Les engagements pris par le gouvernement canadien ne comblent aucun besoin urgent de l’ONU et ne comportent aucun risque, diminuant d’autant leur l’impact.

Lors de son allocution à la réunion des ministres de la Défense des pays participant aux missions de paix de l’ONU à Vancouver, le 15 novembre dernier, le premier ministre Justin Trudeau a réitéré son message : « Nous croyons au maintien de la paix ». Il annonçait alors les contributions canadiennes aux opérations de maintien de la paix (OMP) des Nations unies.

Jocelyn Coulon, qui a été conseiller de l’ancien ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion, a qualifié l’annonce de « grande déception » et de « politique sans ambition ». Elle a certainement désappointé ceux qui croient en l’utilité d’une contribution importante à ce qui est, somme toute, un outil international essentiel pour la résolution des conflits armés.

Mais commençons par le commencement : qu’en est-il des engagements pris par le premier ministre ?

Les engagements conjoints

Concrètement, la contribution militaire canadienne sera limitée à un soutien aérien tactique (un avion) pour le Centre de services régional de l’ONU à Entebbe, en Ouganda, durant 12 mois. Le premier ministre a aussi annoncé le déploiement d’une force opérationnelle d’hélicoptères pendant 12 mois et d’une force de réaction rapide de 200 soldats. La cible de 600 soldats et 150 policiers, soutien promis en 2016, sera atteinte au cours des cinq prochaines années, affirme-t-il.

Nul doute que l’ONU a besoin d’avions, d’hélicoptères et, parfois, de forces de réaction rapide, mais Ottawa n’a pas encore décidé dans quels pays et de quelle façon les hélicoptères et la force rapide seront déployés. Ce qui a été annoncé est une dispersion, sur plusieurs théâtres, de contributions modestes et à risque minimum pour le gouvernement canadien.

La formation

Le Canada déploiera une nouvelle équipe d’assistance et d’entraînement au bénéfice d’un « pays partenaire », alors qu’il participera aux « activités » des écoles et des centres de formation de l’ONU. Cette annonce est surprenante car, à première vue, elle ne propose rien de nouveau.

En effet, au moyen du Programme d’instruction et de coopération militaires créé en 1963, le Canada contribue depuis longtemps à la formation des Casques bleus et des militaires de pays contributeurs aux OMP, notamment en Afrique, en collaboration avec l’Institut des Nations unies pour la formation et la recherche (UNITAR). Dans son annonce, il manque tous les détails importants, et on ne peut savoir si ce volet viendra transformer les pratiques ou si la contribution canadienne se démarquera de celles des nombreux autres pays formateurs.

Les enfants soldats

Le recrutement et l’utilisation d’enfants soldats sont largement condamnés par la communauté internationale. Grâce à l’UNICEF notamment, les Principes du Cap en 1997 et les Principes de Paris en 2007 ont mis en avant des stratégies de prévention du recrutement, de démobilisation et de réinsertion des enfants soldats. Mais jusqu’à présent, les efforts se sont limités presque exclusivement à la réadaptation et la réinsertion de ces enfants.

Le premier ministre a donc l’ambition d’en terminer avec le recrutement d’enfants soldats. Comment ? En promouvant la doctrine sur les enfants soldats des Forces armées canadiennes et en offrant de la formation militaire basée sur celle-ci. La doctrine stipule que les soldats doivent « désamorcer les confrontations » et viser d’abord les adultes afin d’amener les enfants à capituler. Pour prévenir le recrutement des enfants, ils doivent surveiller les endroits propices au recrutement. La présence de femmes dans leurs rangs est aussi favorisée en vue de gagner la confiance des enfants.

Nous sommes toujours dans une perspective d’offre de formation militaire, mais le lien n’est pas clair entre la formation et l’effet recherché : comment une formation offerte aux Casques bleus aura-t-elle un impact sur le problème des enfants soldats qui sont recrutés par les groupes armés ? L’objectif est louable, certes, mais il ne touche pas particulièrement les OMP non plus, car la question des enfants soldats se pose partout, sur tous les champs de bataille ou presque.

L’initiative Elsie

Cette initiative cherche à soutenir les efforts pour accroître la participation des femmes dans les OMP des Nations unies. Actuellement, les femmes y représentent 3,7 % des effectifs militaires et 9,5 % des effectifs policiers déployés. La résolution 2242 du Conseil de sécurité vise à doubler cette participation d’ici 2020.

Comment le Canada contribuera-t-il à cet effort ? En fournissant un appui de 6 millions de dollars pour aider « certaines missions » onusiennes et en lançant un fonds mondial avec un investissement canadien de 15 millions de dollars. Il n’y a aucun détail sur l’approche ou la manière dont cet argent sera dépensé. Le total de 21 millions est bien peu pour relever un défi de taille, alors que la seule certitude est qu’un tel programme ne peut avoir un impact qu’à long terme.

Croire ou non au maintien de la paix

Après près de deux ans de tergiversations, le gouvernement devait faire une annonce à Vancouver pour sauver sa crédibilité diplomatique. Certes, l’ONU acceptera toute contribution, aussi limitée soit-elle. Incontestablement, l’initiative Elsie et le projet pour les enfants soldats sont louables, tout en reproduisant l’image du « bon citoyen du monde » du Canada. Toutefois, les engagements pris ne comblent aucun besoin urgent de l’ONU, ne comportent aucun risque pour le gouvernement canadien et demandent peu d’investissements, ce qui diminuera d’autant leur impact.

Le contraste avec les contributions militaires en Lettonie, en Ukraine et au Moyen-Orient est frappant. Pour défendre son manque d’ambition, sa contribution très modeste et sa gestion des risques non assumée, le gouvernement a utilisé tous les clichés : la nature des conflits et des OMP aurait changé, les OMP dites traditionnelles n’existeraient plus, ça ne fonctionne pas vraiment et ce serait dangereux pour le maintien de la paix, etc.

Cette position du Canada s’explique-t-elle par sa quasi-absence des OMP depuis près de 20 ans ? Le gouvernement devrait savoir que le débat sur les « nouvelles guerres » a commencé dès la fin de la guerre froide et celui sur les OMP depuis au moins la parution du rapport Brahimi en 2000. Justifier une politique aussi modeste sur la base de ces clichés ne convaincra que ceux qui ne croient pas à l’importance d’un engagement canadien dans les OMP.

L’ONU connaît ses priorités et les a clairement énoncées à plusieurs reprises, tant dans ses rapports que lors d’interventions médiatisées, rappelant que les besoins les plus urgents se trouvent au Mali. Si le gouvernement canadien doit à nouveau discuter et analyser les besoins onusiens et sa contribution potentielle, on doit lui demander ce qu’il a fait depuis deux ans alors qu’il réfléchissait à la question.

À la suite de l’annonce des engagements pris ou à venir, force est de constater que le gouvernement libéral ne croit, au mieux, qu’à moitié au maintien de la paix.

Cet article fait partie du dossier Réinventer le rôle du maintien de la paix.

Photo : Un homme passe devant les drapeaux déployés à l’occasion de la réunion des ministres de la Défense des pays participant aux missions de paix des Nations unies, Vancouver, 14 novembre 2017. La Presse canadienne / Darryl Dyck


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