgence du PQ annonce-t-elle un regain du soutien à la souveraineté dans la province ?

En un mot : non.

La proportion de Québécois francophones qui s’identifient comme « principalement souverainistes » a très peu changé au cours des six dernières années (soit la période couverte par les sondages annuels de la Confédération de demain).

Actuellement, 23 % des Québécois francophones se décrivent comme étant principalement souverainistes. C’est plus que la proportion de ceux qui se disent principalement fédéralistes (18 %), mais pas très différent des années précédentes. Une proportion légèrement supérieure (29 %) se situe entre les deux options, et 23 % disent n’être ni l’un ni l’autre.

La même tendance se dégage lorsqu’on demande aux Québécois s’ils pensent que la souveraineté du Québec est une idée dépassée. À l’heure actuelle, un Québécois francophone sur deux (51 %) est de cet avis, une proportion similaire à ce qui était observé au début de cette série de sondages en 2019, mais aussi au moment où la question a été posée pour la première fois dans le sondage, il y a plus de 20 ans.

Entre-temps, les variations s’expliquent par une faible diminution des Québécois en désaccord avec l’énoncé, au profit des indécis.

 

Le tableau n’est pas plus encourageant pour le mouvement souverainiste si l’on considère spécifiquement les opinions des jeunes adultes. Seulement 16 % des Québécois francophones âgés de 18 à 34 ans se disent principalement souverainistes, et seulement 26 % ne pensent pas que la souveraineté du Québec est une idée qui a fait son temps.

Dans les deux cas, ces proportions sont inférieures à celles des générations plus âgées, mais également à celles du même groupe d’âge il y a vingt ans. Les Québécois millénariaux et ceux de la génération Z sont donc moins souverainistes que ceux de la génération X ou des baby-boomers au même âge.

 

Même les partisans actuels du Parti québécois ne sont pas tous principalement souverainistes. Les partisans du PQ (53 %) sont plus susceptibles de s’identifier comme principalement souverainistes que ceux de la CAQ (18 %), par exemple. Mais 39 % des partisans du PQ disent se situer entre les deux options ou n’adhérer ni à l’une, ni l’autre, alors que 7 % se considèrent principalement fédéralistes.  Par ailleurs, un péquiste sur trois (33 %) considère que le temps de la souveraineté du Québec est révolu.

Comment expliquer la résurgence du PQ, si ce n’est par un regain d’intérêt pour la souveraineté? La réponse est probablement une simple combinaison des faux pas des gouvernements québécois et canadien, et de l’incapacité des autres partis d’opposition à en tirer profit.

La proportion de Québécois insatisfaits de la direction du Canada a grimpé de 14 points de pourcentage entre 2023 et 2024 (de 32 à 46 %). L’insatisfaction à l’égard de la gestion du système de santé par la province (qui était déjà élevée) a également augmenté au cours de la dernière année. La proportion de personnes considérant que le gouvernement du Québec les représente le mieux a diminué, tandis que la proportion déclarant qu’aucun gouvernement ne les représente adéquatement a plus que doublé, passant de 11 à 24 %.

Pendant ce temps, le Parti libéral du Québec reste à la dérive et sans chef, et Québec Solidaire n’a toujours pas réussi à s’implanter en dehors des grandes zones urbaines. La politique, comme la nature, a horreur du vide, et le PQ, avec un leader plus charismatique, a su remplir cet espace.

Cela dit, avant que les fédéralistes concluent qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter – et que la montée du PQ dans les sondages est davantage motivée par des cauchemars sur les temps d’attente dans les hôpitaux que par des rêves d’indépendance – il convient de rappeler le revers de la médaille.

Alors que la proportion de Québécois francophones s’identifiant principalement comme souverainistes ne tend pas à augmenter, la proportion de ceux qui s’identifient principalement comme fédéralistes reste faible – moins d’un sur cinq. Seulement 42 % des Québécois estiment que le fédéralisme canadien présente plus d’avantages que d’inconvénients pour leur province. Et pour la sixième année consécutive, notre enquête révèle qu’environ 7 Québécois francophones sur 10 estiment que la langue française au Québec est menacée.

L’absence d’une résurgence du soutien à la souveraineté ne doit donc pas être interprétée comme une indication d’un soutien plus fort au fédéralisme.

Ceci est le premier d’une série de deux articles. Dans le second texte, les auteurs examinent plus en détail certains facteurs liés à l’appui à la souveraineté au Québec. 

Détails méthodologiques

Les sondages de la Confédération de demain sont des études annuelles menées par un regroupement d’importants organismes de recherche socio-économique et de politique publique du pays : l’Environics Institute for Survey Research, le Centre d’excellence sur la fédération canadienne, la Canada West Foundation, le Centre d’analyse politique – Constitution et fédéralisme, le Brian Mulroney Institute of Government et le First Nations Financial Management Board. Les enquêtes permettent aux Canadiens de s’exprimer sur les grandes questions qui façonnent l’avenir de la fédération et de leurs communautés politiques.

L’étude 2024 consiste en un sondage réalisé auprès de 6036 adultes entre le 13 janvier et le 4 mars 2024 (80 % des réponses ont été recueillies entre le 18 et le 26 janvier); 95 % des réponses ont été recueillies en ligne. Les autres réponses ont été recueillies par téléphone auprès de répondants vivant dans le Nord ou au sein des communautés autochtones.

Les résultats présentés ci-dessus concernent 1621 Québécois, dont 1297 francophones.

Les réponses à l’enquête sont pondérées en fonction de l’âge, du sexe, de la région, du niveau d’éducation, de l’identité autochtone et de la langue parlée à la maison, afin d’être représentatives de la répartition réelle de la population adulte canadienne.

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Andrew Parkin est directeur général de l’Institut Environics. Twitter @parkinac
Charles Breton est le directeur du Centre d’excellence sur la fédération canadienne à l’IRPP, et l'ancien directeur de la recherche à Vox Pop Labs. Il détient un doctorat en science politique de l’Université de la Colombie-Britannique.

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