{"id":262396,"date":"2007-07-01T04:00:00","date_gmt":"2007-07-01T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/issues\/leviathan-ou-bon-geant-letat-providence-en-question\/"},"modified":"2025-10-07T20:00:58","modified_gmt":"2025-10-08T00:00:58","slug":"leviathan-ou-bon-geant-letat-providence-en-question","status":"publish","type":"issues","link":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2007\/07\/leviathan-ou-bon-geant-letat-providence-en-question\/","title":{"rendered":"L\u00e9viathan ou bon g\u00e9ant? L&#8217;\u00c9tat-providence en question"},"content":{"rendered":"<p>Le d\u00e9bat s&#8217;intensifie depuis quelques mois entre partisans d&#8217;un Qu\u00e9bec \u00ab lucide \u00bb et d\u00e9fenseurs d&#8217;un Qu\u00e9bec \u00ab solidaire \u00bb. Par sites Internet interpos\u00e9s, chaque partie avance ses arguments : pour les uns, le train de vie trop dispendieux de l&#8217;\u00c9tat menacerait la bonne sant\u00e9 \u00e9conomique du pays, alors que pour les autres, au contraire, l&#8217;\u00c9tat doit maintenir son ro\u00cc\u201ale pour assurer l&#8217;\u00e9galit\u00e9 entre les citoyens \u00e0 une \u00e9poque de d\u00e9r\u00e9gulation \u00e9conomique massive. Des personnalit\u00e9s politiques ayant connu de r\u00e9cents succ\u00e8s \u00e9lectoraux, comme Pauline Marois ou Nicolas Sarkozy, s&#8217;inscrivent pleinement dans cette pol\u00e9mique, prenant ou non position en faveur d&#8217;un plus grand lib\u00e9ralisme \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Dans les d\u00e9bats publics, il est frappant de constater que partisans et d\u00e9tracteurs de l&#8217;\u00c9tat-providence partent parfois d&#8217;un m\u00e9\u201ame postulat : celui-ci freinerait la comp\u00e9titivit\u00e9 \u00e9conomique, mais permettrait en contrepartie une r\u00e9partition plus \u00e9quitable des richesses. \u00e0 partir de l\u00e0, les approches divergent : la gauche estime qu&#8217;il est juste que les transferts sociaux\u2014 fussent-ils au d\u00e9triment de la performance des entreprises\u2014 b\u00e9n\u00e9ficient aux plus pauvres ; la droite jugeant de son co\u00cc\u201at\u00e9 qu&#8217;une telle politique favorise l&#8217;assistanat et p\u00e8se sur les \u00e9l\u00e9ments les plus productifs de la soci\u00e9t\u00e9. Le terme de \u00ab lucide \u00bb laisse d&#8217;ailleurs supposer un plus grand pragmatisme, une approche plus r\u00e9aliste des d\u00e9fis \u00e9conomiques \u00e0 venir, nous enjoignant de renoncer \u00e0 certains avantages de nos syst\u00e8mes sociaux pour mieux assurer notre futur. La concurrence internationale (de la Chine et de l&#8217;Inde notamment) est alors brandie comme une menace pour le confort des pays industrialis\u00e9s, contraints de s&#8217;adapter ou de p\u00e9rir face aux nu\u00e9es de travailleurs \u00e0 bas salaires qui ne s&#8217;encombrent pas d&#8217;artifices tels que l&#8217;assurance-maladie et le cong\u00e9 parental.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re cette pol\u00e9mique, la question du devenir et de la l\u00e9gitimit\u00e9 de l&#8217;\u00c9tat-providence apparai\u00cc\u201at en filigrane. Le d\u00e9bat semble ainsi partag\u00e9 par une stricte dichotomie pour\/contre allant parfois jusqu&#8217;\u00e0 la caricature. Le ph\u00e9nom\u00e8ne n&#8217;est d&#8217;ailleurs pas limit\u00e9 au seul Qu\u00e9bec, mais traverse l&#8217;ensemble des pays industrialis\u00e9s : aux \u00c9tats-Unis, en Italie, en France et en Allemagne, droite et gauche s&#8217;opposent sur le th\u00e8me de la p\u00e9rennit\u00e9 de l&#8217;\u00c9tat-providence.<\/p>\n<p>J&#8217;entends montrer ici que, si certains arguments avanc\u00e9s par l&#8217;un et l&#8217;autre camp sont pertinents, la virulence du d\u00e9bat nuit \u00e0 la clart\u00e9 des concepts. Ainsi, le discours des \u00ab solidaires \u00bb (avec, dans leur sillage, une partie de la gauche europ\u00e9enne) semble trop souvent consid\u00e9rer l&#8217;\u00c9tat-providence comme une fin en soi et mesurer le degr\u00e9 d&#8217;\u00e9quit\u00e9 d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 au montant de ses d\u00e9penses sociales. La droite, quant \u00e0 elle, au lieu de souligner le caract\u00e8re fallacieux de cette analogie, argumente souvent en opposant dogmatiquement performance \u00e9conomique et \u00c9tat-providence.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, ce dernier n&#8217;est pas toujours synonyme de solidarit\u00e9, et nous verrons que les pays dont les d\u00e9penses sociales sont les plus fortes ne sont pas n\u00e9cessairement les plus \u00e9galitaires. \u00e0 l&#8217;inverse, des pr\u00e9l\u00e8vements sociaux \u00e9lev\u00e9s n&#8217;entravent pas obligatoirement la performance \u00e9conomique, comme le prouve l&#8217;exemple des pays d&#8217;Europe du Nord.<\/p>\n<p>Afin de dissiper ces confusions, un d\u00e9tour par le vieux continent peut s&#8217;av\u00e9rer instructif pour mieux saisir la port\u00e9e des politiques publiques men\u00e9es ces derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Loin de constituer une entit\u00e9 homog\u00e8ne, l&#8217;\u00c9tat-providence renvoie \u00e0 des syst\u00e8mes de protection sociale diff\u00e9rents, \u00e9manant eux-m\u00e9\u201ames d&#8217;histoires nationales diff\u00e9rentes. Le chercheur danois G\u00e0\u00b8sta Esping-Andersen regroupe ceux-ci en fonction de trois id\u00e9al-types : le mod\u00e8le social-d\u00e9mocrate qui comprend les pays scandinaves, le mod\u00e8le lib\u00e9ral correspondant aux pays anglo-saxons et le mod\u00e8le corporatisteconservateur d&#8217;Europe continentale. S&#8217;appuyant sur une quantit\u00e9 impressionnante de donn\u00e9es, l&#8217;auteur d\u00e9montre que les syst\u00e8mes de protection sociale n&#8217;impliquent pas tous une redistribution efficace des richesses, certains entretenant m\u00e9\u201ame les in\u00e9galit\u00e9s.<\/p>\n<p>Attardons-nous sur le mod\u00e8le corporatiste-conservateur, dominant en Europe occidentale. L&#8217;analyse de son fonctionnement laisse apparai\u00cc\u201atre que les in\u00e9galit\u00e9s r\u00e9sultent en partie des politiques men\u00e9es par l&#8217;\u00c9tat. Je retiendrai ici trois domaines dans lesquels l&#8217;\u00c9tatprovidence joue un ro\u00cc\u201ale pr\u00e9judiciable : le mode de financement des mesures sociales, la limitation du temps de travail et la cr\u00e9ation d&#8217;entreprises.<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, le syst\u00e8me de solidarit\u00e9 sociale de type europ\u00e9en continental est financ\u00e9 par le biais de pr\u00e9l\u00e8vements fiscaux effectu\u00e9s principalement sur les charges sociales et sur les salaires : employeurs et employ\u00e9s se partagent la note et allouent une partie de leurs revenus \u00e0 la collectivit\u00e9. \u00e0 titre d&#8217;exemple, en France, lorsqu&#8217;un patron d\u00e9bourse 100 euros (charges patronales comprises) pour r\u00e9mun\u00e9rer un employ\u00e9, ce dernier per\u00e7oit seulement 34,72 euros apr\u00e8s avoir pay\u00e9 impo\u00cc\u201ats et charges. Ce mode de fonctionnement constitue un obstacle consid\u00e9rable \u00e0 l&#8217;embauche, sp\u00e9cialement pour les travailleurs non qualifi\u00e9s (un quart de la population active) qui se trouvent exclus des m\u00e9canismes du march\u00e9 de par le cou\u00cc\u201at prohibitif de leur main-d&#8217;\u0153uvre.<\/p>\n<p>\u00e0 l&#8217;inverse, le mod\u00e8le d&#8217;\u00c9tatprovidence social-d\u00e9mocrate privil\u00e9gie une structure de financement des d\u00e9penses publiques radicalement diff\u00e9rente : les pr\u00e9l\u00e8vements obligatoires, qui sont d&#8217;ailleurs parmi les plus \u00e9lev\u00e9s au monde, reposent essentiellement sur la taxe de vente et l&#8217;impo\u00cc\u201at sur le revenu (qui repr\u00e9sente pr\u00e8s de 30 p. 100 du PIB au Danemark contre 9,5 p. 100 en Allemagne, 10,1 p. 100 en France et 12,9 p. 100 en Italie selon les chiffres de l&#8217;OCDE de 2004) et non pas sur les cotisations des employeurs (ces derni\u00e8res atteignant seulement 9,3 p. 100 des recettes de protection sociale au Danemark contre 45,9 en France). Financ\u00e9e par l&#8217;impo\u00cc\u201at, la solidarit\u00e9 ne p\u00e8se pas sur l&#8217;emploi dans les m\u00e9\u201ames proportions qu&#8217;en Europe continentale et permet aux moins qualifi\u00e9s un meilleur acc\u00e8s au travail. Ces pays \u00e9chappent ainsi au cercle vicieux du mod\u00e8le corporatiste-conservateur : charges sociales trop \u00e9lev\u00e9es engendrant le cho\u00cc\u201amage, lui-m\u00e9\u201ame faisant obstacle au financement de la protection sociale.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, en France, le cou\u00cc\u201at du travail non qualifi\u00e9 est encore accru par une sp\u00e9cificit\u00e9 nationale : la limitation du temps de travail. Promulgu\u00e9e en 1998, cette loi sur la r\u00e9duction du temps de travail a eu pour effet, selon l&#8217;\u00e9conomiste Nicolas Baverez, d&#8217;accroi\u00cc\u201atre le cou\u00cc\u201at de la main-d&#8217;\u0153uvre de 14,3 p. 100 : l\u00e0 encore, les jeunes, les femmes et les populations immigr\u00e9es sont les premiers \u00e0 en faire les frais. L&#8217;OCDE parle \u00e0 propos de cette mesure de \u00ab r\u00e9sultats incertains \u00bb, et il s&#8217;av\u00e8re en effet que les principaux b\u00e9n\u00e9ficiaires ont \u00e9t\u00e9 les travailleurs les plus stables, occupant d\u00e9j\u00e0 un emploi, qui ont vu leur qualit\u00e9 de vie augmenter.<\/p>\n<p>Les d\u00e9fenseurs du mod\u00e8le continental, toujours prompts \u00e0 condamner la pr\u00e9carit\u00e9 des \u00ab Mc jobs \u00bb anglo-saxons, ne r\u00e9alisent pas que le fait d&#8217;\u00e9\u201atre exclu du march\u00e9 du travail pour une longue p\u00e9riode constitue la pire forme de pr\u00e9carit\u00e9, car elle enferme les cho\u00cc\u201ameurs dans une spirale d&#8217;inactivit\u00e9 et de paup\u00e9risation qui les tient \u00e0 l&#8217;\u00e9cart de la soci\u00e9t\u00e9. La difficult\u00e9 de pays comme l&#8217;Allemagne, la Belgique ou la France \u00e0 int\u00e9grer les travailleurs peu qualifi\u00e9s (quitte \u00e0 compenser les bas salaires par des cr\u00e9dits au logement ou des prestations familiales, comme cela a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 fait aux Pays-Bas) constitue l&#8217;une des cl\u00e9s du cho\u00cc\u201amage de masse et l&#8217;un des \u00e9checs les plus marquants de l&#8217;\u00c9tat-providence europ\u00e9en.<\/p>\n<p>L&#8217;acc\u00e8s \u00e0 la fonction publique devient alors un refuge face aux risques de cho\u00cc\u201amage. Malheureusement, de par la vive concurrence qui caract\u00e9rise les concours de recrutement, ces emplois reviennent le plus souvent \u00e0 des surdiplo\u00cc\u201am\u00e9s pluto\u00cc\u201at qu&#8217;\u00e0 leurs v\u00e9ritables destinataires, g\u00e9n\u00e9ralement de condition sociale plus modeste. En France, par exemple, huit personnes sur dix ayant satisfait \u00e0 l&#8217;examen de contro\u00cc\u201aleur des impo\u00cc\u201ats sont titulaires de l&#8217;\u00e9quivalent d&#8217;un B.A., alors qu&#8217;en th\u00e9orie le concours s&#8217;adresse aux diplo\u00cc\u201am\u00e9s de l&#8217;enseignement secondaire. Et le fort cho\u00cc\u201amage dissuade les travailleurs de quitter un emploi choisi moins par passion que pour les avantages statutaires qu&#8217;il conf\u00e8re, privant ainsi la soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;un capital humain qui gagnerait \u00e0 \u00e9\u201atre mieux investi.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me exemple : la cr\u00e9ation d&#8217;entreprises. Les PME, qui emploient un salari\u00e9 du secteur priv\u00e9 sur cinq, constituent un important vivier d&#8217;activit\u00e9 et nourrissent la vitalit\u00e9 de l&#8217;emploi. Pourtant, en Europe continentale, une r\u00e9glementation excessive rend particuli\u00e8rement laborieuse la d\u00e9marche de cr\u00e9er sa propre entreprise : difficult\u00e9 de constituer un capital de d\u00e9part, insuffisance de l&#8217;aide publique et obstacles administratifs de toutes sortes viennent souvent \u00e0 bout des candidats les plus tenaces. Il n&#8217;existe pas v\u00e9ritablement en Europe d&#8217;\u00e9quivalent de la \u00ab Small Business Administration \u00bb am\u00e9ricaine, organisme public apportant une aide technique aux entrepreneurs.<\/p>\n<p>Parmi les pays de l&#8217;OCDE, l&#8217;Allemagne et la France arrivent ainsi en queue de peloton pour la cr\u00e9ation d&#8217;entreprises avec un taux de 1,8 p. 100 contre 6,9 p. 100 pour les \u00c9tats-Unis et le Canada. Lorsqu&#8217;on sait que c&#8217;est le d\u00e9partement de la Seine-Saint-Denis, \u00e0 forte population immigr\u00e9e, qui est le champion national de la cr\u00e9ation d&#8217;entreprise en France, on mesure \u00e0 quel point la situation de l&#8217;emploi serait meilleure si cette r\u00e9glementation excessive ne bridait pas la cr\u00e9ativit\u00e9 et le dynamisme des milieux modestes. Le ph\u00e9nom\u00e8ne est d&#8217;autant plus navrant quand on connai\u00cc\u201at le ro\u00cc\u201ale capital que jouent les petites entreprises dans l&#8217;essor des technologies de pointe.<\/p>\n<p>On voit ici que le mode de fonctionnement de l&#8217;\u00c9tat-providence de type continental-conservateur comporte des effets pervers : charges sociales prohibitives et lois malthusiennes limitant le temps de travail se conjuguent pour cr\u00e9er une situation qui tend \u00e0 exclure les plus pr\u00e9caires. Mais qu&#8217;en est-il de la redistribution des richesses, fonction principale de l&#8217;\u00c9tat-providence? Timothy B. Smith, professeur \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 Queen&#8217;s, avance que celle-ci s&#8217;effectue en faveur de la frange la plus ais\u00e9e de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me des retraites illustre bien ce point. Son financement repr\u00e9sente de loin la plus grosse partie des d\u00e9penses sociales: 20 p. 100 du salaire en Allemagne, 24 p. 100 en France et 32,7 p. 100 en Italie. Dans les ann\u00e9es 1960, l&#8217;aide aux retrait\u00e9s constituait une urgence absolue : le montant moyen des pensions s&#8217;\u00e9levait \u00e0 seulement 28 p. 100 du revenu moyen, et une grande partie des retrait\u00e9s d\u00e9pendaient des revenus d&#8217;assistance. Des mesures ont donc \u00e9t\u00e9 prises, et peu \u00e0 peu, chacun a pu b\u00e9n\u00e9ficier d&#8217;un revenu \u00e0 part enti\u00e8re apr\u00e8s sa vie professionnelle. Il s&#8217;agit l\u00e0 d&#8217;une des grandes conqu\u00e9\u201ates sociales de l&#8217;\u00e9poque.<\/p>\n<p>Mais la crise \u00e9conomique qui s\u00e9vit au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980 et l&#8217;augmentation des revenus de retraites \u00e0 un rythme bien sup\u00e9rieur au salaire moyen (4 p. 100 par an de 1980 \u00e0 1995, alors que le revenu net des actifs ne progressait que de 0,5 p. 100 par an) ont eu pour effet de changer le visage de la pauvret\u00e9. Elle touche aujourd&#8217;hui essentiellement les moins de 35ans. Pourtant, les d\u00e9penses sociales continuent d&#8217;\u00e9\u201atre dirig\u00e9es principalement vers les plus a\u00cc\u201ag\u00e9s : en France, le total des indemnit\u00e9s de cho\u00cc\u201amage, des programmes de r\u00e9insertion et d&#8217;aide \u00e0 l&#8217;emploi totalisent \u00e0 peine plus de 10 p. 100 des d\u00e9penses sociales en 2003, soit moins d&#8217;un quart du montant des d\u00e9penses de retraite. L&#8217;Italie, quant \u00e0 elle, d\u00e9pense 15,8 p. 100 de son PIB pour les retraites et seulement 0,8 p. 100 pour les allocations familiales.<\/p>\n<p>De surcroi\u00cc\u201at, il existe une forte disparit\u00e9 de statuts au sein de la population retrait\u00e9e. Chaque profession cotisant pour une caisse de retraite sp\u00e9cifique, il y a un \u00e9cart de revenu abyssal entre les diff\u00e9rents r\u00e9gimes, selon le type de profession qu&#8217;a exerc\u00e9 une personne durant sa vie. Puisant son origine dans le syst\u00e8me de protection sociale h\u00e9rit\u00e9e de Bismarck, les syst\u00e8mes allemand, italien et fran\u00e7ais b\u00e9n\u00e9ficient en priorit\u00e9 aux travailleurs ayant eu une carri\u00e8re stable et n&#8217;ayant pas connu de p\u00e9riode de cho\u00cc\u201amage. Ainsi, l&#8217;argent pr\u00e9lev\u00e9 sur les actifs profite plus souvent \u00e0 un cadre sup\u00e9rieur du secteur public ayant b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 au cours de sa vie d&#8217;un confortable salaire pluto\u00cc\u201at qu&#8217;\u00e0 l&#8217;ancienne ouvri\u00e8re du textile, susceptible d&#8217;avoir eu un parcours plus erratique. Les femmes, qui ont plus fr\u00e9quemment connu des interruptions de carri\u00e8re pour cause de grossesse et d&#8217;enfants \u00e0 \u00e9lever, sont ainsi particuli\u00e8rement p\u00e9nalis\u00e9es.<\/p>\n<p>L&#8217;analyse des transferts sociaux met en \u00e9vidence le ro\u00cc\u201ale que l&#8217;\u00c9tat joue dans la perp\u00e9tuation des in\u00e9galit\u00e9s. On pourrait ainsi multiplier les exemples : les allocations familiales, l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur, la sant\u00e9. Dans de nombreux domaines, l&#8217;apparente solidarit\u00e9 masque bien souvent des injustices criantes. Dans sa version europ\u00e9enne continentale, l&#8217;\u00c9tat-providence s&#8217;apparente \u00e0 un \u00ab syst\u00e8me de stratification sociale \u00bb (pour reprendre l&#8217;expression d&#8217;EspingAndersen) qui privil\u00e9gie certains groupes sociaux aux d\u00e9pens des autres. Le b\u00e9n\u00e9fice va \u00e0 ceux qui profitent d\u00e9j\u00e0 d&#8217;avantages acquis et qui savent peser sur les gouvernements en s&#8217;organisant en groupes de pression.<\/p>\n<p>Face au cho\u00cc\u201amage end\u00e9mique auquel est confront\u00e9e l&#8217;Europe, politiciens et journalistes, avec, dans leur sillage, une bonne partie de l&#8217;opinion publique, pointent du doigt des ph\u00e9nom\u00e8nes exog\u00e8nes : la comp\u00e9tition internationale, l&#8217;immigration ou la mondialisation. Cette derni\u00e8re constitue d&#8217;ailleurs le bouc \u00e9missaire favori des Filip Dewinter, Jos\u00e9 Bov\u00e9 ou Jean-Marie Le Pen.<\/p>\n<p>D&#8217;une certaine mani\u00e8re, ce discours rel\u00e8ve de la m\u00e9\u201ame vision de la mondialisation que celle des \u00ab lucides \u00bb qu\u00e9b\u00e9cois : les deux partent du postulat que la concurrence internationale des pays du Sud est un des facteurs cl\u00e9s du cho\u00cc\u201amage dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s, ou, du moins, constitue une menace s\u00e9rieuse.<\/p>\n<p>Si la mondialisation pose de nouveaux d\u00e9fis, lui imputer toute la responsabilit\u00e9 du cho\u00cc\u201amage dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s rel\u00e8ve bien souvent du parti pris id\u00e9ologique ou de la rh\u00e9torique politicienne. Dans son livre <em>Pop Internationalism<\/em>, Paul Krugman d\u00e9nonce les discours visant \u00e0 imputer des probl\u00e8mes endog\u00e8nes au commerce international. Invoqu\u00e9e par la droite comme pr\u00e9texte pour justifier des mesures impopulaires (au nom de la comp\u00e9titivit\u00e9), ou caricatur\u00e9e par une gauche soucieuse de prouver que le march\u00e9 est la source de tous les maux, la mondialisation est souvent au c\u0153ur des d\u00e9bats sur les in\u00e9galit\u00e9s dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s.<\/p>\n<p>Krugman avance qu&#8217;aux \u00c9tats-Unis seulement 5 p. 100 de la main-d&#8217;\u0153uvre est directement affect\u00e9e par la concurrence des pays \u00e9mergents. En Europe, ce chiffre ne d\u00e9passe gu\u00e8re 4 p. 100. Ajoutons \u00e0 cela que 80 p. 100 des \u00e9changes des pays de l&#8217;OCDE s&#8217;effectuent avec des pays de l&#8217;OCDE, si bien que la concurrence \u00e9trang\u00e8re concerne un nombre restreint d&#8217;activit\u00e9s : le textile, l&#8217;industrie lourde et le secteur manufacturier au sens large. De surcroi\u00cc\u201at, le cou\u00cc\u201at de la main-d&#8217;\u0153uvre (major\u00e9 par les diff\u00e9rences de salaire et de protection sociale) ne constitue qu&#8217;une des nombreuses variables de l&#8217;implantation d&#8217;une entreprise sur un territoire donn\u00e9 : la qualit\u00e9 des infrastructures, le cou\u00cc\u201at du transport et la productivit\u00e9 entrent davantage en ligne de compte. Ainsi, les corr\u00e9lations entre le taux de cho\u00cc\u201amage et l&#8217;ouverture \u00e0 la mondialisation sont discutables, comme le prouve l&#8217;exemple de la Su\u00e8de, qui est l&#8217;une des nations les plus \u00e9galitaires au monde tout en \u00e9tant tr\u00e8s ouverte au commerce international.<\/p>\n<p>Tel qu&#8217;il existe en Europe continentale, l&#8217;\u00c9tat-providence constitue donc un vecteur non n\u00e9gligeable d&#8217;in\u00e9galit\u00e9s entre les sexes, les g\u00e9n\u00e9rations et les classes sociales. \u00c9labor\u00e9 pour r\u00e9pondre aux besoins de solidarit\u00e9 des ann\u00e9es 1960 o\u00f9 le mode de production taylorien pr\u00e9valait, il apparai\u00cc\u201at mal adapt\u00e9 \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 postindustrielle et ne parvient pas \u00e0 lutter contre les nouvelles formes de pauvret\u00e9.<\/p>\n<p>En effet, les in\u00e9galit\u00e9s d&#8217;aujourd&#8217;hui sont principalement attribuables \u00e0 la transition d&#8217;un mode de production de type seconde r\u00e9volution industrielle \u00e0 une \u00e9conomie de services. Le syst\u00e8me de protection sociale reste calqu\u00e9 sur le sch\u00e9ma du travailleur masculin du secteur secondaire ayant eu le m\u00e9\u201ame emploi tout le long de sa vie. Or, un tel syst\u00e8me ne tient pas compte de la m\u00e9tamorphose du march\u00e9 de l&#8217;emploi des 20 derni\u00e8res ann\u00e9es : les effectifs du secteur tertiaire ont explos\u00e9, repr\u00e9sentant maintenant la majorit\u00e9 des actifs. \u00e0 titre d&#8217;exemple, dans la plupart des pays occidentaux, les services dans la cat\u00e9gorie \u00ab conseils et assistance aux entreprises \u00bb cr\u00e9ent plus de richesses que l&#8217;agriculture et les industries de biens d&#8217;\u00e9quipement r\u00e9unies. Pourtant, paralys\u00e9 par les promesses faites au cours des d\u00e9cennies pass\u00e9es, l&#8217;\u00c9tat peine \u00e0 se d\u00e9sengager des ayants droit pour se tourner vers les victimes de ces bouleversements macro\u00e9conomiques.<\/p>\n<p>Cette incapacit\u00e9 \u00e0 proposer une solution aux in\u00e9galit\u00e9s contemporaines conduit au proc\u00e8s de l&#8217;\u00c9tat-providence auquel on assiste un peu partout dans le monde occidental ; ironie de l&#8217;histoire, les n\u00e9olib\u00e9raux reprennent \u00e0 leur compte les critiques qu&#8217;adressaient les marxistes \u00e0 l&#8217;\u00c9tat. Pour une bonne partie de la droite, l&#8217;inefficacit\u00e9 des mesures keyn\u00e9siennes pour retrouver une situation \u00e9conomique saine constitue la preuve de l&#8217;obsolescence de la social-d\u00e9mocratie. De fait, s&#8217;\u00e9vertuer \u00e0 proposer des r\u00e9ponses classiques aux nouveaux probl\u00e8mes revient \u00e0 laisser la voie libre aux mesures n\u00e9olib\u00e9rales.\u00a0L&#8217;alternative consiste pluto\u00cc\u201at \u00e0 proposer de nouvelles formes de solidarit\u00e9 et \u00e0 reconsid\u00e9rer le ro\u00cc\u201ale de l&#8217;\u00c9tat.<\/p>\n<p>Dans cette perspective, on peut s&#8217;inspirer des politiques men\u00e9es ces derni\u00e8res ann\u00e9es dans les pays du nord de l&#8217;Europe qui, \u00e0 d\u00e9faut d&#8217;instaurer une \u00e9galit\u00e9 id\u00e9ale, permettraient de sortir du sch\u00e9ma conservateur-corporatiste et ouvriraient la voie \u00e0 une distribution plus juste des richesses. Les tableaux 1 et 2 montrent que ces pays sont parmi ceux qui r\u00e9ussissent le mieux \u00e0 partager la richesse et \u00e0 combattre la pauvret\u00e9. Les pays scandinaves caracolent en t\u00e9\u201ate du classement en ce qui concerne le degr\u00e9 d&#8217;in\u00e9galit\u00e9 alors que les pays d&#8217;Europe continentale ont des r\u00e9sultats plus mitig\u00e9s (l&#8217;Italie se d\u00e9marquant par ses mauvaises performances). Ils se classent \u00e9galement en t\u00e9\u201ate avec leur indice de pauvret\u00e9 peu \u00e9lev\u00e9, contrastant avec les pays appartenant au mod\u00e8le corporatiste-conservateur dont le syst\u00e8me de pr\u00e9l\u00e8vements sociaux ne parvient pas \u00e0 lutter aussi efficacement contre la pauvret\u00e9.<\/p>\n<p>Face aux dysfonctionnements que nous avons relev\u00e9s dans les syst\u00e8mes continentaux, les pays nordiques ont su mettre en place des mesures prometteuses depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 1990. Je mentionnerai bri\u00e8vement trois aspects de ces politiques : l&#8217;investissement dans la formation et la recherche, l&#8217;accompagnement aux cho\u00cc\u201ameurs et la recherche d&#8217;un taux d&#8217;activit\u00e9 \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n<p>L&#8217;investissement dans la formation est une des composantes essentielles de la lutte contre le cho\u00cc\u201amage : selon une enqu\u00e9\u201ate de l&#8217;OCDE dat\u00e9e de 2002, le Danemark d\u00e9pense trois fois plus que la France pour la formation professionnelle des adultes. Les ajustements du syst\u00e8me productif sont ainsi accompagn\u00e9s de vastes op\u00e9rations, pr\u00e9vues en amont, visant \u00e0 aider la reconversion des salari\u00e9s que l&#8217;entreprise a licenci\u00e9s. Cette initiative contraste avec la solution retenue par les gouvernements d&#8217;Europe continentale qui ont longtemps repouss\u00e9 l&#8217;\u00e9ch\u00e9ance d&#8217;une restructuration pourtant in\u00e9vitable en subventionnant des secteurs condamn\u00e9s par le progr\u00e8s technologique (le cas de la sid\u00e9rurgie dans les ann\u00e9es 1970 est \u00e9difiant), laissant une situation insoluble se d\u00e9grader de plus en plus. Il eut probablement \u00e9t\u00e9 pr\u00e9f\u00e9rable de proc\u00e9der aux licenciements n\u00e9cessaires tout en garantissant des allocations g\u00e9n\u00e9reuses ainsi qu&#8217;une forte aide \u00e0 la reconversion.<\/p>\n<p>\u00e0 cet investissement dans la formation s&#8217;ajoute l&#8217;investissement dans la recherche et l&#8217;\u00e9ducation : la Su\u00e8de enregistre les plus fortes d\u00e9penses dans ce domaine avec plus de 4 p. 100 du PIB contre une moyenne de 2 p. 100 dans l&#8217;Union europ\u00e9enne. Les pays nordiques avec un total de 25 millions d&#8217;habitants d\u00e9posent plus de brevets que le Royaume-Uni ou la France aupr\u00e8s de l&#8217;Office europ\u00e9en des brevets. Associ\u00e9e \u00e0 un syst\u00e8me \u00e9ducatif performant, cette politique permet une meilleure adaptabilit\u00e9 de la main-d&#8217;\u0153uvre aux \u00e9volutions technologiques. Les travailleurs qualifi\u00e9s trouvent plus rapidement un emploi que les autres : le cho\u00cc\u201amage de longue dur\u00e9e repr\u00e9sente seulement 1 p. 100 de la population active en Su\u00e8de contre 4,1 p. 100 en moyenne pour l&#8217;Union europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>L&#8217;aide au cho\u00cc\u201amage, quant \u00e0 elle, ne se limite pas \u00e0 une allocation assortie d&#8217;un suivi laxiste. Le chercheur d&#8217;emploi, en \u00e9change de services de qualit\u00e9, s&#8217;engage \u00e0 une prospection active, un encadrement strict permettant \u00e0 la fois de pr\u00e9venir les fraudes et de le conseiller dans ses d\u00e9marches.<\/p>\n<p>Pour assurer des d\u00e9penses sociales aussi \u00e9lev\u00e9es, les pays d&#8217;Europe du Nord ont opt\u00e9 pour une politique active de l&#8217;emploi, qui constitue la v\u00e9ritable cl\u00e9 de vou\u00cc\u201ate de l&#8217;\u00c9tat-providence sociald\u00e9mocrate. On cherche \u00e0 inclure un maximum d&#8217;individus dans le march\u00e9 de l&#8217;emploi pour que la solidarit\u00e9 soit financ\u00e9e par le plus grand nombre : le fort taux d&#8217;activit\u00e9 permet ainsi de r\u00e9partir les d\u00e9penses sociales sur l&#8217;ensemble des travailleurs et non sur un groupe pr\u00e9cis. Cette politique contraste fortement avec celle men\u00e9e dans les ann\u00e9es 1980 en Europe continentale, alors que les gouvernements, dans le but de r\u00e9duire le cho\u00cc\u201amage, ont choisi d&#8217;\u00e9carter certaines cat\u00e9gories de personnes du march\u00e9 du travail en finan\u00e7ant des d\u00e9parts massifs en pr\u00e9retraite (pour \u00ab faire de la place aux plus jeunes \u00bb) ou en favorisant le retour des femmes au foyer par le biais d&#8217;un syst\u00e8me fiscal rendant peu attractifs les emplois \u00e0 temps partiel (p\u00e9rennisant une des sources principales de l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 entre les sexes). Ces mesures, si elles ont diminu\u00e9 artificiellement les chiffres de cho\u00cc\u201amage, ont fait chuter le taux d&#8217;activit\u00e9 et ont eu pour cons\u00e9quence de faire peser le fardeau des pr\u00e9l\u00e8vements sociaux sur un nombre restreint d&#8217;actifs. Sur le long terme, les in\u00e9galit\u00e9s g\u00e9n\u00e9rationnelles s&#8217;en sont alors trouv\u00e9es accrues.<\/p>\n<p> Au contraire de cette politique, le Danemark et la Su\u00e8de ont pluto\u00cc\u201at r\u00e9pondu en favorisant un taux d&#8217;activit\u00e9 \u00e9lev\u00e9 parmi les personnes a\u00cc\u201ag\u00e9es. C&#8217;est gra\u00cc\u201ace \u00e0 son fort taux d&#8217;emploi des jeunes, des femmes et des plus de 60 ans que la soci\u00e9t\u00e9 peut supporter une telle charge sociale.<\/p>\n<p>Nous pourrions multiplier les exemples attestant de la clairvoyance des gouvernements d&#8217;Europe du Nord. La r\u00e9forme drastique de la fonction publique, la politique sociale envers les femmes ou tout simplement l&#8217;importance des d\u00e9penses pour les programmes d&#8217;emploi (4,3 p. 100 du PIB au Danemark contre 2,7 p. 100 en France) sont autant de mesures qui s&#8217;inscrivent dans une m\u00e9\u201ame logique de recherche d&#8217;une justice sociale pour le 21e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Les politiciens continentaux qui pr\u00e9tendent s&#8217;inspirer du mod\u00e8le social-d\u00e9mocrate nordique se drapent \u00e0 bon compte des oripeaux de la vertu, car l&#8217;imiter impliquerait une rupture courageuse avec leur client\u00e8le politique traditionnelle, premi\u00e8re b\u00e9n\u00e9ficiaire des faveurs de l&#8217;\u00c9tat-providence conservateur.<\/p>\n<p>Au Qu\u00e9bec, la ligne de front partageant \u00ab lucides \u00bb et \u00ab solidaires \u00bb sous-tend de part et d&#8217;autre des partis pris qu&#8217;il faut nuancer. Ni bon g\u00e9ant g\u00e9n\u00e9reux, ni dinosaure inefficace, l&#8217;\u00c9tatprovidence s&#8217;apparente \u00e0 un puissant levier qui peut creuser ou niveler les in\u00e9galit\u00e9s. Le vanter par principe est malhabile : l&#8217;augmentation des d\u00e9penses sociales n&#8217;engendre pas forc\u00e9ment une soci\u00e9t\u00e9 plus juste, encore faut-il que les transferts sociaux \u00e9chappent au jeu du client\u00e9lisme \u00e9lectoral et s&#8217;effectuent en faveur des plus n\u00e9cessiteux.<\/p>\n<p>L&#8217;exemple nordique montre que l&#8217;\u00c9tat peut \u00e9\u201atre un partenaire efficace pour le march\u00e9, sur lequel repose la solidarit\u00e9. Ce constat vient \u00e9corner les clich\u00e9s tendant \u00e0 opposer croissance \u00e9conomique et redistribution des richesses, ouverture des march\u00e9s et paup\u00e9risation galopante. D\u00e8s lors, accuser l&#8217;aide sociale, les impo\u00cc\u201ats ou l&#8217;allocation de cho\u00cc\u201amage d&#8217;\u00e9\u201atre incompatibles avec la comp\u00e9titivit\u00e9, c&#8217;est s&#8217;engager sur une fausse piste, que certains adeptes des \u00ab lucides \u00bb ont parfois tendance \u00e0 emprunter.<\/p>\n<p>Loin d&#8217;\u00e9\u201atre un instrument fig\u00e9, l&#8217;\u00c9tat-providence doit se comprendre comme un outil en perp\u00e9tuelle \u00e9volution, dynamique et \u00e9volutif, devant s&#8217;adapter aux transformations \u00e9conomiques contemporaines. \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 le syst\u00e8me de solidarit\u00e9 post-taylorien reste \u00e0 inventer, il semble que le mod\u00e8le scandinave comporte de nombreux atouts, au-del\u00e0 de ses imperfections et des probl\u00e8mes d&#8217;adaptabilit\u00e9 que sa transposition dans les pays \u00e9trangers peut poser.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le d\u00e9bat s&#8217;intensifie depuis quelques mois entre partisans d&#8217;un Qu\u00e9bec \u00ab lucide \u00bb et d\u00e9fenseurs d&#8217;un Qu\u00e9bec \u00ab solidaire \u00bb. 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