Les différences entre les régions persistent au pays, mais la plupart des Canadiens pensent qu’on peut régler ces questions, selon une enquête d’Environics.

(Cet article a été traduit de l’anglais.)

Les différences politiques au sein du Canada sur des questions allant de l’énergie et l’environnement à l’immigration et à la meilleure façon de créer des emplois donnent parfois l’impression que le pays est totalement fragmenté. Néanmoins, les conclusions de l’enquête La confédération de demain : sondage de 2019 auprès des Canadiens (une des plus vastes études jamais menées sur l’opinion des Canadiens sur la fédération) montrent que cette impression est trompeuse, du moins en partie.

La recherche a été menée par Environics Institute for Survey Research, la Fondation Canada West, le Centre Mowat, le Centre d’analyse politique – Constitution et fédéralisme, l’Institut de recherche en politiques publiques et le Brian Mulroney Institute of Government de l’Université St. Francis Xavier.

L’enquête est fondée sur des recherches qui se sont échelonnées sur les dernières décennies, notamment Focus Canada d’Environics, et les études Portraits du Canada effectuées par le Centre de recherche et d’information du Canada (CRIC).

Trois Canadiens sur cinq sont d’avis que leurs compatriotes de toutes les régions du pays partagent les mêmes valeurs. Deux tiers ont confiance en la capacité des Canadiens à surmonter leurs différences. De plus, sept personnes sur dix voient le fédéralisme comme le meilleur système pour un pays aussi diversifié que le Canada.

Bien qu’un grand nombre de Canadiens se disent confiants, on aurait tort d’ignorer les opinions négatives. La frustration des Albertains, notamment, a atteint un niveau inégalé. La proportion d’entre eux qui estiment que leur province n’est pas traitée avec le respect qu’elle mérite, ou qu’elle a une influence trop faible sur les décisions qui se prennent à Ottawa est plus élevée que jamais. En outre, le pourcentage d’Albertains et de Saskatchewanais qui jugent que leurs provinces reçoivent des avantages si minimes du Canada qu’elles devraient quitter la fédération a doublé au cours de la dernière décennie, dépassant les 50 % pour la première fois.

L’Ouest canadien

Le Québec

Bien que l’intensification du sentiment d’être éloigné du centre dans ces deux provinces de l’Ouest est préoccupante, elle survient à un moment où la question de la souveraineté du Québec suscite moins d’inquiétudes dans l’Ouest. Toutefois, notons que malgré la popularité décroissante du Parti québécois et du Bloc québécois, la situation au Québec témoigne plus de la continuité que du changement. Moins d’un Québécois sur quatre se dit surtout fédéraliste, et la proportion de Québécois qui considèrent que la souveraineté du Québec est une idée dépassée n’a pas augmenté. Et plus de Québécois francophones se montrent aujourd’hui plus préoccupés par la protection de la langue française qu’au début des années 2000.

Notre complexité

Une analyse de ces opinions contrastées dans le cadre du sondage permet de brosser le portrait de la complexité actuelle. L’Alberta est devenue la province la plus insatisfaite de la fédération, et sa voisine, la Colombie-Britannique, la province la plus satisfaite. Le Canada atlantique compte à la fois l’une des provinces les plus mécontentes (Terre-Neuve-et-Labrador) et l’une des moins mécontentes (Île-du-Prince-Édouard), tandis que les tendances dans les provinces voisines, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse, vont dans des directions opposées. La même évolution se dessine dans le Nord canadien : au moment où les Canadiens des Territoires du Nord-Ouest deviennent de plus en plus mécontents, leurs voisins du Yukon se montrent plus favorables à la fédération canadienne qu’auparavant.

Rien n’illustre mieux cette complexité que nos identités. Peu de gens se considèrent uniquement comme Canadiens ou uniquement comme résidents de leur province. Trois personnes sur quatre éprouvent un sentiment d’appartenance à la fois au Canada et à leur province ou leur territoire. Il en est de même pour les peuples autochtones au pays : trois personnes sur quatre se considèrent à la fois comme Autochtones et Canadiens plutôt que seulement Autochtones ou seulement Canadiens. En outre, bien que le pays demeure un élément important de leur identité, d’autres aspects, notamment la langue, l’origine ethnique, la race et le sexe ont pris plus de place au fil du temps.

Sur ce fond d’identités multidimensionnelles et d’expériences divergentes, et en tenant compte du fonctionnement du pays, il importe de garder à l’esprit que nous avons une structure constitutionnelle unique qui nous sert bien, et ce, depuis longtemps. Pourtant, il n’a jamais été aussi important pour les Canadiens de s’écouter et d’apprendre les uns des autres. Il faut s’occuper encore de nombreuses revendications de façon appropriée, alors qu’une nouvelle génération de Canadiens grandit, qui n’a aucun souvenir des référendums et des ententes mégaconstitutionnelles mais voit de nouvelles priorités.

La plupart des gens ont confiance en la capacité des Canadiens à surmonter leurs différences au sein du pays. Espérons que nous trouverons à la fois les politiques appropriées et l’esprit à adopter pour leur donner raison.

Les coauteurs de cet article sont Donald Abelson (the Brian Mulroney Institute of Government), Martha Hall Findlay (la Fondation Canada West), Graham Fox (Institut de recherche en politiques publiques), Alain-G. Gagnon (Centre d’analyse politique – Constitution et fédéralisme) et Keith Neuman (Environics Institute for Survey Research). L’enquête La confederation de demain 2019 a été menée par ces organismes. Vous en trouverez ici les résultats détaillés.

Cet article est une version modifiée d’un texte publié originellement dans La Presse+.

Photo : Shutterstock / Taylor McBride


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