{"id":265277,"date":"2017-06-29T10:31:30","date_gmt":"2017-06-29T14:31:30","guid":{"rendered":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/issues\/canadas-postcentennial-generation\/"},"modified":"2025-10-07T21:40:40","modified_gmt":"2025-10-08T01:40:40","slug":"canadas-postcentennial-generation","status":"publish","type":"issues","link":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2017\/06\/canadas-postcentennial-generation\/","title":{"rendered":"La g\u00e9n\u00e9ration du postcentenaire du Canada"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right;\"><em>(Cet article a \u00e9t\u00e9 traduit <a href=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/magazines\/june-2017\/canadas-postcentennial-generation\/\">de l&#8217;anglais<\/a>.)<\/em><\/p>\n<p class=\"dropcap-big\">Soyons honn\u00eate, le chiffre 150 ne suscite pas beaucoup d\u2019\u00e9motions.\u00a0Il n\u2019\u00e9voque rien de particuli\u00e8rement personnel.\u00a0Car si le cent-cinquantenaire du Canada marque une \u00e9tape et des r\u00e9alisations majeures (quelques \u00e9checs aussi), il ne marque pas nos propres parcours de citoyens. C\u2019est sans doute pourquoi la statue de Terry Fox capte mon regard quand je descends la rue Wellington, alors que celles de nos anciens premiers ministres semblent se fondre dans le d\u00e9cor d\u2019Ottawa.<\/p>\n<figure id=\"attachment_48799\" aria-describedby=\"caption-attachment-48799\" style=\"width: 469px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/fox-e1498671308402.jpg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-48799\" src=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/fox-e1498671308402.jpg\" alt=\"\" width=\"469\" height=\"625\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-48799\" class=\"wp-caption-text\">La statue de bronze de Terry Fox, \u0153uvre de John Hopper, en face de la Colline parlementaire (source : Jennifer Ditchburn)<\/figcaption><\/figure>\n<p>Mais quand je songe plut\u00f4t aux 50 ann\u00e9es \u00e9coul\u00e9es depuis le centenaire du pays, j\u2019avoue vibrer d\u2019une \u00e9motion particuli\u00e8re. J\u2019appartiens en effet \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration du postcentenaire, celle des enfants des baby-boomers.<\/p>\n<p>Ces ann\u00e9es apr\u00e8s le centenaire ont \u00e9t\u00e9 marquantes pour beaucoup d\u2019entre nous, qui avons profit\u00e9 sous Lester B. Pearson d\u2019une politique charni\u00e8re favorisant l\u2019accueil d\u2019un plus grand nombre d\u2019immigrants de pays non europ\u00e9ens. Certains entraient aussi au Canada en tant que r\u00e9fugi\u00e9s provenant de pays comme le Chili, <a href=\"https:\/\/canadianimmigrant.ca\/canadas-top-25-immigrants\/canadas-top-25-immigrants-2014\/farah-mohamed\">l\u2019Ouganda<\/a>, le Vietnam (voir <a href=\"https:\/\/www.thestar.com\/news\/canada\/2017\/06\/18\/refugees-helping-refugees-a-true-canadian-story.html\">l\u2019excellente chronique de Judy Trinh<\/a>) et le Cambodge.<\/p>\n<p>Ma m\u00e8re a immigr\u00e9 du Guatemala \u00e0 Montr\u00e9al en 1969, apr\u00e8s un court s\u00e9jour d\u2019\u00e9tudes \u00e0 Pembroke, en Ontario. J\u2019adore l\u2019entendre parler du minuscule appartement qu\u2019elle partageait avec quatre autres Latino-Am\u00e9ricaines, et des craquelins au beurre d\u2019arachide dont elles se nourrissaient quand l\u2019argent se faisait rare. Secr\u00e9taire, \u00e9tudiante ou bonne d\u2019enfants, elles se d\u00e9brouillaient toujours pour joindre les deux bouts (ma m\u00e8re a par la suite rencontr\u00e9 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 McGill l\u2019\u00e9tudiant anglo-montr\u00e9alais qui deviendra mon p\u00e8re).<\/p>\n<p>En pensant \u00e0 mon identit\u00e9 canadienne, je ne peux la s\u00e9parer de mes racines d\u2019Am\u00e9rique centrale. Je revois les photos de mes grands-parents Ditchburn et De La Cerda se visitant les uns les autres au Canada ou au Guatemala. Aujourd\u2019hui encore, mes proches du c\u00f4t\u00e9 paternel sortent une nappe \u00e0 motifs guat\u00e9malt\u00e8ques lorsqu\u2019ils ont des invit\u00e9s, et les tableaux de ma grand-m\u00e8re Lois Ditchburn (qui \u00e9tait artiste peintre) ornent les maisons de ma parent\u00e9 maternelle \u00e0 Guatemala. Oui, nos vies sont \u00e0 jamais \u00ab\u00a0tiss\u00e9es serr\u00e9\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n<figure id=\"attachment_48801\" aria-describedby=\"caption-attachment-48801\" style=\"width: 625px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/guatemala.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-48801\" src=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/guatemala.jpg\" alt=\"\" width=\"625\" height=\"433\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-48801\" class=\"wp-caption-text\">F\u00eate d\u2019anniversaire dans les ann\u00e9es 1970, \u00e0 Guatemala (source : Jennifer Ditchburn)<\/figcaption><\/figure>\n<p>Nous avons souvent d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la fin de mes \u00e9tudes primaires, passant de Mississauga \u00e0 Richmond (Colombie-Britannique),\u00a0puis de Kitchener-Waterloo (Ontario) \u00e0 Montr\u00e9al. Dans ces ann\u00e9es 1980, Mississauga et Richmond connaissaient une \u00e9volution d\u00e9mographique acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<figure id=\"attachment_48805\" aria-describedby=\"caption-attachment-48805\" style=\"width: 625px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/grade5-1.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-48805\" src=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/grade5-1.jpg\" alt=\"\" width=\"625\" height=\"383\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-48805\" class=\"wp-caption-text\">Classe de 5<sup>e<\/sup> ann\u00e9e, Mississauga, d\u00e9but des ann\u00e9es 1980 (source : Jennifer Ditchburn)<\/figcaption><\/figure>\n<p>En deuxi\u00e8me ann\u00e9e de secondaire, un nouveau cours sur le multiculturalisme se proposait de faire valoir nos diff\u00e9rentes origines ethniques, m\u00eame si la soci\u00e9t\u00e9 tardait globalement \u00e0 en reconna\u00eetre les avantages (comme ma m\u00e8re l\u2019a d\u00e9couvert un jour \u00e0 la caisse d\u2019un supermarch\u00e9, lorsqu\u2019un imb\u00e9cile l\u2019a apostroph\u00e9e en l\u2019enjoignant de \u00ab\u00a0retourner dans son pays\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Mais en cette intense p\u00e9riode de transformation sociale qui a vu ma g\u00e9n\u00e9ration s\u2019ouvrir au monde, le multiculturalisme et l\u2019immigration ne repr\u00e9sentaient qu\u2019une partie des forces de changement.<\/p>\n<p>Car il faut aussi \u00e9voquer la R\u00e9volution tranquille, le bilinguisme officiel, l\u2019assouplissement des lois sur le divorce, la cr\u00e9ation des c\u00e9geps au Qu\u00e9bec, la l\u00e9galisation de la contraception et l\u2019entr\u00e9e massive des femmes sur le march\u00e9 du travail.<\/p>\n<p>Il a fallu attendre 1969 pour que le droit de vote soit accord\u00e9 \u00e0 tous les peuples autochtones du pays. L\u2019\u00e9poque des pensionnats indiens s\u2019achevait \u00e0 peine, et l\u2019on allait bient\u00f4t abroger le tristement c\u00e9l\u00e8bre Livre blanc sur les affaires autochtones, aboutissement de la \u00ab\u00a0longue agression\u00a0\u00bb dont parle <a href=\"https:\/\/irpp.org\/fr\/research-studies\/insight-no11\/\">David Newhouse dans son \u00e9tude de l\u2019IRPP<\/a>.<\/p>\n<p>Peut-on pr\u00e9cis\u00e9ment fixer les limites temporelles de cette p\u00e9riode\u00a0? Pour <a href=\"https:\/\/www12.statcan.gc.ca\/census-recensement\/2011\/as-sa\/98-311-x\/98-311-x2011003_2-fra.cfm\">Statistique Canada, les \u00ab\u00a0enfants des baby-boomers\u00a0\u00bb<\/a> sont n\u00e9s entre 1972 et 1992, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s de la \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9ration\u00a0X\u00a0\u00bb (1966-1971) et correspondant \u00e0 la \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9ration\u00a0Y\u00a0\u00bb (1972-1992). Pour David Foot, \u00e9conomiste et auteur de <em>Boom, Bust and Echo<\/em>, il s\u2019est produit <a href=\"https:\/\/www.footwork.com\/vital_en.asp\">un \u00ab\u00a0<em>baby bust<\/em>\u00a0\u00bb de 1967 \u00e0 1979, puis un \u00ab\u00a0<em>echo boom<\/em>\u00a0\u00bb de 1980 \u00e0 1995<\/a> (la \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9ration\u00a0X\u00a0\u00bb na\u00eet \u00e0 ses yeux au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, soit <a href=\"https:\/\/www.winnipegfreepress.com\/business\/finance\/gen-x-comes-out-from-boomers-shadow-95677974.html\">\u00e0 la toute fin du baby-boom<\/a>, et donc plus t\u00f4t que ne l\u2019affirment certains). Je dirais pour ma part qu\u2019une certaine sensibilit\u00e9 culturelle rassemble les Canadiens n\u00e9s entre 1967 et le d\u00e9but des ann\u00e9es 1980.<\/p>\n<p>Quel que soit le terme employ\u00e9 pour d\u00e9signer les enfants des baby-boomers, on nous a souvent d\u00e9peints comme de jeunes adultes indolents, fl\u00e2nant dans des caf\u00e9s comme le <a href=\"https:\/\/friends.wikia.com\/wiki\/Central_Perk\">Central Perk<\/a> de la s\u00e9rie \u00ab\u00a0Friends\u00a0\u00bb et se d\u00e9sesp\u00e9rant d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 devanc\u00e9s sur le march\u00e9 du travail par la masse de leurs a\u00een\u00e9s.<\/p>\n<p>Et pourtant, les fain\u00e9ants d\u2019hier sont devenus les leaders d\u2019aujourd\u2019hui, qu\u2019ils soient chefs d\u2019entreprise (Tobias L\u00fctke, de Shopify), animateurs t\u00e9l\u00e9 (Rosemary Barton, de la SRC\/CBC), hauts fonctionnaires (Ailish Campbell, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e commerciale en chef), dirigeants communautaires (le grand chef Derek Nepinak, de l\u2019Assembl\u00e9e des chefs du Manitoba) ou militants sociaux (Naomi Klein).<\/p>\n<figure id=\"attachment_48809\" aria-describedby=\"caption-attachment-48809\" style=\"width: 625px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/trudeau.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-48809\" src=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/trudeau.jpg\" alt=\"\" width=\"625\" height=\"558\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-48809\" class=\"wp-caption-text\">Pierre Elliott Trudeau et ses fils Alexandre, Justin et Michel, assistant aux c\u00e9r\u00e9monies d\u2019ouverture de la f\u00eate du Canada sur la Colline du Parlement, le 1er juillet 1983 (CP photo\/ Fred Chartrand).<\/figcaption><\/figure>\n<p>Il suffit de jeter un \u0153il au Parlement\u00a0: la g\u00e9n\u00e9ration Passe-Partout s\u2019est bel et bien insinu\u00e9e jusqu\u2019au 24, promenade Sussex (Justin Trudeau, n\u00e9 en 1971) ou \u00e0 Stornoway (Andrew Scheer, n\u00e9 en 1979). Et parmi les candidats \u00e0 la direction du NPD, Guy Caron, Niki Ashton et Jagmeet Singh ont s\u00fbrement dans\u00e9 un jour ou l\u2019autre au rythme endiabl\u00e9 du groupe C&amp;C Music Factory (<a href=\"https:\/\/quebec.huffingtonpost.ca\/2017\/06\/19\/jagmeet-singh-courtise-les-quebecois_n_17163192.html\">voir la g\u00e9niale vid\u00e9o de ce dernier<\/a>, qui \u00e9voque la g\u00e9n\u00e9ration\u00a0X et la musique de Roch Voisine pour promouvoir sa candidature).<\/p>\n<p>Le cabinet-conseil qui analyse les tendances suivies par les spectateurs du conglom\u00e9rat m\u00e9diatique Viacom a r\u00e9cemment publi\u00e9 <a href=\"https:\/\/insights.viacom.com\/categories\/research-studies\/gen-x-today\/\">Gen X Today<\/a>, une \u00e9tude internationale ax\u00e9e sur les 30 \u00e0 49 ans selon laquelle ce groupe d\u2019\u00e2ge est \u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019origine de plusieurs des r\u00e9centes transformations socioculturelles associ\u00e9es aux mill\u00e9niaux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La g\u00e9n\u00e9ration\u00a0X est form\u00e9e de pionniers\u00a0\u00bb, soutient un article consacr\u00e9 \u00e0 cette \u00e9tude. \u00ab\u00a0Ils ont lanc\u00e9 des mouvements d\u2019\u00e9galit\u00e9 en mati\u00e8re raciale, de genre et d\u2019orientation sexuelle. Ils ont fait \u00e9voluer nos gouvernements et nos milieux de travail. Ils regroupent les clients qui disposent aujourd\u2019hui du revenu n\u00e9cessaire pour une foule de d\u00e9penses de consommation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>(Ce qui explique pourquoi ils produisent en toute impertinence des <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=-RCWAbwVsEs\">publicit\u00e9s pour les pizzas Domino <\/a>inspir\u00e9es du film <em>La folle journ\u00e9e de Ferris Bueller<\/em>.)<\/p>\n<p>Si le cent-cinquantenaire du pays est l\u2019occasion de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 son avenir, interrogeons-nous par cons\u00e9quent sur le r\u00f4le que devrait jouer cette g\u00e9n\u00e9ration du postcentenaire qui acc\u00e8de \u00e0 des postes dirigeants dans le secteur priv\u00e9, la fonction publique et la vie politique, dans notre r\u00e9seau scolaire et nos collectivit\u00e9s. Osons m\u00eame une question beaucoup trop g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e\u00a0: quelle est sa v\u00e9ritable contribution et quels angles morts doit-elle surveiller\u00a0?<\/p>\n<p>C\u00f4t\u00e9 positif, on peut tout \u00e0 fait consid\u00e9rer qu\u2019elle jette un pont entre les baby-boomers et les mill\u00e9niaux.<\/p>\n<p>Nous figurons ainsi parmi les premiers et fervents adeptes des nouvelles technologies, ce qui est plut\u00f4t magique. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, il \u00e9tait emballant d\u2019envoyer nos premiers courriels via un r\u00e9seau universitaire interne ou de gribouiller sur Palm Pilot (peut-\u00eatre en \u00e9coutant la musique des Stone Temple Pilots?). Certes, nous raffolons des technologies mais regrettons parfois leurs jeunes ann\u00e9es, quand la mise en attente ne nous faisait pas encore rager au t\u00e9l\u00e9phone (voir l\u2019auteur canadien Douglas Coupland, qui avoue regretter son <a href=\"https:\/\/www.telegraph.co.uk\/culture\/books\/11089597\/Douglas-Coupland-I-miss-my-pre-internet-brain.html\">cerveau pr\u00e9-Internet <\/a>). Une certaine prudence s\u2019impose donc face au monde analogique\/num\u00e9rique qui s\u2019annonce, cet avenir inconnu d\u00e9bordant de v\u00e9hicules autonomes, d\u2019appareils fond\u00e9s sur l\u2019intelligence artificielle et de r\u00e9seaux sociaux toujours plus envahissants.<\/p>\n<figure id=\"attachment_48811\" aria-describedby=\"caption-attachment-48811\" style=\"width: 625px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/15200517-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-48811\" src=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/15200517-scaled.jpg\" alt=\"\" width=\"625\" height=\"401\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-48811\" class=\"wp-caption-text\">Une femme agite le drapeau canadien lors d\u2019une c\u00e9r\u00e9monie marquant le 100&lt;sup&gt;e&lt;\/sup&gt; anniversaire de la Bataille de la Cr\u00eate de Vimy, qui a r\u00e9uni des milliers de personnes pr\u00e8s de la ville d\u2019Arras, en France, le dimanche 9 avril 2017 (La Presse canadienne \/Adrian Wyld).<\/figcaption><\/figure>\n<p>Parmi ceux qui sont n\u00e9s autour du centenaire, beaucoup ont eu des proches qui combattirent dans les deux grandes guerres ou furent touch\u00e9s par l\u2019holocauste. (Mon propre grand-p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 navigateur pour l\u2019Aviation royale du Canada pendant la Seconde Guerre mondiale.) Dans un avenir pas si lointain, nous serons la derni\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration ayant un lien aussi direct avec ces sombres chapitres de l\u2019histoire du dernier si\u00e8cle. Ce qui nous impose un immense devoir de m\u00e9moire.<\/p>\n<p>Sans compter, ici m\u00eame, les conflits pour ce qui est du syst\u00e8me des pensionnats indiens et tant d\u2019autres abjections, approuv\u00e9es par l\u2019\u00c9tat, qui ont \u00e9t\u00e9 commises \u00e0 l\u2019endroit des peuples autochtones, en vertu de politiques qui ont produit un \u00e9norme traumatisme interg\u00e9n\u00e9rationnel. Selon la Commission de v\u00e9rit\u00e9 et de r\u00e9conciliation, les autochtones n\u00e9s depuis la fermeture des pensionnats forment aujourd\u2019hui des \u00ab\u00a0communaut\u00e9s de m\u00e9moire\u00a0\u00bb. Et selon David Newhouse, on assiste \u00e0 la naissance d\u2019une nouvelle soci\u00e9t\u00e9 autochtone \u00ab impr\u00e9gn\u00e9e d\u2019une \u201cconscience postcoloniale\u201d, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019une sensibilisation \u00e0 l\u2019histoire et aux suites de la Longue Agression, d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 en gu\u00e9rir les effets et \u00e0 \u00e9viter que la situation ne se reproduise\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 des femmes, le caract\u00e8re \u00e9touffant des r\u00f4les sexuels et le machisme le plus b\u00eate n\u2019ont pas enti\u00e8rement disparu, mais beaucoup peuvent aujourd\u2019hui r\u00e9aliser librement leur potentiel individuel. En fait, tout recul semble inconcevable vu la d\u00e9termination avec laquelle nous cherchons \u00e0 supprimer les mots \u00ab\u00a0plafond de verre\u00a0\u00bb du vocabulaire de nos filles.<\/p>\n<p>Pour autant, l\u2019ambition de certaines d\u2019entre nous reste s\u00fbrement limit\u00e9e par l\u2019\u00e9poque o\u00f9 nous avons grandi.<\/p>\n<p>Je crois pouvoir dire que la majorit\u00e9 des Canadiens non autochtones n\u00e9s depuis le centenaire ont grandi sans savoir ce qui se passait dans les pensionnats indiens et au sein des communaut\u00e9s des Premi\u00e8res Nations. Pour ma part, on m\u2019a bien enseign\u00e9 au primaire d\u2019infimes rudiments de la culture ou de l\u2019histoire autochtone, de la traite des fourrures aux maisons longues en passant par le martyre du p\u00e8re Jean de Br\u00e9beuf (eh oui, c\u2019\u00e9tait l\u2019enseignement catholique), mais rien de plus substantiel.<\/p>\n<figure id=\"attachment_48813\" aria-describedby=\"caption-attachment-48813\" style=\"width: 625px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/frenchriver.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-48813\" src=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/frenchriver.jpg\" alt=\"\" width=\"625\" height=\"313\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-48813\" class=\"wp-caption-text\">Image dans un vieux manuel scolaire. Un cano\u00eb de la Compagnie de la Baie d\u2019Hudson, vraisemblablement sur la rivi\u00e8re des Fran\u00e7ais, passe devant une cascade (source : Biblioth\u00e8ques et Archives Canada\/Frances Ann Hopkins).<\/figcaption><\/figure>\n<p>Au secondaire puis au c\u00e9gep, nous vivions \u00e0 courte distance en voiture ou en bateau des villes de Kanesatake et Kahnawake, qui nous semblaient pourtant \u00e0 l\u2019autre bout du monde. La n\u00e9cessit\u00e9 de se renseigner sur leur histoire et de favoriser concr\u00e8tement la r\u00e9conciliation avec les peuples autochtones est devenue imp\u00e9rative \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du pays, mais il reste encore beaucoup de travail de sensibilisation \u00e0 mener.<\/p>\n<p>Pour ce qui est de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des sexes, on ne peut malheureusement compter sur l\u2019ensemble de notre g\u00e9n\u00e9ration pour faire avancer les choses, m\u00eame quand elle occupe des postes de pouvoir (en t\u00e9moignent la r\u00e9cente controverse sur la <a href=\"https:\/\/www.businessinsider.com\/bro-culture-harassment-discrimination-uber-business-2017-6\/#do-not-use-the-stairwells-to-smoke-drink-eat-or-have-sex-1\">culture sexiste chez Uber<\/a> ou le <a href=\"https:\/\/www.thestar.com\/business\/2016\/09\/13\/canadas-corporate-boards-continue-to-lack-women-despite-new-diversity-disclosure-rules.html\">nombre infime de femmes qui si\u00e8gent aux conseils des soci\u00e9t\u00e9s du TSX<\/a>). Les m\u00e9dias sociaux sont devenus un nouveau v\u00e9hicule puissant pour faire circuler la misogynie.<\/p>\n<p>Nous avons m\u00eame tendance \u00e0 reproduire de vieux discours politiques, en c\u00e9dant \u00e0 une forme de paresse intellectuelle qui pourrait se perp\u00e9tuer encore longtemps.<\/p>\n<figure id=\"attachment_48815\" aria-describedby=\"caption-attachment-48815\" style=\"width: 625px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/06066007.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-48815\" src=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/06066007.jpg\" alt=\"\" width=\"625\" height=\"385\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-48815\" class=\"wp-caption-text\">Au lendemain d\u2019une rencontre tenue au lac Meech, le 30 avril 1987, le premier ministre Brian Mulroney (assis) lit une d\u00e9claration annon\u00e7ant l\u2019accord conclu avec les premiers ministres provinciaux au sujet de leurs griefs constitutionnels (La Presse canadienne\/Charles Mitchell).<\/figcaption><\/figure>\n<p>\u00c0 ce propos, il est d\u00e9cevant d\u2019entendre Justin Trudeau <a href=\"https:\/\/ici.radio-canada.ca\/breve\/90682\/la-constitution-restera-telle-quelle-dit-trudeau\">rejeter toute possibilit\u00e9 de discussion sur la Constitution<\/a>. D\u2019autant plus que dans les provinces, \u00e0 Ottawa et chez les peuples autochtones, les acteurs d\u2019un \u00e9ventuel d\u00e9bat constitutionnel sont aujourd\u2019hui aussi diff\u00e9rents que le Canada lui-m\u00eame. Pensons simplement que lors des pourparlers sur les accords du lac Meech et de Charlottetown, aucune province n\u2019\u00e9tait dirig\u00e9e par une femme. Quel message envoyons-nous \u00e0 la jeune g\u00e9n\u00e9ration en refusant ainsi d\u2019examiner l\u2019aspect le plus complexe de notre identit\u00e9 nationale\u00a0?<\/p>\n<p>Certains \u00e9l\u00e9ments du d\u00e9bat ont pourtant vieilli depuis cette \u00e9poque\u2026 un peu comme nos parents ont pris de l\u2019\u00e2ge. Je pense notamment au vieux pr\u00e9texte du Programme \u00e9nerg\u00e9tique national, r\u00e9cemment invoqu\u00e9 par le ministre Scott Moe de la Saskatchewan pour <a href=\"https:\/\/www.theglobeandmail.com\/news\/politics\/liberals-to-set-carbon-price-at-10-a-tonne-in-2018-rising-to-50-by-2022\/article32206937\/\">s\u2019opposer aux taxes sur le carbone<\/a>. Pourrions-nous au moins recadrer le d\u00e9bat en fonction de la situation actuelle\u00a0?<\/p>\n<p>J\u2019aime ce que dit Alika Lafontaine, de la Indigenous Health Alliance, lorsqu\u2019il <a href=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/magazines\/april-2017\/changing-expectations-around-indigenous-health\/\">met en cause les attentes limit\u00e9es <\/a>de la soci\u00e9t\u00e9 face \u00e0 la situation des peuples autochtones\u00a0: \u00ab\u00a0Pas besoin de d\u00e9cennies pour modifier ce genre d\u2019attentes. On peut en changer instantan\u00e9ment.\u00a0\u00bb<\/p>\n<figure id=\"attachment_48823\" aria-describedby=\"caption-attachment-48823\" style=\"width: 625px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Hernndorff-e1498674700525-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-48823\" src=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Hernndorff-e1498674700525-scaled.jpg\" alt=\"\" width=\"625\" height=\"469\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-48823\" class=\"wp-caption-text\">Le pr\u00e9sident du Centre national des arts Peter Herrndorf s\u2019adresse aux journalistes \u00e0 l\u2019occasion de leur visite de l\u2019\u00e9difice lumineux (source : Jennifer Ditchburn).<\/figcaption><\/figure>\n<p>Je vais profiter de la f\u00eate du Canada de cette ann\u00e9e pour d\u00e9couvrir la lumineuse r\u00e9fection du Centre national des arts, inaugur\u00e9 peu apr\u00e8s le centenaire du pays. Sa construction initiale, \u00e0 la fois brute et aust\u00e8re, est d\u00e9sormais all\u00e9g\u00e9e d\u2019une structure de verre qui laisse entrer le soleil et attire de nouveaux visiteurs. Ce qui me fait penser \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration qui couvait aux alentours de 1967, \u00e0 qui je souhaite de bien conna\u00eetre ses origines tout en se renouvelant constamment pour affronter l\u2019avenir.<em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><strong>Cet article fait partie du dossier <a href=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/magazines\/janvier-2017\/les-politiques-publiques-a-lhorizon-2067\/\">Les politiques publiques \u00e0 l\u2019horizon 2067<\/a>.<\/strong><\/p>\n<p><span class=\"image-caption\">Photo\u00a0: Montr\u00e9al \u00e0 l\u2019Expo 67 (La Presse canadienne\/stf)<\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p><em>Souhaitez-vous r\u00e9agir \u00e0 cet article ? Joignez-vous aux d\u00e9bats d\u2019<\/em>Options politiques<em>\u00a0et soumettez-nous votre texte en suivant ces\u00a0<a href=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/article-submission\/\">directives<\/a>. | Do you have something to say about the article you just read? Be part of the<\/em><em>\u00a0<\/em>Policy Options<em>\u00a0<\/em><em>discussion, and send in your own submission. Here is a<\/em><em>\u00a0<\/em><a href=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/article-submission\/\"><em>link<\/em><\/a><em>\u00a0<\/em><em>on how to do it.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(Cet article a \u00e9t\u00e9 traduit de l&#8217;anglais.) Soyons honn\u00eate, le chiffre 150 ne suscite pas beaucoup d\u2019\u00e9motions.\u00a0Il n\u2019\u00e9voque rien de particuli\u00e8rement personnel.\u00a0Car si le cent-cinquantenaire du Canada marque une \u00e9tape et des r\u00e9alisations majeures (quelques \u00e9checs aussi), il ne marque pas nos propres parcours de citoyens. 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