{"id":263620,"date":"2014-07-07T13:30:15","date_gmt":"2014-07-07T17:30:15","guid":{"rendered":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/issues\/fahmy-et-al\/"},"modified":"2025-10-07T20:53:24","modified_gmt":"2025-10-08T00:53:24","slug":"fahmy-et-al","status":"publish","type":"issues","link":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2014\/07\/fahmy-et-al\/","title":{"rendered":"Les in\u00e9galit\u00e9s croissantes"},"content":{"rendered":"<h3><strong>L&#8217;\u00e9galit\u00e9 : une exigence d\u00e9mocratique<\/strong><\/h3>\n<p><strong>Miriam Fahmy et Michel Venne<\/strong><\/p>\n<p class=\"dropcap-big\">La d\u00e9mocratie porte en elle l&#8217;id\u00e9e que tous les humains naissent et demeurent libres et \u00e9gaux. L&#8217;id\u00e9al d\u00e9mocratique est un id\u00e9al d&#8217;\u00e9galit\u00e9. Cet id\u00e9al implique entre autres que tous les humains ont le m\u00eame droit, quelle que soit leur condition, de participer \u00e0 la d\u00e9finition de ce que l&#8217;on appelle la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale. Celle qui, traduite en lois, constitue la norme qui gouverne un territoire et un peuple.<\/p>\n<p>L&#8217;une des grandes questions pos\u00e9es par la d\u00e9mocratie est donc de savoir si les conditions sont r\u00e9unies pour permettre \u00e0 chacun de participer. La participation s&#8217;exerce au moment des \u00e9lections, certes, mais \u00e9galement de toute autre mani\u00e8re qui influence les d\u00e9cisions prises par les gouvernants, que ce soit lors de consultations publiques, par diverses formes d&#8217;engagement social, communautaire ou b\u00e9n\u00e9vole, \u00e0 titre de militant dans un parti, un syndicat, une association professionnelle, le lobbyisme, la place de son opinion dans les m\u00e9dias et les r\u00e9seaux d&#8217;information. Or il semble bien que cet id\u00e9al d&#8217;\u00e9galit\u00e9 s&#8217;effrite. Deux ph\u00e9nom\u00e8nes se conjuguent pour en acc\u00e9l\u00e9rer l&#8217;\u00e9rosion.<\/p>\n<p>D&#8217;abord on observe partout en Occident un repli, un recul de la participation d\u00e9mocratique. Moins de gens vont voter. L&#8217;on consacre globalement moins d&#8217;heures au b\u00e9n\u00e9volat et \u00e0 l&#8217;engagement social. Les partis politiques peinent \u00e0 recruter des membres. Aujourd&#8217;hui, une minorit\u00e9 d&#8217;\u00e9lecteurs d\u00e9cide des gouvernements. Mais le d\u00e9clin de la participation ne frappe pas toutes les cat\u00e9gories sociales \u00e9galement. Par exemple, les jeunes et les personnes plus d\u00e9munies votent moins. Au total, donc, les votes des jeunes et des pauvres p\u00e8sent moins lourd que ceux des vieux et des riches. Non seulement cela est-il vrai pour le vote, \u00e7a l&#8217;est aussi pour la plupart des autres formes d&#8217;influence.<\/p>\n<p>Ensuite, l&#8217;\u00e9cart de revenus s&#8217;\u00e9largit entre riches et pauvres. Si le Qu\u00e9bec est la soci\u00e9t\u00e9 la plus \u00e9galitaire en Am\u00e9rique, la proportion de richesse capt\u00e9e par le 1 % le plus riche, qui \u00e9tait d&#8217;\u00e0 peine 7 % il y a 25 ans, d\u00e9passe aujourd&#8217;hui les 11 %. Certes, c&#8217;est deux fois moins qu&#8217;aux \u00c9tats-Unis, mais la tendance est l\u00e0 et il faut s&#8217;en m\u00e9fier. Les in\u00e9galit\u00e9s \u00e9conomiques et sociales s&#8217;accroissent. Or, repli politique et accroissement des in\u00e9galit\u00e9s semblent aller de pair.<\/p>\n<p>Dans les soci\u00e9t\u00e9s plus \u00e9galitaires, la participation citoyenne est plus grande et plus \u00e9quitablement partag\u00e9e parmi les classes sociales. Et, comme dans un cercle vertueux, dans ces soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9 la participation d\u00e9mocratique est la plus forte, on a tendance \u00e0 appuyer davantage les politiques \u00e9conomiques, sociales et fiscales qui cr\u00e9ent plus d&#8217;\u00e9galit\u00e9.<\/p>\n<p>[&#8230;]<\/p>\n<p class=\"dropcap\">Un nombre croissant de recherches d\u00e9montrent que les in\u00e9galit\u00e9s politiques et \u00e9conomiques se renforcent mutuellement. Des travaux men\u00e9s par l&#8217;OCDE ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les personnes en situation de pauvret\u00e9 et d\u00e9tenant moins d&#8217;ann\u00e9es de scolarit\u00e9 exercent moins d&#8217;influence sur les politiques et les institutions publiques. M\u00eame si les citoyens des pays de l&#8217;OCDE jouissent de droits fondamentaux, ils ne les exercent pas de fa\u00e7on \u00e9gale.<\/p>\n<p>Une \u00e9tude men\u00e9e par une \u00e9quipe de l&#8217;Universit\u00e9 McGill a \u00e9tabli qu&#8217;un \u00e9cart de 16 points de pourcentage existe entre le taux de participation \u00e9lectorale des 20 % les plus fortun\u00e9s et celui des 20 % les moins fortun\u00e9s au Canada. Une analyse des \u00e9lections de 2008 produite pour le Directeur g\u00e9n\u00e9ral des \u00e9lections du Qu\u00e9bec montre que la m\u00eame tendance existe au Qu\u00e9bec. Toutefois, ce travail pr\u00e9cise que la participation \u00e9lectorale n&#8217;augmente pas r\u00e9guli\u00e8rement au fur et \u00e0 mesure que le revenu s&#8217;accro\u00eet. \u00ab Certes, le groupe comptant le plus petit nombre de votants est celui form\u00e9 d&#8217;individus dont le revenu familial est inf\u00e9rieur \u00e0 20 000 $. Mais le groupe le plus susceptible de voter est celui dont le revenu familial se situe entre 20 000 $ et 39 999 $. [&#8230;] Il semblerait donc que le seuil de 20 000 $ soit le seul qui puisse expliquer une variation de la participation en fonction du revenu. \u00bb<\/p>\n<p>La participation est aussi plus faible chez les ch\u00f4meurs, et les cols bleus sont moins susceptibles de se rendre aux urnes.<\/p>\n<p>Les \u00e9lecteurs qu\u00e9b\u00e9cois travaillant \u00e0 temps partiel ou \u00e0 la maison sont \u00e9galement moins enclins \u00e0 exercer leur droit de vote. De m\u00eame, le niveau de scolarit\u00e9 est un d\u00e9terminant classique et puissant du vote. Dans presque tous les pays, les personnes les plus scolaris\u00e9es, celles d\u00e9tenant un dipl\u00f4me universitaire, sont plus enclines \u00e0 exercer leur droit de suffrage que les moins scolaris\u00e9es. L&#8217;\u00e9cart entre les deux cat\u00e9gories s&#8217;est accru avec le d\u00e9clin g\u00e9n\u00e9ral de la participation \u00e9lectorale observ\u00e9 depuis 25 ans dans les d\u00e9mocraties occidentales. Au Canada dans les ann\u00e9es 1980, la probabilit\u00e9 qu&#8217;un baby-boomer n\u00e9 dans les ann\u00e9es 1950, et alors \u00e2g\u00e9 de 30 ans, exerce son droit de vote \u00e9tait de 80 % s&#8217;il d\u00e9tenait un dipl\u00f4me universitaire. La probabilit\u00e9 qu&#8217;un citoyen du m\u00eame \u00e2ge exerce son droit de vote s&#8217;il n&#8217;avait pas compl\u00e9t\u00e9 son secondaire \u00e9tait alors de 64 %. L&#8217;\u00e9cart entre les deux \u00e9tait donc de 16 points de pourcentage. En 2000, ce m\u00eame \u00e9cart \u00e9tait de 29 points, soit pr\u00e8s du double.<\/p>\n<p>[&#8230;]<\/p>\n<p>Une \u00e9tude am\u00e9ricaine indique que la participation civique est nettement moindre chez les Am\u00e9ricains gagnant moins de 15 000 $ par an que chez ceux dont le revenu atteint ou d\u00e9passe 75 000 $. Les plus pauvres votent beaucoup moins, sont trois fois moins nombreux \u00e0 \u00eatre membres de partis politiques, contribuent dix fois moins aux caisses \u00e9lectorales, ont moiti\u00e9 moins de contact avec les partis et militent en moins grand nombre lors des scrutins.<\/p>\n<p>Le niveau de participation sociale (b\u00e9n\u00e9volat, militantisme) est lui aussi affect\u00e9 par le niveau de scolarit\u00e9 et par le revenu : la majorit\u00e9 des Canadiens qui s&#8217;impliquent socialement d\u00e9tiennent un dipl\u00f4me d&#8217;\u00e9tudes postsecondaires ; leurs revenus sont \u00e9galement \u00e9lev\u00e9s. Les personnes qui participent au sein d&#8217;organisations ont une position sociale avantageuse comparativement \u00e0 la moyenne des Canadiens.<\/p>\n<hr \/>\n<h3><strong>Payer de l&#8217;imp\u00f4t :\u00a0 un droit \u00e0 revendiquer<\/strong><\/h3>\n<p>Jane Jenson<\/p>\n<p class=\"dropcap-big\">L&#8217;un des legs pernicieux du n\u00e9olib\u00e9ralisme est la popularisation d&#8217;une vision normative de la soci\u00e9t\u00e9 comme \u00e9tant compos\u00e9e de deux groupes : une vaste majorit\u00e9 de \u00ab bons citoyens \u00bb responsables, autonomes et dont le bien-\u00eatre d\u00e9pend seulement du march\u00e9 et des relations familiales, et une minorit\u00e9 qui ne subvient pas \u00e0 ses propres besoins et qui, bien souvent, vit aux crochets de l&#8217;\u00c9tat. Cette vision de la soci\u00e9t\u00e9 a pour corollaire la notion selon laquelle les imp\u00f4ts doivent \u00eatre aussi bas que possible afin de r\u00e9compenser les efforts et de laisser les bons citoyens utiliser les ressources de la mani\u00e8re qui leur convient. Tant pis si une accentuation des in\u00e9galit\u00e9s s&#8217;ensuit. C&#8217;est habituellement ce qui se produit lorsque l&#8217;\u00c9tat n&#8217;entrave pas l&#8217;initiative et l&#8217;innovation.<\/p>\n<p>Conform\u00e9ment \u00e0 ces pr\u00e9ceptes, les gouvernements ont syst\u00e9matiquement subi une baisse de leurs propres ressources en r\u00e9duisant les taux d&#8217;imposition. En r\u00e9action \u00e0 la diminution des recettes fiscales qui a d\u00e9coul\u00e9 de cette orientation, ils ont \u00e9videmment d\u00eb r\u00e9duire les d\u00e9penses publiques.<\/p>\n<p>Cet engagement id\u00e9ologique \u00e0 l&#8217;\u00e9gard d&#8217;un \u00c9tat moins actif et selon lequel une libert\u00e9 de choix est encourag\u00e9e n\u00e9cessite des politiques publiques soigneusement cibl\u00e9es et con\u00e7ues de mani\u00e8re \u00e0 pousser la population \u00e0 \u00ab prendre ses responsabilit\u00e9s \u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab Aucun nouvel imp\u00f4t \u00bb, tel a \u00e9t\u00e9 le leitmotiv du discours politique en Europe et en Am\u00e9rique du Nord pendant les ann\u00e9es n\u00e9olib\u00e9rales. Le refrain a \u00e9t\u00e9 entonn\u00e9 par les administrations de Margaret Thatcher (\u00e9lue en 1979) et de Ronald Reagan (\u00e9lu en 1980), et rapidement les partis politiques qui esp\u00e9raient acc\u00e9der au pouvoir, qu&#8217;ils soient de gauche ou de droite, ont souscrit \u00e0 cette approche.<\/p>\n<p>En effet, une tendance \u00e0 la r\u00e9duction des imp\u00f4ts a balay\u00e9 les pays de l&#8217;OCDE. Dans ces pays, le taux maximum moyen de l&#8217;imp\u00f4t sur le revenu des particuliers a consid\u00e9rablement diminu\u00e9, passant de 65,7 % en 1980 \u00e0 46,5 % en 2000, pour chuter consid\u00e9rablement par la suite et s&#8217;\u00e9tablir \u00e0 41,7 % en 2010. Au Canada, en 1988, le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral a \u00e9galement r\u00e9duit le taux d&#8217;imposition des personnes ayant les revenus les plus \u00e9lev\u00e9s. Le Qu\u00e9bec a embo\u00eet\u00e9 le pas, r\u00e9duisant le taux d&#8217;imposition le plus \u00e9lev\u00e9 (s&#8217;appliquant \u00e0 la tranche de revenu sup\u00e9rieur \u00e0 100 000 $) de 10 % de 1980 \u00e0 1996 et r\u00e9duisant graduellement le taux marginal d&#8217;imposition, qui est pass\u00e9 de 68 % en 1980 \u00e0 48 % en 2010.<\/p>\n<p>Leurs propres recettes se butant \u00e0 un plafond, de nombreux gouvernements de gauche et de centre gauche ont tent\u00e9 de m\u00e9nager la ch\u00e8vre et le chou. Ils ont promis d&#8217;am\u00e9liorer les politiques sociales (et de prendre d&#8217;autres d\u00e9cisions progressistes en mati\u00e8re de d\u00e9penses) tout en maintenant les imp\u00f4ts \u00e0 un faible niveau ou en les r\u00e9duisant davantage. Le principe consistait \u00e0 axer les politiques sociales sur les individus qui sont r\u00e9ellement dans le besoin, en marge de la soci\u00e9t\u00e9, en vue de limiter l&#8217;exclusion sociale, de favoriser l&#8217;inclusion sociale et d&#8217;\u00e9viter les menaces \u00e0 la coh\u00e9sion sociale. Garantir l&#8217;\u00e9galit\u00e9 ne faisait pas partie des objectifs.<\/p>\n<p class=\"dropcap\">La vision n\u00e9olib\u00e9rale de la soci\u00e9t\u00e9 qui pr\u00e9dominait en Europe et en Am\u00e9rique du Nord dans les ann\u00e9es 1990 laissait peu de marge de man\u0153uvre aux partis politiques pour soutenir la solidarit\u00e9 sociale entre les classes et, par cons\u00e9quent, l&#8217;\u00e9galit\u00e9. Les n\u00e9olib\u00e9raux d\u00e9crivaient la soci\u00e9t\u00e9 comme \u00e9tant compos\u00e9e d&#8217;un noyau, repr\u00e9sent\u00e9 par un grand groupe de citoyens responsables, auquel se greffait un groupe de marginaux, repr\u00e9sent\u00e9s principalement comme les \u00ab pauvres \u00bb, ou d\u00e9favoris\u00e9s, plut\u00f4t qu&#8217;une classe ouvri\u00e8re comme c&#8217;\u00e9tait le cas auparavant. En effet, comme l&#8217;une des principales caract\u00e9ristiques des pauvres \u00e9tait qu&#8217;ils n&#8217;avaient pas d&#8217;emploi, les politiques devaient favoriser l&#8217;emploi en vue de les int\u00e9grer au march\u00e9 du travail.<\/p>\n<p>Une strat\u00e9gie de gauche et de centre gauche fond\u00e9e sur cette repr\u00e9sentation d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 <em>sans<\/em> classe sociale, mais <em>aux prises avec<\/em> des probl\u00e8mes sociaux a fondamentalement boulevers\u00e9, de trois mani\u00e8res, les th\u00e9ories et les pratiques de citoyennet\u00e9 sociale. Premi\u00e8rement, l&#8217;imp\u00f4t est devenu un fardeau plut\u00f4t qu&#8217;une fa\u00e7on de partager le risque social. Par principe, il fallait \u00e9viter de payer de l&#8217;imp\u00f4t, et -assur\u00e9ment de payer <em>plus<\/em> d&#8217;imp\u00f4t ; les citoyens devaient avoir le libre choix quant \u00e0 la mani\u00e8re de subvenir \u00e0 leurs besoins. Deuxi\u00e8mement, bon nombre de programmes sociaux s&#8217;\u00e9tant \u00e9loign\u00e9s du concept d&#8217;acc\u00e8s universel et la qualit\u00e9 de nombreux services publics ayant d\u00e9clin\u00e9 (pour cause d&#8217;investissements insuffisants), les citoyens se sont souvent retrouv\u00e9s \u00e0 devoir payer (et souvent un prix beaucoup plus \u00e9lev\u00e9) pour des services tels que l&#8217;\u00e9ducation, la sant\u00e9, les retraites et les soins aux enfants, notamment. Ces services \u00e9taient priv\u00e9s et ne constituaient pas des droits sociaux. Troisi\u00e8mement, la restructuration du capitalisme a entra\u00een\u00e9 une croissance tr\u00e8s \u00e9tay\u00e9e et massive de l&#8217;in\u00e9galit\u00e9. Les \u00e9conomistes ont suivi la hausse des coefficients de Gini, mais les simples citoyens ont \u00e9t\u00e9 aux premi\u00e8res loges de cette transformation sociale, ayant encore plus de mal \u00e0 s&#8217;offrir des services de qualit\u00e9 pour eux-m\u00eames et leurs enfants. \u00c0 cause de la hausse du co\u00ebt des services priv\u00e9s et privatis\u00e9s, les familles et les individus avaient encore plus de difficult\u00e9 \u00e0 subvenir \u00e0 leurs propres besoins.<\/p>\n<p>Les gouvernements qui s&#8217;inspiraient du n\u00e9olib\u00e9ralisme se liaient les mains eux-m\u00eames et restreignaient leurs propres possibilit\u00e9s. Dans les ann\u00e9es 2000, des r\u00e9ductions des recettes publiques ont d\u00e9coul\u00e9 de d\u00e9cisions politiques de diminuer les taux d&#8217;imposition des mieux nantis, de m\u00eame que les charges sociales. La conjoncture ayant \u00e9t\u00e9 favorable pendant la premi\u00e8re moiti\u00e9 de la d\u00e9cennie, il restait de l&#8217;argent dans les poches des contribuables. Les gouvernements se sont ensuite plaints de ne pas avoir suffisamment de fonds \u00e0 d\u00e9penser. Puis, lorsque la crise a frapp\u00e9 en 2008, ils se sont en effet trouv\u00e9s en s\u00e9rieuse difficult\u00e9. Cette situation nous rappelle que la sant\u00e9 des finances publiques repose sur deux facteurs, \u00e0 savoir les sommes d\u00e9pens\u00e9es et les sommes recueillies.<\/p>\n<p class=\"dropcap\">\u00c0pr\u00e8s 2008, le leitmotiv \u00ab aucun nouvel imp\u00f4t \u00bb a perdu de son attrait, en partie en raison d&#8217;une mobilisation politique et des besoins cr\u00e9\u00e9s au lendemain de la crise financi\u00e8re. Des activistes et commentateurs politiques se sont insurg\u00e9s contre l&#8217;aggravation marqu\u00e9e de l&#8217;in\u00e9galit\u00e9, qui profitait aux tr\u00e8s riches plus qu&#8217;\u00e0 quiconque.<\/p>\n<p>En 2011, en Europe et en Am\u00e9rique du Nord, le mouvement de contestation Occupy d\u00e9voilait les in\u00e9galit\u00e9s croissantes en utilisant des images et un langage accessibles. Il protestait contre le fait que l&#8217;\u00e9norme augmentation de la richesse des mieux nantis entra\u00eene une augmentation marqu\u00e9e de l&#8217;in\u00e9galit\u00e9, ce qui creuse un \u00e9cart imposant avec le reste de la soci\u00e9t\u00e9 \u2014 le \u00ab 99 % \u00bb \u2014, le Qu\u00e9bec ne faisant pas exception. \u00c0 de nombreux \u00e9gards, cette repr\u00e9sentation \u00e9tait \u00e0 l&#8217;oppos\u00e9 de la vision n\u00e9olib\u00e9rale d&#8217;une classe moyenne constituant le noyau de la soci\u00e9t\u00e9, avec des pauvres vivant en marge de celle-ci. Cette fois, ce sont les individus excessivement riches qui \u00e9taient en marge du reste de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Un consensus s&#8217;est progressivement d\u00e9gag\u00e9 sur la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;augmenter certaines recettes fiscales. Parfois, les changements apport\u00e9s passaient inaper\u00e7us, mais certains ont suscit\u00e9 une grande controverse. Notamment, la France a perdu un citoyen des plus connus en raison d&#8217;une mesure de justice fiscale promise par Fran\u00e7ois Hollande durant la campagne d&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2012, G\u00e9rard Depardieu devenant citoyen de la Belgique, puis ayant accept\u00e9 une offre de citoyennet\u00e9 de la Russie dans le but de ne pas payer la taxe \u00e0 75 % pour la part de ses revenus d\u00e9passant un million d&#8217;euros par an.<\/p>\n<p>Lorsqu&#8217;en 2012, le gouvernement du Qu\u00e9bec a hauss\u00e9 les taux d&#8217;imposition des contribuables les mieux nantis pour la premi\u00e8re fois depuis des d\u00e9cennies, il ne faisait rien d&#8217;exceptionnel. En 2011, 26 pays de l&#8217;OCDE sur 34 ont hauss\u00e9 les imp\u00f4ts et bon nombre d&#8217;entre eux ont vis\u00e9 les contribuables les plus riches. Depuis la crise de 2008, nous avons constat\u00e9 dans l&#8217;Union europ\u00e9enne une nette tendance \u00e0 la hausse des taux d&#8217;imposition du revenu des particuliers les mieux nantis, de m\u00eame qu&#8217;une \u00e9limination pratiquement totale des r\u00e9ductions des taux d&#8217;imp\u00f4t sur le revenu des soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00c0 premi\u00e8re vue, il semblait que les \u00c9tats-Unis allaient aussi s&#8217;engager dans cette voie et augmenter les taux d&#8217;imposition des contribuables les mieux nantis, mais lorsque la poussi\u00e8re est retomb\u00e9e \u00e0 la suite des n\u00e9gociations du 1<sup>er<\/sup> janvier 2013 visant \u00e0 \u00e9viter le \u00ab pr\u00e9cipice budg\u00e9taire \u00bb, l&#8217;imp\u00f4t sur le revenu des particuliers a \u00e9t\u00e9 hauss\u00e9 uniquement pour une minorit\u00e9 tr\u00e8s riche. Les r\u00e9ductions de l&#8217;imp\u00f4t sur le revenu instaur\u00e9es par le pr\u00e9sident Bush sont demeur\u00e9es en vigueur pour tous les contribuables qui, dans tout autre pays, sont consid\u00e9r\u00e9s comme \u00e9tant tr\u00e8s riches. Durant la campagne \u00e9lectorale am\u00e9ricaine de 2012, la proposition de faire payer plus d&#8217;imp\u00f4t aux riches correspondait \u00e0 augmenter l&#8217;imp\u00f4t d&#8217;un m\u00e9nage dont les revenus s&#8217;\u00e9levaient \u00e0 250 000 $. Cette d\u00e9finition des \u00ab riches \u00bb \u00e9tait coh\u00e9rente avec les d\u00e9finitions de revenus \u00e9lev\u00e9s appliqu\u00e9es dans les pays de l&#8217;Union europ\u00e9enne. Mais \u00e0 la suite du compromis budg\u00e9taire du 1<sup>er<\/sup> janvier 2013, le seuil a \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli \u00e0 450 000 $ (ce qui est beaucoup plus \u00e9lev\u00e9 que partout ailleurs) et le taux d&#8217;imposition a \u00e9t\u00e9 fix\u00e9 \u00e0 seulement 39,5 % (ce qui est beaucoup plus bas).<\/p>\n<p>En d\u00e9pit de l&#8217;attrait, au point de vue populiste, de faire payer encore plus les riches, ce changement \u00e0 lui seul ne suffit pas comme strat\u00e9gie principale pour surmonter une p\u00e9riode difficile.<\/p>\n<p>Bien entendu, renoncer \u00e0 des r\u00e9ductions d&#8217;imp\u00f4t est souhaitable et permet aux minist\u00e8res des Finances de r\u00e9cup\u00e9rer une partie des avantages qu&#8217;ils ont g\u00e9n\u00e9reusement accord\u00e9s durant les ann\u00e9es fastes de la p\u00e9riode n\u00e9olib\u00e9rale. N\u00e9anmoins, une strat\u00e9gie politique reposant sur le simple principe de \u00ab faire payer les riches \u00bb et sur le principe selon lequel les bons citoyens ne doivent pas payer d&#8217;imp\u00f4t ne suffit pas, et ce, pour plusieurs raisons.<\/p>\n<hr \/>\n<h3><strong>Comment nos in\u00e9galit\u00e9s polluent la plan\u00e8te<\/strong><\/h3>\n<p><strong>\u00c9loi Laurent<\/strong><\/p>\n<p class=\"dropcap-big\">L&#8217;\u00e9cologie, comme l&#8217;\u00e9conomie, est politique au premier chef. Nos crises \u00e9cologiques sont ainsi des questions sociales : elles peuvent se comprendre \u00e0 la lumi\u00e8re des in\u00e9galit\u00e9s de revenu et de pouvoir et se r\u00e9soudre \u00e0 l&#8217;aide des principes de justice et au moyen de bonnes institutions.<\/p>\n<p>Cette approche social-\u00e9cologique n&#8217;est pas seulement utile sur le plan de l&#8217;analyse, elle est aujourd&#8217;hui particuli\u00e8rement n\u00e9cessaire dans une perspective d&#8217;action : tant que les questions \u00e9cologiques ne seront pas syst\u00e9matiquement \u00e9clair\u00e9es sous le jour des r\u00e9alit\u00e9s sociales, et notamment des in\u00e9galit\u00e9s, elles demeureront de l&#8217;ordre de la politique \u00e9trang\u00e8re pour la majorit\u00e9 des citoyens, alors m\u00eame qu&#8217;elles forment le c\u0153ur de leur quotidien et qu&#8217;elles sont appel\u00e9es \u00e0 devenir omnipr\u00e9sentes dans quelques d\u00e9cennies. Tant que les enjeux \u00e9cologiques ne seront pas \u00ab encastr\u00e9s \u00bb, la \u00ab morale \u00bb environnementale sera per\u00e7ue dans le d\u00e9bat public comme une nuisance sociale. Tant que les enjeux \u00e9cologiques ne seront pas domestiqu\u00e9s, la \u00ab cause \u00bb environnementale sera r\u00e9duite \u00e0 un parti de la catastrophe, anxiog\u00e8ne et finalement insupportable pour l&#8217;opinion publique.<\/p>\n<p>Ce texte propose trois voies praticables pour rendre visible ce lien, de plus en plus apparent, entre question sociale et d\u00e9fi \u00e9cologique, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment, il vise \u00e0 \u00e9clairer diff\u00e9rentes facettes de la relation entre les in\u00e9galit\u00e9s sociales et les crises environnementales.<\/p>\n<p>D&#8217;abord, les in\u00e9galit\u00e9s sociales, de revenu et de pouvoir, jouent un r\u00f4le moteur dans nos crises \u00e9cologiques. R\u00e9ciproquement, l&#8217;injustice sociale prend le nouveau visage des in\u00e9galit\u00e9s environnementales sous l&#8217;emprise \u00ab d&#8217;accidents structurels \u00bb dont la cause et l&#8217;impact sont d\u00e9termin\u00e9s par les soci\u00e9t\u00e9s humaines. Enfin, le combat pour la justice environnementale peut constituer l&#8217;amorce d&#8217;un nouvel \u00e9lan politique, notamment dans le monde \u00e9mergent.<\/p>\n<p>La crise des in\u00e9galit\u00e9s et les crises \u00e9cologiques sont souvent juxtapos\u00e9es, on tente ici de les articuler pour mieux les comprendre.<\/p>\n<p>S&#8217;il existe de nombreuses bonnes raisons de vouloir sauver nos d\u00e9mocraties de leur corruption par les in\u00e9galit\u00e9s, la raison \u00e9cologique est peut-\u00eatre la plus fondamentale.<\/p>\n<p>Cet enjeu \u00e9cologique de la crise contemporaine des in\u00e9galit\u00e9s peut d&#8217;abord \u00eatre compris de mani\u00e8re micro-\u00e9cologique. Du c\u00f4t\u00e9 des riches, l&#8217;\u00e9conomiste et sociologue am\u00e9ricain Thorstein Veblen (et sa \u00ab consommation ostentatoire \u00bb) nous apprend que le d\u00e9sir d&#8217;imitation des modes de vie des plus fortun\u00e9s par la classe moyenne peut conduire \u00e0 une \u00e9pid\u00e9mie culturelle de d\u00e9gradations environnementales. Du c\u00f4t\u00e9 des pauvres, Indira Gandhi, seul chef d&#8217;\u00c9tat pr\u00e9sent au sommet fondateur de Stockholm en 1972, nous enseigne que \u00ab la pauvret\u00e9 et le besoin sont les plus grands pollueurs \u00bb : la pauvret\u00e9 conduit dans le monde en d\u00e9veloppement \u00e0 des d\u00e9gradations environnementales insoutenables, mais rendues n\u00e9cessaires par l&#8217;urgence sociale de survivre. Ces d\u00e9gradations r\u00e9sultent d&#8217;un arbitrage perdant \u00e0 moyen terme entre bien-\u00eatre pr\u00e9sent et futur : les ressources naturelles constituant de fait le v\u00e9ritable patrimoine de la majorit\u00e9 des habitants des pays pauvres, leur d\u00e9gradation se traduira \u00e0 terme par un appauvrissement des populations. L&#8217;\u00e9radication de la pauvret\u00e9 est donc un objectif \u00e9cologique \u00e0 condition qu&#8217;elle ne soit pas consid\u00e9r\u00e9e comme un simple rattrapage sur le mode de l&#8217;hyperconsommation, mais qu&#8217;elle entre dans le cadre d&#8217;une red\u00e9finition de la richesse et de ses indicateurs.<\/p>\n<p>Il est encore plus int\u00e9ressant de raisonner de mani\u00e8re macro-\u00e9cologique, en consid\u00e9rant les effets dynamiques de la relation entre riches et pauvres et non seulement les comportements isol\u00e9s des uns et des autres. Cinq m\u00e9canismes apparaissent alors.<\/p>\n<ul>\n<li>L&#8217;in\u00e9galit\u00e9 accro\u00eet inutilement un besoin de croissance \u00e9conomique potentiellement nuisible \u00e0 l&#8217;environnement [&#8230;]<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>L&#8217;in\u00e9galit\u00e9 accro\u00eet l&#8217;irresponsabilit\u00e9 \u00e9cologique des plus riches [&#8230;]<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>L&#8217;in\u00e9galit\u00e9 amoindrit la r\u00e9silience social-\u00e9cologique des soci\u00e9t\u00e9s [&#8230;]<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>L&#8217;in\u00e9galit\u00e9 entrave les capacit\u00e9s d&#8217;action collective susceptibles de pr\u00e9server les ressources naturelles [&#8230;]<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>L&#8217;in\u00e9galit\u00e9 r\u00e9duit la sensibilit\u00e9 des plus modestes aux enjeux environnementaux [&#8230;]<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"dropcap\">Si les in\u00e9galit\u00e9s de revenu et de pouvoir contribuent puissamment \u00e0 nos crises \u00e9cologiques, elles s&#8217;incarnent aussi dans la mont\u00e9e en puissance des in\u00e9galit\u00e9s environnementales. Ces derni\u00e8res sont multiples, on se concentrera ici sur deux de leurs dimension : l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 face aux d\u00e9sastres dits \u00ab naturels \u00bb et l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 face aux nuisances et aux pollutions.<\/p>\n<p>L&#8217;in\u00e9galit\u00e9 sociale devant des catastrophes non pas \u00ab naturelles \u00bb mais social-\u00e9cologiques \u2014 d\u00e8s lors que, de plus en plus, leurs causes et leur impact sont d\u00e9termin\u00e9s par les soci\u00e9t\u00e9s humaines \u2014 est bien document\u00e9e : la canicule ayant frapp\u00e9 Chicago en 1995, la canicule de 2003 en France et en Europe ou encore l&#8217;ouragan Katrina en 2005 furent autant de r\u00e9v\u00e9lateurs et de catalyseurs de l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 sociale.<\/p>\n<p>L&#8217;in\u00e9galit\u00e9 humaine n&#8217;est pas moins grande face aux nuisances et aux pollutions quotidiennes de l&#8217;environnement. C&#8217;est d&#8217;abord vrai au plan mondial, les \u00e9tudes de l&#8217;OMS montrant que l&#8217;environnement affecte de mani\u00e8re significative plus de 80 % des principales maladies et d\u00e9termine notamment les facteurs d\u00e9clencheurs des maladies chroniques, qui repr\u00e9sentent d\u00e9sormais pr\u00e8s des deux tiers des d\u00e9c\u00e8s annuels sur la plan\u00e8te. Le m\u00e9decin et chercheur Paul Farmer, de l&#8217;Universit\u00e9 Harvard, montre dans ses tr\u00e8s nombreux travaux comment de nombreuses maladies sont, dans le monde en d\u00e9veloppement, des \u00ab sympt\u00f4mes biologiques de lignes de fracture sociales \u00bb. C&#8217;est ensuite vrai en Europe, o\u00f9 la commission Marmot a \u00e9tabli en 2010 qu&#8217;un \u00e9cart de 10 ans dans l&#8217;esp\u00e9rance de vie pouvait s\u00e9parer les habitants des quartiers les plus favoris\u00e9s des quartiers les plus d\u00e9favoris\u00e9s au Royaume-Uni. C&#8217;est enfin vrai en France, o\u00f9 deux types de r\u00e9sultats commencent \u00e0 \u00eatre articul\u00e9s et soumis \u00e0 l&#8217;attention des responsables politiques : le lien entre pollution et mortalit\u00e9 et morbidit\u00e9, et le lien entre exposition aux pollutions et indicateurs de d\u00e9faveur sociale.<\/p>\n<p>La combinaison dynamique des dimensions sociale et environnementale de l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 donne le vertige. Les travaux sur les effets de la pollution atmosph\u00e9rique dans la r\u00e9gion de Los Angeles donnent \u00e0 voir le lien entre exposition aux pollutions et r\u00e9sultats scolaires, via les maladies respiratoires qui se d\u00e9veloppent chez les enfants (l&#8217;asthme en particulier). Plus vertigineux encore, les r\u00e9sultats obtenus par la chercheuse de Princeton Janet Currie, qui propose une v\u00e9ritable th\u00e9orie de la perp\u00e9tuation social-\u00e9cologique de la pauvret\u00e9 : les enfants issus de familles d\u00e9favoris\u00e9es (appartenant souvent, aux \u00c9tats-Unis, aux minorit\u00e9s ethniques) ont de fortes chances de na\u00eetre en mauvaise sant\u00e9 du fait de l&#8217;environnement malsain dans lequel la grossesse de leur m\u00e8re se sera d\u00e9roul\u00e9e, cette faiblesse sanitaire infantile se traduisant par des scolarit\u00e9s heurt\u00e9es et des parcours professionnels difficiles. L&#8217;injustice se perp\u00e9tue alors en cycle, d&#8217;in\u00e9galit\u00e9s environnementales en in\u00e9galit\u00e9s sociales.<\/p>\n<p class=\"dropcap\">Ce lien entre in\u00e9galit\u00e9s et environnement n&#8217;est pas seulement une fatalit\u00e9 : il peut s&#8217;av\u00e9rer un puissant levier politique. Le combat pour la justice environnementale aux \u00c9tats-Unis a permis \u00e0 la lutte pour les droits civiques de franchir dans les ann\u00e9es 1980 et 1990 un cap social. De m\u00eame, en Europe et en France, la reconnaissance des in\u00e9galit\u00e9s environnementales permettrait une v\u00e9ritable refondation des politiques sociales et de l&#8217;\u00c9tat-providence. Un pays incarne mieux que les autres cette voie \u00e9cologique vers le progr\u00e8s politique : la Chine.<\/p>\n<p>On ne peut qu&#8217;\u00eatre frapp\u00e9 de la continuit\u00e9 \u00e9cologique entre l&#8217;URSS et la Chine contemporaine, \u00e0 ceci pr\u00e8s que le d\u00e9veloppement de cette derni\u00e8re s&#8217;appuie sur un mod\u00e8le \u00e9conomique plus ouvert (m\u00eame s&#8217;il est loin d&#8217;\u00eatre lib\u00e9ral) et nettement plus dynamique, qui inflige \u00e0 l&#8217;environnement un impact d\u00e9cupl\u00e9. Le cas de la Chine constitue une combinaison particuli\u00e8rement toxique sur le plan \u00e9cologique d&#8217;autoritarisme politique et de capitalisme d\u00e9brid\u00e9. Il illustre \u00e9galement le fait qu&#8217;un d\u00e9veloppement \u00e9conomique sans contrepoids d\u00e9mocratique peut progressivement conduire \u00e0 un sous-d\u00e9veloppement humain par insoutenabilit\u00e9 \u00e9cologique.<\/p>\n<p>Cette insoutenabilit\u00e9 \u00e9cologique, dans laquelle l&#8217;explosion des in\u00e9galit\u00e9s sociales joue un r\u00f4le certain, remet effectivement en cause les perspectives de long terme de la Chine en mati\u00e8re de d\u00e9veloppement humain, ce que reconnaissent d&#8217;ailleurs depuis peu les dirigeants chinois. Ainsi l&#8217;actuel ministre de l&#8217;Environnement Zhou Shengxian s&#8217;interrogeait-il en f\u00e9vrier 2011 \u00e0 haute voix en amont du Congr\u00e8s national du Peuple : \u00ab Si notre territoire est d\u00e9truit et que nous perdons notre sant\u00e9, quel bien notre d\u00e9veloppement nous fait-il ? \u00bb Selon le ministre lui-m\u00eame, on d\u00e9nombrerait annuellement en Chine plusieurs dizaines de milliers de mouvements populaires contre les in\u00e9galit\u00e9s environnementales.<\/p>\n<p>Deux \u00e9v\u00e8nements r\u00e9cents laissent penser que l&#8217;ampleur de ces in\u00e9galit\u00e9s environnementales peut ouvrir une br\u00e8che de transparence dans l&#8217;autoritarisme politique chinois aux plans national et local. D&#8217;abord, les autorit\u00e9s de P\u00e9kin se sont vues r\u00e9cemment contraintes d&#8217;informer la population des niveaux alarmants atteints par la pollution atmosph\u00e9rique dans la ville. Cette d\u00e9cision r\u00e9sulte de la pression combin\u00e9e des habitants et de l&#8217;ambassade des \u00c9tats-Unis \u00e0 P\u00e9kin, qui, via Twitter, informe quotidiennement depuis deux ans ses ressortissants sur le niveau de dangerosit\u00e9 de la pollution aux particules fines. L&#8217;autre \u00e9v\u00e8nement est la publication r\u00e9cente d&#8217;une liste de \u00ab villages-cancer \u00bb par le gouvernement chinois, villages dont la pr\u00e9valence anormale de cancers r\u00e9sulte de pollutions environnementales (en particulier du syst\u00e8me hydraulique, d\u00e9grad\u00e9 par le secteur dit \u00ab industriel-rural \u00bb). Trente ans apr\u00e8s son irruption aux \u00c9tats-Unis, la justice environnementale est devenue en quelques ann\u00e9es un sujet incontournable dans la Chine contemporaine. Et si la Chine se d\u00e9mocratisait par l&#8217;\u00e9cologie ?<\/p>\n<p class=\"dropcap\">Cette recherche sur la relation complexe et cruciale entre in\u00e9galit\u00e9s sociales et crises \u00e9cologiques se d\u00e9veloppe et se diffuse, comme en t\u00e9moigne le rapport des Nations Unies sur le d\u00e9veloppement humain consacr\u00e9 \u00e0 cette question fin 2011. Parmi les nombreuses mesures qui permettraient de r\u00e9pondre \u00e0 ce d\u00e9fi, la conception et la mise en \u0153uvre de politiques social-\u00e9cologiques apparaissent comme une priorit\u00e9 \u00e0 la port\u00e9e des responsables politiques \u00e0 tous les niveaux de gouvernement en France, en Europe et au-del\u00e0.<\/p>\n<p>L&#8217;approche social-\u00e9cologique propose au fond de passer d&#8217;une \u00e9cologie-moralit\u00e9 \u00e0 une \u00e9cologie-s\u00e9curit\u00e9 : elle sugg\u00e8re que l&#8217;\u00e9cologie, comme discipline et comme cause, ne consiste pas \u00e0 accabler les humains pour leurs outrages \u00e0 la Nature, mais \u00e0 les prot\u00e9ger des in\u00e9galit\u00e9s n\u00e9es de leur incons\u00e9quence.<\/p>\n<p><span class=\"image-caption\">Photo: neko92vl \/ Shutterstock<\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p><em>Souhaitez-vous r\u00e9agir \u00e0 cet article ?\u00a0<\/em><em>Joignez-vous aux d\u00e9bats d\u2019<\/em>Options politiques\u00a0<em>et soumettez-nous votre texte en suivant ces\u00a0<\/em><a href=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/article-submission\/\"><em>directives<\/em><\/a><em>.\u00a0<\/em><em>| Do you have something to say about the article you just read? 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