{"id":263012,"date":"2011-06-01T04:00:00","date_gmt":"2011-06-01T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/issues\/stupeur-electorale-au-quebec\/"},"modified":"2025-10-07T20:27:48","modified_gmt":"2025-10-08T00:27:48","slug":"stupeur-electorale-au-quebec","status":"publish","type":"issues","link":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2011\/06\/stupeur-electorale-au-quebec\/","title":{"rendered":"Stupeur \u00e9lectorale au Qu\u00e9bec"},"content":{"rendered":"<p class=\"dropcap-big\">Quand on a commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9voiler les r\u00e9sultats du scrutin du 2 mai 2011, les \u00e9lecteurs qu\u00e9b\u00e9cois ont \u00e9t\u00e9 d&#8217;abord \u00e9tonn\u00e9s, puis renvers\u00e9s. Chez certains, en particulier chez les souverainistes, la surprise s&#8217;est progressivement transform\u00e9e en stupeur. Comment un tel renversement fut-il possible? Qu&#8217;est-ce qui a piqu\u00e9 autant d&#8217;\u00e9lecteurs qu\u00e9b\u00e9cois pour qu&#8217;ils abandonnent le parti de Gilles Duceppe, h\u00e9g\u00e9monique sur la sc\u00e8ne politique depuis pr\u00e8s de 20 ans? Et que s&#8217;est-il pass\u00e9 pour qu&#8217;ils soutiennent massivement une formation qu&#8217;ils n&#8217;ont jamais daign\u00e9 appuyer au-del\u00e0 de rarissimes si\u00e8ges gagn\u00e9s ici et l\u00e0 depuis la naissance du Nouveau Parti d\u00e9mocratique en 1961.<\/p>\n<p>Le lendemain du scrutin, plusieurs ont relev\u00e9 \u00ab l&#8217;irrationalit\u00e9 de l&#8217;\u00e9lectorat qu\u00e9b\u00e9cois \u00bb. Norman Lester, ancien journaliste de Radio-Canada, aujourd&#8217;hui pol\u00e9miste nationaliste, ira jusqu&#8217;\u00e0 mettre en doute l&#8217;intelligence des \u00e9lecteurs. Il conclut un texte coiff\u00e9 du titre \u00ab Sains d&#8217;esprit, les Qu\u00e9b\u00e9cois? \u00bb avec cette affirmation p\u00e9remptoire : \u00ab Ce qui s&#8217;est pass\u00e9 au Qu\u00e9bec la semaine derni\u00e8re d\u00e9montre les limites de la d\u00e9mocratie. \u00bb<\/p>\n<p>Cette lecture de l&#8217;\u00e9v\u00e9nement est d\u00e9clin\u00e9e dans bien des blogues et plusieurs textes d&#8217;humeur. Le r\u00e9put\u00e9 chroniqueur Pierre Foglia ajoutait m\u00eame dans un article du 10 mai : \u00ab Le Qu\u00e9bec n&#8217;est pas plus, pas moins f\u00e9d\u00e9raliste aujourd&#8217;hui qu&#8217;il l&#8217;\u00e9tait il y a quatre ans. \u00bb Et il ajoute : \u00ab Au contraire, ce que nous disent ces \u00e9lections, c&#8217;est qu&#8217;une grande majorit\u00e9 d&#8217;\u00e9lecteurs qu\u00e9b\u00e9cois ne font pas la diff\u00e9rence entre la droite et la gauche. M\u00eame qu&#8217;ils se contrecrissent de la droite et de la gauche. [&#8230;] Les m\u00eames qui ont vot\u00e9 NPD n&#8217;h\u00e9siteront pas une seconde \u00e0 \u00e9lire des ad\u00e9quistes en votant \u00e0 droite toute, sans sourciller, sans m\u00eame se douter de leur incoh\u00e9rence. \u00bb<\/p>\n<p>Ce courant interpr\u00e9tatif est si pr\u00e9sent que l&#8217;\u00e9ditorialiste Andr\u00e9 Pratte de La Presse se sent oblig\u00e9 d&#8217;y r\u00e9pondre en lan\u00e7ant le conseil suivant : \u00ab Au lieu de bl\u00e2mer les \u00e9lecteurs et les m\u00e9dias, plut\u00f4t que de chercher des poux aux nouveaux d\u00e9put\u00e9s NPD, les perdants de ce scrutin au Qu\u00e9bec, conservateurs, bloquistes ou lib\u00e9raux, devraient admettre que les \u00e9lecteurs ont, sans \u00e9quivoque, rejet\u00e9 ce qu&#8217;ils leur offraient. En d\u00e9mocratie, les citoyens ont toujours raison. \u00bb<\/p>\n<p>D&#8217;autres ont d\u00e9velopp\u00e9 des explications audacieuses. Dans son blogue, Jean-Fran\u00e7ois Lis\u00e9e ne condamne ni le Bloc ni son chef, ni m\u00eame le mouvement souverainiste. La cause est exog\u00e8ne au mouvement lui-m\u00eame. Dans un texte intitul\u00e9 \u00ab La grande \u00e9vasion \u00bb, cet intellectuel souverainiste, ancien conseiller des premiers ministres Parizeau et Bouchard, \u00e9crit : \u00ab \u00c9vad\u00e9s, oui, mais de quoi? De la prison, justement. De la prison du statu quo. Je m&#8217;explique. Pour l&#8217;\u00e9lecteur qu\u00e9b\u00e9cois moyen du d\u00e9but de 2011, l&#8217;avenir semblait bloqu\u00e9. \u00c0 Qu\u00e9bec, un gouvernement lib\u00e9ral d\u00e9test\u00e9. \u00c0 Ottawa, un gouvernement conservateur tout aussi d\u00e9test\u00e9. \u00c0 Montr\u00e9al, un maire dont on souhaite le d\u00e9part. Mais rien n&#8217;y fait. Charest est install\u00e9 encore pour deux ans. Tremblay aussi. \u00bb En votant pour le NPD, les Qu\u00e9b\u00e9cois ont vot\u00e9 contre une \u00ab prison \u00bb. Et M. Lis\u00e9e de continuer : \u00ab Les Qu\u00e9b\u00e9cois sont-ils moins nationalistes, moins souverainistes qu&#8217;avant? Mais non, qu&#8217;allez-vous chercher l\u00e0? \u00bb Est-ce qu&#8217;on a voulu punir le Bloc et son chef? \u00ab Non, personne n&#8217;en est fier. Il est une victime collat\u00e9rale de l&#8217;\u00e9vasion. On n&#8217;a rien \u00e0 lui reprocher. D\u00e8s demain, vous verrez, on regrettera de lui avoir fait de la peine. \u00bb La conclusion de l&#8217;analyse interpr\u00e9tative du comportement de l&#8217;\u00e9lecteur est simple : \u00ab Il s&#8217;est \u00e9vad\u00e9 de la routine, de l&#8217;habitude. Mais il est toujours prisonnier du Canada. \u00bb Les vrais responsables de la d\u00e9confiture du Bloc ont donc pour nom Charest, Harper, Tremblay&#8230; et le Canada !<\/p>\n<p>Bernard Drainville, d\u00e9put\u00e9 bien en vue du Parti qu\u00e9b\u00e9cois, souscrit \u00e0 la m\u00eame pr\u00e9misse : \u00ab &#8230; rien n&#8217;indique que les Qu\u00e9b\u00e9cois aient voulu sanctionner le projet souverainiste en soi \u00bb. Chez les segments plus radicaux, l&#8217;interpr\u00e9tation ne renie pas l&#8217;irrationalit\u00e9, mais y trouve une autre source. Selon Jacques Nantel, dans un article titr\u00e9 \u00ab Puisque les souverainistes sont rest\u00e9s souverainistes, qu&#8217;ont-ils donc rejet\u00e9 en votant NPD? \u00bb et paru sur Vigile.net, la r\u00e9ponse est simple : \u00ab \u00c0 lui seul, l&#8217;agacement de la population devant l&#8217;\u00e9ternelle procrastination des chefs souverainistes explique le d\u00e9sastre \u00e9lectoral du 2 mai 2011. \u00bb<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9v\u00e9nement, il est clair qu&#8217;au lendemain du scrutin, les diff\u00e9rents courants d&#8217;opinion tentent de produire une narration cr\u00e9dible pour encaisser ou instrumentaliser le r\u00e9sultat. Dans certains cas, on pourrait \u00e9videmment n&#8217;y voir qu&#8217;un d\u00e9ni de r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"dropcap\">Une bonne partie de la stupeur vient d&#8217;une triple amplification de la d\u00e9confiture bloquiste.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re est sans aucun doute la d\u00e9faite personnelle de Gilles Duceppe dans sa circonscription et sa d\u00e9mission imm\u00e9diate, le soir du scrutin. En 2008, sa majorit\u00e9 de plus de 15 000 votes laissait croire qu&#8217;il \u00e9tait invincible. Premier \u00e9lu du Bloc en 1990, il dirigeait le parti avec force et conviction depuis 14 ans. Plus appr\u00e9ci\u00e9 comme leader souverainiste que Pauline Marois, il a pu envisager gagner la direction du PQ. Son leadership \u00e9tait l&#8217;objet d&#8217;un vaste appui chez les nationalistes qu\u00e9b\u00e9cois. Apr\u00e8s le d\u00e9bat des chefs, une pluralit\u00e9 de sond\u00e9s estimaient qu&#8217;il en \u00e9tait sorti gagnant. En le voyant descendre de l&#8217;autobus de campagne le soir du 2 mai, au milieu de la nuit, entour\u00e9 de visages abattus, gardant son calme et n&#8217;affichant aucune amertume, plusieurs ont \u00e9t\u00e9 pris de vertige ; c&#8217;est \u00e0 ce moment que la stupeur a frapp\u00e9 les rangs souverainistes. Si lui et quelques figures de proue du Bloc, comme Pierre Paquette, avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9s, le sentiment aurait probablement \u00e9t\u00e9 beaucoup moins fort. La chute de ce symbole a eu l&#8217;effet d&#8217;une caisse de r\u00e9sonance.<\/p>\n<blockquote><p>Il faut d\u2019abord se rappeler qu\u2019en 2004, le Bloc r\u00e9coltait 49 p. 100 des votes ; en 2006, c\u2019\u00e9tait 42 p. 100 et, en 2008, ses appuis \u00e9taient tomb\u00e9s \u00e0 38 p. 100. En quatre ans, il avait perdu 11 points d\u2019appui. Une simple projection lin\u00e9aire permet de constater que les pertes se chiffraient \u00e0 presque 3 points par an. En appliquant le m\u00eame calcul au-del\u00e0 de 2008, on note qu\u2019il n\u2019aurait re\u00e7u plus que 30 p. 100 des votes en 2011.<\/p><\/blockquote>\n<p>La deuxi\u00e8me amplification renvoie \u00e0 la math\u00e9matique de la d\u00e9putation. Dans le dernier Parlement, le Bloc d\u00e9tenait 49 des 75 si\u00e8ges du Qu\u00e9bec. En ne r\u00e9coltant que 4 si\u00e8ges le soir du 2 mai, la d\u00e9confiture sautait au visage. En pourcentage de la d\u00e9putation, le Bloc passait de 65 p. 100 \u00e0 5 p. 100, une chute de 60 points de pourcentage, soit une perte presque totale. Pour ce qui est des suffrages, il en va cependant autrement : le niveau d&#8217;appui au Bloc est pass\u00e9 de 38 p. 100 \u00e0 23 p. 100. Le Bloc a perdu moins de la moiti\u00e9 de ses \u00e9lecteurs. La chute est certes prononc\u00e9e, mais beaucoup moins spectaculaire. En chiffres absolus, il a pass\u00e9 de 1 379 565 \u00e0 889 788 \u00e9lecteurs ; la contraction du vote bloquiste est de 36 p. 100.<\/p>\n<p>Les souverainistes devraient se rappeler que les variations du nombre de si\u00e8ges ne sont pas proportionnelles \u00e0 la variation des votes. Autant le Bloc a \u00e9t\u00e9 longtemps favoris\u00e9 par la logique du scrutin uninominal, autant, dans la d\u00e9faite, le syst\u00e8me \u00e9lectoral fut impitoyable. Des \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales de 1993 \u00e0 celles de 1997, le Bloc avait perdu 700 000 \u00e9lecteurs, une h\u00e9morragie plus importante que celle v\u00e9cue pr\u00e9sentement. Cependant, compte tenu que le Bloc disposait d&#8217;un volume de suffrages de l&#8217;ordre de 2 millions, les cons\u00e9quences sur les si\u00e8ges ont \u00e9t\u00e9 limit\u00e9es, voire marginales : le Bloc passant de 54 \u00e0 44 d\u00e9put\u00e9s.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me amplification renvoie \u00e9videmment \u00e0 l&#8217;effet de surprise. La mont\u00e9e du NPD fut pour plusieurs instantan\u00e9e et, corollairement, la chute du Bloc aussi subite. La vitesse \u00e0 laquelle le ph\u00e9nom\u00e8ne s&#8217;est produit en a \u00ab assomm\u00e9 \u00bb plusieurs, notamment le dirigeant de la FTQ qui avait donn\u00e9 son appui \u00e0 Gilles Duceppe.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9tonnement et la stupeur s&#8217;expliquent donc aussi par la rapidit\u00e9, comme si personne n&#8217;avait pu anticiper ce renversement de situation. Au d\u00e9but de la campagne, rien ne laissait en effet croire que le Bloc \u00e9tait menac\u00e9. Les sondages lui donnaient un niveau d&#8217;appui de 40 p. 100. Gilles Duceppe \u00e9tait manifestement confiant. La machine du Bloc roulait avec efficacit\u00e9. Et soudain, la foudre s&#8217;est abattue, sans pr\u00e9venir. L&#8217;imm\u00e9diatet\u00e9 du processus a contribu\u00e9 largement \u00e0 alimenter les hypoth\u00e8ses d&#8217;irrationalit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"dropcap\">A pr\u00e8s coup, une fois la poussi\u00e8re retomb\u00e9e, et surtout en connaissant la suite de l&#8217;histoire, il est plus facile de retracer la structure des tendances. En prenant un peu de distance, le ph\u00e9nom\u00e8ne semble moins irrationnel. Le tsunami a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de signes avant-coureurs.<\/p>\n<p>Il faut d&#8217;abord se rappeler qu&#8217;en 2004, le Bloc r\u00e9coltait 49 p. 100 des votes ; en 2006, c&#8217;\u00e9tait 42 p. 100 et, en 2008, ses appuis \u00e9taient tomb\u00e9s \u00e0 38 p. 100. En quatre ans, il avait perdu 11 points d&#8217;appui. Une simple projection lin\u00e9aire permet de constater que les pertes se chiffraient \u00e0 presque 3 points par an. En appliquant le m\u00eame calcul au-del\u00e0 de 2008, on note qu&#8217;il n&#8217;aurait re\u00e7u plus que 30 p. 100 des votes en 2011. En somme, la moiti\u00e9 de la perte des suffrages du Bloc s&#8217;inscrit dans une tendance structurelle. Quant au NPD, la croissance \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 amorc\u00e9e : en 2004, les n\u00e9od\u00e9mocrates avaient recueilli 4,6 p. 100 du vote, 7,5 p. 100 en 2006, puis 12,2 p. 100 en 2008. Cependant, rien ne pouvait laisser pr\u00e9sager qu&#8217;ils bondiraient d&#8217;une mani\u00e8re exponentielle \u00e0 42,9 p. 100.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la portion conjoncturelle, on aurait tort de l&#8217;associer essentiellement \u00e0 des ph\u00e9nom\u00e8nes m\u00e9diatiques, comme le d\u00e9bat des chefs ou la pr\u00e9sence de Jack Layton \u00e0 la populaire \u00e9mission Tout le monde en parle. Les 81 r\u00e9sultats de sondage pour les 37 jours de campagne t\u00e9moignent d&#8217;un fait : la chute du Bloc s&#8217;\u00e9tait amorc\u00e9e d\u00e8s les deux premi\u00e8res semaines, sans qu&#8217;aucun chroniqueur ou journaliste n&#8217;en t\u00e9moigne vraiment.<\/p>\n<p>Au d\u00e9part, les pertes se situaient dans la marge d&#8217;erreur, mais par la suite, la tendance s&#8217;est affirm\u00e9e. En scrutant les sondages, on comprend mieux la m\u00e9prise : au milieu de la campagne, autour des d\u00e9bats, la baisse s&#8217;est arr\u00eat\u00e9e ; pendant quelques jours, le Bloc a m\u00eame connu un sursaut d&#8217;appuis. Apr\u00e8s, ce fut la chute finale. En examinant les donn\u00e9es dans leur ensemble, la tendance g\u00e9n\u00e9rale de la campagne est cependant visible d\u00e8s les premi\u00e8res semaines.<\/p>\n<p class=\"dropcap\">En prenant un peu de distance, les r\u00e9sultats du 2 mai ne sont donc pas aberrants ou irrationnels ; ils s&#8217;expliquent par des continuit\u00e9s plus profondes, rep\u00e9rables dans les scrutins pr\u00e9c\u00e9dents. Ce qui \u00e9chappe \u00e0 l&#8217;analyse, c&#8217;est \u00e9videmment l&#8217;acc\u00e9l\u00e9ration du processus. Et c&#8217;est ici que le triste slogan du Bloc \u2014 \u00ab Parlons Qc \u00bb \u2014, les propos malheureux de G\u00e9rald Larose, l&#8217;absence de dossiers \u00ab chauds \u00bb comme lors des scrutins de 2004 et 2008, ou le sourire de Jack Layton viennent jouer un r\u00f4le additionnel. Qu&#8217;il faut tenir compte de ph\u00e9nom\u00e8nes relevant de l&#8217;effet boule de neige, analogues aux engouements d&#8217;une foule, n&#8217;invalide pas la th\u00e8se de la rationalit\u00e9 du choix des Qu\u00e9b\u00e9cois. Que s&#8217;ajoute enfin une portion inexplicable, \u00e9chappant \u00e0 l&#8217;analyse, m\u00eame celle faite a posteriori, ne marque pas une limite de la d\u00e9mocratie. Au contraire, celle-ci rel\u00e8ve de la libert\u00e9, qui contient une ind\u00e9termination fondamentale en son sein. Et c&#8217;est tant mieux !<\/p>\n<p>En prenant encore plus de recul, le choix des Qu\u00e9b\u00e9cois s&#8217;inscrit dans une transformation plus profonde, qui touche bien des \u00e9l\u00e9ments de la culture politique. Au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es, on a vu plusieurs artistes et intellectuels se d\u00e9sengager, ou du moins afficher un scepticisme par rapport \u00e0 la cause qui a tenu en haleine toute une g\u00e9n\u00e9ration. Au sein de la classe politique, des d\u00e9sengagements retentissants ont marqu\u00e9 l&#8217;actualit\u00e9. M\u00eame Lucien Bouchard, t\u00e9nor du camp souverainiste en 1995, a montr\u00e9 son ambivalence ou sa perplexit\u00e9. Sans parler des Fran\u00e7ois Legault ou Joseph Facal, ministres vedettes du PQ, qui ont envisag\u00e9 de former un v\u00e9hicule politique qui mettrait la souverainet\u00e9 de c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p>En fait, le projet souverainiste, bien qu&#8217;il fr\u00f4le encore la barre du 40 p. 100 d&#8217;appuis, semble en dormance depuis plusieurs ann\u00e9es. Il n&#8217;est plus au c\u0153ur des discussions ; il n&#8217;est plus pos\u00e9 comme une condition au d\u00e9veloppement du Qu\u00e9bec. Le projet ne rel\u00e8ve plus de l&#8217;urgence ou de la n\u00e9cessit\u00e9. Beaucoup estiment d&#8217;ailleurs que la souverainet\u00e9 ne se r\u00e9alisera jamais. L&#8217;engouement pour le projet est tellement \u00e0 plat que m\u00eame la direction du PQ refuse de s&#8217;engager dans un \u00e9ch\u00e9ancier. Il en va de m\u00eame de l&#8217;int\u00e9r\u00eat pour la qu\u00e9b\u00e9citude, d\u00e9clin\u00e9e sous toutes ses formes. Dans la culture, autant la chanson que la po\u00e9sie, le nationalisme n&#8217;est l\u00e0 qu&#8217;accessoirement. Dans le monde intellectuel, la question du Qu\u00e9bec n&#8217;est plus au centre des pr\u00e9occupations d&#8217;enseignement ou de recherche. Joseph Facal n&#8217;h\u00e9site pas \u00e0 avouer : \u00ab Dans les milieux universitaires, il y a longtemps que la question nationale du\u00a0Qu\u00e9bec a cess\u00e9 d&#8217;inspirer de solides travaux : s&#8217;y consacrer, c&#8217;est se condamner \u00e0 la marginalit\u00e9 acad\u00e9mique. \u00bb<\/p>\n<blockquote><p>Le NPD et Jack Layton n\u2019ont rien promis : ils n\u2019ont pas eu \u00e0 utiliser cet ingr\u00e9dient. Ils ont m\u00eame donn\u00e9 leur appui au projet du Bas-Churchill, pourtant d\u00e9cri\u00e9 d\u2019une seule voix par l\u2019Assembl\u00e9e nationale.<\/p><\/blockquote>\n<p>Sympt\u00f4me additionnel d&#8217;un changement majeur : pour gagner le c\u0153ur des Qu\u00e9b\u00e9cois, le NPD n&#8217;a pas vers\u00e9 avec abondance dans une d\u00e9clinaison du nationalisme. Il faut se rappeler que toutes les grandes s\u00e9ductions qui ont historiquement balay\u00e9 l&#8217;\u00e9lectorat qu\u00e9b\u00e9cois avaient, chaque fois, fait fortement vibrer la corde nationaliste. Pierre Trudeau incarnait le French Power \u00e0 Ottawa lors des \u00e9lections de 1968 et les subs\u00e9quentes. Brian Mulroney avait tabl\u00e9 sur l&#8217;honneur, l&#8217;enthousiasme et la promesse solennelle de r\u00e9parer le \u00ab g\u00e2chis \u00bb constitutionnel pour s\u00e9duire les Qu\u00e9b\u00e9cois en 1984. M\u00eame Stephen Harper, en 2006, avait jou\u00e9 la carte du \u00ab f\u00e9d\u00e9ralisme d&#8217;ouverture \u00bb pour son \u00ab french kiss \u00bb.<\/p>\n<p>Cette fois, rien de semblable. Le NPD et Jack Layton n&#8217;ont rien promis : ils n&#8217;ont pas eu \u00e0 utiliser cet ingr\u00e9dient. Ils ont m\u00eame donn\u00e9 leur appui au projet du Bas-Churchill, pourtant d\u00e9cri\u00e9 d&#8217;une seule voix par l&#8217;Assembl\u00e9e nationale. La d\u00e9claration de Sherbrooke, adopt\u00e9e en 2005 par les instances du NPD, inconnue du grand public, montre une certaine ouverture, mais gu\u00e8re plus. Et quand Gilles Duceppe a talonn\u00e9 Jack Layton sur ce qu&#8217;il entendait par \u00ab conditions gagnantes \u00bb, le chef n\u00e9od\u00e9mocrate est rest\u00e9 \u00e9vasif, r\u00e9p\u00e9tant qu&#8217;il n&#8217;y avait pas d&#8217;urgence. Sur l&#8217;application de la loi 101, Jack Layton s&#8217;est avanc\u00e9 un peu plus, mais si peu.<\/p>\n<p>En fait, la question du Qu\u00e9bec n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 au c\u0153ur des d\u00e9bats. L&#8217;\u00e9lectorat qu\u00e9b\u00e9cois a \u00e9t\u00e9 s\u00e9duit sans que le s\u00e9ducteur n&#8217;ait \u00e0 se draper de bleu. La sp\u00e9cificit\u00e9 de cette attraction constitue un autre signal inqui\u00e9tant pour les nationalistes qu\u00e9b\u00e9cois.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Gilles-Duceppe.png\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-77081\" src=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Gilles-Duceppe.png\" alt=\"\" width=\"694\" height=\"426\" \/><\/a><\/p>\n<p>Relevant les contradictions du mouvement souverainiste, nous avons d&#8217;ailleurs \u00e9crit : \u00ab Tapies au c\u0153ur du mouvement, elles finissent par devenir ambivalence affective, fatigue et lassitude ; elles transforment les \u00e9motions, \u00e9moussent la volont\u00e9. En examinant l&#8217;ensemble de l&#8217;argumentaire, on comprend mieux pourquoi le souverainisme actuel ne suscite plus d&#8217;enthousiasme et devient ringard pour plusieurs. On comprend aussi beaucoup mieux que ce syncr\u00e9tisme, actif chez beaucoup de Qu\u00e9b\u00e9cois, a rel\u00e9gu\u00e9 la th\u00e9matique de la souverainet\u00e9 dans un des tiroirs de la m\u00e9moire collective. \u00bb En somme, les \u00ab raisins de la col\u00e8re \u00bb qui ont aliment\u00e9 le mouvement souverainiste pendant les ann\u00e9es 1960 et 1970, qui avaient retrouv\u00e9 leur vigueur avec l&#8217;\u00e9chec de Meech en 1990, ne sont plus l\u00e0.<\/p>\n<p>C&#8217;est ce coup de vieux qui a amen\u00e9 la chute du Bloc et qui a incit\u00e9 bien des Qu\u00e9b\u00e9cois \u00e0 sortir du comportement \u00e9lectoral qu&#8217;ils avaient adopt\u00e9 depuis plus de 20 ans.<\/p>\n<p class=\"dropcap\">On aurait cependant tort de croire que le mouvement souverainiste est mort, du moins dans le sens de \u00ab d\u00e9finitivement abattu \u00bb.<\/p>\n<p>Primo, un Qu\u00e9b\u00e9cois sur quatre a appuy\u00e9 le Bloc, m\u00eame en pleine d\u00e9bandade ; secundo, le PQ reste encore premier dans les sondages, m\u00eame si l&#8217;arriv\u00e9e de l&#8217;alternative Legault vient brouiller les cartes ; tertio, dans le discours public, on ne peut pas penser qu&#8217;un argumentaire qui a marqu\u00e9 autant de gens puisse s&#8217;\u00e9vanouir par un coup de b\u00e2ton magique. L&#8217;insucc\u00e8s d&#8217;un parti souverainiste ne peut sceller la fin d&#8217;un mouvement social aussi important. Il faut donc distinguer la mort de la maladie ou de la dormance. Le mouvement souverainiste, bien qu&#8217;il s&#8217;essouffle manifestement, a connu, un peu comme un accord\u00e9on, des phases diverses, provoquant maintes fois la surprise et la stup\u00e9faction au Canada anglais. \u00c0 la limite, il est peut-\u00eatre aux soins intensifs !<\/p>\n<p>Il faut aussi remarquer que, lors du scrutin du 2 mai, le Qu\u00e9bec s&#8217;est une fois de plus lui-m\u00eame mis \u00e0 part : le niveau de soutien au NPD est unique au Canada. En obtenant l&#8217;appui de quatre Qu\u00e9b\u00e9cois sur dix et les trois quarts des si\u00e8ges, le Qu\u00e9bec se d\u00e9marque \u00e0 nouveau. Ce r\u00e9sultat alimente, bien que d&#8217;une mani\u00e8re in\u00e9dite, la th\u00e8se de la soci\u00e9t\u00e9 distincte ou le paradigme des deux solitudes. Mais il y a plus. Si les Qu\u00e9b\u00e9cois ont vot\u00e9 pour un parti f\u00e9d\u00e9raliste, ils ne semblaient gu\u00e8re plus enclins \u00e0 participer \u00e0 la gouvernance canadienne. Il y a donc une continuit\u00e9 entre la position d&#8217;observateurs critiques qu&#8217;ils avaient par l&#8217;entremise du Bloc et celle qu&#8217;ils ont \u00e0 travers le NPD. En d&#8217;autres termes, le scrutin du 2 mai indique qu&#8217;il n&#8217;y a pas plus d&#8217;empressement que par le pass\u00e9 \u00e0 participer aux d\u00e9cisions gouvernementales pancanadiennes. On pourrait y voir un signe d&#8217;autonomie ; les Qu\u00e9b\u00e9cois ont manifestement voulu garder leur distance.<\/p>\n<p class=\"dropcap\">Il n&#8217;en reste pas moins que les r\u00e9sultats du 2 mai constituent un changement de paradigme. On passe certes d&#8217;une logique Qu\u00e9bec-Canada \u00e0 une logique gauche-droite, mais on aurait tort de croire que la seconde exclura enti\u00e8rement la premi\u00e8re. Les partis vivront \u00e9videmment ces changements diff\u00e9remment. La dynamique du caucus n\u00e9od\u00e9mocrate sera forc\u00e9ment diff\u00e9rente. Pour la premi\u00e8re fois de son histoire, l&#8217;\u00e9quipe de parlementaires comptera une portion importante de d\u00e9put\u00e9s qu\u00e9b\u00e9cois ; c&#8217;est m\u00eame plus que la moiti\u00e9 ! Une r\u00e9volution ! Par contre, sauf exception, ces gens sont inexp\u00e9riment\u00e9s, du moins politiquement. Ils auront \u00e0 faire leurs classes au plan partisan (bureau de comt\u00e9, organisation, financement, r\u00e9seautage local), au plan m\u00e9diatique (conf\u00e9rences, communiqu\u00e9s, information officielle ou confidentielle), comme sur le parquet de la Chambre (proc\u00e9dures, questions orales, votes).<\/p>\n<p>Il est probable que leur poids r\u00e9el soit bien moindre que leur poids arithm\u00e9tique. C&#8217;est probablement dans la seconde moiti\u00e9 du mandat, autour de dossiers sp\u00e9cifiques, qu&#8217;ils pourront enfin marquer des points. Il ne faut pas oublier que les n\u00e9od\u00e9mocrates n&#8217;ont jamais eu de bases solides au Qu\u00e9bec, qu&#8217;ils sont marqu\u00e9s par une culture militante forte et que l&#8217;autre moiti\u00e9 des parlementaires est chevronn\u00e9e et aguerrie dans bien des cas. Comment les Qu\u00e9b\u00e9cois pourront-ils se faire entendre et se faire le relais des revendications du Qu\u00e9bec, ou du moins donner une couleur qu\u00e9b\u00e9coise \u00e0 des enjeux pancanadiens? Rien n&#8217;est \u00e9vident.<\/p>\n<p>Ce qui pourrait certainement conforter cette nouvelle d\u00e9putation et provoquer un enracinement du NPD en sol qu\u00e9b\u00e9cois renvoie \u00e0 trois leviers : 1) le d\u00e9veloppement massif d&#8217;une militance n\u00e9od\u00e9mocrate en provenance du Qu\u00e9bec, laquelle viendrait \u00e9pauler la d\u00e9putation et la rendre plus cr\u00e9dible ; 2) l&#8217;\u00e9mergence rapide au sein du caucus de quelques personnalit\u00e9s \u2014 en plus de Thomas Mulcair \u2014 qui ont d\u00e9j\u00e0 des affinit\u00e9s avec la culture politique qu\u00e9b\u00e9coise ; 3) le maintien dans l&#8217;opinion publique qu\u00e9b\u00e9coise d&#8217;un appui substantiel au NPD, indiquant que le vote du 2 mai n&#8217;est pas un feu de paille. Si ce sc\u00e9nario devait se r\u00e9aliser, la direction du NPD pourrait anticiper l&#8217;ultime victoire lors du prochain scrutin f\u00e9d\u00e9ral.<\/p>\n<p>Inversement, si le discr\u00e9dit qui entoure pr\u00e9sentement quelques d\u00e9put\u00e9s n\u00e9od\u00e9mocrates devait se poursuivre et s&#8217;\u00e9largir, le 2 mai pourrait figurer comme une exception, une anomalie dans l&#8217;histoire politique du NPD. Si les sondages devaient montrer un affaissement des appuis du NPD au Qu\u00e9bec, on comprendra que les nouveaux d\u00e9put\u00e9s auront du mal \u00e0 s&#8217;imposer au caucus, dans la d\u00e9finition du programme et de la prochaine plateforme. Bien plus, ils pourraient rester en marge de la vie m\u00e9diatique ou de la vie parlementaire. Une telle situation n&#8217;est pas impossible.<\/p>\n<p class=\"dropcap\">Mais il reste que, pendant quatre ans, la sc\u00e8ne politique sera domin\u00e9e par les conservateurs de Stephen Harper. Signe de renouveau peut-\u00eatre, le premier ministre affichait au lendemain du scrutin un ton nettement plus conciliant avec les m\u00e9dias. Pendant toute la campagne, il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9crit par plusieurs comme un extr\u00e9miste, un id\u00e9ologue de droite, intransigeant de surcro\u00eet. Toutes les craintes \u00e0 propos de ce qu&#8217;il ferait d&#8217;un gouvernement majoritaire ont \u00e9t\u00e9 formul\u00e9es, au Qu\u00e9bec en particulier. Le pire, du moins selon certains, se r\u00e9alisera-t-il?<\/p>\n<p>L\u00e0 aussi, la suite reste ind\u00e9termin\u00e9e. Avec l&#8217;arriv\u00e9e de plusieurs d\u00e9put\u00e9s de l&#8217;Ontario, de Toronto en particulier, le Parti conservateur se diversifie lui aussi. Le grand d\u00e9fi qui \u00e9tait le sien, soit de former un parti unifiant la droite et formant un gouvernement majoritaire, a \u00e9t\u00e9 gagn\u00e9. Stephen Harper sait qu&#8217;il n&#8217;est plus l&#8217;otage de sa base militante. Il sait aussi que, devant les lib\u00e9raux d\u00e9faits, son parti pourrait devenir celui de la gouvernance canadienne, un r\u00f4le que la droite n&#8217;a jamais jou\u00e9 au Canada. \u00c0 la limite, vautil mieux pour lui adopter une s\u00e9rie de mesures radicales de droite, puis perdre le pouvoir dans quatre ans, ou vaut-il mieux gouverner au centre droit, sans s&#8217;ali\u00e9ner massivement des r\u00e9gions du pays, dans l&#8217;objectif de s&#8217;inscrire dans la dur\u00e9e?<\/p>\n<p>Stephen Harper sait enfin que la volatilit\u00e9 dont les Qu\u00e9b\u00e9cois ont fait montre le 2 mai pourrait constituer un terreau propice \u00e0 l&#8217;\u00e9largissement de son parti et \u00e0 son enracinement dans tout le pays.<\/p>\n<p class=\"dropcap\">Les \u00e9lections du 2 mai 2011 constituent un point tournant dans l&#8217;histoire \u00e9lectorale canadienne. En rejetant le Bloc, l&#8217;\u00e9lectorat qu\u00e9b\u00e9cois a mis fin \u00e0 un long cycle qui s&#8217;\u00e9tait amorc\u00e9 avec la mort de l&#8217;Accord du lac Meech. Apr\u00e8s la p\u00e9riode d&#8217;ascension de 1968 \u00e0 1980, les souverainistes viennent de boucler leur deuxi\u00e8me vie. Il en ressort que si le mouvement souverainiste demeure pr\u00e9sent dans la dynamique canadienne, il appara\u00eet plus que jamais comme un g\u00e9ant aux pieds d&#8217;argile.<\/p>\n<p>Si un jour le projet caress\u00e9 par les souverainistes devait se r\u00e9aliser, la d\u00e9marche ne rel\u00e8vera pas d&#8217;une progression r\u00e9guli\u00e8re et \u00ab p\u00e9dagogique \u00bb, comme ils aiment \u00e0 le croire. Plut\u00f4t, le projet emportera une adh\u00e9sion massive dans une conjoncture pr\u00e9cise, en r\u00e9action \u00e0 un affront ou \u00e0 un rejet de l&#8217;\u00ab autre \u00bb. Paradoxalement, les incarnations partisanes du mouvement \u2014 les d\u00e9put\u00e9s, les porte-parole et autres instances \u2014, que plusieurs croyaient solides, en forment peut-\u00eatre l&#8217;\u00e9l\u00e9ment le plus vuln\u00e9rable.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la stupeur des premiers jours, l&#8217;\u00e9chec \u00e9lectoral sera peut-\u00eatre saisi par les souverainistes comme une occasion de renouer avec les forces vives du mouvement, et m\u00eame de r\u00e9duire le caract\u00e8re partisan de leur engagement. C&#8217;est peut-\u00eatre l&#8217;ultime condition d&#8217;une renaissance. Autrement, ils doivent savoir que leurs adversaires n&#8217;h\u00e9siteront pas \u00e0 tirer profit de ce tournant historique.<\/p>\n<p><span class=\"image-caption\">Photo: Shutterstock<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand on a commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9voiler les r\u00e9sultats du scrutin du 2 mai 2011, les \u00e9lecteurs qu\u00e9b\u00e9cois ont \u00e9t\u00e9 d&#8217;abord \u00e9tonn\u00e9s, puis renvers\u00e9s. Chez certains, en particulier chez les souverainistes, la surprise s&#8217;est progressivement transform\u00e9e en stupeur. Comment un tel renversement fut-il possible? Qu&#8217;est-ce qui a piqu\u00e9 autant d&#8217;\u00e9lecteurs qu\u00e9b\u00e9cois pour qu&#8217;ils abandonnent le parti [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"featured_media":230559,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"content-type":"","ep_exclude_from_search":false,"apple_news_api_created_at":"2025-10-08T00:27:51Z","apple_news_api_id":"33c5e707-3fe9-444c-b997-543f686dbbf2","apple_news_api_modified_at":"2025-10-08T00:27:51Z","apple_news_api_revision":"AAAAAAAAAAD\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/w==","apple_news_api_share_url":"https:\/\/apple.news\/AM8XnBz_pREy5l1Q_aG278g","apple_news_cover_media_provider":"image","apple_news_coverimage":0,"apple_news_coverimage_caption":"","apple_news_cover_video_id":0,"apple_news_cover_video_url":"","apple_news_cover_embedwebvideo_url":"","apple_news_is_hidden":"","apple_news_is_paid":"","apple_news_is_preview":"","apple_news_is_sponsored":"","apple_news_maturity_rating":"","apple_news_metadata":"\"\"","apple_news_pullquote":"","apple_news_pullquote_position":"","apple_news_slug":"","apple_news_sections":[],"apple_news_suppress_video_url":false,"apple_news_use_image_component":false},"categories":[9358],"tags":[],"article-status":[],"irpp-category":[4295],"section":[],"irpp-tag":[],"class_list":["post-263012","issues","type-issues","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","category-politique","irpp-category-politique"],"acf":[],"apple_news_notices":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.4 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Stupeur \u00e9lectorale au Qu\u00e9bec<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2011\/06\/stupeur-electorale-au-quebec\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Stupeur \u00e9lectorale au Qu\u00e9bec\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Quand on a commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9voiler les r\u00e9sultats du scrutin du 2 mai 2011, les \u00e9lecteurs qu\u00e9b\u00e9cois ont \u00e9t\u00e9 d&#8217;abord \u00e9tonn\u00e9s, puis renvers\u00e9s. Chez certains, en particulier chez les souverainistes, la surprise s&#8217;est progressivement transform\u00e9e en stupeur. Comment un tel renversement fut-il possible? Qu&#8217;est-ce qui a piqu\u00e9 autant d&#8217;\u00e9lecteurs qu\u00e9b\u00e9cois pour qu&#8217;ils abandonnent le parti [&hellip;]\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2011\/06\/stupeur-electorale-au-quebec\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Policy Options\" \/>\n<meta property=\"article:publisher\" content=\"https:\/\/www.facebook.com\/IRPP.org\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2025-10-08T00:27:48+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Gilles-Duceppe.png\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"694\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"426\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/png\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:site\" content=\"@irpp\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"Est. reading time\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"20 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/fr\\\/2011\\\/06\\\/stupeur-electorale-au-quebec\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/fr\\\/2011\\\/06\\\/stupeur-electorale-au-quebec\\\/\",\"name\":\"Stupeur \u00e9lectorale au Qu\u00e9bec\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/fr\\\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/fr\\\/2011\\\/06\\\/stupeur-electorale-au-quebec\\\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/fr\\\/2011\\\/06\\\/stupeur-electorale-au-quebec\\\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2025\\\/08\\\/Gilles-Duceppe.png\",\"datePublished\":\"2011-06-01T08:00:00+00:00\",\"dateModified\":\"2025-10-08T00:27:48+00:00\",\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/fr\\\/2011\\\/06\\\/stupeur-electorale-au-quebec\\\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/fr\\\/2011\\\/06\\\/stupeur-electorale-au-quebec\\\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/fr\\\/2011\\\/06\\\/stupeur-electorale-au-quebec\\\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2025\\\/08\\\/Gilles-Duceppe.png\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2025\\\/08\\\/Gilles-Duceppe.png\",\"width\":694,\"height\":426},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/fr\\\/2011\\\/06\\\/stupeur-electorale-au-quebec\\\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Home\",\"item\":\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/fr\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"The Winner\",\"item\":\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/2011\\\/06\\\/the-winner\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":3,\"name\":\"Stupeur \u00e9lectorale au Qu\u00e9bec\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/fr\\\/#website\",\"url\":\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/fr\\\/\",\"name\":\"Policy Options\",\"description\":\"Institute for Research on Public Policy\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\\\/\\\/policyoptions.irpp.org\\\/fr\\\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Stupeur \u00e9lectorale au Qu\u00e9bec","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2011\/06\/stupeur-electorale-au-quebec\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Stupeur \u00e9lectorale au Qu\u00e9bec","og_description":"Quand on a commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9voiler les r\u00e9sultats du scrutin du 2 mai 2011, les \u00e9lecteurs qu\u00e9b\u00e9cois ont \u00e9t\u00e9 d&#8217;abord \u00e9tonn\u00e9s, puis renvers\u00e9s. Chez certains, en particulier chez les souverainistes, la surprise s&#8217;est progressivement transform\u00e9e en stupeur. Comment un tel renversement fut-il possible? Qu&#8217;est-ce qui a piqu\u00e9 autant d&#8217;\u00e9lecteurs qu\u00e9b\u00e9cois pour qu&#8217;ils abandonnent le parti [&hellip;]","og_url":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2011\/06\/stupeur-electorale-au-quebec\/","og_site_name":"Policy Options","article_publisher":"https:\/\/www.facebook.com\/IRPP.org","article_modified_time":"2025-10-08T00:27:48+00:00","og_image":[{"width":694,"height":426,"url":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Gilles-Duceppe.png","type":"image\/png"}],"twitter_card":"summary_large_image","twitter_site":"@irpp","twitter_misc":{"Est. reading time":"20 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2011\/06\/stupeur-electorale-au-quebec\/","url":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2011\/06\/stupeur-electorale-au-quebec\/","name":"Stupeur \u00e9lectorale au Qu\u00e9bec","isPartOf":{"@id":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2011\/06\/stupeur-electorale-au-quebec\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2011\/06\/stupeur-electorale-au-quebec\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Gilles-Duceppe.png","datePublished":"2011-06-01T08:00:00+00:00","dateModified":"2025-10-08T00:27:48+00:00","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2011\/06\/stupeur-electorale-au-quebec\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2011\/06\/stupeur-electorale-au-quebec\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2011\/06\/stupeur-electorale-au-quebec\/#primaryimage","url":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Gilles-Duceppe.png","contentUrl":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Gilles-Duceppe.png","width":694,"height":426},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2011\/06\/stupeur-electorale-au-quebec\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Home","item":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"The Winner","item":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/2011\/06\/the-winner\/"},{"@type":"ListItem","position":3,"name":"Stupeur \u00e9lectorale au Qu\u00e9bec"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/#website","url":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/","name":"Policy Options","description":"Institute for Research on Public Policy","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/issues\/263012","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/issues"}],"about":[{"href":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/issues"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/230559"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=263012"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=263012"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=263012"},{"taxonomy":"article-status","embeddable":true,"href":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/article-status?post=263012"},{"taxonomy":"irpp-category","embeddable":true,"href":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/irpp-category?post=263012"},{"taxonomy":"section","embeddable":true,"href":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/section?post=263012"},{"taxonomy":"irpp-tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/irpp-tag?post=263012"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}