La Chaire en fiscalité et en finances publiques vient de publier l’édition 2026 du Panorama des finances publiques du Québec, une belle occasion de faire le point sur les finances publiques du Québec.

Les plus récentes données du Rapport trimestriel sur la situation financière du Québec montrent une amélioration du déficit pour l’exercice 2025-2026 par rapport aux prévisions passées : il est passé d’une estimation de de 13,6 milliards $ (mars 2025) à 9,9 milliards $ (mars 2026) et devrait finalement s’établir à 7,2 milliards $ (juin 2026). Il s’agit là d’une bonne nouvelle.

En outre, le plan de retour à l’équilibre budgétaire, où les déficits s’atténuent progressivement jusqu’à un retour à l’équilibre en 2029-2030, est en cours de réalisation.

Avant d’analyser plus en détails le retour à l’équilibre budgétaire, prenons quelques instants pour comparer la position relative de certains indicateurs de finances publiques du Québec vis-à-vis des autres provinces.  

Le Québec dépense davantage (et plus qu’avant) que la moyenne canadienne

Pour les dépenses, il est possible de constater qu’en 2024-2025, le poids des dépenses de programmes du Québec en proportion du PIB est le 4e plus élevé des 10 provinces.

En exprimant le tout en dépenses par habitant, le Québec demeure en 4e position. Toutefois, l’analyse par habitant permet d’observer que sur une période de 10 ans (2014-2015 à 2024-2025), le Québec a connu la 2e plus forte croissance des dépenses par habitant (58,7 %), derrière la Colombie-Britannique.

Enfin, par rapport aux neuf autres provinces, le Québec dépensait 6,2 % de plus par habitant en 2014-2015. Or, l’écart observé est passé à 18,2 % en 2024-2025. Sur la base des plus récentes données budgétaires, l’écart s’établirait à 16,3 % en 2025-2026.

La position relative du déficit budgétaire québécoise s’améliore

Du côté des déficits, si le Québec avait le 4è déficit budgétaire le plus grand des 10 provinces canadiennes en 2024-2025, les plus récentes données pour 2025-2026 indiquent qu’il aurait maintenant le plus petit déficit en proportion du PIB.

Pour l’année en cours de réalisation (2026-2027), l’analyse des budgets situerait le Québec au 3e rang pour le déficit le plus faible dernière la Saskatchewan et le Manitoba.

La position relative de la dette nette québécoise s’améliore

L’évolution relative de la dette nette en proportion du PIB montre un portrait contrasté permettant de mieux apprécier l’évolution relative de la dette nette du gouvernement du Québec parmi les provinces.

Même si le Québec obtient toujours le 2e rang de la dette nette en proportion du PIB la plus élevée au 31 mars 2026. La projection le place au 3e rang au 31 mars 2027 et en 4e position au 31 mars 2028.

La comparaison interprovinciale permet également de constater que le poids de la dette nette de l’ensemble des autres provinces a augmenté de 2,6 points de pourcentage de 2014-2015 à 2024-2025, passant de 24,0 % à 26,6 %. Au cours de la même période, la dette nette en pourcentage du PIB du Québec a reculé de 14,3 points de pourcentage. Il s’agit de la seconde baisse la plus importante après celle du Nouveau-Brunswick.

Deux défis pour atteindre l’équilibre budgétaire

On retient que l’évolution de la position relative du Québec montre des améliorations pour certains indicateurs de finances publiques. Cependant, ces améliorations découlent en grande partie de l’exécution du plan de retour à l’équilibre du gouvernement du Québec.

Ainsi, à l’aube des élections générales, les partis politiques devront, dans l’élaboration de leurs promesses, tenir compte de l’importance de maintenir des finances publiques saines, car la présente analyse met en exergue que le plan de retour à l’équilibre repose sur deux aspects qui nécessiteront discipline et efforts.

Pourquoi la CAQ a-t-elle perdu l’appui des Québécois ?

Le Québec depuis 1995 : recul ou progrès?

En premier lieu, il suppose une réduction marquée de la croissance des dépenses. Alors que la croissance annuelle moyenne des dépenses de portefeuilles était de 6,0 % au cours des dix années précédentes (2015-2016 à 2025-2026), le plan prévoit une croissance limitée à 1,9 % en moyenne par année entre 2025-2026 et 2029-2030.

En deuxième lieu, malgré le déficit moindre que prévu pour l’année 2025-2026, les deux dernières années du plan de retour à l’équilibre budgétaire indiquent toujours un écart à résorber de 2,25 G$, en 2028-2029 et de 2,0 G$ en 2029-2030 nécessitant des économies additionnelles non encore identifiées pour atteindre le retour à l’équilibre.

Concilier promesses électorales et discipline budgétaire

Les citoyens et les partis politiques seront appelés à faire preuve de lucidité dans leurs choix. C’est connu, l’électeur moyen est souvent séduit par une volonté de payer moins tout en recevant plus de l’État et, de l’autre, les partis politiques, pour les satisfaire, font souvent des promesses de réduire le fardeau fiscal et de bonifier les services publics.

Or, les actions demandées et les promesses données doivent se concilier, en cohésion avec l’exécution d’un plan de retour à l’équilibre budgétaire où subsistent des écarts à résorber pour éliminer un déficit structurel.

Certes, les promesses électorales font parties de toute bonne campagne électorale, mais en attendant le rapport préélectoral qui arrivera en août 2026 pour faire le point sur le cadre financier de base des cinq prochaines années, il faudra bien baliser les attentes.

Une réaction à cet article ? Options politiques accueille vos propositions de textes. Voici comment soumettre un commentaire ou votre propre analyse.

Vous pouvez reproduire cet article d’Options politiques en ligne ou dans un périodique imprimé, sous licence Creative Commons Attribution. Les photos ne peuvent pas être republiées.

Luc Godbout photo

Luc Godbout

Luc Godbout est professeur titulaire au Département de fiscalité à l’Université de Sherbrooke et titulaire de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques. Il a présidé la Commission d’examen sur la fiscalité québécoise.

Pour aller plus loin