{"id":262387,"date":"2007-07-01T04:00:00","date_gmt":"2007-07-01T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/issues\/la-performance-economique-du-quebec-constats-et-defis\/"},"modified":"2025-10-07T20:00:37","modified_gmt":"2025-10-08T00:00:37","slug":"la-performance-economique-du-quebec-constats-et-defis","status":"publish","type":"issues","link":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2007\/07\/la-performance-economique-du-quebec-constats-et-defis\/","title":{"rendered":"La performance \u00e9conomique du Qu\u00e9bec : constats et d\u00e9fis"},"content":{"rendered":"<p class=\"dropcap-big\">Malgr\u00e9 une croissance \u00e9conomique r\u00e9elle de 2,3 p. 100 par an depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, la situation relative du Qu\u00e9bec se d\u00e9grade et il deviendra de plus en plus difficile, voire impossible, pour ce dernier de maintenir des services de qualit\u00e9 comparables \u00e0 celles de ses partenaires \u00e9conomiques imm\u00e9diats. Le Qu\u00e9bec a un urgent besoin de r\u00e9formes importantes et courageuses pour sortir du sillon de la sous-performance syst\u00e9matique. Cette situation dure depuis 25 ans : il est temps d\u2019y mettre fin.<\/p>\n<p>De 1981 \u00e0 2006, le taux de croissance annuel moyen du produit int\u00e9rieur brut (PIB) r\u00e9el qu\u00e9b\u00e9cois a \u00e9t\u00e9 de 2,3 p. 100 comparativement \u00e0 3,0 p. 100 dans le reste du Canada. Ceci repr\u00e9sente une augmentation du PIB r\u00e9el de 76,6 p. 100 au Qu\u00e9bec par rapport \u00e0 109,9 p. 100 dans le reste du Canada. Le PIB r\u00e9el qu\u00e9b\u00e9cois ne repr\u00e9sentait plus en 2006 que 20,5 p. 100 du PIB r\u00e9el canadien, soit une diminution de 2,9 points de pourcentage depuis 1981. Si le rythme de la croissance des sept derni\u00e8res ann\u00e9es (1999-2006) se maintient, l\u2019\u00e9conomie du Qu\u00e9bec ne repr\u00e9sentera plus que 17,5 p. 100 de l\u2019\u00e9conomie canadienne dans 25 ans.<\/p>\n<p>La part des investissements priv\u00e9s dans le PIB r\u00e9el est syst\u00e9matiquement plus faible au Qu\u00e9bec que dans le reste du Canada. L\u2019\u00e9cart 2000-2006 est de 2,75 points de pourcentage, ce qui correspond \u00e0 un d\u00e9ficit d\u2019investissements priv\u00e9s au Qu\u00e9bec de 6,8 milliards $ en 2006. En d\u00e9pit d\u2019investissements publics plus importants, la part des d\u00e9penses totales d\u2019investissement reste plus faible au Qu\u00e9bec. Ceci implique une d\u00e9gradation continuelle des capacit\u00e9s de production et d\u2019innovation, et donc \u00e9ventuellement de la position concurrentielle et de la comp\u00e9titivit\u00e9 du Qu\u00e9bec. Cette situation est d\u2019autant plus pr\u00e9occupante que le Qu\u00e9bec exportait en 2000-2006 pr\u00e8s de 60 p. 100 de sa production (ainsi, trois emplois sur cinq d\u00e9pendent de d\u00e9bouch\u00e9s ext\u00e9rieurs), dont les deux tiers \u00e0 l\u2019international.<\/p>\n<p>Entre 1981 et 2006, le nombre total d\u2019emplois a augment\u00e9 de 34,9 p. 100 au Qu\u00e9bec, de 49,5 p. 100 dans le reste du Canada et de 43,8 p. 100 aux \u00c9tats-Unis. Pendant cette p\u00e9riode, le Qu\u00e9bec a cr\u00e9\u00e9 18,8 p. 100 des (16,6 p. 100 des emplois \u00e0 temps plein et 25,3 p. 100 des emplois \u00e0 temps partiel). Ainsi l\u2019\u00e9conomie du Qu\u00e9bec a cr\u00e9\u00e9 syst\u00e9matiquement moins d\u2019emplois, et surtout moins d\u2019emplois \u00e0 temps plein, en proportion de sa population (23,5 p. 100 de la population canadienne en 2006). Si le Qu\u00e9bec avait cr\u00e9\u00e9 des emplois au m\u00eame rythme que le reste du Canada et les \u00c9tats-Unis, ce sont 261 000 emplois de plus (ou 26,8 p. 100) qui auraient \u00e9t\u00e9 effectivement cr\u00e9\u00e9s.<\/p>\n<p>Le taux d\u2019emploi, mesur\u00e9 par la proportion de la population de 15 ans et plus d\u00e9tenant un emploi, s\u2019est \u00e9tabli en moyenne \u00e0 56,5 p. 100 au Qu\u00e9bec, \u00e0 61,3 p. 100 dans le reste du Canada et \u00e0 62 p. 100 aux \u00c9tats-Unis de 1981-2006. Pour 2000-2006, le taux d\u2019emploi a \u00e9t\u00e9 de 59,4 p. 100 au Qu\u00e9bec et de 63 p. 100 dans le reste du Canada et aux \u00c9tats-Unis. Pour r\u00e9aliser la m\u00eame performance, il faudrait au Qu\u00e9bec 192 000 emplois de plus (ou 5,1 p. 100) que ceux qu\u2019il comptait en 2006. Ces r\u00e9sultats impliquent que l\u2019\u00e9cart \u00ab v\u00e9ritable \u00bb entre les taux de ch\u00f4mage au Qu\u00e9bec (8 p. 100 en 2006), dans le ROC (5,8 p. 100) et aux \u00c9tats-Unis (4,6 p. 100) est en r\u00e9alit\u00e9 plus important que ce que les chiffres officiels laissent voir. En effet, une cr\u00e9ation d\u2019emplois trop faible peut amener plusieurs individus \u00e0 prendre leur retraite ou simplement \u00e0 cesser leur recherche d\u2019emploi, auquel cas ils ne sont plus ch\u00f4meurs sans pour autant travailler. Le v\u00e9ritable taux de ch\u00f4mage au Qu\u00e9bec en 2006 est probablement plus pr\u00e8s de 11 p. 100 que du taux officiel de 8 p. 100.<\/p>\n<p>Le taux d\u2019emploi des hommes de 55 \u00e0 64 ans vient d\u2019une certaine mani\u00e8re corroborer cette hypoth\u00e8se. Ce taux a baiss\u00e9 de mani\u00e8re significative au Qu\u00e9bec (66,8 p. 100 en 1981 et 55,9 p. 100 en 2006) par rapport au reste du Canada (71,6 p. 100 et 65,2 p. 100) et aux \u00c9tats-Unis (68,1 p. 100 et 67,5 p. 100). Ainsi, le Qu\u00e9bec accusait en 2006 un retard de 9,3 points par rapport au ROC et de 11,6 points par rapport aux \u00c9tats-Unis. Ce fait est troublant dans la mesure o\u00f9 cette classe de travailleurs repr\u00e9sente une importante source d\u2019exp\u00e9rience et de savoir-faire sous-utilis\u00e9e, soit l\u2019\u00e9quivalent en 2006 de 50 000 emplois.<\/p>\n<p>Au niveau des prestataires d\u2019assurance-emploi, la situation peu enviable du Qu\u00e9bec au sein du Canada ne s\u2019est gu\u00e8re am\u00e9lior\u00e9e au cours des 25 derni\u00e8res ann\u00e9es. Bon an mal an, environ le tiers des prestataires d\u2019assurance-emploi au Canada proviennent du Qu\u00e9bec, ce qui se traduit par un taux de prestataires nettement sup\u00e9rieur au Qu\u00e9bec qu\u2019ailleurs au Canada : 61,3 prestataires par 1000 habitants (de 20 \u00e0 64 ans) au Qu\u00e9bec comparativement \u00e0 47,8 dans le reste du Canada en 1986 ; 37,4 au Qu\u00e9bec et 22,3 dans le reste du Canada en 2006. Ainsi, les taux de prestataires \u00e9taient sup\u00e9rieurs au Qu\u00e9bec par rapport au reste du Canada de 28,2 p. 100 en 1986 et de 67,7 p. 100 en 2006.<\/p>\n<p>En ce qui concerne la r\u00e9mun\u00e9ration hebdomadaire moyenne (incluant le temps suppl\u00e9mentaire), la position du Qu\u00e9bec par rapport au reste du Canada s\u2019est d\u00e9grad\u00e9e depuis 15 ans. Alors que le niveau relatif de la r\u00e9mun\u00e9ration hebdomadaire moyenne au Qu\u00e9bec par rapport au Canada \u00e9tait pr\u00e8s de 98 p. 100 en 1991-1995, ce taux n\u2019atteint plus que 95 p. 100 en 1996-2006 et 94,1 p. 100 en 2006.<\/p>\n<p class=\"dropcap\">En 25 ans, la population \u00e2g\u00e9e de 15 ans et moins a diminu\u00e9 de 11,8 p. 100 au Qu\u00e9bec alors qu\u2019elle a augment\u00e9 de 6,8 p. 100 dans le reste du Canada et de 20,3 p. 100 aux \u00c9tats-Unis. La population de 15 \u00e0 64 ans a augment\u00e9 de 16,8 p. 100 au Qu\u00e9bec comparativement \u00e0 40,4 p. 100 dans le reste du Canada. Ainsi, les donn\u00e9es sur le PIB par habitant cachent une r\u00e9alit\u00e9 complexe et troublante : en termes relatifs, le Qu\u00e9bec\u00a0<em>perd<\/em>\u00a0sa population. De plus, le vieillissement de la population est beaucoup plus rapide ici que dans le reste du Canada et aux \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9volution du PIB par habitant, c\u2019est-\u00e0-dire le PIB r\u00e9el divis\u00e9 par la population totale, suit une tendance plut\u00f4t diff\u00e9rente de celle du PIB. En effet, puisque la population du Qu\u00e9bec augmente plus lentement que celle du reste du Canada, le PIB r\u00e9el par habitant au Qu\u00e9bec suit \u00e0 peu pr\u00e8s le m\u00eame rythme que celui des autres provinces : une augmentation de 51,1 p. 100 au Qu\u00e9bec comparativement \u00e0 53,6 p. 100 dans le reste du Canada entre 1981 et 2006 (voir le graphique 1). Certains peuvent se r\u00e9conforter de ce fait. C\u2019est une grave erreur : les taux de croissance sont similaires mais les niveaux diff\u00e8rent. En cons\u00e9quence, le foss\u00e9 s\u2019accro\u00eet sur le plan du niveau de vie. Ainsi, l\u2019\u00e9cart entre le PIB r\u00e9el par habitant au Qu\u00e9bec et celui du reste du Canada pour une famille de quatre personnes a augment\u00e9 (en dollars constants de 1997) de 9 940$ ou 68 p. 100 entre 1981 et 2006.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 une performance \u00e9conomique positive mais relativement d\u00e9cevante depuis 1981, le Qu\u00e9bec a pu, gr\u00e2ce \u00e0 la faible croissance de sa population, maintenir la croissance de son PIB par habitant de mani\u00e8re semblable \u00e0 celle du reste du Canada. Or, le co\u00fbt total des biens et services publics comprend \u00e0 qualit\u00e9 donn\u00e9e une part fixe non n\u00e9gligeable. Ainsi, de nombreux types d\u2019infrastructures ne sont pas proportionnellement moins dispendieux lorsque la population augmente moins rapidement. Par cons\u00e9quent, on peut s\u2019attendre \u00e0 ce que le Qu\u00e9bec rencontre des difficult\u00e9s croissantes \u00e0 maintenir dans l\u2019avenir la m\u00eame qualit\u00e9 de biens et services publics et sociaux que celle que le reste du Canada pourra s\u2019offrir.<\/p>\n<blockquote><p>Par cons\u00e9quent, on peut s\u2019attendre \u00e0 ce que le Qu\u00e9bec rencontre des difficult\u00e9s croissantes \u00e0 maintenir dans l\u2019avenir la m\u00eame qualit\u00e9 de biens et services publics et sociaux que celle que le reste du Canada pourra s\u2019offrir.<\/p><\/blockquote>\n<p>La sous-performance du Qu\u00e9bec au chapitre de la cr\u00e9ation d\u2019emplois n\u2019est pas sans lien avec sa faible croissance d\u00e9mographique. Une croissance plus faible des emplois implique une croissance plus faible de la population dans la mesure o\u00f9 cette population est suffisamment mobile pour r\u00e9agir rapidement aux diff\u00e9rences dans le nombre et la qualit\u00e9 des emplois cr\u00e9\u00e9s. Dans une \u00e9conomie ouverte comme celle du Qu\u00e9bec, on peut raisonnablement affirmer que la faible croissance relative des emplois au Qu\u00e9bec explique la faiblesse relative de sa croissance d\u00e9mographique, tant dans sa composante \u00ab reproduction \u00bb que dans sa composante \u00ab immigration \u00bb.<\/p>\n<p>Caract\u00e9riser l\u2019\u00e9volution compar\u00e9e de la dette du Qu\u00e9bec est une op\u00e9ration d\u00e9licate dans la mesure o\u00f9 il existe plusieurs outils diff\u00e9rents pour la mesurer. En fait, chaque gouvernement provincial utilise un cadre financier ou p\u00e9rim\u00e8tre comptable qui lui est propre pour calculer sa dette \u00ab officielle \u00bb. La diversit\u00e9 des cadres financiers donne lieu \u00e0 des manipulations comptables plus ou moins douteuses de la part des gouvernements, rendant difficile tout effort d\u2019analyse rigoureuse et transparente. Une situation que le v\u00e9rificateur g\u00e9n\u00e9ral du Qu\u00e9bec d\u00e9crie depuis plusieurs ann\u00e9es.<\/p>\n<p>La \u00ab dette totale du gouvernement \u00bb du Qu\u00e9bec, telle que calcul\u00e9e par le minist\u00e8re des Finances dans son Plan budg\u00e9taire 2007-2008, rendu public en f\u00e9vrier 2007, comprend les dettes directes et le passif net au titre des r\u00e9gimes de retraite des employ\u00e9s de l\u2019\u00c9tat. Elle s\u2019\u00e9levait \u00e0 118,3 milliards (43,2 p. 100 du PIB) au 31 mars 2006, une augmentation de 17,0p.100de1999\u00e02006(7ans); elle atteint 122,4 milliards (pr\u00e9liminaire) au 31 mars 2007.<\/p>\n<p>Pour obtenir la \u00ab dette \u00e0 long terme du secteur public \u00bb du Qu\u00e9bec, il faut ajouter la dette des r\u00e9seaux de l\u2019\u00e9ducation et de la sant\u00e9 et des services sociaux (14,2 milliards en 2007), d\u2019Hydro-Qu\u00e9bec (32,7 milliards), des municipalit\u00e9s (18,9 milliards) et des autres entreprises du gouvernement (3,5 milliards). Cette mesure donnait une dette de 182,7 milliards au 31 mars 2005, de 185,6 milliards au 31 mars 2006 et de 191,7 milliards (pr\u00e9liminaire) au 31 mars 2007.<\/p>\n<p>Pour obtenir un meilleur portrait de l\u2019acuit\u00e9 du probl\u00e8me de la dette, il faudrait ajouter plusieurs autres \u00e9l\u00e9ments du passif du gouvernement, qui ne sont pas comptabilis\u00e9s dans les mesures actuelles, possiblement de mani\u00e8re modulaire, tel que l\u2019a sugg\u00e9r\u00e9 Jean-Pierre Aubry au congr\u00e8s de l\u2019Association des \u00e9conomistes qu\u00e9b\u00e9cois en mai dernier. Cette formulation donnerait l\u2019heure juste et \u00e9viterait bien des conflits. Ensuite, il faudrait soustraire de cette dette brute non seulement la valeur des actifs financiers mais aussi la valeur des actifs immobiliers, cette derni\u00e8re \u00e9tant de toute \u00e9vidence consid\u00e9rable si on pense \u00e0 l\u2019ensemble des infrastructures et \u00e9quipements publics qui supportent la dette gouvernementale, publique ou sociale.<\/p>\n<p>\u00c0 d\u00e9faut de pouvoir compter sur une valeur marchande (impossible ou tr\u00e8s difficile \u00e0 obtenir dans bien des cas vu l\u2019absence quasi g\u00e9n\u00e9rale de march\u00e9s pour plusieurs de ces \u00e9quipements et infrastructures), on pourrait utiliser la valeur aux livres (valeur non encore amortie, selon les r\u00e8gles comptables g\u00e9n\u00e9ralement reconnues). Par exemple, la valeur marchande des immobilisations (actifs corporels) d\u2019Hydro-Qu\u00e9bec est tr\u00e8s largement sup\u00e9rieure \u00e0 leur valeur aux livres : de 50,4 milliards en 2005 et de 51,8 milliards en 2006 ; certains l\u2019\u00e9valuent entre 100 et 150 milliards. Plusieurs autres actifs immobiliers du gouvernement et de ses organismes devraient \u00e9galement \u00eatre comptabilis\u00e9s et soustraits de la dette brute.<\/p>\n<p>Malheureusement, on ne dispose pas encore d\u2019un cadre suffisamment d\u00e9taill\u00e9 et cr\u00e9dible du passif et des actifs \u00ab gouvernementaux \u00bb ou \u00ab publics \u00bb pour proc\u00e9der \u00e0 une analyse comparative rigoureuse de la situation relative des gouvernements provinciaux (et de leurs organismes affili\u00e9s). Il faut esp\u00e9rer que les divers gouvernements en viendront \u00e0 d\u00e9finir un tel cadre et ce, pour favoriser la transparence et mettre fin aux manipulations comptables aussi habituelles qu\u2019affligeantes.<\/p>\n<blockquote><p>On peut affirmer cependant qu\u2019il n\u2019est pas \u00e9vident que le Qu\u00e9bec ait un s\u00e9rieux probl\u00e8me de dette publique.<\/p><\/blockquote>\n<p>On peut affirmer cependant qu\u2019il n\u2019est pas \u00e9vident que le Qu\u00e9bec ait un s\u00e9rieux probl\u00e8me de dette publique. On pourrait certes pr\u00e9f\u00e9rer que la dette soit encore plus faible, mais le niveau actuel de cette dette reste fort probablement bien raisonnable par rapport \u00e0 la valeur des actifs financiers et immobiliers qui la supportent : la valeur de la maison qu\u00e9b\u00e9coise est de toute \u00e9vidence tr\u00e8s largement sup\u00e9rieure au montant de l\u2019hypoth\u00e8que ! En fait, c\u2019est au niveau des m\u00e9canismes de choix d\u2019immobilisations ou d\u2019investissements, qui conditionnent l\u2019\u00e9volution de la dette, que le b\u00e2t blesse davantage.<\/p>\n<p>Comment combler les \u00e9carts de sous-performance relative et placer le Qu\u00e9bec dans le peloton de t\u00eate des \u00e9conomies r\u00e9gionales en Am\u00e9rique du Nord ? Il faut r\u00e9affirmer d\u2019abord et avant tout qu\u2019il n\u2019y a aucune raison de croire que les Qu\u00e9b\u00e9cois diff\u00e8rent des autres Nord-Am\u00e9ricains dans leur d\u00e9sir individuel et collectif de bonifier leur niveau de vie et celui de leurs enfants et dans leur capacit\u00e9 d\u2019y arriver. Mais plusieurs d\u00e9fis devront \u00eatre relev\u00e9s. Nous sommes d\u2019une certaine mani\u00e8re condamn\u00e9s \u00e0 \u00eatre plus efficaces et plus innovateurs que nos principaux concurrents, en particulier dans les vingt prochaines ann\u00e9es durant lesquelles il faudra renverser la tendance actuelle.<\/p>\n<p>Avant de pr\u00e9senter les cinq grands programmes qui sont les principes sous-jacents \u00e0 cette nouvelle \u00ab sociald\u00e9mocratie concurrentielle \u00bb (SDC), v\u00e9ritable colonne vert\u00e9brale de la nouvelle r\u00e9volution tranquille, il faut r\u00e9affirmer que l\u2019objectif premier et ultime de la SDC est l\u2019am\u00e9lioration optimis\u00e9e dans le temps et dans l\u2019espace du bien-\u00eatre des individus.<\/p>\n<p>Pour atteindre cet objectif, il faut redonner aux individus des incitations au travail et redonner aux entreprises la volont\u00e9 et le pouvoir de cr\u00e9er des emplois, en augmentant la rentabilit\u00e9 personnelle, entrepreneuriale et sociale de ces emplois. Le but est ici d\u2019\u00e9viter les pertes de croissance et de richesse qu\u2019entra\u00eene in\u00e9luctablement un taux d\u2019emploi trop faible, r\u00e9sultant d\u2019un calcul qui am\u00e8ne trop d\u2019individus \u00e0 conclure qu\u2019il est pr\u00e9f\u00e9rable et plus payant de ne pas travailler, et qui incite trop d\u2019entreprises \u00e0 sous-investir et \u00e0 s\u2019abstenir ainsi de cr\u00e9er des emplois de qualit\u00e9, bien adapt\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9norme potentiel socio\u00e9conomique du Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p class=\"dropcap\">Un premier programme SDC devra viser le d\u00e9veloppement et le maintien de comp\u00e9tences cl\u00e9s bien d\u00e9finies dans le secteur public et dans le secteur concurrentiel.<\/p>\n<p>Il faut ainsi recentrer le r\u00f4le des gouvernements et des administrations publiques sur trois volets : identifier les besoins des citoyens en biens et services publics et sociaux, tant en qualit\u00e9 qu\u2019en quantit\u00e9 ; faire les arbitrages n\u00e9cessaires, et g\u00e9rer les contrats et partenariats public-priv\u00e9 ou public-concurrentiel de production et de distribution de ces biens et services publics et sociaux au meilleur co\u00fbt possible. La r\u00e9alisation de ce programme exigera une r\u00e9duction de l\u2019envergure actuelle de plusieurs institutions publiques, en particulier dans la production et la distribution des biens et services publics et sociaux, voire un v\u00e9ritable d\u00e9mant\u00e8lement de l\u2019appareil fonctionnaris\u00e9. Cela doit se faire et peut se faire dans le respect des personnes en favorisant, de mani\u00e8re incitative, l\u2019adaptation et le red\u00e9ploiement des ressources humaines et mat\u00e9rielles concern\u00e9es.<\/p>\n<blockquote><p>D\u2019autre part, l\u2019entrepreneuriat public et concurrentiel est une ressource trop importante pour l\u2019avenir de la social-d\u00e9mocratie pour que l\u2019on se mette \u00e0 la gaspiller en confondant les r\u00f4les.<\/p><\/blockquote>\n<p>D\u2019autre part, l\u2019entrepreneuriat public et concurrentiel est une ressource trop importante pour l\u2019avenir de la social-d\u00e9mocratie pour que l\u2019on se mette \u00e0 la gaspiller en confondant les r\u00f4les. On peut, \u00e0 titre d\u2019exemple, mentionner les entreprises publiques dans les domaines de la sant\u00e9 et de la finance. S\u2019il est du ressort des autorit\u00e9s politiques de d\u00e9finir des paniers de biens et services de sant\u00e9 et de les proposer \u00e0 la population par l\u2019interm\u00e9diaire de la concurrence \u00e9lectorale, il ne s\u2019ensuit pas qu\u2019il soit du ressort de ces autorit\u00e9s de produire et distribuer ces biens et services directement par des organisations fonctionnaris\u00e9es du secteur public. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, il sera beaucoup plus efficace de faire produire ces paniers de biens et services par le secteur concurrentiel gr\u00e2ce \u00e0 des m\u00e9canismes eux-m\u00eames concurrentiels, ouverts, transparents, et incitant la performance et \u00e0 l\u2019exp\u00e9rimentation cr\u00e9atrice.<\/p>\n<p>Il faut, gr\u00e2ce \u00e0 un deuxi\u00e8me programme SDC, favoriser la formation, la lib\u00e9ralisation, la diss\u00e9mination et la compr\u00e9hension des informations, d\u00e9veloppements et rouages \u00e9conomiques ; favoriser le recours syst\u00e9matique aux m\u00e9canismes concurrentiels non seulement dans les sph\u00e8res traditionnelles des secteurs non gouvernementaux, mais aussi dans toutes les sph\u00e8res possibles des secteurs public et parapublic ; et enfin, il faut s\u2019abstenir de manipuler ind\u00fbment et au nom, trop souvent, d\u2019un paternalisme primaire non avou\u00e9 les signaux de raret\u00e9 ou valeur relative que sont les prix concurrentiels des biens et services tant publics (\u00e9ducation, sant\u00e9) que priv\u00e9s (\u00e9lectricit\u00e9, produits agricoles, eau).<\/p>\n<p>Cela permettra d\u2019\u00e9viter les gaspillages de ressources, ou la production de trop de ressources dans certains secteurs et pas suffisamment dans d\u2019autres. Cela permettra \u00e9galement de favoriser l\u2019\u00e9mergence de solutions innovantes aux probl\u00e8mes et d\u00e9fis qui se posent dans tous les secteurs, la transparence dans l\u2019\u00e9valuation financi\u00e8re et \u00e9conomique des subventions aux entreprises, et le d\u00e9veloppement et la mise en pratique d\u2019un droit \u00e0 la contestation \u00e9conomique qui donnera \u00e0 tous les citoyens la possibilit\u00e9 de contester et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, de remplacer les producteurs et distributeurs actuels des biens et services publics et sociaux.<\/p>\n<p>On devrait, en troisi\u00e8me lieu, favoriser la prise en charge par chaque individu du d\u00e9veloppement et du maintien de son portefeuille de comp\u00e9tences.<\/p>\n<p>Pour ce faire, il faut d\u00e9velopper les outils et les instruments de gestion de risques face aux changements in\u00e9luctables dans l\u2019environnement \u00e9conomique des individus (fermeture d\u2019usine, d\u00e9placement des emplois, cr\u00e9ation de nouveaux emplois et de nouvelles opportunit\u00e9s, d\u00e9localisation, etc.). Pareillement, il faut impliquer de mani\u00e8re cr\u00e9dible les entreprises et les organisations priv\u00e9es et publiques dans les programmes de formation des comp\u00e9tences aux niveaux coll\u00e9gial et universitaire en favorisant la formation en entreprise des comp\u00e9tences techniques, en exigeant d\u2019elles des analyses rigoureuses et cr\u00e9dibles de leurs besoins futurs, en favorisant le travail supervis\u00e9 (stages) durant les \u00e9tudes.<\/p>\n<p>Il faut aussi revoir de fond en comble les m\u00e9canismes actuels de financement public et priv\u00e9 des institutions d\u2019enseignement (\u00e9coles, coll\u00e8ges et universit\u00e9s) pour les soumettre \u00e0 des m\u00e9canismes incitatifs puissants et cr\u00e9dibles, mettant l\u2019accent sur l\u2019efficacit\u00e9 et la comp\u00e9tence avec lesquelles elles s\u2019acquittent de leur mission de produire et de former une rel\u00e8ve scientifique et professionnelle qualifi\u00e9e. Finalement, il faut accueillir un plus grand nombre d\u2019immigrants et acc\u00e9l\u00e9rer leur insertion \u00e9conomique et social &#8221; non seulement dans le tissu social qu\u00e9b\u00e9cois mais aussi dans leurs domaines respectifs de comp\u00e9tence.<\/p>\n<p>Un quatri\u00e8me programme SDC devra s\u2019attaquer \u00e0 la structure fiscale. On devrait notamment diminuer les taux marginaux implicites de taxation lorsque des ch\u00f4meurs ou des assist\u00e9s sociaux r\u00e9ussissent \u00e0 d\u00e9nicher des emplois \u00e0 temps plein ou \u00e0 temps partiel ; diminuer les taux marginaux de taxation des hauts salari\u00e9s, pour rentabiliser davantage l\u2019emploi et l\u2019acquisition de comp\u00e9tences ; r\u00e9duire les taux d\u2019imposition sur le revenu et leur complexit\u00e9 (d\u00e9ductions, nombre de paliers) en englobant tous les revenus dans la base d\u2019imposition et en imposant un taux minimum applicable sur le revenu global afin de favoriser l\u2019inclusion sociale ; remplacer graduellement, si n\u00e9cessaire, ces sources d\u2019imp\u00f4ts par des taxes \u00e0 la consommation ; et combattre le maintien des personnes \u00e0 faible revenu dans un \u00e9tat quasi permanent de d\u00e9pendance en substituant aux manipulations plus ou moins paternalistes des prix un programme de redistribution directe des revenus fortement incitatif \u00e0 l\u2019autonomie des personnes.<\/p>\n<p>En dernier lieu, il faut mettre sur pied des processus et m\u00e9thodes d\u2019\u00e9valuation rigoureuse, transparente, ind\u00e9pendante et cr\u00e9dible des programmes et politiques publics.<\/p>\n<p>La difficult\u00e9 de l\u2019\u00e9valuation des programmes et politiques ne doit pas \u00eatre sous-estim\u00e9e. Il peut s\u2019av\u00e9rer n\u00e9cessaire de cr\u00e9er \u00e0 cet effet un organisme ind\u00e9pendant responsable de veiller au d\u00e9veloppement de ces m\u00e9thodes d\u2019\u00e9valuation. On doit malheureusement constater que, dans la tr\u00e8s grande majorit\u00e9 des cas, les \u00e9valuations courantes des divers programmes et politiques sont superficielles et sans fondements analytiques s\u00e9rieux et ne r\u00e9sisteraient pas \u00e0 une analyse \u00e9conomique quelque peu rigoureuse. Ces \u00e9valuations courantes ont souvent pour but d\u2019apporter une caution \u00ab morale \u00bb \u00e0 des interventions mal con\u00e7ues et mal orient\u00e9es des pouvoirs publics.<\/p>\n<p class=\"dropcap\">C\u2019est donc une v\u00e9ritable nouvelle r\u00e9volution tranquille que repr\u00e9sente pour le Qu\u00e9bec la nouvelle social-d\u00e9mocratie concurrentielle par rapport \u00e0 la social-d\u00e9mocratie traditionnelle, devenue au fil des ans tributaire d\u2019une pens\u00e9e et d\u2019un discours politiques et d\u2019un mod\u00e8le social us\u00e9, vieilli et d\u00e9pass\u00e9. Les soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9 l\u2019esprit original de la social-d\u00e9mocratie demeure vivant ne peuvent plus se satisfaire des demi-v\u00e9rit\u00e9s et de la langue de bois dont on les afflige trop souvent sous le couvert de grands et nobles sentiments. Elles doivent faire face, sans se leurrer, \u00e0 la nouvelle r\u00e9alit\u00e9, au nouveau monde actuel et aux ann\u00e9es exigeantes qui s\u2019annoncent. Atermoiements et palabres au sommet ne rejouant que les m\u00eames rengaines us\u00e9es, d\u00e9pass\u00e9es et non cr\u00e9dibles ou n\u2019apportant que des palliatifs de court terme, inefficaces et co\u00fbteux (sauf pour les groupes de pression qui les d\u00e9fendent et en profitent aux d\u00e9pens de l\u2019ensemble des citoyens), ne feraient qu\u2019empirer la situation et reporter \u00e0 plus tard des d\u00e9cisions qui deviendront encore plus douloureuses parce qu\u2019impos\u00e9es plut\u00f4t que choisies..<\/p>\n<blockquote><p>La poursuite d\u2019un id\u00e9al social-d\u00e9mocrate au Qu\u00e9bec passe par la d\u00e9finition d\u2019objectifs ambitieux, mesurables et r\u00e9alisables et par une remise en question courageuse de ses institutions.<\/p><\/blockquote>\n<p>La poursuite d\u2019un id\u00e9al social-d\u00e9mocrate au Qu\u00e9bec passe par la d\u00e9finition d\u2019objectifs ambitieux, mesurables et r\u00e9alisables et par une remise en question courageuse de ses institutions. Au niveau des objectifs, on pourrait entre autres viser \u00e0 :<\/p>\n<ul>\n<li>atteindre, d\u2019ici 15 ans, le niveau moyen de PIB par habitant au Canada. En supposant que le PIB par habitant du ROC cro\u00eetra au taux observ\u00e9 en 2006, soit1,7 p. 100 pour les 15 prochaines ann\u00e9es, il faudra que le PIB par habitant du Qu\u00e9bec augmente \u00e0 un taux de 2,9 p. 100 par an ;<\/li>\n<li>sortir, d\u2019ici sept ans, du groupe des provinces r\u00e9cipiendaires de paiements de p\u00e9r\u00e9quation ;<\/li>\n<li>atteindre, d\u2019ici cinq ans, le taux d\u2019emploi moyen au Canada ; rappelons qu\u2019en 2006 ces taux \u00e9taient de 60,2 p. 100 au Qu\u00e9bec et de 63,0 p. 100 au Canada. Pour y arriver, il faudrait cr\u00e9er quelque 200 000 emplois de plus que dans la situation alternative, soit un ajout de 40 000 emplois par an ;<\/li>\n<li>atteindre, d\u2019ici cinq ans, le taux moyen de prestataires d\u2019assurance-emploi (en 2006, le taux \u00e9tait de 37,4 au Qu\u00e9bec et de 22,3 au ROC).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces objectifs sont exigeants, mais r\u00e9alisables. Pour y arriver, il faudra compter sur l\u2019esprit reconnu de cr\u00e9ativit\u00e9, d\u2019innovation et d\u2019entrepreneuriat des Qu\u00e9b\u00e9cois, tant des individus que des groupes sociaux et des entreprises corporatives et autres, faire confiance \u00e0 leur capacit\u00e9 d\u2019adaptation et de compr\u00e9hension des enjeux, et cesser de jouer aux apprentis-sorciers en voulant r\u00e9gler d\u2019en haut tous les probl\u00e8mes, une forme pernicieuse d\u2019infantilisation de la population. Il faut au premier chef avoir l\u2019intelligence et le courage de nos ambitions, l\u2019intelligence pour imaginer et d\u00e9finir des moyens et processus efficaces pour atteindre nos objectifs et r\u00e9aliser nos ambitions, et le courage de les mettre r\u00e9solument en application.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Cet article est tir\u00e9 de son rapport CIRANO, paru en mai 2007, sur la performance \u00e9<\/em><em>conomique du Qu\u00e9<\/em><em>bec depuis un quart de si\u00e8<\/em><em>cle. Il peut \u00ea<\/em><em>tre t\u00e9<\/em><em>l\u00e9<\/em><em>charg\u00e9<\/em><em> \u00e0<\/em><em> https:\/\/www.cirano.qc.ca\/pdf\/ publication\/2007s-12.pdf.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Malgr\u00e9 une croissance \u00e9conomique r\u00e9elle de 2,3 p. 100 par an depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, la situation relative du Qu\u00e9bec se d\u00e9grade et il deviendra de plus en plus difficile, voire impossible, pour ce dernier de maintenir des services de qualit\u00e9 comparables \u00e0 celles de ses partenaires \u00e9conomiques imm\u00e9diats. 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