{"id":263038,"date":"2011-08-01T04:00:00","date_gmt":"2011-08-01T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/issues\/le-canada-a-la-trace\/"},"modified":"2025-10-07T20:29:01","modified_gmt":"2025-10-08T00:29:01","slug":"le-canada-a-la-trace","status":"publish","type":"issues","link":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2011\/08\/le-canada-a-la-trace\/","title":{"rendered":"Le Canada \u00e0\u00a0la trace"},"content":{"rendered":"<p class=\"dropcap-big\">Comme la contamination de produits alimentaires \u00e0 la bact\u00e9rie E. coli en Allemagne nous l&#8217;a encore rappel\u00e9 ce printemps, les syst\u00e8mes de salubrit\u00e9 et d&#8217;innocuit\u00e9 de nos aliments d\u00e9passent aujourd&#8217;hui les fronti\u00e8res nationales. Certes, la source de l&#8217;\u00e9pid\u00e9mie, qui a fait pr\u00e8s de 40 morts en Europe, a finalement \u00e9t\u00e9 localis\u00e9e dans une petite ferme en Allemagne m\u00eame, mais on avait d&#8217;abord cru que la maladie \u00e9tait caus\u00e9e par des concombres provenant d&#8217;Espagne. Cet \u00e9pisode n&#8217;est qu&#8217;un exemple de plus illustrant que la \u00ab souverainet\u00e9 alimentaire \u00bb des pays n&#8217;existe plus et que l&#8217;interd\u00e9pendance s&#8217;est accrue, y compris en mati\u00e8re de sant\u00e9 publique.<\/p>\n<p>Avec une \u00e9conomie tr\u00e8s ouverte sur le monde, le Canada n&#8217;\u00e9chappe pas \u00e0 cette nouvelle r\u00e9alit\u00e9. Plus de 60 p. 100 de sa richesse provient de ses exportations. Et m\u00eame si le Canada fournit \u00e0 peine 3 p. 100 des produits agroalimentaires offerts dans le monde, la moiti\u00e9 de sa production primaire est vou\u00e9e \u00e0 l&#8217;exportation.<\/p>\n<p>L&#8217;exportation de produits agroalimentaires conna\u00eet d&#8217;ailleurs une hausse constante depuis quelques ann\u00e9es. Selon les donn\u00e9es publi\u00e9es \u00e0 ce sujet, cette augmentation se situe entre 2,5 et 3,5 p. 100 depuis les cinq derni\u00e8res ann\u00e9es. Au Qu\u00e9bec par exemple, les exportations de ces produits se sont chiffr\u00e9es \u00e0 environ 4 milliards de dollars en 2010. Les produits agroalimentaires transform\u00e9s comptaient pour 85 p. 100 du total, le reste \u00e9tant constitu\u00e9 de produits agricoles bruts. Avec l&#8217;arriv\u00e9e sur le march\u00e9 des pays \u00e9mergents, nous importons \u00e9galement plus de produits agricoles et alimentaires qu&#8217;auparavant.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, le Canada d\u00e9pend plus que jamais des normes et des protocoles de ses partenaires internationaux en mati\u00e8re de salubrit\u00e9 et d&#8217;innocuit\u00e9 alimentaire, tandis que sa propre performance \u00e0 ce chapitre permet de garantir la qualit\u00e9 de ses produits aupr\u00e8s des acheteurs.<\/p>\n<p class=\"dropcap-big\">Il est important de souligner le poids que repr\u00e9sentent les contaminations alimentaires dans le monde. Aux \u00c9tats-Unis par exemple, malgr\u00e9 le fait que les infections caus\u00e9es par la salmonelle soient en baisse ces derni\u00e8res ann\u00e9es, le nombre de cas de contamination alimentaire demeure \u00e9lev\u00e9. Selon les Centers for Disease Control and Prevention, les agents pathog\u00e8nes dans l&#8217;alimentation provoquent environ 76 millions de cas de contamination par ann\u00e9e aux \u00c9tats-Unis seulement. Au Canada, on estime en avoir plus de 11 millions par ann\u00e9e. Proportionnellement parlant, nous ne faisons donc gu\u00e8re mieux que nos voisins du Sud. L&#8217;Organisation mondiale de la sant\u00e9, quant \u00e0 elle, chiffre \u00e0 1,8 million le nombre d&#8217;enfants qui meurent des suites de contaminations alimentaires dans le monde chaque ann\u00e9e. Et bon nombre de ces enfants vivent dans des pays d\u00e9velopp\u00e9s. La plupart des cas surviennent \u00e0 la suite de la contamination de cours d&#8217;eau environnants.<\/p>\n<p>Un syst\u00e8me national ad\u00e9quat en mati\u00e8re de salubrit\u00e9 et d&#8217;innocuit\u00e9 alimentaire doit \u00eatre en mesure de d\u00e9tecter les sources de contamination et de r\u00e9pondre rapidement aux menaces qui en d\u00e9coulent.<\/p>\n<p>Pour bien prot\u00e9ger les consommateurs, un tel syst\u00e8me doit n\u00e9cessairement tirer profit de la technologie et de la science \u00e0 sa disposition. Id\u00e9alement, il faut un syst\u00e8me qui permette aux autorit\u00e9s sanitaires de rep\u00e9rer rapidement les souches de contaminations potentielles ainsi que de trouver l&#8217;origine de la propagation des agents pathog\u00e8nes. D\u00e8s lors, il serait facile de faire le lien entre un produit et un malade. Par l&#8217;\u00e9valuation des donn\u00e9es historiques d&#8217;une anomalie, les autorit\u00e9s sauraient rapidement si, par exemple, une r\u00e9gion compte plus de cas de salmonellose que dans les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes. Mieux encore, le syst\u00e8me permettrait d&#8217;\u00e9tablir un lien entre deux individus malades. Il s&#8217;agit donc de mettre sur pied un r\u00e9seau qui relie \u00e0 la fois les laboratoires qui font les tests, les omnipraticiens et le public en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>Contrairement aux \u00c9tats-Unis, le Canada ne dispose pas encore d&#8217;un tel syst\u00e8me. Seules les autorit\u00e9s en sant\u00e9 publique en Ontario ont mis sur pied un syst\u00e8me similaire \u00e0 la suite de la crise du SRAS en 2003. Toutefois, plusieurs fili\u00e8res, notamment les fili\u00e8res bovine, ovine et porcine, ont d\u00e9j\u00e0 instaur\u00e9 des m\u00e9canismes de contr\u00f4le, mais non sans rencontrer de nombreux obstacles.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tout, le Canada est per\u00e7u comme un joueur actif sur la sc\u00e8ne internationale pour ce qui est de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et figure en bonne place au sein des pays industrialis\u00e9s, m\u00eame s&#8217;il y a encore beaucoup de travail \u00e0 faire. En adoptant une perspective purement canadienne, cet article offre une analyse comparative des pays industrialis\u00e9s en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 alimentaire dans quatre domaines : les relations avec les consommateurs, la bios\u00e9curit\u00e9, la gouvernance et les rappels d&#8217;aliments, et la tra\u00e7abilit\u00e9 alimentaire.<\/p>\n<p class=\"dropcap\">Il est primordial d&#8217;examiner \u00e0 quel point le Canada entretient une relation \u00e9troite avec ses consommateurs. \u00c0 cet \u00e9gard, notre \u00e9valuation a tenu compte des efforts de surveillance, des pratiques hygi\u00e9niques et de l&#8217;accessibilit\u00e9 de l&#8217;information. Et le Canada fait bonne figure \u00e0 ce chapitre (voir tableau 1).<\/p>\n<p>L&#8217;exigence de soumettre des rapports \u00e0 fr\u00e9quence r\u00e9guli\u00e8re \u00e0 des autorit\u00e9s continentales varie grandement selon les pays. Contrairement aux pays europ\u00e9ens, le Canada, les \u00c9tats-Unis, l&#8217;Australie et le Japon n&#8217;ont pas \u00e0 produire de rapports pour une agence continentale quelconque, ce qui rend la coordination des syst\u00e8mes de surveillance plus difficile. Mais afin de d\u00e9velopper un syst\u00e8me proactif de surveillance continental, les fronti\u00e8res nationales devraient virtuellement dispara\u00eetre. Ceci n&#8217;est clairement pas une priorit\u00e9 en Am\u00e9rique du Nord. C&#8217;est malheureux, car il faudrait enfin reconna\u00eetre que l&#8217;alimentation cr\u00e9e des d\u00e9pendances, des rapports de force et des relations particuli\u00e8res entre pays.<\/p>\n<p>Favoriser une approche continentale en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 alimentaire est logique. Il est en effet plus facile et plus efficace de traiter les probl\u00e8mes de s\u00e9curit\u00e9 en Am\u00e9rique du Nord comme un tout plut\u00f4t que d&#8217;essayer de coordonner les diff\u00e9rentes politiques de chaque pays. Les questions frontali\u00e8res et de s\u00e9curit\u00e9 ont pris une importance accrue depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux \u00c9tats-Unis, et certaines personnes ont propos\u00e9 la mise en place d&#8217;un p\u00e9rim\u00e8tre de s\u00e9curit\u00e9 nord-am\u00e9ricain qui inclurait les produits agroalimentaires. Le Canada est toutefois demeur\u00e9 distant au sujet de cette id\u00e9e, justifiant sa r\u00e9serve par le souci de maintenir sa souverainet\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Le-Canada-a-la-trace-Tableau-1.jpg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-77245\" src=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Le-Canada-a-la-trace-Tableau-1.jpg\" alt=\"\" width=\"874\" height=\"414\" \/><\/a><\/p>\n<p class=\"dropcap\">Chaque pays doit se doter de syst\u00e8mes pour minimiser les risques de bioterrorisme, soit l&#8217;utilisation de virus, de bact\u00e9ries, de champignons, de toxines ou de micro-organismes dans la cha\u00eene alimentaire, ou la menace de le faire, dans l&#8217;intention d&#8217;empoisonner d&#8217;innocentes victimes. Pour ce qui est de la bios\u00e9curit\u00e9, nous nous sommes int\u00e9ress\u00e9s aux programmes d&#8217;\u00e9valuation des risques et \u00e0 l&#8217;utilisation de produits toxiques et d&#8217;hormones \u00e0 la ferme, ainsi qu&#8217;\u00e0 l&#8217;utilisation de donn\u00e9es scientifiques.<\/p>\n<p>Dans ce domaine, le Canada fait pi\u00e8tre figure comparativement aux autres pays industrialis\u00e9s, se classant au 11<sup>e<\/sup> rang (voir tableau 1). En mati\u00e8re d&#8217;utilisation d&#8217;herbicides et de pesticides, l&#8217;Autriche, le Danemark, la Finlande, l&#8217;Allemagne, le Japon, la Su\u00e8de, la Norv\u00e8ge et la Suisse ont des pratiques satisfaisantes. En contrepartie, les Pays-Bas, la Belgique, le Canada et les \u00c9tats-Unis utilisent plus de huit kilogrammes de pesticides et d&#8217;herbicides par hectare. Le Canada se classe 22<sup>e<\/sup> au sein des pays de l&#8217;OCDE pour ce qui est de l&#8217;utilisation de produits chimiques. Il n&#8217;est donc gu\u00e8re un mod\u00e8le en cette mati\u00e8re, quoique bon nombre de producteurs n&#8217;aient pas vraiment le choix que de recourir \u00e0 ces produits, chaque pays devant composer avec son climat et son environnement qui influent beaucoup sur le rythme d&#8217;utilisation des produits chimiques \u00e0 la ferme.<\/p>\n<blockquote><p>Le Canada se classe 22<sup>e<\/sup> au sein des pays de l&#8217;OCDE pour ce qui est de l&#8217;utilisation de produits chimiques. Il n&#8217;est donc gu\u00e8re un mod\u00e8le en cette mati\u00e8re.<\/p><\/blockquote>\n<p>En fait, le plus gros probl\u00e8me pour le Canada en mati\u00e8re de bios\u00e9curit\u00e9 repr\u00e9sente l&#8217;influence des \u00c9tats-Unis. \u00c0 cet \u00e9gard, l&#8217;ouverture de nos fronti\u00e8res semble nuire \u00e0 notre capacit\u00e9 de g\u00e9rer notre environnement, surtout en ce qui touche la pollution et la qualit\u00e9 de l&#8217;eau. Plus de 60 p. 100 de nos exportations \u00e9tant destin\u00e9es aux \u00c9tats-Unis, celles-ci influencent donc nos politiques agricoles, y compris celles concernant la gestion des risques. Les exportations servent souvent d&#8217;incitatifs \u00e0 changer nos m\u00e9thodes et nos pratiques afin d&#8217;\u00e9viter la mise en place de barri\u00e8res non tarifaires par nos partenaires internationaux.<\/p>\n<p>\u00c0 moins de changements impr\u00e9vus, il est peu probable que le Canada am\u00e9liore son rendement en mati\u00e8re de bios\u00e9curit\u00e9 d&#8217;ici peu. Par contre, sa performance concernant les rappels d&#8217;aliments est exemplaire.<\/p>\n<p class=\"dropcap\">De nos jours, il est capital de traiter efficacement les rappels d&#8217;aliments. Le Canada proc\u00e8de aujourd&#8217;hui \u00e0 plus de 300 rappels par ann\u00e9e. Ce nombre \u00e9tait d&#8217;\u00e0 peine 40, il y a de cela 10 ans.<\/p>\n<p>En fait, partout dans le monde, les rappels de produits alimentaires explosent. En Europe notamment, les chiffres sont \u00e9tonnants. Selon les donn\u00e9es de la Commission europ\u00e9enne recueillies par le syst\u00e8me communautaire d&#8217;\u00e9change rapide d&#8217;informations RAPEX, les communications d&#8217;alertes pour produits dangereux non alimentaires ont bondi de 150 p. 100 depuis 2000. Elles avaient d\u00e9j\u00e0 augment\u00e9 de 32 p. 100 en 2010 et plus que doubl\u00e9 depuis 2005. En ce qui concerne les produits alimentaires, suivis par le syst\u00e8me d&#8217;alerte rapide pour les denr\u00e9es alimentaires et les aliments pour animaux (RASFF), les alertes ont doubl\u00e9 entre 2005 et 2008.<\/p>\n<p>Les allerg\u00e8nes repr\u00e9sentent un probl\u00e8me de taille et devraient entra\u00eener une augmentation sensible du nombre de rappels. Aux \u00c9tats-Unis, ils comptent pour 25 \u00e0 30 p. 100 des rappels. Mais \u00e0 d\u00e9faut d&#8217;atteindre le mythique \u00ab risque z\u00e9ro \u00bb, ces retraits de produits du march\u00e9 participent aux efforts de pr\u00e9vention et permettent aux industriels et aux distributeurs de clamer en ch\u0153ur que la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire a largement progress\u00e9 au cours des 15 derni\u00e8res ann\u00e9es. La situation est semblable au Canada.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 ce qui se passait il y a quelques ann\u00e9es, bon nombre de rappels d\u00e9passent aujourd&#8217;hui nos fronti\u00e8res. Ottawa oblige maintenant les importateurs de produits de consommation \u00e0 tester sur une base r\u00e9guli\u00e8re l&#8217;innocuit\u00e9 des produits mis sur le march\u00e9 et \u00e0 lui en communiquer les r\u00e9sultats. En soi, c&#8217;est une loi int\u00e9ressante, mais elle a une port\u00e9e limit\u00e9e. Dans le domaine du commerce international, il est difficile de surveiller l&#8217;ensemble des importateurs \u00e0 cause de leur trop grand nombre. En outre, une fois le fautif trouv\u00e9, les probabilit\u00e9s d&#8217;obtenir des d\u00e9dommagements sont n\u00e9gligeables.<\/p>\n<p>Si nous comparons le Canada au reste du monde, nos rappels d&#8217;aliments s&#8217;ex\u00e9cutent rapidement et efficacement. Le Canada se classe ainsi au premier rang dans ce domaine (voir tableau 1). Mais il \u00e9prouve des difficult\u00e9s en mati\u00e8re de surveillance des risques, ce qui l&#8217;emp\u00eache d&#8217;agir diligemment, en temps quasi r\u00e9el, comme c&#8217;est le cas aux \u00c9tats-Unis par exemple. Les liens intergouvernementaux semblent \u00eatre un des \u00e9l\u00e9ments qui nuit \u00e0 sa performance. \u00c0 titre de comparaison, aux Pays-Bas, r\u00e9put\u00e9s aussi pour leur efficacit\u00e9 en mati\u00e8re de rappels d&#8217;aliments, les liens efficaces entre les r\u00e9gions du pays permettent aux gouvernements de circonscrire rapidement une menace li\u00e9e \u00e0 la consommation d&#8217;un aliment dans une r\u00e9gion. Plusieurs autres pays europ\u00e9ens ont une approche semblable.<\/p>\n<blockquote><p>De nos jours, il est capital de traiter efficacement les rappels d&#8217;aliments. Le Canada proc\u00e8de aujourd&#8217;hui \u00e0 plus de 300 rappels par ann\u00e9e. Ce nombre \u00e9tait d&#8217;\u00e0 peine 40, il y a de cela 10 ans.<\/p><\/blockquote>\n<p>Au Canada, \u00e9tant donn\u00e9 notre vaste territoire et des liens intergouvernementaux moins uniformes, il est plus difficile de restreindre la menace \u00e0 une province ou m\u00eame \u00e0 une r\u00e9gion. Il existe en fait une v\u00e9ritable scission transatlantique, et la communication interprovinciale est d\u00e9faillante. Le Canada devrait s&#8217;inspirer des \u00e9l\u00e9ments int\u00e9ressants que d&#8217;autres pays ont adopt\u00e9s afin d&#8217;am\u00e9liorer son syst\u00e8me de rappels.<\/p>\n<p class=\"dropcap\">En apparence, la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire a toujours \u00e9t\u00e9 une priorit\u00e9 pour le gouvernement canadien. En effet, elle est consid\u00e9r\u00e9e comme l&#8217;un des piliers du cadre strat\u00e9gique agricole depuis le 1<sup>er<\/sup> avril 2003. Un nouveau plan quinquennal intitul\u00e9 Cultivons l&#8217;avenir a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 en 2008 et est en vigueur depuis le 1<sup>er<\/sup> avril 2009.<\/p>\n<p>Lors de l&#8217;\u00e9laboration de ce cadre, le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral a davantage tenu compte des provinces et des diff\u00e9rents acteurs. L&#8217;ensemble des provinces canadiennes a ent\u00e9rin\u00e9 ce plan, dont la gestion du risque des aliments est l&#8217;un des axes principaux. Toutefois, le foss\u00e9 entre le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral et les provinces demeure important. Ottawa se pr\u00e9occupe des r\u00e8gles interprovinciales et internationales de s\u00e9curit\u00e9 alimentaire. Pour lui, la qualit\u00e9 des aliments, les rappels d&#8217;aliments et les cat\u00e9gorisations, c&#8217;est-\u00e0-dire l&#8217;inclusion des aliments dans le protocole appropri\u00e9, sont des \u00e9l\u00e9ments importants. Les provinces et les municipalit\u00e9s s&#8217;occupent de la production et de la consommation des produits locaux, ce qui inclut les commerces de d\u00e9tail et la restauration.<\/p>\n<p>L&#8217;analyse des risques et ma\u00eetrise des points critiques, mieux connue sous l&#8217;acronyme HACCP (<em>Hazard Analysis Critical Control Points<\/em>) est l&#8217;approche privil\u00e9gi\u00e9e par le gouvernement canadien, les provinces et l&#8217;industrie. Le HACCP est reconnu par le Codex Alimentarius (un code alimentaire international qui comprend des normes, des lignes directives et des recommandations visant la protection de la sant\u00e9 du consommateur) comme un syst\u00e8me ad\u00e9quat de gestion du risque en s\u00e9curit\u00e9 alimentaire. Plusieurs organisations ont adopt\u00e9 ce programme d&#8217;am\u00e9lioration de la salubrit\u00e9 des aliments. Bien \u00e9videmment, le HACCP est tr\u00e8s populaire dans le monde, surtout aux \u00c9tats-Unis. Le secteur agroalimentaire canadien avait donc int\u00e9r\u00eat \u00e0 l&#8217;adopter, surtout dans le secteur des viandes. L&#8217;int\u00e9r\u00eat \u00e9tait strictement commercial, puisque le programme est peu connu par le grand public.<\/p>\n<p class=\"dropcap\">Quant au dernier point, la tra\u00e7abilit\u00e9 alimentaire \u2015 la capacit\u00e9 de suivre et de retracer un aliment sur toute la cha\u00eene de production et de distribution \u2015, elle n&#8217;est pas aussi d\u00e9velopp\u00e9e au Canada que dans d&#8217;autres pays. L&#8217;origine du probl\u00e8me pour le Canada r\u00e9side, une fois de plus, dans les politiques de notre voisin du Sud. D&#8217;ailleurs, l&#8217;Am\u00e9rique du Nord tout enti\u00e8re tra\u00eene la patte (voir tableau 1).<\/p>\n<p>La mise en \u0153uvre de la tra\u00e7abilit\u00e9 alimentaire demeure une initiative qui, sans aucun doute, fait l&#8217;unanimit\u00e9 au sein de l&#8217;industrie agroalimentaire. Au moyen d&#8217;un \u00e9ch\u00e9ancier bien d\u00e9fini par une r\u00e9glementation stricte et d\u00e9taill\u00e9e, les parties prenantes s&#8217;engagent \u00e0 mettre en place une tra\u00e7abilit\u00e9 ascendante et descendante \u00e0 travers la cha\u00eene alimentaire. Par contre, la d\u00e9marche \u00e0 suivre pour implanter un tel syst\u00e8me est loin de faire l&#8217;unanimit\u00e9. Il est \u00e9vident que l&#8217;introduction d&#8217;un syst\u00e8me de tra\u00e7abilit\u00e9 expose les entreprises \u00e0 des contraintes financi\u00e8res et logistiques qui g\u00eanent leur capacit\u00e9 de production. La majorit\u00e9 des observateurs s&#8217;accordent pour dire qu&#8217;une telle initiative co\u00fbtera \u00e9norm\u00e9ment cher.<\/p>\n<p>\u00c9videmment, il est facile de discuter avec nos partenaires autour d&#8217;une table de concertation pendant quelque temps et d&#8217;affirmer que nous sommes favorables au principe de s\u00e9curiser nos processus. Un jour ou l&#8217;autre, l&#8217;appui \u00e0 un tel projet doit n\u00e9anmoins se mat\u00e9rialiser par des investissements concrets de la part de ces m\u00eames partenaires. Mais plusieurs h\u00e9sitent encore, de sorte que l&#8217;implantation d&#8217;un syst\u00e8me de tra\u00e7abilit\u00e9 transversale compl\u00e8te est difficile.<\/p>\n<p>Si les producteurs remettent toujours \u00e0 plus tard le fait de se conformer \u00e0 une r\u00e9glementation, c&#8217;est qu&#8217;ils ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7us de ce que la tra\u00e7abilit\u00e9 leur a apport\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 maintenant. Au d\u00e9but, durant les ann\u00e9es 1990, l&#8217;industrie s&#8217;enthousiasmait \u00e0 l&#8217;id\u00e9e que la tra\u00e7abilit\u00e9 alimentaire devienne l&#8217;outil par excellence pour la cr\u00e9ation de produits \u00e0 valeur ajout\u00e9e. Cette perception a cr\u00e9\u00e9 certaines attentes de rentabilit\u00e9 qui m\u00e8nent actuellement les partenaires vers une impasse strat\u00e9gique, puisque la majorit\u00e9 des pays industrialis\u00e9s se sont outill\u00e9s depuis lors d&#8217;un syst\u00e8me de tra\u00e7abilit\u00e9 alimentaire utilitaire dont la valeur ajout\u00e9e est pratiquement nulle. Sur le march\u00e9 national, la tra\u00e7abilit\u00e9 apporte une certaine valeur ajout\u00e9e aux produits qu\u00e9b\u00e9cois, mais le concept demeure m\u00e9connu par l&#8217;ensemble des consommateurs. Rien n&#8217;indique que cette valeur ajout\u00e9e tant convoit\u00e9e se traduira en une augmentation de la rentabilit\u00e9 des entreprises participantes. Pour les march\u00e9s internationaux, la tra\u00e7abilit\u00e9 n&#8217;est qu&#8217;une assurance, un outil indispensable pour contenir d&#8217;\u00e9ventuelles contaminations.<\/p>\n<p>Par cons\u00e9quent, les raisons purement financi\u00e8res qui avaient alors amen\u00e9 les entreprises canadiennes \u00e0 s&#8217;int\u00e9resser \u00e0 la tra\u00e7abilit\u00e9 alimentaire ne peuvent plus \u00eatre invoqu\u00e9es. Car le monde a chang\u00e9 quelque peu, les consommateurs exigent dor\u00e9navant une alimentation plus saine et salubre. Dans ces conditions, les motifs inh\u00e9rents au projet de tra\u00e7abilit\u00e9 alimentaire doivent \u00e9voluer, et il revient aux principaux acteurs d&#8217;apprivoiser la complexit\u00e9 d&#8217;un monde agroalimentaire en mutation.<\/p>\n<p class=\"dropcap\">Dans l&#8217;histoire de cette industrie, c&#8217;est la premi\u00e8re fois qu&#8217;un projet sollicite l&#8217;attention et l&#8217;implication active de l&#8217;ensemble des partenaires de la cha\u00eene alimentaire. La tra\u00e7abilit\u00e9 est un projet qui requiert un effort concert\u00e9 et homog\u00e8ne de la part des dirigeants de l&#8217;industrie. La transformation des principes de direction des entreprises agroalimentaires est aussi primordiale.<\/p>\n<p>L&#8217;industrie doit se doter d&#8217;une vision strat\u00e9gique \u00e0 long terme, permettant aux parties prenantes d&#8217;acqu\u00e9rir un rythme d&#8217;apprentissage profitable et de se sensibiliser \u00e0 la dure r\u00e9alit\u00e9 d&#8217;un nouveau march\u00e9 sans fronti\u00e8res. \u00c0 ce chapitre, quelques initiatives semblent mener dans la bonne direction. L&#8217;Institut canadien des politiques agro-alimentaires (ICPA), par exemple, est un organisme sans but lucratif ayant comme vocation de rapprocher les producteurs, les transformateurs et les distributeurs de la cha\u00eene agroalimentaire pour mieux faire face \u00e0 la mondialisation. C&#8217;est l\u00e0 une initiative louable et n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>Plusieurs pays, notamment en Europe, ont con\u00e7u des projets de tra\u00e7abilit\u00e9 alimentaire o\u00f9 l&#8217;industrie priv\u00e9e assume la majorit\u00e9 des co\u00fbts d&#8217;application et d&#8217;op\u00e9ration. Au Canada, la d\u00e9cision de soutenir les partenariats public-priv\u00e9 dans un contexte de r\u00e9glementation impos\u00e9e a manifestement rapport\u00e9 des dividendes. Toutefois, afin d&#8217;augmenter les probabilit\u00e9s d&#8217;un d\u00e9veloppement durable de la tra\u00e7abilit\u00e9 alimentaire, les intentions associ\u00e9es \u00e0 ce projet ne doivent pas compromettre le bien-\u00eatre des consommateurs. 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