L’auteur vient de publier ses réflexions sur les grands défis auxquels le Québec est confronté. Nous reproduisons ici le chapitre consacré à l’éducation.

Il y a de ces hasards dans la vie. Les pays champions de la compétitivité sont aussi les pays champions en éducation…

La Finlande, le Danemark et la Suisse s’échangent les premiers rangs en matière de compétitivité et d’éducation, avec une régularité d’horloge suisse. Je refuse de croire que cela n’est que le fruit du hasard. Il est important de se pencher sur la question, car notre prospérité dépend de notre capacité à développer notre capital humain. Par exemple, en envoyant le monde à l’école. Et surtout, en lui faisant apprendre les bonnes choses.

Au moment de la révolution tranquille, le jeune Québécois moyen avait fréquenté l’école durant neuf ans, et le jeune Ontarien, onze ans.

Au cours des décennies précédentes, le Québec a déployé des efforts importants pour développer son système d’éducation. Au moment de la révolution tranquille, le jeune Québécois moyen avait fréquenté l’école durant neuf ans, et le jeune Ontarien, onze ans. Aujourd’hui, tous deux peuvent bénéficier de quinze ans de scolarité. Ce n’est pas rien ! Numériquement, c’est un rattrapage spectaculaire dont il y a lieu d’être fier. D’autant plus que c’est en accroissant nos connaissances et nos habiletés que nous allons augmenter nos chances de concurrencer les pays en émergence. Beaucoup plus qu’en diminuant nos salaires. Surtout que, d’ici vingt ans, plus d’un milliard de travailleurs arriveront sur le marché du travail dans ces pays qui nous font maintenant concurrence. Ils auront une seule idée en tête : faire mieux que nous. Tout un stimulant !

Cependant, il faut creuser nos progrès statistiques. Le fait qu’un plus grand nombre de jeunes fréquentent l’école, le collège et l’université est réjouissant. Encore faut-il se demander ce qu’ils y font. Je ne suis pas certain que faire faire des petits gâteaux à tous les enfants fait avancer notre société. Il faudrait fouiller le sujet. Mais surtout pas un autre comité là-dessus !

La publication, à l’automne 2007, des résultats de l’étude PISA — une enquête réalisée en 2003 par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) auprès de 400 000 jeunes de quinze ans, dans 57 pays —, constituait bien sûr une bonne nouvelle. Selon les résultats de cette étude, le Québec a obtenu de très bonnes notes. Bravo ! Mais attention, ces résultats ont été observés auprès d’élèves qui n’avaient pas encore goûté la nouvelle réforme de l’éducation. En arriverions-nous aujourd’hui aux mêmes conclusions ? Nous ne le saurons pas avant la publication des prochains résultats, qui sortent aux trois ans. Croisons-nous les doigts en attendant.

De plus, certains experts dans le domaine insistent sur le fait que le fort taux d’abandon scolaire au Québec pourrait fausser en partie l’interprétation des résultats. Comment ? Si, au moment de l’examen, un grand nombre d’élèves faibles ne faisaient plus partie de la cohorte québécoise, les résultats de l’ensemble risquent d’être artificiellement plus élevés.

Par ailleurs, je m’inquiète beaucoup de ceux qui échappent au système. Le match est devenu beaucoup trop exigeant pour laisser autant de joueurs le long des bandes. « Y en aura pas de facile ! » comme disent les sportifs. Il y aura des emplois disponibles en grande quantité. Tous ceux qui seront qualifiés et qui voudront travailler pourront le faire. Et c’est tant mieux, car on ne me fera jamais croire que quelqu’un voudrait être tenu à l’écart. Comme nous le rappelait Félix Leclerc, « la meilleure façon de tuer un homme, c’est de l’payer à ne rien faire ». Pourquoi alors tant de gens seront-ils exclus de la course, malgré cette abondance d’offres d’emploi ?

Un sondage réalisé en 2003 révélait que 55 p. 100 des Québécois francophones éprouvaient des problèmes pratiques de lecture. Des détenteurs de diplôme d’études secondaires (DES) ne sont même pas capables de déchiffrer ce qui est écrit sur leur diplôme. Ajoutez à cela le fait que presque 30 p. 100 des jeunes n’ont toujours pas obtenu leur DES à l’âge de vingt ans et que seulement 60 p. 100 l’obtiennent à l’intérieur du délai normal, c’est-à-dire cinq ans. Ce n’est quand même pas un exploit olympique !

Je ne crois pas qu’il y a lieu de nous réjouir non plus du fait que nos écoles reçoivent un plus grand nombre de jeunes qu’il y a quarante ans. Avec la faiblesse de l’éducation qu’on leur offre, je crains qu’un trop grand nombre de jeunes n’aient pas les moyens de contribuer à l’effort collectif. Et n’oubliez pas qu’ils font partie du « deux pour un » — deux personnes en âge de travailler pour une personne de soixante-cinq ans et plus — qui soutiendra la société de demain. Cela n’augure pas très bien. Si le peu de personnes en âge de travailler ne sont pas équipées pour être productives, ça risque de chauffer pour tout le monde. Y compris pour les vieux.

Une façon de pallier ce problème, en partie du moins, serait de former les gens après leur entrée sur le marché du travail. Mieux vaut tard que jamais, n’est-ce pas ? Voici ce que révèle une étude de l’OCDE à ce sujet :

  1. Le Canada figure au 12e rang, sur 18 pays évalués, en ce qui concerne le taux moyen de participation à une activité de formation continue (le Québec arriverait au 17rang).
  2. Le Québec est à l’avant-dernier rang des provinces canadiennes en ce qui a trait à la participation à une activité de formation continue.
  3. Le Québec est au dernier rang des provinces canadiennes pour le taux moyen de participation à des activités de formation continue liées à l’emploi.

Encore une fois, la queue du peloton. Décidément, c’est une habitude ! Cela laisse place à l’amélioration, me direz-vous… Moi aussi, je veux bien être optimiste. La bonne nouvelle, c’est que le vieillissement rapide de la population devrait permettre d’accroître plus rapidement la proportion de diplômés dans la population active, à mesure que les catégories d’âges plus scolarisées remplaceront les personnes les moins scolarisées. Mais ce sera loin d’être suffisant. Encore faudra-t-il être certain que les « scolarisés » auront appris quelque chose.

Après une décroissance marquée, la criminalité chez les jeunes a recommencé à augmenter.

Un nombre croissant de jeunes vivent dans la rue. Après une décroissance marquée, la criminalité chez les jeunes a recommencé à augmenter. Plusieurs croient que la violence donne un sens à leur vie. Voilà des joueurs de notre équipe qui ne seront pas outillés pour contribuer beaucoup aux progrès de la société. Du moins durant un certain temps. Toutefois, restons optimistes, car certains s’en sortent grâce entre autres aux efforts des centres jeunesse et d’autres intervenants qui travaillent dans l’ombre, avec une grande générosité. Malheureusement, on entend plus souvent parler des dérapages que des bons coups.

Autre problème : le jeu pathologique, de plus en plus populaire chez les jeunes. Les nôtres n’y échappent pas. Les spécialistes évaluent que la proportion de jeunes qui éprouvent un problème avec le jeu est de 4 p. 100 à 8 p.100. De 10 p.100 à 14 p.100 de ces jeunes vulnérables risquent de développer une véritable pathologie liée au jeu. On sait aussi que les taux de prévalence chez les ados qui ont un problème avec le jeu est de deux à quatre fois plus élevé que chez les adultes.

Qu’arrive-t-il à ces jeunes ? Ils prennent beaucoup plus de risques de toutes sortes. Ils éprouvent de grandes difficultés à se conformer aux normes sociales et à faire preuve d’autodiscipline. Ils sont plus à risque en matière de suicide. Ils délaissent leurs relations amicales et affectives. Ils ont peine à gérer les situations difficiles. Ils sont plus enclins à la délinquance et aux actes criminels.

Les études démontrent aussi à quel point les jeunes d’aujourd’hui sont confrontés à la toxicomanie. La majorité des buveurs à risque élevé sont des hommes de moins de vingt-cinq ans. Le taux de consommation de substances illicites (autres que le cannabis) est le plus élevé chez les jeunes âgés de dix-huit à vingt-quatre ans. Ça annonce assez mal merci pour l’avenir.

Faut-il rappeler enfin la triste statistique qui reflète une situation que tous déplorent : le tiers des décès chez les jeunes est attribuable au suicide. Il y a vingt-cinq ans, cette proportion était de l’ordre de 25 p. 100, ce qui était déjà inacceptable.

Bref, la société de demain, qui aura plus que jamais besoin de chacun de ses citoyens en pleine possession de ses moyens, doit absolument s’occuper efficacement de tous ces jeunes dont l’apport sera essentiel. Or, la partie du budget dévolue à la mission sociale du ministère québécois de la Santé et des Services sociaux stagne, pendant que presque tout l’argent neuf est englouti par les services de santé. Ça aussi, ça m’inquiète…

Je sais bien que les milieux défavorisés n’ont pas le monopole des problèmes sociaux, mais il n’en reste pas moins que les taux de décrochage et de criminalité sont plus élevés là qu’ailleurs. Et ce n’est pas tout : l’espérance de vie dans des quartiers de grande pauvreté comme Centre-Sud et Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal, est d’environ vingt ans de moins que celle des gens qui vivent dans l’ouest de l’île, là où on roule en BMW. Pas le genre de statistique qu’on voit souvent dans les journaux. Pourtant, c’est une réalité brutale.

Récemment, j’ai fait une visite dans ces quartiers, accompagnant un comité de Centraide. Jusque-là, je me pensais bien branché sur la réalité montréalaise. Ce matin-là, la réalité m’a frappé comme une tonne de briques. Incroyable qu’on tolère de telles situations chez nous ! Entre ces quartiers défavorisés et ceux mieux nantis, il y a des différences effarantes. Les difficultés que vivent certaines familles découlent d’une foule de facteurs. Les travailleurs sociaux qui côtoient ces gens tous les jours voient des choses qui ont de quoi faire dresser les cheveux sur la tête et vous briser le cœur comme parent. Je les admire beaucoup.

Bien sûr, de plus en plus de gens d’affaires et de membres de la communauté se retroussent les manches pour essayer de faire une différence pour ces personnes moins favorisées par la vie. Parlez-en à des organismes comme Le Boulot vers…, la Fondation Ressources – Jeunesse, EPOC Montréal, et bien d’autres. Mais si chacun de nous ouvrait davantage les yeux et le cœur à cette réalité intolérable ? Bref, si on s’y mettait, encore plus nombreux ?

En fait, nous sommes condamnés à réussir cette grande corvée qui nous attend. Il est très clair que jeunes et moins jeunes devront aller au front, ensemble. Si nous voulons améliorer notre sort en tant que société, il faudra que moins de jeunes arrivent à l’école le matin l’estomac vide, que moins de mères monoparentales soient incapables de s’occuper de leurs enfants convenablement, que moins de jeunes soient les victimes toutes désignées des pushers et des recruteurs des gangs de rue.

Malheureusement, les programmes des gouvernements ont peu fait depuis vingt ans pour réduire « l’indice de misère » chez cette portion de jeunes qui doivent se lancer dans la vie lourdement handicapés. Si on s’y mettait, tous ensemble, on aurait de meilleures chances de faire la différence.

Le Québec s’est donné un système d’éducation unique en créant les cégeps. Quelque 150 000 jeunes et 25 000 adultes les fréquentent chaque année.

Le Québec s’est donné un système d’éducation unique en créant les cégeps. Quelque 150 000 jeunes et 25 000 adultes les fréquentent chaque année. Un acquis en matière d’accessibilité aux études supérieures, particulièrement dans les régions. Un apport intéressant, surtout sur le plan du développement des techniques.

Pourtant, je ne peux passer sous silence le fait qu’à peine deux cégépiens sur trois obtiennent un diplôme d’études collégiales (DEC) qui mène à l’université, et qu’un sur deux obtienne un DEC technique. Et cela, même en leur donnant un an de plus que prévu pour obtenir leur DEC. Une fois de plus, on « échappe » trop de monde. On n’a pas les moyens de se payer un luxe pareil ! Si on peut parler de luxe…

Bien sûr, nos cégeps manquent d’argent. On note un sous-financement d’environ 300 millions de dollars par année. Impossible que cela ne fasse pas de dommages…

Quant aux universités, les recteurs estiment à trois milliards de dollars le sous-financement cumulatif de celles-ci par rapport aux universités canadiennes. Et l’écart continue de se creuser à raison de près de 400 millions par année. Pas possible que la qualité de l’enseignement n’en souffre pas.

Un recteur m’expliquait récemment qu’il arrivait à boucler son budget grâce à un recours abusif aux chargés de cours. Du même souffle, il déplorait qu’en faisant cela c’étaient l’encadrement des étudiants et la recherche qui en souffraient de plus en plus. Particulièrement dans les facultés qui ne sont pas soumises à un agrément international. Les facultés de médecine, par exemple, n’ont pas le choix : il faut qu’elles maintiennent un niveau suffisant pour satisfaire aux exigences des organismes d’agrément internationaux. Sinon, elles perdent leur agrément. Dans d’autres domaines, il est toujours possible de bourrer un auditorium avec plusieurs centaines d’étudiants laissés plus ou moins à eux-mêmes, avec des profs dont la disponibilité est forcément réduite. Hélas, ce n’est pas la meilleure recette pour développer de grands esprits, car on peut aussi assassiner de jeunes Mozart, même sur les bancs de l’université…

S’il y a un sujet sur lequel on ne peut même pas prononcer un mot sans provoquer une levée de boucliers intempestive, c’est bien la question des droits de scolarité.

Les universités québécoises sont sous-financées, alors que les étudiants les fréquentent presque gratuitement, contrairement à leurs collègues du reste du Canada et des États-Unis. S’il y a un sujet sur lequel on ne peut même pas prononcer un mot sans provoquer une levée de boucliers intempestive, c’est bien la question des droits de scolarité. Vite aux barricades ! Quand la pancarte tient lieu d’argument, le débat est bien mal parti.

C’est là où on en est après des années de tergiversations, malgré l’évidence. Et puisqu’il faut bien le dire, de manque de courage politique. On a vu les réactions hystériques provoquées par l’annonce de la timide augmentation de 50 $ par semestre dans le budget du printemps 2007. Ce sont pourtant les mêmes groupes qui dénoncent avec vigueur la piètre qualité de l’enseignement ! Oh, incohérence quand tu nous tiens. Je suis bien conscient qu’une hausse des droits de scolarité ne réglera pas le problème du sous-financement des universités comme par magie. Là non plus, il n’y aura pas de miracle. Surtout qu’il faudra aussi s’assurer qu’aucun Québécois qui en a le potentiel et qui veut travailler ne se voit refuser l’accès aux études supérieures, faute de moyens financiers. C’est une condition sine qua non pour augmenter les droits de scolarité en toute conscience sociale. Mais un coup d’œil sur le tableau suivant remettra certainement les choses en perspective :

On ne peut passer sous silence l’étude récente de Statistique Canada qui révèle que seulement 8,5 p. 100 des jeunes interrogés à ce sujet ont déclaré qu’ils n’allaient pas à l’université faute de moyens financiers. Il y a certainement moyen de trouver une solution sans handicaper tout le système comme on le fait maintenant.

D’ailleurs, les tenants du statu quo à tout prix oublient de mentionner que c’est en Nouvelle-Écosse que les droits de scolarité sont les plus élevés au Canada et que c’est aussi dans cette province que l’université attire le plus d’étudiants, toutes proportions gardées. À l’inverse, c’est au Québec que les droits sont (de loin) les plus bas et ce sont les universités québécoises qui sont les moins fréquentées. Plutôt cocasse, non ? Pourrait-on à tout le moins discuter du problème rationnellement ?

Cela dit, ne serait-il pas normal que les principaux bénéficiaires des études supérieures contribuent davantage à en défrayer les coûts ? Il me semble que poser la question, c’est y répondre.

Une étude récente des professeurs Robert Lacroix et François Vaillancourt démontre que l’investissement dans les études universitaires constitue pour le principal intéressé un des placements les plus rentables qu’il aura l’occasion de faire dans toute sa vie. Quelques exemples : sur la durée de toute une carrière, des études en pharmacologie ou en génie rapporteront au diplômé environ un million de dollars additionnels, pour un rendement sur le capital investi dans les études d’environ 25 p. 100 ; en médecine, le rendement est de l’ordre de 22 p. 100 ; et en droit, de 20 p. 100. Connaissez-vous un placement qui rapporte autant sur la durée de toute une vie ? Si oui, passez-moi le tuyau, ça m’intéresse. Un petit effort additionnel de la part des étudiants, après avoir veillé à ce que tous ceux qui se qualifient aient accès à l’éducation supérieure, représenterait-il la plus grande injustice des temps modernes ? Permettez-moi d’en douter.

Par ailleurs, il est très clair que la société dans son ensemble devra fournir un plus grand effort pour financer son réseau d’éducation. Entre les 44 p. 100 du budget de fonctionnement du gouvernement affectés à la santé et les 25 p. 100 environ destinés à l’éducation, il y a peut-être des choses à revoir. À moins que nous ayons comme objectif de transformer le Québec en un immense hôpital.

Quand changer des lettres pour des chiffres dans un bulletin scolaire ou rétablir la dictée à l’école prend l’ampleur d’un déchirant débat de société, je pense que nous sommes gravement malades.

Nous venons de voir que les cégeps peinent à diplômer leurs élèves, que les universités sont à la veille d’organiser des tombolas pour se financer… Mais que dire des écoles primaires et secondaires ?

Bien sûr, je ne suis pas pédagogue. C’est peut-être pour cela que je n’arrive pas à comprendre qu’en gommant toute espèce de compétition de nos écoles nous puissions aider nos enfants à réaliser leur plein potentiel. Sans aucune compétition, comment faire pour devenir les meilleurs ? Pourtant, nos jeunes devront bien être les meilleurs dans quelque chose pour affronter leurs vis-à-vis du monde entier qui n’ont pas subi, eux, le charme discret du nivellement par le bas. L’histoire de l’humanité est faite de gagnants et de perdants. La vie se charge constamment de nous le rappeler. Comment croire un seul instant qu’une fois arrivés à l’âge adulte, nos enfants relèveront avec enthousiasme le défi de la concurrence ? J’ai dû rater quelque chose en cours de route, parce que je ne comprends pas.

Je ne comprends pas qu’on s’obstine à remettre un diplôme à des élèves qui ont usé leurs jeans troués jusqu’en cinquième secondaire, alors qu’ils possèdent des connaissances de quatrième année du primaire. Peut-être cela explique-t-il en partie le taux d’abandon au secondaire et au cégep ?

En supprimant les rangs dans les classes, en mélangeant tout le monde dans les mêmes groupes, les petits futés comme les plus lents (ce n’est pas de leur faute, j’en conviens), en interdisant l’échec à tout prix (doubler quand on n’a rien appris, quelle idée saugrenue !), et en brassant tout ça ensemble, je me demande bien comment on pourrait se retrouver, collectivement, aux commandes d’une société performante. C’est comme si on mettait toutes les lettres de l’alphabet dans un sac puis qu’on les lançait en l’air en espérant récolter Le lac, de Lamartine, étalé sur le plancher !

Qu’on m’explique avec des mots qui figurent dans le dictionnaire, et pas seulement dans le jargon du ministère. Ma bible, je la lis ailleurs ; ma foi, je la réserve pour autre chose. Surtout quand je constate les résultats des savantes démarches qui ont mené aux désastres qu’on connaît. Et ne venez surtout pas me dire que nos enfants s’épanouissent à mort en se gavant de compétences transversales même s’ils ne sont pas foutus de nommer le premier ministre du Québec ni celui du Canada sans se tromper de chaise.

Qu’on arrête de nous prendre pour des steaks ! Il y a de ces évidences qui semblent n’échapper qu’aux grands spécialistes. Politiciens de toutes les couleurs, à vos culottes !

 

Extrait de Si on s’y mettait…, par Jacques Ménard, avec Denis Beauregard. Les Éditions Transcontinental, 2008.