Le Canada est déjà un chef de file en R-D liée aux véhicules à émissions zéro. Nos minéraux, nécessaires pour les batteries, constituent un autre avantage concurrentiel.

(Cet article a été traduit de l’anglais.)

Pendant plusieurs décennies, l’industrie canadienne de l’automobile a profité de ce que j’appelle un avantage humain. Les travailleurs canadiens construisaient des véhicules innovateurs et de qualité exemplaire et les constructeurs d’automobiles reconnaissaient la valeur des véhicules produits au Canada.

La transition vers l’adoption de véhicules autonomes représente un défi pour notre avantage humain, et pour l’ingéniosité et la pérennité de l’industrie de l’automobile, qui doit demeurer concurrentielle dans un marché mondial en pleine évolution. Cependant, le Canada a une fois de plus relevé le défi et se présente comme un chef de file dans le domaine des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle, qui sont essentielles pour le développement de véhicules autonomes.

Les chercheurs et les étudiants des établissements postsecondaires ont fait du Canada une destination de choix pour la recherche sur les véhicules autonomes. La General Motors a construit un campus de 150 000 pieds carrés à Markham pour mettre au point des technologies liées aux véhicules autonomes, ainsi qu’un centre de recherche-développement sur la mobilité urbaine à Toronto. Ford et BlackBerry QNX se sont joints à Investir Ottawa, à Uber et à d’autres partenaires pour créer le Centre d’innovation pour véhicules autonomes à Ottawa, qui comprend des installations de pointe, notamment une piste d’essai de 16 kilomètres. Forte de cet élan, l’Association des fabricants de pièces d’automobile du Canada a lancé le projet Arrow — un défi aux étudiants universitaires en vue de mettre au point, de concert avec l’industrie, un véhicule conceptuel fabriqué entièrement au Canada.

Les consommateurs et le marché se tournent vers des moyens de transport à faibles émissions de carbone. De plus en plus de Canadiens veulent des véhicules électriques, et les fabricants d’automobiles sont prêts à investir pour modifier leur production en vue de répondre à cette demande. Il est possible pour le Canada d’investir dans ce domaine, de favoriser la relance verte et de contribuer à l’atteinte de ses objectifs de lutte contre les changements climatiques.

Heureusement, le Canada possède un avantage concurrentiel dans ce domaine, soit ses ressources naturelles ainsi que l’excellence scientifique et les compétences de fabrication pour en maximiser l’exploitation. Qui plus est, notre pays est le seul de l’hémisphère occidental riche en minéraux nécessaires à la production des piles et batteries de prochaine génération, notamment le cobalt, le graphite, le lithium et le nickel.

Selon moi, cet avantage s’étend « de la mine au transport ». Il touche beaucoup plus que la production d’automobiles et de camions. En effet, l’électrification est adoptée par les constructeurs d’autobus, d’aéronefs, de navires et de trains. À titre d’exemple, Nova Bus, qui possède deux installations au Québec, prend de la notoriété et signe des contrats pour la fabrication d’autobus électriques et hybrides. L’avion commercial à propulsion entièrement électrique de Harbour Air, de la Colombie-Britannique, a effectué son premier vol en décembre dernier. Enfin, le pays compte de grands constructeurs comme Toyota et Fiat Chrysler, qui produisent des véhicules hybrides à Cambridge et à Windsor, respectivement.

Le Canada a le potentiel immense de devenir un chef de file du transport électrique. En premier lieu, il faudra prendre des mesures pour ramener l’industrie de l’automobile à son niveau d’avant la pandémie de COVID-19. L’électrification compte parmi les moyens salutaires que l’industrie peut adopter activement et ainsi stimuler et renforcer l’économie nationale de manière plus propre. Grâce à des investissements importants, le gouvernement peut contribuer à cet effort en collaborant avec l’industrie pour attirer des entreprises de fabrication de véhicules à émissions zéro. Il est également nécessaire de mettre à profit l’expertise canadienne en matière de recherche pour établir un créneau qui permettra d’aplanir les obstacles à l’adoption des véhicules à émissions zéro, par exemple les difficultés liées au temps froid.

Il est tout aussi important de bâtir la chaîne de valeur canadienne des piles et batteries. L’Agence internationale de l’énergie prévoit que d’ici 2030, la production de véhicules électriques pourrait atteindre 43 millions de véhicules par année et représenter une valeur de plus de 567 milliards de dollars américains. En comparaison, deux millions de véhicules électriques ont été produits en 2018. À l’horizon 2040, le marché international du stockage d’électricité attirera des investissements de 622 milliards de dollars américains. La batterie ion-lithium est le pilier de cette tendance.

Puisque les ressources naturelles et la main-d’œuvre qualifiée sont un avantage concurrentiel pour le Canada, nous devons absolument soutenir le développement des chaînes d’approvisionnement de batteries de prochaine génération au pays. La capacité de l’industrie canadienne de s’adapter rapidement a été démontrée dès le début de la pandémie de COVID-19. En seulement quelques mois, les fabricants canadiens ont restructuré leurs chaînes de production, mis en place de nouvelles installations et produit de l’équipement de protection individuelle et d’autres fournitures essentielles. Rien ne nous empêche de moderniser de nouveau nos procédés ― et, au besoin, de monter de nouvelles installations ―pour créer une industrie durable dans le domaine des matériaux pour batteries. Nous obtiendrons ainsi des résultats positifs dans divers secteurs, notamment ceux de l’exploitation minière et des minéraux essentiels, des constructeurs d’automobiles et d’autobus, et de la recherche-développement, qui sont tous des moteurs de croissance économique.

Comme pour toute nouvelle tendance industrielle, il n’y a pas de temps à perdre. Dans l’établissement d’un plan de relance, le gouvernement est en train d’analyser les nouvelles possibilités d’investissement, ainsi que de nouveaux programmes et partenariats, en tenant compte de l’intérêt des consommateurs. Si l’adoption de moyens de transport électriques s’accélère, nous devons faire en sorte que les véhicules à émissions zéro soient plus abordables pour les Canadiens. Nous devons également faire installer des bornes de recharge et d’alimentation à des endroits bien choisis, et aider les Canadiens à comprendre le bien-fondé de ces nouveaux moyens de transport.

Au cours de la dernière décennie, la transition à une économie à faibles émissions de carbone a motivé d’importantes décisions d’affaires et de nouvelles démarches industrielles. La pandémie de COVID-19 a accéléré ces tendances. Nous devons continuer de déployer des efforts pour que l’industrie canadienne soit en mesure d’en profiter.

La relance économique et l’atteinte de nos objectifs de lutte contre les changements climatiques en dépendent. Il ne faut rien laisser au hasard.

Photo : Un autobus électrique Proterra de la Toronto Transit Commission dans une intersection à Toronto, le 11 septembre 2020. Shutterstock / sockagphoto.