Selon un sondage EKOS, les Canadiens font confiance aux établissements postsecondaires pour les préparer à l’emploi de demain, malgré certains obstacles.

(Cet article a été traduit de l’anglais.)

L’évolution rapide du marché du travail canadien crée des débouchés, mais aussi des défis qui nous forcent tous à réfléchir à l’avenir du travail et de la formation. Nous savons déjà que ces changements sont une préoccupation majeure pour les employeurs, les gouvernements, les éducateurs et les apprenants, mais un nouveau sondage mené à l’échelle du pays par la firme EKOS Research Associates montre que c’est aussi une préoccupation importante pour l’ensemble la population canadienne.

Pour 98 % des répondants au sondage, l’accès à la formation continue est important à tout âge. Les résultats montrent que bien que les Canadiens reconnaissent la valeur de l’éducation postsecondaire pour les jeunes, ils pensent qu’il est de plus en plus nécessaire d’avoir accès au recyclage professionnel au fil de sa carrière pour pouvoir s’adapter aux nouvelles technologies et aux autres changements qui perturbent le milieu de travail.

Le sondage nous renseigne aussi sur le type de formation recherché par les Canadiens. Pour près de 90 % des répondants, une bonne formation en est une qui donne de l’expérience pratique ; pour 87 % d’entre eux, le but des études postsecondaires est d’aider les gens à obtenir un bon emploi et à le conserver. Par ailleurs, 87 % des répondants s’entendent pour dire que « les entreprises devraient prodiguer des conseils aux établissements d’études postsecondaires pour veiller à ce que leurs étudiants obtiennent avec leur diplôme les compétences dont ils ont besoin sur le marché du travail », comme cela se fait déjà pour les collèges et les instituts.

S’il est vrai que l’on ne saurait s’étonner de ces résultats compte tenu de l’importance qu’accordent les Canadiens aux compétences axées sur la profession, le sondage a donné lieu à quelques surprises. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la plupart des Canadiens ne préfèrent pas la formation en ligne ou au moyen d’autres technologies, mais s’attachent encore à la formation en salle de classe (64 % de l’ensemble des répondants et jusqu’à 78 % de ceux âgés de 18 à 34 ans). Toutefois, le groupe d’âge le plus visé par le recyclage professionnel, soit les 35 à 54 ans, est un peu moins susceptible que la moyenne canadienne de préférer la formation en salle de classe dans un établissement postsecondaire. Ces disparités indiquent qu’il est tout à fait nécessaire d’offrir diverses options de formation.

En ce qui concerne les détails de la formation en ligne, certains répondants penchent pour l’utilisation de ressources préenregistrées de type texte ou vidéo, tandis que d’autres ont une préférence pour le tutorat direct. Les établissements d’enseignement doivent donc rester flexibles, d’autant plus que la population qu’ils desservent est de plus en plus diversifiée et peut inclure des salariés déplacés, ou encore des gens soucieux de s’adapter aux changements qui ont lieu dans leur secteur d’activité.rieux.

De nombreux Canadiens sont préoccupés par les obstacles à l’éducation, ce qui démontre le besoin de renforcer les mesures de soutien, notamment celles offertes par les gouvernements ou les employeurs. Ces améliorations sont particulièrement nécessaires si nous voulons voir plus de gens accéder au recyclage professionnel à un stade avancé de leur carrière. Environ 63 % des répondants ont indiqué que les frais de scolarité qui s’ajoutent à leur frais de subsistance représentent pour eux un obstacle à ce type de formation. Et pour 53 % d’entre eux, le temps à consacrer à la formation elle-même en est un autre.

Le gouvernement fédéral a récemment investi des fonds dans des programmes tels que le Crédit canadien pour la formation, le soutien à la formation en période de prestations d’assurance-emploi, de même que le financement de l’apprentissage intégré au travail par le biais du Programme de stages pratiques pour étudiants. Ce sont toutes des formes de soutien appréciables, mais selon le sondage EKOS, les Canadiens ne sont pas encore certains de disposer des ressources adéquates pour se réorienter professionnellement. Seuls 38 % des répondants disent qu’ils ont suffisamment de soutien, alors que 46 % affirment le contraire.

Les résultats du sondage EKOS correspondent aux conclusions du rapport The Future of Jobs publié par le Forum économique mondial (FEM). Celles-ci indiquent que les employeurs préfèrent concentrer les efforts qu’ils déploient pour le recyclage professionnel sur des postes importants ou des employés très performants. Seuls 33 % des employeurs interrogés par le FEM ont en effet dit qu’ils accorderaient la priorité au recyclage des salariés à risque occupant les postes les plus susceptibles d’être touchés par l’automatisation. Ces tendances se dégagent aussi clairement du sondage EKOS. Les jeunes répondants très instruits et aisés manifestent une confiance dans la possibilité de recyclage et de soutien. Parmi les répondants, les Canadiens ayant un revenu maximal de 50 000 dollars et ceux n’ayant qu’un niveau d’études secondaires sont moins susceptibles de trouver qu’ils ont accès à suffisamment de soutien et de possibilités de réorientation professionnelle (35 % et 34 %, respectivement).

Cela donne à penser que le gouvernement a encore du travail à faire afin de non seulement promouvoir, mais aussi de rationaliser les programmes de soutien aux apprenants de tout âge, notamment les personnes à mi-carrière et celles qui sont sous-employées. Quant aux employeurs, ils gagneraient aussi beaucoup à adopter des politiques de formation continue afin qu’en cette époque de rapide évolution technologique, le perfectionnement professionnel ne soit plus seulement un avantage, mais la norme dans le déroulement d’une carrière.

Les employeurs constateront qu’à ce chapitre les collèges et les instituts sont déjà prêts à travailler avec eux, ceux-ci ayant depuis longtemps l’habitude de créer des programmes qui reflètent les besoins des apprenants et des divers secteurs économiques. Ces établissements se sont dotés de comités consultatifs de programmes où siègent des employeurs locaux qui veillent à ce que chacun des programmes offerts forme des diplômés prêts à se lancer professionnellement. Ils travaillent par ailleurs avec les employeurs pour répondre à leurs besoins de requalification professionnelle, souvent par le biais de contrats de formation conclus à la demande des entreprises de sorte à assurer le perfectionnement professionnel de leur personnel.

Le succès des collèges et des instituts dans ce domaine se reflète dans les résultats du sondage : 91 % des répondants sont d’accord pour dire que les collèges et les instituts « préparent les étudiants en leur donnant les compétences dont ils ont besoin sur le marché du travail ». De la même façon, 88 % des Canadiens estiment que ces établissements ont des répercussions positives sur leur collectivité locale.

Dans l’ensemble, ces résultats sont très encourageants pour l’enseignement postsecondaire. Ils prouvent que les Canadiens font confiance aux établissements pour préparer leur réussite. Ils montrent de plus qu’ils sont conscients de la valeur de programmes offrant une formation pratique et préparant à une réorientation professionnelle. Nous devons toutefois reconnaître que les Canadiens recherchent des options de formation suffisamment souples, tant dans leur conception que leur prestation, et qu’ils veulent davantage de soutien pour éliminer le risque dont s’accompagne l’investissement dans leur formation continue.

Pour y parvenir, cela demandera des efforts concertés des établissements d’enseignement postsecondaire, des gouvernements et des employeurs. Tous ces acteurs ont un rôle à jouer pour faire de la culture de l’apprentissage continu une réalité. Fort heureusement, le Canada part de bases solides et peut compter sur de nombreux établissements qui travaillent déjà ardemment dans l’intérêt de leurs collectivités.

Pour répondre aux besoins actuels et futurs, les collèges et instituts estiment que ces efforts doivent inclure un meilleur accès aux services d’évaluation et de reconnaissance des acquis (ERA), lesquels permettent aux apprenants de faire valoir leurs connaissances concrètes, raccourcissant ainsi le temps de formation, réduisant les coûts et accélérant la réintégration au travail. Notons que ces services sont déjà offerts d’une façon ou d’une autre dans 95 % des collèges et instituts publics du Canada, même s’ils ne sont pas offerts systématiquement pour chaque programme.

Les gouvernements doivent aussi travailler avec les employeurs, en particulier les PME, pour encourager ceux-ci à investir dans le recyclage professionnel de leur personnel, et pour favoriser la collaboration avec les établissements postsecondaires. La lutte mondiale contre les changements climatiques offre d’ailleurs l’occasion tout indiquée pour que les établissements d’enseignement travaillent de concert avec les secteurs d’activités qui auront particulièrement besoin de travailleurs formés à faire face aux nouveaux défis. Plus les nouveaux procédés et les nouvelles technologies visant à réduire les émissions de carbone sont adoptés au pays, plus le Canada a intérêt à adopter un cadre de travail pancanadien concernant l’éducation postsecondaire dans les provinces et territoires, afin de coordonner les stratégies d’adaptation et d’atténuation.

Tandis que le gouvernement fédéral avance dans ses démarches en vue d’établir des lignes directrices écoresponsables pour les divers secteurs économiques du pays, les programmes d’études devront aussi évoluer pour s’arrimer aux besoins émergents des employeurs. Leur focalisation sur les compétences vertes sera cruciale non seulement pour instaurer une économie à faibles émissions de carbone, mais pour s’assurer que les Canadiens sont bien équipés pour s’orienter vers de nouveaux secteurs à mesure que ceux-ci émergent.

S’il est vrai que le sondage EKOS montre qu’il est nécessaire de renforcer les mesures de soutien en place, notamment pour promouvoir l’accès au recyclage professionnel, les collèges et les instituts de tout le pays s’appliquent déjà à offrir aux Canadiens la formation pratique centrée sur l’emploi valorisée par ces derniers. Sachant que 95 % de la population canadienne et 86 % de la population autochtone du pays vit à moins de 50 km d’un collège ou d’un institut desservant leur région, la capacité de ces établissements à répondre aux besoins des apprenants et des employeurs, où qu’ils vivent, restera cruciale pour la prospérité future du pays.

EKOS a effectué ce sondage entre le 13 et le 21 août 2019 auprès de 1 030 Canadiens en utilisant son panel de recherche en ligne. La marge d’erreur associée à l’échantillon complet était de ± 3,1 points de pourcentage 19 fois sur 20.

Photo : Shutterstock / PureSolution


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