À titre de président du forum rural de la Fédération canadienne des municipalités (FCM), j’ai été témoin de la façon dont les municipalités rurales ont joué un rôle déterminant durant la pandémie. J’ai vu l’énergie qu’elles ont déployée pour préserver les services de première ligne et protéger les citoyens. Au Québec, le Canton de Gore, par exemple, a mis sur pied un service de livraison à domicile pour ses résidents vulnérables. Dans le nord de la Colombie-Britannique, Fort St. John s’est assuré que les restaurants en bordure de route restent ouverts pour les camionneurs. Il y a autant d’exemples qu’il y a de municipalités. Et au cœur de chaque initiative d’urgence, c’est aussi un élu municipal qui a compris les besoins de ses citoyens et s’est empressé d’y répondre.

Alors que nous, les élus municipaux, continuons de gérer la réponse à la pandémie et commençons à planifier la relance économique, nous souhaitons voir un pays plus vert, qui saura mieux résister à une éventuelle crise. Nous voulons un pays plus connecté, prospère et inclusif, riche en possibilités pour tous ses citoyens. En tant que gouvernement de proximité, notre expertise du terrain sera essentielle pour transformer nos objectifs en résultats concrets.

À l’heure actuelle, les mesures que nos municipalités, petites et grandes, ont prises pour répondre aux besoins de leurs citoyens, juxtaposées à la chute des revenus municipaux, les ont poussées au bord de la crise financière. En fournissant un soutien de 8,9 milliards de dollars aux municipalités ― à la suite de l’appel d’aide lancé par la FCM ― dans le cadre des accords sur la relance sécuritaire, nos partenaires du gouvernement fédéral et des gouvernements provinciaux ont montré qu’ils avaient compris : des municipalités en bonne santé financière sont indispensables pour remettre le pays sur les rails.

Pendant ce temps, dans de nombreuses municipalités rurales, des PME essentielles à la vitalité de nos collectivités sont menacées de disparaître. L’agriculture et le tourisme, deux secteurs clés de l’économie rurale, ont été durement frappés. Au pire du confinement, le Canada avait perdu un million d’emplois dans le secteur du tourisme. Pour les 10 millions de gens qui y vivent, mais aussi pour la relance économique du pays tout entier, nos collectivités rurales doivent rebondir et prospérer dans l’après-pandémie.

La perspective rurale dans la relance économique

Les régions rurales produisent près de 30 % du PIB canadien et nourrissent les centres urbains. Elles sont créatrices d’emplois et de croissance dans un vaste éventail de secteurs, aussi bien en foresterie et dans l’industrie manufacturière qu’en soins de santé. Comme toutes les municipalités canadiennes, elles sont déjà à l’œuvre pour relever les plus grands défis du pays. Et elles doivent le faire avec des outils depuis longtemps désuets.

Les défis des collectivités rurales sont façonnés par des réalités géographiques, climatiques et démographiques diverses, et ne peuvent être surmontés en appliquant des solutions uniformes. C’est pourquoi la FCM et son forum rural demandent au gouvernement fédéral d’intégrer une perspective rurale dans ses projets de relance du pays. Autrement dit, de tenir compte des réalités et des besoins locaux dans ses critères et ses processus de financement. Mais plus fondamentalement, il faudra que le gouvernement s’appuie sur l’expertise rurale dans l’élaboration du plan de relance économique.

Après des mois d’isolement, les Canadiens demandent un pays plus inclusif et mieux connecté. Tout d’abord, il faudra rapidement combler le fossé numérique qui nous divise. Alors que des millions de personnes ont pu se fier à Internet pour continuer à travailler, poursuivre leur éducation et socialiser durant la pandémie, beaucoup de gens vivant dans des collectivités rurales n’ont pas eu cette chance. Encore aujourd’hui, deux millions de Canadiens sont dépourvus d’un accès fiable à Internet. Selon l’Autorité canadienne pour les enregistrements Internet, les vitesses de téléchargement dans les régions rurales étaient 10 fois plus lentes que celles des centres urbains en juillet dernier.

La FCM collabore avec le gouvernement fédéral pour faire bouger les choses. Comme le montrent les investissements prévus dans le budget de 2019 visant à offrir un accès à Internet haute vitesse à travers le pays, nous gagnons du terrain. Et lors du discours du Trône, le gouvernement s’est engagé à combler plus rapidement le fossé numérique. Mais il va sans dire que pour libérer le plein potentiel des régions rurales, le plan de relance nationale devra accélérer les progrès sur le terrain.

Dans le secteur agricole par exemple, de plus en plus de producteurs utilisent le GPS, des plateformes nuagiques et des données en temps réel. Ils doivent pouvoir compter sur la haute vitesse pour tirer leur épingle du jeu sur le marché mondial.

Créer de la prospérité dans nos collectivités rurales

Profiter de la relance pour combler le fossé numérique n’est que le premier pas, et certainement le plus évident, pour mieux connecter les Canadiens. Avant même la pandémie, trop de gens disaient se sentir marginalisés. Lorsque nous entreprendrons la relance, il est de notre devoir de nous assurer que tous se sentent inclus dans notre projet d’avenir.

Pour cela, les collectivités rurales auront besoin d’horizons économiques plus larges. Les élus ruraux travaillent déjà activement au développement économique de leur collectivité, mais il leur faut des outils pour attirer et retenir les talents, soutenir les entreprises et diversifier leurs économies. Le gouvernement fédéral peut appuyer leurs efforts en renforçant les agences de développement économique régionales.

Une croissance soutenue dans nos milieux ruraux exige aussi de solides infrastructures. Les élus ruraux utilisent déjà le transfert du Fonds de la taxe sur l’essence pour améliorer routes, ponts et systèmes de traitement des eaux. Élargir ce modèle de financement direct et efficace à d’autres infrastructures, comme les centres récréatifs et les services d’autobus régionaux, aiderait les populations rurales à participer encore plus grandement à notre économie.

La relance sera aussi l’occasion de nous attaquer à une autre crise mondiale : celle des changements climatiques. Les gouvernements de proximité sont à l’avant-garde de l’innovation climatique. Partout au pays, des municipalités rurales améliorent l’efficacité énergique de leurs bâtiments, réduisent leurs émissions de gaz à effet de serre et renforcent la résilience de leurs collectivités.

Depuis 2018, le Fonds d’atténuation et d’adaptation en matière de catastrophes du gouvernement fédéral nous aide à diminuer les risques d’inondations et à prévenir les feux de forêt pour ainsi augmenter la résistance de nos collectivités aux changements climatiques. Cependant, seuls les projets de plus de 20 millions de dollars sont admissibles, ce qui exclut plusieurs projets ruraux. En augmentant les crédits et les montants admissibles, ce Fonds pourrait stimuler la création d’emplois et aider bien d’autres collectivités à se préparer aux conditions climatiques extrêmes.

Les collectivités rurales offrent aussi de réelles occasions de réduire les émissions de carbone par l’investissement dans des transports peu polluants et l’innovation technologique dans les secteurs de l’énergie et de l’agriculture. Le virage vers des émissions nettes zéro que nous devons prendre d’ici 2050 représente un travail colossal, et nous devrons être attentifs aux impacts qu’auront les mesures en ce sens sur les économies des régions productrices d’énergie. En Alberta, les municipalités rurales tirent 40 % de leurs impôts fonciers du secteur énergétique. C’est donc dire qu’il faudra s’assurer qu’en réduisant les émissions de GES au pays, nous préserverons la viabilité économique de toutes les collectivités.

Ces derniers mois, nous avons été forcés de réfléchir à ce qui compte le plus pour nous et au type de pays que nous voulons léguer à nos enfants. Nous avons vu ce qui est possible quand nous travaillons ensemble. D’un bout à l’autre du pays, des voisins, des collectivités et les gouvernements ont uni leurs efforts pour se protéger et se soutenir mutuellement.

Cet esprit collaboratif doit guider notre reprise économique. Car bâtir le pays auquel nous aspirons exigera une collaboration sans précédent entre tous les ordres de gouvernement. Les municipalités rurales font partie de la solution. Leurs élus sont prêts se retrousser les manches pour mener les efforts de relance. Parce que l’avenir de notre pays nous concerne tous.

Cet article fait partie du dossier Combattre les inégalités pendant la reprise post-pandémie.

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Ray Orb est préfet de la municipalité rurale de Cupar, en Saskatchewan, et président du forum rural de la Fédération canadienne des municipalités (FCM).

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