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Pour réaliser ses ambitions économiques, le gouvernement Carney doit pouvoir s’appuyer sur plusieurs éléments : des alliés internationaux, des investissements directs étrangers, une collaboration intergouvernementale et une main-d’œuvre qualifiée.

Mais la clé de toute action gouvernementale réside dans la confiance des citoyens à l’égard du gouvernement et, plus précisément, de ce qui est au cœur de celui-ci : la fonction publique. Les deux sont étroitement liés. La fonction publique met en œuvre, de façon non-partisane, les orientations du parti élu et assumer les responsabilités fondamentales de l’État, comme l’administration du régime d’assurance-emploi ou la surveillance de la sécurité des aliments et des médicaments.

De nouvelles données montrent cependant que la confiance de nombreux Canadiens à l’égard de la capacité du gouvernement à s’acquitter efficacement de ses responsabilités est fragilisée.

Dans le dernier sondage sur la Confédération de demain, 61 % des personnes interrogées ont déclaré avoir peu ou pas du tout confiance, dans la capacité des fonctionnaires à planifier l’avenir sur un horizon de 10 à 20 ans (graphique 1). L’étude a été réalisée en février et mars 2026. L’Institut de recherche en politiques publiques (IRPP) est partenaire de cette initiative.

Cette proportion atteint 75 % chez les électeurs conservateurs.

En Saskatchewan et au Québec, un peu plus des deux tiers des répondants ont déclaré ne pas avoir confiance dans la capacité des fonctionnaires à planifier à long terme.

Dans l’ensemble, 67 % des répondants ont déclaré ne pas avoir confiance dans la capacité des fonctionnaires à dépenser judicieusement l’argent des contribuables (graphique 2).

Les répondants étaient partagés quant à leur confiance dans la capacité des fonctionnaires à fournir des services à leur communauté ou à suivre le rythme des changements technologiques.

Les politiciens, eux aussi, semblent douter des capacités du gouvernement fédéral. De plus en plus, ils cherchent à contourner l’énorme machine censée faire avancer les choses.

Au cours de la dernière année, le gouvernement Carney a annoncé la création de nouvelles agences comme le Bureau des grands projets et l’Agence de l’investissement pour la défense, en les présentant comme des structures allégées et plus agiles que les organismes fédéraux existants.

Les membre du personnel politique dans les cabinets ministériels s’inspirent de plus en plus d’idées provenant de personnes et d’organisations extérieures au gouvernement plutôt que des conseils de l’administration publique elle-même.

Mais ce sont des solutions de contournement. Elles ne permettent pas de s’attaquer aux problèmes fondamentaux. Un jour ou l’autre, quelqu’un devra entreprendre la tâche de «réparer» ce système qui est le nôtre.

À cette fin, l’IRPP lance un projet de recherche sur la capacité de l’État. Nous avons commencé à réfléchir aux besoins de la fonction publique fédérale pour être en mesure de respecter ses engagements en cette période des plus difficiles dans l’histoire du Canada. Au cours de la prochaine année, nous publierons une série de notes de recherche et de commentaires sur le sujet.

Nous organiserons également des débats publics sur la façon de s’attaquer à certaines des contraintes les plus importantes qui limitent la capacité de l’État. (Vous pouvez vous inscrire ici pour recevoir des mises à jour régulières).

Les fonctionnaires sont souvent injustement critiqués par les politiciens comme par les citoyens. Ce projet repose sur un profond respect envers une fonction publique capable de réalisations extraordinaires.

Les Canadiens ont pu le constater pendant la pandémie de COVID-19. Les fonctionnaires se sont mobilisés dans des conditions extrêmement difficiles pour trouver des solutions rapides et innovantes. Ils ont fait preuve d’actes d’héroïsme individuels malgré des systèmes désuets et des mécanismes de collaboration intergouvernementale inadéquats. Nous l’avions d’ailleurs documenté dans un rapport  du Centre canadien d’excellence sur la fédération canadienne publié en 2024.

Les employés de la fonction publique sont profondément engagés envers le bien commun. Mais ils sont aussi profondément frustrés. Nous l’avons constaté dans nos plus récentes recherches, notamment lors d’entretiens avec d’anciens hauts fonctionnaires ainsi qu’avec certains toujours en poste.

Ils se disent frustrés par des défis internes qui semblent parfois insolubles, comme l’impossibilité de recruter et de congédier plus facilement, une culture organisationnelle qui favorise la réduction du risque au détriment de l’innovation et une tendance à privilégier l’élaboration d’idées plutôt que leur mise en œuvre concrète.

Bon nombre de ces problèmes remontent à plusieurs décennies. Les étagères sont remplies de rapports sur la modernisation qui prennent la poussière. Or, les politiciens sont généralement peu enclins à se concentrer sur la réforme de la fonction publique, puisqu’il s’agit d’un enjeu rarement valorisé par les électeurs.

Toutefois, les politiciens qui ne s’attaquent pas à ces problèmes structurels risquent de voir l’électorat se retourner contre eux. Le public s’attend à ce que le gouvernement tienne ses promesses et, à ses yeux, la distinction entre élus et fonctionnaires est souvent floue, surtout en période électorale. Tous sont mis dans le même panier.

Pire encore, des électeurs profondément insatisfaits pourraient se tourner vers des mouvements populistes et perdre complètement confiance dans les institutions publiques. À l’heure où les mouvements souverainistes se font entendre avec force dans deux provinces canadiennes, la confiance envers l’ensemble de l’appareil gouvernemental est un enjeu majeur.

On demande rarement aux Canadiens de réfléchir à la fonction publique, mais c’est un sujet qui devrait tous nous concerner. Nous souhaitons réaliser de grands projets, diversifier nos échanges commerciaux et accroître l’influence du Canada sur la scène internationale. Tous ces objectifs sont légitimes et louables. Encore faut-il que les personnes qui travaillent au sein du gouvernement possèdent les compétences et disposent des outils et des processus nécessaires pour pouvoir les concrétiser.

Méthodologie : l’édition 2026 repose sur un sondage mené auprès de 5696 adultes, réalisé entre le 14 février et le 28 mars 2026 (92 % des réponses ont été recueillies entre le 19 février et le 7 mars) ; 91 % des réponses ont été collectées en ligne. Les autres l’ont été par téléphone (ligne terrestre et cellulaire), principalement auprès de personnes vivant dans le Nord ou dans des communautés autochtones, ou encore auprès de francophones au Nouveau-Brunswick.

Les sondages sur la Confédération de demain sont menés annuellement en collaboration avec plusieurs organismes canadiens de premier plan : l’Environics Institute for Survey Research, le Centre d’excellence sur la fédération canadienne de l’IRPP, la Canada West Foundation, le Centre d’analyse politique — Constitution et fédéralisme, le Brian Mulroney Institute of Government et le Conseil de gestion financière des Premières Nations.

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Jennifer Ditchburn

Jennifer Ditchburn est présidente et chef de la direction de l’Institut de recherche en politiques publiques. Entre 2016-2021, elle était rédactrice en chef d’Options politiques, l’influent magazine numérique de l’IRPP. Jennifer a travaillé pendant plus de 20 ans comme reporter nationale à La Presse canadienne ainsi qu’à SRC/CBC. Elle a codirigé, avec Graham Fox, l’ouvrage paru en 2016 The Harper Factor: Assessing a Prime Minister’s Policy Legacy (McGill-Queen’s).

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