Le développement des services de garde éducatifs, conçu dans le cadre de la politique familiale de 1997, a contribué à la participation des mères sur le marché du travail, entraînant des gains économiques de divers ordres.
Or, si la pertinence d’offrir des places en services de garde n’est plus à démontrer, force est de constater que, trois décennies plus tard, le réseau fait l’objet de critiques, notamment en raison des difficultés d’accès liées au manque de places dans certains territoires.
Un réseau qui a presque quadruplé en 30 ans
En 1998, le réseau des services de garde éducatifs comptait un peu plus de 82 000 places, incluant les places en garderies non subventionnées et en milieu familial. Au 30 juin 2026, le ministère de la Famille en recense désormais 318 000. De ce nombre, 35 % sont en Centre de la petite enfance (CPE), 24 % en milieu familial subventionné, 22 % en garderies subventionnées, 18 % en garderies non subventionnées et 1 % en milieu familial non subventionné.
Depuis 1998, la proportion des enfants de 0 à 4 ans fréquentant un service de garde est passée de 19 % à environ 77 %. À cet égard, on peut estimer qu’aujourd’hui, environ 60 000 enfants n’utilisent pas le réseau parce que leurs parents n’en expriment pas le désir. Ces enfants peuvent être gardés en milieux alternatifs ou demeurer tout simplement avec leurs parents.
La pénurie persiste, mais l’offre dépasse déjà la demande
Entre le printemps 2022 et le printemps 2025, même s’il s’est créé un peu plus de 24 000 places en services de garde, le nombre d’enfants en attente d’une place n’a diminué que de moins de 3 000.
De son côté, le modèle d’estimation du ministère de la Famille indique un léger surplus de places. À l’échelle du Québec, l’offre actuelle de 313 500 places surpasse la demande actuelle estimée à 311 400. Cette estimation compare la demande au 31 mai 2025, soit les places occupées et les enfants en attente, à l’offre au 30 juin 2026. Les places en milieu autochtones ne sont pas comprises dans ce calcul.
Cela dit, ce surplus reste théorique. L’arrimage entre la demande et l’offre de places en service de garde est grandement compliqué par l’étendue du territoire et la nécessité d’offrir des places à proximité du domicile ou du lieu de travail des parents.
Or, la donnée la plus récente indique que 30 688 enfants étaient en attente d’une place en mai 2025, hors place en milieux autochtones. Une partie des places existantes serait donc mal localisée ou ne correspondrait pas aux préférences des parents inscrits sur la liste d’attente. Par exemple, à Montréal, l’offre excède la demande de 5000 places, mais on y comptait malgré tout près de 4 700 enfants en attente d’une place.
Un réseau appelé à s’ajuster à la démographie
Au Québec, il y a actuellement 10 000 places inoccupées dans des garderies en milieu familial, 6 500 dans des Centres de la petite enfance (CPE), 4 700 dans des garderies subventionnées et, enfin, 11 500 places non subventionnées.
Entre l’équilibre entre l’offre et la demande et la persistance d’enfants en attente de places, le Québec continue de développer le réseau. On compte 10 768 places en cours de réalisation, sans compter les places en milieux autochtones. Ces futures places seront plus de 8 fois sur 10 offertes en CPE. Bien que ce ne soit pas systématique, ces places viendront répondre aux besoins localisés en territoires déficitaires.
Il faut également noter que le Québec traverse une période de relative stagnation démographique qui se traduit par une réduction anticipée du nombre d’enfants utilisateurs de service de garde. La demande anticipée de places passerait ainsi de plus de 311 000 en 2025 à moins de 300 000 places en 2028.
Dans ce contexte, il faut viser le meilleur arrimage possible entre les places disponibles et les places demandées.
Des surplus ici, des déficits là
Le ministère de la Famille catégorise le Québec en 159 territoires de bureaux coordonnateurs. Ces territoires correspondent généralement à celui d’une MRC à l’extérieur des grands centres. Au 30 juin 2026, l’évaluation est que 94 territoires sur 159 sont en déficit de places alors que 65 sont en surplus.
Si des déficits de plus de 200 places sont recensés dans la ville de Québec, notamment à Limoilou et à Sainte-Foy–Sillery, ainsi qu’en Abitibi, notamment à Rouyn-Noranda et dans la MRC Vallée de l’Or, des surplus de plus de 500 places sont identifiés sur l’île de Montréal, plus précisément à Pierrefonds, Ahuntsic et Villeray–Petite-Patrie.
Dans ces territoires, l’offre de places en garderies non subventionnées apparaît significativement plus importante qu’à l’échelle du Québec hors Montréal : elle représente 25 % ou plus de l’offre, contre 15 % ailleurs.
Le point d’équilibre pourrait être rapidement dépassé
Sur les 159 territoires, on observe, au 30 juin 2026, que 38 territoires présentent un déficit de places supérieur à 6 % des places offertes, alors que 25 sont en surplus de 6 % ou plus. Entre les deux, 96 territoires, soit 60 %, se trouvent relativement près de l’équilibre entre les places offertes et la demande, avec un manque ou un surplus de 5 % ou moins.
En bout de piste, le ministère de la Famille estime qu’alors qu’en 2024 et en 2025, environ 40 % des territoires présentaient un manque significatif de places, ce ratio a été réduit à 24 % en 2026 et ne serait plus que de 4 % en 2027 et 3 % en 2028. Ainsi, seulement quatre territoires sur 159 présenteraient encore un déficit significatif de places en 2028.
Inversement, la proportion des territoires qui étaient en surplus significatif de places en 2024 et 2025 atteignait 13 %. Elle passe à 16 % en 2026 et bondirait à près d’un territoire sur deux (48 %) en 2027, avant d’atteindre 61 % en 2028.
Sur certains territoires, le changement attendu en trois ans seulement est considérable. Le cas de la MRC de La Jacques-Cartier est frappant : alors que la demande au 31 mai 2025, comparée à l’offre au 30 juin 2026, fait ressortir un déficit de 187 places en 2026, la demande projetée en 2028, comparée à l’offre projetée (offre actuelle et places en réalisation) laisse plutôt prévoir un surplus de 267 places.
Globalement, les projections permettent également d’estimer que près de 75 % des territoires où il manque des places en 2026 présenteront plutôt un surplus de places dans deux ans.
Adapter le réseau à une demande qui change
Bien entendu, il s’agit de projections qui peuvent notamment changer en fonction de la mise à jour du nombre d’enfants en attente d’une place à la suite du déploiement du portail d’inscription aux services de garde, du nombre de naissances localisées, des déménagements et la disponibilité du personnel.
De plus, des déficits de places importants pourront subsister dans certaines municipalités et certains quartiers. Certains territoires sont très vastes et il n’est pas possible de combler un déficit de places dans un secteur en offrant les places excédentaires d’un secteur voisin. En revanche, il faudra aussi gérer un nombre important de places en surplus dans le réseau.
Pour conclure, il faut voir le tout comme une bonne nouvelle. Après des décennies de développement, le réseau est en voie de répondre à la demande. Bien que des actions ponctuelles puissent être entreprises pour corriger les déficits de place à court terme, il faut reconnaître que, sur la base des données disponibles, le manque de places en service de garde ne constitue pas une préoccupation généralisée à l’échelle du Québec et que ce problème devrait être largement résolu d’ici 2028.
Alors que, pendant 30 ans, l’attention était axée sur la pénurie de places, une gestion adéquate des ressources publiques nécessite donc de tenir compte du fait que le réseau atteindra bientôt le point d’équilibre.
Ce texte reprend, met à jour ou détaille certaines données exposées dans une analyse produite par la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques (CFFP) de l’Université de Sherbrooke, à l’automne 2025, sur les services de garde éducatifs au Québec.

