Le Canada est parmi les derniers de classe au chapitre des dépenses sociales publiques en pourcentage du PIB.

Il y a quelques semaines, André Picard, le journaliste qui couvre la santé pour le Globe and Mail, reprenait les constats d’une étude parue dans JAMA (The Journal of the American Medical Association) pour déplorer le peu de ressources financières consacrées à la protection sociale au Canada. Parmi les 11 pays retenus par les auteurs de l’étude — Irene Papanicolas, Liana R. Woskie et Ashish K. Jha —, le Canada arrive bon dernier en ce qui concerne les dépenses pour les programmes sociaux.

Les chiffres présentés dans l’étude du JAMA prêtent un peu à confusion parce qu’ils combinent les dépenses sociales tant des gouvernements que des ménages. Les auteurs mettent tout de même le doigt sur une réalité que les chercheurs connaissent bien : les gouvernements au Canada dépensent peu pour les programmes sociaux, moins en fait que ceux des États-Unis, qui ne sont guère reconnus pour leur propension à redistribuer. La figure 1, qui reprend les données de l’OCDE pour 35 pays, laisse peu de doutes à cet égard.

Ébranlés par ce classement, qui situe le Canada bien loin de la moyenne des pays comparables, plusieurs observateurs ont soupçonné qu’il y ait eu des erreurs ou, au moins, ont évoqué des circonstances atténuantes.

L’OCDE oublierait-elle de compter certaines dépenses ? Après tout, dans une fédération comme le Canada, beaucoup de programmes relèvent des provinces. On ne peut exclure une erreur de mesure. Mais la note de l’OCDE sur le Canada confirme que les données retenues tiennent compte de pratiquement toutes les dépenses, incluant les prestations du Régime de pensions du Canada et du Régime de rentes du Québec, celles du Régime québécois d’assurance parentale comme les déboursés des provinces pour les services de garde. S’il y a une erreur de mesure, elle ne peut qu’être minime.

Ne serait-ce pas parce que les États-Unis dépensent de façon tellement inefficace pour les soins de santé qu’ils nous dépassent ? Il est vrai qu’au chapitre des dépenses totales en santé (publiques et privées), nos voisins du Sud sont de loin les champions du monde avec une facture qui s’élève à 17,8 % du PIB, contre 10,3 % au Canada. Mais ce sont surtout les dépenses privées qui, dans leur cas, font la différence. Si on ne retient que les dépenses publiques, comme le montre la figure 2, les États-Unis ne sont pas si loin devant le Canada, qui lui-même se retrouve bien au-dessus de la moyenne de l’OCDE.

Bref, le retard du Canada sur le plan des dépenses sociales n’est pas lié aux dépenses pour la santé, qui sont inférieures aux dépenses américaines mais nettement supérieures à la moyenne des pays de l’OCDE.

Ne serait-ce pas alors à cause des retraites, qui coûtent si cher dans plusieurs pays européens ? En partie oui, comme le montre la figure 3.

Les dépenses publiques en retraites demeurent basses au Canada parce que les taux de remplacement du revenu se situent à un niveau comparativement modeste et que les retraités dépendent plus qu’ailleurs de pensions privées et d’épargnes personnelles. Le système canadien réussit tout de même assez bien à contrer la pauvreté chez les aînés, grâce à la combinaison d’un socle universel, la Sécurité de la vieillesse, et d’un complément ciblé, le Supplément de revenu garanti. Quoi qu’il en soit, là se trouve une partie de l’explication pour la position de queue du Canada. Les retraites constituent en effet, avec la santé, l’une des composantes les plus lourdes des dépenses sociales.

Mais des pensions frugales n’expliquent pas tout. Pour le reste des dépenses sociales —prestations liées à l’incapacité, politiques familiales, politiques actives du marché du travail, assurance-emploi, logement et autres prestations (incluant notamment l’aide sociale) —, le Canada ne brille pas non plus parmi les meilleurs. En effet, la figure 4 montre que, sur ce plan, le pays ne se classe pas mieux que pour les dépenses totales.

Serait-ce parce qu’au Canada on utilise davantage la fiscalité, entre autres des crédits d’impôt pour les familles ou les travailleurs pauvres ? L’OCDE a également envisagé cette possibilité, et elle a calculé les dépenses sociales publiques nettes, qui tiennent compte des prestations versées grâce à la fiscalité mais aussi de la récupération fiscale de certaines prestations. Là encore, le Canada demeure collé au bas de l’échelle, comme le montre la figure 5.

Le fait que le Canada soit à peu près dernier de classe pour ce qui est des dépenses sociales publiques en pourcentage du PIB ne tient donc ni à une erreur de mesure, ni à une façon particulièrement canadienne d’être généreux. En dehors des soins de santé, nous faisons tout simplement moins d’efforts que la plupart des pays riches pour les vieux comme pour les moins vieux. Les sceptiques, qui gardent une petite méfiance à l’égard du décompte des dépenses, peuvent aller voir du côté des revenus. La figure 6, qui présente les recettes fiscales totales en pourcentage du PIB, montre bien que si le Canada dépense moins pour la protection sociale, c’est aussi parce qu’il prélève comparativement peu d’impôt.

De quelque façon qu’on le regarde, le Canada ne possède tout simplement pas un État-providence généreux. Les gouvernements font leur part pour les soins de santé, mais pour le reste, ils n’assurent que le minimum, en se donnant des ressources financières moindres que la plupart des pays riches.

La bonne nouvelle dans tout cela, c’est qu’il y a amplement place à l’amélioration.

Photo : Shutterstock / Golden Brown


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