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En décembre 2016, Soleiman Faqiri, frère cadet de l’un des coauteurs de cet article, est décédé après avoir été battu par des gardiens de prison au Centre correctionnel du Centre-Est à Lindsay, en Ontario. Une enquête du coroner, menée en 2023, a conclu que sa mort était un homicide.
Après un incident avec un voisin, survenu lors d’une crise de santé mentale liée à son trouble schizo-affectif, Soleiman a été envoyé en prison, car il n’y avait pas de place à l’hôpital psychiatrique. Cette situation, courante, entraîne des conséquences tragiques pour les personnes atteintes de troubles mentaux.
Ce cas est un exemple parmi tant d’autres de décès tragiques, mais évitables, dans les prisons de l’Ontario. Selon un rapport publié en 2022 par un groupe d’experts mandaté par le coroner en chef de l’Ontario, la plupart des victimes sont décédées alors qu’elles étaient légalement innocentes et en détention provisoire. Ainsi, l’incarcération est utilisée comme une solution universelle pour répondre aux besoins non satisfaits de la communauté et au manque de financement des services pour les personnes dans le besoin.
Plutôt que de mettre en place des ressources suffisantes en santé mentale et d’autres services communautaires essentiels et fondés sur la recherche, le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, propose des slogans comme « jail, not bail » — soit « la prison plutôt que la liberté sous caution ». Voilà qui sonne bien, mais qui ne s’appuie sur aucun principe juridique ni donnée.
En lieu et place, son gouvernement prévoit de construire davantage de cellules alors que plus de 80 % des personnes incarcérées sont en détention provisoire en attente de leur procès. La majorité d’entre elles sont accusées d’infractions non violentes et des milliers d’entre elles retourneront dans la communauté sans jamais avoir été condamnées.
Depuis 2018, le gouvernement Ford a annoncé ses intentions : construire trois nouvelles prisons provinciales, agrandir six prisons existantes, rouvrir et rénover deux centres actuellement fermés et convertir un centre de détention pour mineurs en prison pour femmes.
Si tous ces projets aboutissent, ils permettront d’ajouter 1 626 lits, pour environ 2,7 milliards de dollars en coûts de construction et 211,9 millions de dollars par an pour les frais de fonctionnement.
Cela s’ajoute aux plus de 1,4 milliard de dollars payés par les contribuables pour le système carcéral de la province en 2023-2024, alors qu’il en coûtait en moyenne 357 dollars par jour, 10 859 dollars par mois ou 130 305 dollars par an pour un seul détenu.
Le retour aux cachots? On peut faire mieux
Face à la surpopulation et à la détérioration des conditions dans les prisons de l’Ontario, les responsables du gouvernement provincial ont même envisagé de rouvrir des établissements fermés avant même la Confédération.
La Coalition Against Proposed Prisons (Coalition contre les projets de construction de prisons), dont Justice for Soli est signataire, demande au gouvernement Ford d’abandonner leurs projets coûteux et inefficaces d’agrandissement des prisons. Nous demandons plutôt des investissements dans des mesures de soutien, comme la gestion intensive des cas, qui offre des services d’aide personnalisés aux personnes ayant des besoins complexes, ainsi que des liens vers d’autres ressources communautaires.
Cette mesure, plus abordable pour les contribuables (environ 25 000 dollars par an et par personne), s’est révélée efficace pour renforcer la sécurité des communautés en protégeant les personnes les plus vulnérables.
L’enquête sur la mort de Soli a montré que le personnel de la prison de Lindsay n’était pas formé et n’avait pas les compétences pour s’occuper d’un homme souffrant de schizophrénie. Des erreurs individuelles et systémiques répétées, dans un système qui favorise la violence, ont conduit à sa mort. L’enquête du coroner a donné lieu à 57 recommandations accueillies avec indifférence par le gouvernement provincial.
Depuis la mort évitable de Soli, d’autres personnes souffrant de troubles mentaux dans les prisons provinciales de l’Ontario sont décédées, notamment Ibrahim Ali et Euplio Cusano.
Construire davantage de prisons pour y enfermer les gens n’est pas la solution.
Pour prévenir les drames, il faut plus d’aide communautaire, fournie par des personnes et des organisations disposant des outils et des ressources pour soutenir les individus les plus vulnérables. Des approches efficaces existent déjà pour améliorer la sécurité publique, plutôt que d’emprisonner les personnes marginalisées.
Nous pouvons et nous devons faire mieux que de suivre de beaux slogans qui riment.



