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En décembre 2022, des décideurs de partout dans le monde ont convenu d’un plan pour protéger et restaurer la nature à l’échelle de la planète. Le Cadre mondial de Kunming-Montréal pour la biodiversité (CMB) qui en a résulté nous place devant un choix important. Cet accord sera-t-il un catalyseur de changements positifs ou, comme cela s’est déjà vu, sera-t-il abandonné, puis oublié?

En 2010, des gouvernements de plusieurs pays avaient adopté des objectifs semblables. Toutefois, à l’échéance en 2020, aucune cible n’avait été atteinte. Dans l’intervalle, des prairies ont continué de dépérir, des milieux humides ont continué de rétrécir et le soutien apporté au travail de conservation n’a pas pu répondre au besoin croissant d’actions en faveur de la nature. Cette fois, l’occasion se présente de faire les choses autrement.

La dégradation des habitats naturels et des espèces qui en dépendent a des répercussions sur des éléments essentiels à la vie humaine, comme les cultures dont nous nous nourrissons, l’eau que nous buvons et l’air que nous respirons. Le déclin de la nature nous affecte tous, et son rétablissement nous concerne tout autant. Pour s’assurer que les objectifs seront atteints cette fois, et en particulier celui de conserver 30 % des terres et des eaux du Canada d’ici 2030, toute la société doit contribuer aux efforts pour sauvegarder le monde naturel.

Des réussites…

Cet esprit de collaboration a déjà donné des résultats positifs. En janvier 2023, Conservation de la nature Canada (CNC) a en effet négocié un accord avec Interfor et le gouvernement de la Colombie-Britannique, en collaboration avec les Premières Nations dont les territoires traditionnels sont concernés, ce qui a amené la protection de 75 000 hectares d’une rarissime forêt pluviale tempérée intérieure dans la vallée de la rivière l’Incomappleux. CNC a joué un rôle clé en recueillant 4 millions $ pour faciliter la création de l’aire de conservation et protéger des terres supplémentaires. Des fonds ont aussi été fournis par Environnement et Changement climatique Canada par l’intermédiaire du Fonds canadien pour la nature, ainsi que par Teck Resources Limited, la Fondation Wyss, la Fondation Wilburforce ainsi que des donatrices et donateurs.

Cette impressionnante réussite en faveur de la nature n’aurait pas été possible sans l’établissement de liens de confiance et la collaboration entre différents secteurs.

Le projet de la vallée de la rivière Incomappleux est la plus récente d’une série de victoires obtenues au cours de la dernière année pour la conservation au Canada. Parmi les autres, on compte les projets Terres boréales (Ontario), le plus vaste projet de conservation de l’histoire du Canada; Kenauk (Québec), qui sera le site d’un laboratoire à ciel ouvert destiné à l’étude des effets des changements climatiques; The Yarrow (Alberta), où des pratiques de pâturage durables servent les objectifs de conservation; et Kwesawe’k (île Oultons), au nord de l’Île-du-Prince-Édouard, qui sera éventuellement retournée aux Mi’kmaq d’Epekwitnewaq.

Pour chacun de ces projets, CNC a apporté son expertise scientifique, sa créativité pour conclure des ententes, ses relations et son financement pour collaborer avec les gouvernements, l’industrie et les communautés autochtones afin d’offrir des solutions efficaces pour soutenir la nature. Ensemble, ces réalisations ont permis de protéger une superficie presque cinq fois la taille de l’île de Montréal.

… et beaucoup de travail à faire

D’autres efforts de collaboration sont nécessaires pour atteindre l’objectif de protéger 30 % des terres et des eaux au pays. Pour cela, il faut d’abord reconnaître que le pourcentage de 30 % n’est pas un chiffre arbitraire.  Les scientifiques ont en effet établi qu’il s’agissait du minimum requis pour soutenir la diversité de la vie sur Terre et protéger les systèmes naturels dont nous dépendons. CNC a son propre plan pour doubler l’impact de son travail d’ici 2030, mais cela nécessite des accords supplémentaires conclus dans un esprit de collaboration.

À l’heure actuelle, un peu moins de 14 % du territoire canadien (soit moins de la moitié nécessaire, selon les experts) est protégé par des mesures de conservation. Pour plus que doubler cette superficie, des efforts et des contributions majeures de la part de toutes parts seront indispensables. Les gouvernements ne peuvent pas atteindre ces objectifs cruciaux à eux seuls.

Il demeure possible de trouver des solutions en matière de conservation. Les gouvernements, l’industrie et les propriétaires de terres peuvent définir de nouvelles mesures efficaces de conservation par zone. De leur côté, avec des ressources suffisantes, les communautés autochtones qui veillent sur leurs territoires depuis des millénaires peuvent créer des Aires protégées et de conservation autochtones. Des entreprises forestières ou exploitant d’autres ressources peuvent bénéficier de mesures incitatives pour renoncer à leurs droits.

Les outils permettant de conserver la nature au Canada sont nombreux et variés, et chacun mérite d’être exploré. Ils doivent être utilisés par les gestionnaires de terres du secteur privé, soutenus par les gouvernements et adéquatement financés. Encore plus important, ils doivent être utilisés de manière équitable, dans le respect et l’inclusion. Comme cela a déjà été démontré, une approche mobilisant l’ensemble de la société peut réussir à maintenir, améliorer et restaurer de précieux écosystèmes.

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CG
Catherine Grenier est présidente et cheffe de la direction à Conservation de la nature Canada.

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