(Cet article a été traduit de l’anglais.)

OTTAWA – La présidente du Conseil du Trésor, Mona Fortier, ne rendra aucune ordonnance imposant à tous les ministères fédéraux d’autoriser leurs employés à travailler à domicile jusqu’à la fin de la pandémie si leurs tâches le permettent.

Dans une lettre envoyée fin décembre à 13 syndicats, elle affirme qu’une même approche ne peut s’appliquer à la centaine de ministères et organismes fédéraux, chacun ayant ses propres mandats et exigences, précisant que les administrateurs généraux sont responsables de la santé et sécurité de leurs employés.

« Étant donné que chaque ministère aura ses propres besoins opérationnels, souligne-t-elle, il ne peut y avoir d’approche uniforme et, comme cela a été le cas tout au long de la pandémie, il y a des fonctionnaires dont le travail ne peut être fait à distance. »

Mme Fortier répondait à une lettre des syndicats du 17 décembre, qui demandait au Bureau du dirigeant principal des ressources humaines (BDPRH) du Conseil du Trésor d’indiquer clairement aux administrateurs généraux que les employés peuvent travailler à domicile (« télétravailler ») s’ils en ont la possibilité, dès maintenant et lors des prochaines vagues.

Si le télétravail est possible, estiment les 13 syndicats, il devrait être obligatoire jusqu’à la fin de la pandémie, comme on l’avait initialement décrété en mars 2020.

Omicron perturbe le retour au bureau

Depuis la mise en œuvre de l’exigence de vaccination, les ministères avaient progressivement rappelé leurs employés au travail. Puis est arrivé le très contagieux variant Omicron. À l’approche des Fêtes, le gouvernement a donc publié de nouvelles directives leur recommandant de suspendre les retours au travail et d’établir les niveaux d’effectifs requis dans les lieux de travail fédéraux.

Ces directives exhortent les ministères à « augmenter le travail à distance au besoin », à faire preuve de souplesse en adaptant leurs mesures à toute hausse des taux de transmission et à tenir compte des avis des autorités locales de santé.

Elles pressent aussi les fonctionnaires de recevoir une dose de rappel s’ils y sont admissibles, à porter le masque à l’intérieur, à éviter les voyages internationaux non essentiels et à renoncer aux grands rassemblements, comme les conférences et les séances de formation.

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Pour l’instant, les craintes des syndicats sont hypothétiques, les fonctionnaires qui le peuvent travaillant à domicile depuis qu’Omicron se propage. Mais ils s’inquiètent de ce qui arrivera dans les prochains mois, puisque la pandémie semble vouloir s’éterniser.

Dany Richard, président de l’Association canadienne des agents financiers, croit que les ravages d’Omicron font qu’il est encore plus important pour Ottawa de prendre clairement position sur la gestion d’effectifs hybrides pour la période à venir.

Ce genre de virus pourrait s’enraciner et faire en sorte que des fonctionnaires soient inquiets de rentrer au travail, de peur d’être infectés. Ils préféreraient alors travailler à distance plutôt que de s’exposer aux risques du navettage et de partager des espaces de travail.

« Tout le monde a maintenant repris le télétravail, observe Dany Richard, et c’est très bien ainsi. Mais ce n’est qu’une question de temps avant que les restrictions ne soient levées et qu’on soit pris avec le même problème. »

Vers le télétravail en permanence ?

L’objectif à long terme des syndicats, cependant, est que les employés puissent travailler à distance de façon permanente quand le gouvernement passera à des effectifs hybrides, lorsque la pandémie s’apaisera et qu’on ira vers une nouvelle normalité. Il s’agit cependant d’un changement majeur et controversé, puisqu’il nécessiterait de réécrire des règlements, des politiques et des conventions collectives.

Les syndicats et certains gestionnaires ont remis en cause l’approche passive du BDPRH, qui laisse aux ministères le soin de déterminer la façon de passer à des effectifs hybrides.

« Nous avons constaté des incohérences au sein des ministères dans la mise en pratique du télétravail en raison des directives vagues et du manque d’orientation du Conseil du Trésor, indique la lettre des syndicats. Notre position est claire et conforme à votre position antérieure : si les employés de la fonction publique ont la possibilité de télétravailler, ils devraient le faire chaque fois que c’est possible.

Cela assurera que les employés pourront rester en sécurité et se conformer aux directives de la santé publique, tout en maintenant l’excellente qualité de service, sans interruption, qu’ils ont offerte tout au long de la pandémie. »

Les syndicats souhaitent que les ministères départagent les tâches pouvant s’effectuer à distance et celles qui doivent être accomplies sur place. La seule façon d’y arriver est de demander aux ministères qu’ils évaluent l’ensemble des postes avant de commencer à ramener les employés au bureau.

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Les ministères devraient aussi demander aux employés dont les tâches peuvent s’effectuer à domicile s’ils désirent vraiment travailler à distance.

« Certains, qui élèvent par exemple trois enfants dans un petit logement, pourraient être allergiques au télétravail, note Dany Richard. On doit avoir une discussion et faire cette évaluation bien avant de penser à retourner au bureau. »

Quand les ministères s’éparpillent

En l’absence d’orientation claire, poursuit-il, les ministères s’éparpillent. Certains suivent un plan de retour au travail après avoir départagé les types de tâches. D’autres veulent que leurs employés se présentent quelques jours par semaine, tandis que d’autres ont décidé de faire revenir tout le monde, et de voir ce qui fonctionne.

D’où la confusion actuelle, qui risque d’entraîner des plaintes et des conflits, mais aussi de compromettre la sécurité des employés.

Chaque ministère est différent, reconnaît Dany Richard, mais le travail des comptables ou des analystes de données, par exemple, demeure semblable, peu importe où ils travaillent. Et ceux qui doivent travailler sur place quand leurs collègues d’autres ministères sont en télétravail ne tarderont pas à s’en plaindre.

« Les ministères qui m’inquiètent sont ceux qui attendent encore – parce qu’ils n’ont aucune idée de la façon dont le retour va s’effectuer – et qui ne sont même pas en train de faire les évaluations, ajoute Dany Richard. C’est la raison pour laquelle nous voulons que le BDPRH prenne des décisions pour l’ensemble des ministères et qu’il dise ‟vous devez évaluer chacun des postes”. »

Aucune date n’a été fixée pour que les ministères relancent leurs plans de retour au travail.

L’autrice a bénéficié d’une bourse de journalisme Accenture sur l’avenir de la fonction publique. Découvrez ici les autres chroniques de Kathryn May.

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Kathryn May
Kathryn May est la boursière Accenture en journalisme sur l'avenir de la fonction publique. Dans les pages d'Options politiques, elle examine les défis complexes auxquels font face les fonctionnaires canadiens. Elle a couvert la fonction publique fédérale pendant 25 ans pour le Ottawa Citizen, Postmedia et iPolitics. Gagnante d'un prix du Concours canadien de journalisme, elle a aussi mené des recherches sur la fonction publique pour le compte du gouvernement fédéral et d'instituts de recherches.

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