Les Canadiens sont d’humeur étonnamment optimiste, les deux tiers d’entre eux jugeant que leur pays est engagé sur une bonne voie.

Selon ce premier sondage Nanos sur « L’humeur du Canada », 65,8 p. 100 de nos concitoyens croient en effet que le pays s’oriente dans une bonne direction, contre seulement 20,2 p. 100 qui le croient engagé sur une mauvaise voie et 14 p. 100 qui disaient ne pas le savoir.

Un tel sondage sera réalisé et publié tous les ans dans le numéro double de fin d’année de la revue Options politiques. Celui-ci a été réalisé du 6 au 8 novembre dernier auprès de 1 004 Canadiens, selon une méthode qui en assure la précision dans les limites d’une marge d’erreur de 3,1 p. 100, 19 fois sur 20.

Comme il s’agit du premier d’une série de sondages annuels, nous ne disposons évidemment pas de données comparatives. Mais tel est justement notre objectif : créer une base de données comparatives sur l’humeur du Canada. à chaque fin d’année, nous pourrons ainsi prendre le pouls du pays tout en comparant son état d’esprit à celui que révèle ce sondage initial de 2007. Il va sans dire que SES Research se réjouit d’entreprendre ce projet à long terme exclusivement pour Options politiques.

Mé‚me sans données comparatives pour analyser ce premier sondage, il est indéniable que le pays est d’excellente humeur. Une majorité de Canadiens des deux sexes, de toutes les régions et de tous les aÌ‚ges croient ainsi que leur pays s’oriente dans une bonne direction.

La seule variation régionale a été observée dans les provinces de l’Atlantique, où seulement 56,3 p. 100 des répondants ont estimé que le pays est engagé sur une bonne voie. Un résultat qui traduit les préoccupations historiques de cette région en matière de disparité économique et certains conflits qui l’opposent actuellement à Ottawa, en ce qui concerne notamment la péréquation et l’Accord atlantique. Mais ailleurs, 67,8 p. 100 des répondants du Québec ont jugé que le pays est sur la bonne voie, 65,1 p. 100 de ceux de l’Ontario et 67,8 p. 100 de ceux de l’Ouest.

Du point de vue démographique, ce sont les Canadiens de 18 à 29 ans qui, à hauteur de 70,5 p. 100, manifestent le plus grand optimisme par rapport à l’orientation du pays, ceux de 40 à 49 ans étant les moins optimistes, bien que 62,4 p.100 de ces derniers jugeaient tout de mé‚me que le Canada est sur une bonne voie.

Or l’avis des citoyens sur la justesse de l’orientation d’un pays est l’une des mesures clés de la performance de tout gouvernement. Et les gouvernements qui font mauvaise figure à ce chapitre savent que leur survie est menacée.

Le fait que deux Canadiens sur trois pensent que le Canada s’oriente dans une bonne direction est donc une excellente nouvelle pour le gouvernement Harper.

Cette mesure permet aussi de mettre en perspective plusieurs enjeux complexes comme l’Afghanistan et les changements climatiques, qui suscitent d’importantes divisions partout au pays. Mais en dépit de ces divisions, l’ensemble des Canadiens jugent clairement que leur pays est engagé sur une bonne voie. On évitera donc de confondre le verbiage quotidien de la classe politique et le bavardage des tribunes téléphoniques avec l’orientation générale empruntée par le pays.

à la question portant sur leur situation financière, deux fois plus de répondants l’ont estimée meilleure que 12 mois plus toÌ‚t, soit 29,4 p. 100 d’entre eux, contre seulement 15,7 p. 100 qui la jugeaient moins bonne.
Un peu plus de la moitié, soit 52,1 p. 100, estimaient qu’elle n’avait pas changé.

Et lorsqu’on leur a demandé si l’économie du pays allait se renforcer ou s’affaiblir en 2008, les Canadiens ont aussi manifesté un solide optimisme, estimant à 2 contre 1 qu’elle serait plus forte. La moitié d’entre eux, soit 49,3 p. 100, ont ainsi jugé qu’elle se renforcerait, tandis que 19,8 p. 100 seulement croyaient qu’elle s’affaiblirait. Le quart des Canadiens (24,9 p. 100) n’anticipaient aucun changement. Sur le plan régional, c’est dans les provinces de l’Atlantique que régnait le plus grand optimisme (55 p. 100), mé‚me si, historiquement, l’économie et l’emploi y ont toujours été les plus faibles du pays.

Cette question sur l’économie du pays constitue également une importante mesure de référence. La plupart des Canadiens s’interrogent sur les répercussions des enjeux politiques sur leur situation personnelle et leur portefeuille. Et leurs réponses traduisent avec assez grande précision l’humeur de l’électorat. à leurs yeux, 2007 a été une bonne année, et c’est avec une bonne dose d’optimisme qu’ils prévoient que l’économie gagnera en force en 2008.

Un optimisme particulièrement frappant chez les jeunes, contrairement au pessimisme relatif des Canadiens de plus de 60 ans. Chez les 18 à 29 ans, 35,8 p. 100 affirment ainsi que leur situation est plus avantageuse que l’an dernier, contre 17,7 p. 100 chez les plus de 60 ans. Évidemment, les régimes et revenus de retraite de ces derniers ont subi les effets de l’annulation décrétée par le gouvernement Harper des décisions fiscales relatives aux entreprises converties en fiducie de revenu. Or les Canadiens de cette tranche d’aÌ‚ge constituent un important groupe d’électeurs, surtout pour les conservateurs, étant donné leur forte participation électorale. Le Parti conservateur devra donc surveiller de près leurs réactions.

L’humeur des Canadiens est aussi plutoÌ‚t favorable au chapitre des relations entre le gouvernement fédéral et les provinces, tout comme sur la question du roÌ‚le du Canada dans le monde.

Sur une échelle de 1 (aucune amélioration) à 5 (grande amélioration), seuls 13,5 p. 100 des répondants ont jugé que les relations fédérales-provinciales ne s’étaient aucunement améliorées, 19,5 p. 100 leur attribuant un faible 2 sur cette échelle. Mais 43,2 p. 100 ont noté une certaine amélioration (3) et 11,9 p. 100 une amélioration sensible (4). Tout juste 4,4 p. 100 des répondants ont estimé qu’elles s’étaient grandement améliorées (5).

Nulle part la question des relations fédérales-provinciales n’est plus sensible qu’au Québec, où elle constitue un test pour les gouvernements canadien et québécois. Ces résultats devraient réjouir à la fois M. Harper et M. Charest.

Seulement 7,5 p. 100 des Québécois ont jugé que les relations fédéralesprovinciales ne s’étaient aucunement améliorées, 22,9 p. 100 leur attribuant un 2 sur l’échelle de 1 à 5. Mais ils étaient 42,7 p. 100 à constater une certaine amélioration (3), 16,5 p. 100 une amélioration sensible (4) et 2,4 p. 100 une grande amélioration (5).

C’est dans les provinces de l’Atlantique que la réponse « aucune amélioration » recueille le pourcentage le plus élevé (25,4 p.100), ce qui traduit l’opposition de Terre-Neuve-etLabrador et de la Nouvelle-Écosse aux politiques d’Ottawa relatives à la péréquation et aux ressources extraterritoriales d’Ottawa. Sur cette question, la rhétorique incendiaire du premier ministre terre-neuvien Danny Williams, qui appelle ouvertement au renversement du gouvernement Harper, a sans doute enflammé l’opinion publique de la région, où l’Accord atlantique reste contesté.

En somme, les Canadiens se montrent attentistes en ce qui concerne les relations fédérales-provinciales, bien qu’Ottawa et les provinces puissent se réjouir qu’ils soient 43,2 p. 100 à constater une modeste amélioration (3 sur l’échelle de 5). Autrement dit, plus de 4 électeurs sur 10 ont un avis relativement favorable sur la question. Les Québécois créditent clairement Stephen Harper d’avoir tenu sa promesse de privilégier le « fédéralisme d’ouverture » dont il avait parlé dans son discours de Québec du 19 décembre 2005, discours qui a clairement marqué un tournant dans la campagne des élections de janvier 2006. Ils le créditent aussi d’avoir tenu son engagement de résorber le déséquilibre fiscal entre Ottawa et les provinces avec la résolution parlementaire de novembre 2006, qui reconnaiÌ‚t de surcroiÌ‚t que les Québécois forment « une nation au sein d’un Canada uni ».

Les Canadiens de l’Ouest se montrent eux aussi bien disposés à l’égard de la vision Harper d’un fédéralisme classique qui respecte la division constitutionnelle des pouvoirs entre Ottawa et les provinces. Cela dit, il reste beaucoup à faire sur cette question. Le premier ministre a annoncé son intention de tenir début 2008 une Conférence des premiers ministres sur l’économie, ce qui constituerait un test important en matière de relations fédérales-provinciales.

Voyons maintenant ce que pensent les Canadiens du roÌ‚le du Canada dans le monde. Toujours sur une échelle de 1 (aucune amélioration) à 5 (grande amélioration), nous leur avons demandé d’évaluer notre réputation internationale au cours de la dernière année. Ils sont deux fois plus nombreux à juger qu’elle s’est améliorée plutoÌ‚t que détériorée. Seulement 7,6 p. 100 n’ont vu aucune amélioration (1), 11,2 p. 100 lui attribuant un 2 sur l’échelle de 5.

Un Canadien sur cinq estime donc que la réputation du Canada ne s’est aucunement ou très peu améliorée. En revanche, 30,8 p. 100 d’entre eux ont constaté une modeste amélioration (3), 33,2 p. 100 une amélioration notable (4) et 15,1 p. 100 une franche amélioration, de sorte que la moitié du pays estime que notre réputation internationale s’est améliorée depuis un an.

Et cela en dépit de la mission canadienne en Afghanistan, ou peut-é‚tre graÌ‚ce à elle. Bien que cette mission soit très controversée, surtout au Québec, les Canadiens pensent clairement que le Canada joue un roÌ‚le plus important sur la scène internationale, en partie graÌ‚ce à sa présence en Afghanistan. Si les Canadiens de l’Ouest et de l’Ontario sont un peu plus enclins à estimer que notre réputation internationale s’est améliorée, le pointage des répondants du Québec est aussi relativement élevé. Il s’agit tout compte fait de résultats très impressionnants.

Nous avons enfin demandé aux Canadiens d’évaluer le bilan du gouvernement Harper. Et ils l’ont fort bien noté. C’est ainsi que 10,1 p. 100 des électeurs ont jugé « très bonne » la performance du gouvernement et que 29,4 p. 100 l’ont jugée « bonne ». 38,1 p. 100 lui ont attribué la note de passage, tandis que seulement 9 p. 100 l’ont jugée « faible » et 9,4 p. 100 « très faible ». Autrement dit, 4 Canadiens sur 10 accordent une bonne note au gouvernement, soit le double de ceux qui lui en accordent une mauvaise. Et c’est au Québec que le gouvernement Harper est le plus apprécié, 8 p. 100 des répondants québécois jugeant sa performance «trèsbonne»et41,1p.100«bonne». En somme, la moitié des Québécois accordent au premier ministre une solide note de passage.

Ces résultats témoignent d’une excellente attitude, susceptible de profiter au premier ministre Jean Charest, qui souhaite évidemment faire la transition de gouvernement minoritaire à majoritaire aux prochaines élections.

Combinés à l’avis des Canadiens sur la juste orientation du pays, sur l’amélioration de leur situation financière et sur les perspectives économiques favorables à l’horizon 2008, ces résultats devraient réjouir le premier ministre Harper à l’approche d’une possible année électorale.

Mais la prudence reste de mise en ce qui a trait aux intentions de vote mesurées par les précédents sondages Nanos et d’autres firmes de recherche sur l’opinion publique. Car si les conservateurs se rapprochent de leur objectif de former un gouvernement majoritaire, ils semblent incapables de franchir une étape décisive. En effet, ils se heurtent toujours au plafond de verre que représente l’appui insuffisant de l’électorat féminin, alors que les libéraux fédéraux profitent de l’image résiliente de leur parti, en Ontario tout particulièrement. Stephen Harper devra examiner soigneusement ces facteurs avant d’envisager tout type de scénario électoral.

Mais globalement, comme le disait un slogan de campagne libéral, nous vivons dans un pays fort. Et le Canada est d’excellente humeur.

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