Le départ du premier ministre François Legault marque la fin d’un cycle et ouvre une période de réflexion collective sur le type de leadership et de projet de société que les Québécoises et les Québécois souhaitent pour l’avenir.
Le Québec traverse actuellement une période charnière. Les prochains mois, marqués par une course à la chefferie et une élection à l’automne, offrent une occasion de recentrer le débat public sur ce qui unit la population et sur les priorités concrètes qui touchent le quotidien des citoyens.
Les politiques identitaires du gouvernement de la Coalition Avenir Québec (CAQ) ne sont pas apparues dans un vide. Elles s’inscrivent dans une trajectoire politique qui a souvent mis l’accent sur des enjeux identitaires, notamment par la Loi sur la laïcité de l’État (Loi 21), le projet de loi 9 et les débats entourant la loi 94. Ces choix méritent aujourd’hui d’être examinés avec lucidité, non pas pour désigner des boucs émissaires, mais pour en évaluer les impacts réels sur la cohésion sociale.
Un sentiment d’appartenance fragilisé
La laïcité est une valeur fondamentale au Québec et nous y adhérons complètement. Cependant, la vraie laïcité repose sur la neutralité de l’État, la liberté de conscience et la séparation entre les institutions publiques et les religions. Cette valeur est largement partagée et fait partie intégrante du contrat social québécois.
Toutefois, certains discours politiques et certaines interprétations restrictives de la laïcité ont contribué, au fil des années – plus de 30 ans -, à polariser la société et à fragiliser le sentiment d’appartenance de groupes entiers, notamment chez plusieurs jeunes issus de minorités religieuses.
Des voix crédibles, issues de différents horizons, ont exprimé leurs préoccupations. Le président de l’Association des commissions scolaires anglophones du Québec (ACSAQ) et le président de la Commission scolaire English-Montréal (CSEM) critiquent vivement le projet de loi 94 du Québec, le qualifiant d’extension injuste de la Loi 21 qui « cible les plus vulnérables ».
Les effets d’un laïcisme répressif
L’Association canadienne des libertés civiles (ACLC) fait remarquer avec perspicacité que le projet de loi 9 masque la discrimination sous le couvert de la laïcité. « La laïcité de l’État signifie la séparation de la religion et des institutions gouvernementales, ainsi que la neutralité de l’État envers les religions, a déclaré Anaïs Bussières McNicoll, directrice du programme des libertés fondamentales de l’ACLC. « Cela ne donne pas au gouvernement le droit de réprimer toute trace de religion dans les espaces publics. ».
Le coprésident Gérard Bouchard, de la Commission Bouchard-Taylor, a lui aussi mis en garde le gouvernement contre les effets d’un laïcisme répressif, appelant à considérer l’impact de ces politiques sur les jeunes générations et sur leur relation avec la société québécoise. Dans une récente tribune libre concernant le projet de loi 9, il a écrit :
Le 29 janvier dernier marquait le neuvième anniversaire de la tragédie de la Grande Mosquée de Québec. À cette occasion, il est essentiel de rappeler que les mots, les lois et les débats publics entraînent des conséquences réelles. Les discussions autour de l’identité, lorsqu’elles sont mal cadrées, peuvent raviver des blessures, accentuer le sentiment d’exclusion et fragiliser le vivre-ensemble.
Se recentrer sur les priorités collectives
Pendant ce temps, le Québec fait face à des défis majeurs : une crise du logement persistante, un système de santé sous pression, une insécurité alimentaire en hausse et une inquiétude grandissante face à la situation économique.
Selon des données récentes, plus du tiers (36 %) des Québécois souffrent d’insécurité alimentaire, contre 22 % il y a cinq ans. Cette réalité appelle à des réponses urgentes et concertées.
Les choix politiques des dernières années ont également eu des répercussions sur les nouveaux arrivants, notamment avec l’annulation unilatérale du Programme d’expérience québécoise (PEQ), qui représentait une voie importante d’intégration et de contribution à la société québécoise.
Choisir un projet de société rassembleur
Le Québec a besoin de toutes ses forces vives. De tous ses talents. De l’engagement de chacun de ses citoyens, peu importe leurs origines, leurs croyances ou leurs parcours. La société québécoise s’est construite sur la solidarité, la justice sociale et la recherche d’un équilibre entre les droits individuels et le bien commun.
La période qui s’ouvre est une invitation à choisir un projet de société qui rassemble plutôt que divise, qui s’attaque aux enjeux concrets du quotidien et qui renforce la confiance des citoyens dans leurs institutions.
Lors de son discours prononcé à Davos, le premier ministre du Canada Mark Carney a exprimé l’importance de nommer les choses par leur nom et de renforcer nos solidarités :
« C’est la tâche des puissances moyennes, qui ont le plus à perdre dans un monde de forteresses et le plus à gagner dans un monde de coopération véritable. Les puissants ont leur pouvoir. Mais nous avons aussi quelque chose : la capacité de cesser de faire semblant, d’appeler la réalité par son nom, de renforcer notre position chez nous et d’agir ensemble.»
Le Québec est et demeurera une société laïque et libre. La question qui se pose aujourd’hui est celle de la manière dont cette laïcité peut continuer à être un vecteur d’unité, de respect et de cohésion sociale.


