{"id":262379,"date":"2007-06-01T04:00:00","date_gmt":"2007-06-01T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/issues\/a-conversation-with-the-leader-of-the-opposition-interview\/"},"modified":"2025-10-07T20:00:17","modified_gmt":"2025-10-08T00:00:17","slug":"a-conversation-with-the-leader-of-the-opposition-interview","status":"publish","type":"issues","link":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2007\/06\/a-conversation-with-the-leader-of-the-opposition-interview\/","title":{"rendered":"Entretien avec le chef de l&#8217;opposition"},"content":{"rendered":"<p><em>OPTIONS POLITIQUES<\/em>\u00a0: M. Dion, merci d&#8217;avoir accept\u00e9 de nous rencontrer. Commen\u00e7ons par votre vision des relations f\u00e9d\u00e9rales-provinciales. Quel est, \u00e0 votre avis, l&#8217;\u00e9quilibre appropri\u00e9 entre Ottawa et les provinces, surtout en vertu des articles 91 et 92 sur la division des pouvoirs?<\/p>\n<p>ST\u00c9PHANE DION : Je suis en d\u00e9saccord avec l&#8217;\u00e9cole qui dit que les enjeux sont trop importants pour se soucier de la Constitution. Il faut respecter la Constitution de son pays. \u00e7a aide les gouvernements \u00e0 savoir ce qu&#8217;ils ont \u00e0 faire. \u00e7a les aide \u00e0 comprendre qu&#8217;ils ne doivent pas essayer de faire ce que l&#8217;autre gouvernement fait. Donc, je suis tr\u00e8s fortement f\u00e9d\u00e9raliste au sens que je crois que la f\u00e9d\u00e9ration, dans son fondement constitutionnel, est un guide qu&#8217;on doit respecter. Je crois donc que si l&#8217;on fait \u00e7a, on aura des gouvernements provinciaux forts, un gouvernement f\u00e9d\u00e9ral fort et une forte relation entre eux.<\/p>\n<p><em>OP<\/em>\u00a0: Ainsi, vous appartenez \u00e0 l&#8217;\u00e9cole classique du f\u00e9d\u00e9ralisme ou&#8230; un f\u00e9d\u00e9ralisme pluto\u00cc\u201at vivant ou quoi?<\/p>\n<p>ST\u00c9PHANE DION : Je ne suis pas su\u00cc\u201ar, je pense qu&#8217;il faut les deux. Comme le dit la Cour, la Constitution est un arbre vivant. Elle est un arbre vivant parce qu&#8217;elle nous permet de nous guider dans ce qui change. Ce qui change, c&#8217;est la vie. Exemple : l&#8217;environnement. Je me rappelle les d\u00e9bats constitutionnels r\u00e9cents, de Meech, de Charlottetown, pas un mot l\u00e0-dessus, alors qu&#8217;aujourd&#8217;hui, si l&#8217;on avait \u00e0 \u00e9crire une constitution, on se soucierait certainement d&#8217;en faire une comp\u00e9tence partag\u00e9e. C&#8217;est ce que la jurisprudence a dit de toute fa\u00e7on. Donc, la jurisprudence, s&#8217;inspirant de l&#8217;esprit de la Constitution, a fait en sorte que nous pouvons travailler ensemble pour les questions environnementales.<\/p>\n<p><em>OP<\/em>\u00a0: M. Martin, votre pr\u00e9d\u00e9cesseur, avait un agenda politique qui est tomb\u00e9 pas mal dans les comp\u00e9tences, les champs de comp\u00e9tence des provinces\u2014 les garderies, les villes, les soins de sant\u00e9. Est-ce que ce type d&#8217;initiative est conforme \u00e0 votre sens du ro\u00cc\u201ale du f\u00e9d\u00e9ral dans la f\u00e9d\u00e9ration?<\/p>\n<p>ST\u00c9PHANE DION : Vous avez parl\u00e9 des comp\u00e9tences. En effet, elles sont r\u00e9parties dans la Constitution. Exemple : quand on parle des questions municipales, c&#8217;est de comp\u00e9tence provinciale. Le pouvoir de d\u00e9pense, lui, est autre chose qu&#8217;une comp\u00e9tence. Le pouvoir de d\u00e9pense a \u00e9t\u00e9 reconnu par les cours. Il y a des d\u00e9cisions tr\u00e8s claires des tribunaux qui reconnaissent le pouvoir de d\u00e9pense. Et dans toutes les f\u00e9d\u00e9rations, ce pouvoir existe ; les gouvernements f\u00e9d\u00e9raux s&#8217;en sont servis pour offrir aux populations de grands services sociaux : sant\u00e9, acc\u00e8s \u00e0 l&#8217;\u00e9ducation post-secondaire, etc. Le pouvoir de d\u00e9pense donne \u00e0 un gouvernement la possibilit\u00e9 de d\u00e9penser, mais non de l\u00e9gif\u00e9rer ou de r\u00e9glementer au-del\u00e0 de sa comp\u00e9tence.<\/p>\n<p>Aussi est-il est tr\u00e8s important que ce pouvoir soit utilis\u00e9 dans un esprit de collaboration, et non de fa\u00e7on unilat\u00e9rale et par surprise. C&#8217;est pourquoi je suis tr\u00e8s fier d&#8217;avoir n\u00e9goci\u00e9, avec Anne McLellan, une entente avec les provinces, l&#8217;Entente-cadre sur l&#8217;union sociale, qui a permis toutes les ententes dont vous parlez\u2014 dans les domaines de la sant\u00e9, des villes, des garderies\u2014 en respectant la comp\u00e9tence des provinces. L&#8217;entente sur l&#8217;union sociale a permis la n\u00e9gociation de ces initiatives f\u00e9d\u00e9rales-provinciales. Elle prescrit qu&#8217;il ne doit pas s&#8217;agir d&#8217;un programme f\u00e9d\u00e9ral mais d&#8217;objectifs conjoints d\u00e9termin\u00e9s avec les provinces, seulement si une majorit\u00e9 d&#8217;entre elles est d&#8217;accord et seulement si celles qui ont d\u00e9j\u00e0 atteint l&#8217;objectif en tout ou en partie peuvent prendre leur part des fonds pour l&#8217;investir dans un domaine reli\u00e9.<\/p>\n<p>Donc, contrairement \u00e0 ce qui est souvent \u00e9crit dans Options politiques, le droit de retrait avec compensation est reconnu au Canada depuis l&#8217;Ententecadre sur l&#8217;union sociale. Je sais que le gouvernement du Qu\u00e9bec n&#8217;a pas sign\u00e9 cette entente, mais c&#8217;est lui qui l&#8217;utilise le plus.<\/p>\n<p>Par exemple, quand on a eu \u00e0 n\u00e9gocier l&#8217;entente sur les garderies, une des premi\u00e8res provinces \u00e0 signer cette entente, c&#8217;\u00e9tait la province de Qu\u00e9bec, et il a \u00e9t\u00e9 convenu que, puisque le gouvernement du Qu\u00e9bec \u00e9tait en avance sur les autres quant \u00e0 la mise en \u0153uvre d&#8217;un programme de garderies, il pourrait utiliser le fonds dans des programmes pour les enfants, comme l&#8217;aide aux travaux scolaires, par exemple, et \u00e7a, c&#8217;est du bon f\u00e9d\u00e9ralisme.<\/p>\n<p><em>OP<\/em>\u00a0: M. Harper pr\u00e9tend au moins qu&#8217;il repr\u00e9sente pluto\u00cc\u201at un courant du f\u00e9d\u00e9ralisme classique, respectant les divisions du pouvoir justement. Mais le parti que vous dirigez maintenant a une tradition pluto\u00cc\u201at centraliste.<\/p>\n<p>ST\u00c9PHANE DION : Encore une fois, c&#8217;est un mythe, et je suis tr\u00e8s heureux de dire aux lecteurs d&#8217;Options politiques que ce n&#8217;est pas vrai. Qu&#8217;est-ce que c&#8217;est, l&#8217;ouverture au Qu\u00e9bec?<\/p>\n<p>Est-ce que c&#8217;est couper un transfert pour les garderies du\u00cc\u201ament n\u00e9goci\u00e9 qui permettait au gouvernement du Qu\u00e9bec d&#8217;investir dans des domaines reli\u00e9s, sans aucun d\u00e9doublement? C&#8217;est \u00e7a l&#8217;ouverture? Est-ce que c&#8217;est affaiblir une entente sur la main-d&#8217;\u0153uvre qu&#8217;on a n\u00e9goci\u00e9e avec le gouvernement du Qu\u00e9bec et les autres gouvernements, respectant parfaitement leurs comp\u00e9tences? Est-ce que n&#8217;est pas pluto\u00cc\u201at de fermer aux travailleurs qu\u00e9b\u00e9cois que d&#8217;agir comme \u00e7a? Est-ce que c&#8217;est couper des fonds pour les autochtones du\u00cc\u201ament n\u00e9goci\u00e9s avec le gouvernement du Qu\u00e9bec et les autres gouvernements dans l&#8217;entente de Kelowna? Si c&#8217;est \u00e7a l&#8217;ouverture, je ne pr\u00e9f\u00e8re pas ce genre d&#8217;ouverture. Je ne sais pas de quelle ouverture on parle. Qu&#8217;on me donne un seul exemple d&#8217;ouverture de la part de ce premier ministre, \u00e0 part la rh\u00e9torique, o\u00f9 il a vraiment aid\u00e9 les provinces.<\/p>\n<p>La seule chose qu&#8217;on pourrait pr\u00e9senter, c&#8217;est le fait qu&#8217;il mette en \u0153uvre une formule de p\u00e9r\u00e9quation inspir\u00e9e du rapport O&#8217;Brien qui a \u00e9t\u00e9 command\u00e9 par l&#8217;ancien premier ministre. Mais il l&#8217;a fait d&#8217;une fa\u00e7on qui a divis\u00e9 les provinces en faisant des promesses aux unes et aux autres qui \u00e9taient contradictoires, chose qu&#8217;un premier ministre ne doit jamais faire. Moi, j&#8217;ai toujours dit la m\u00e9\u201ame chose \u00e0 toutes les provinces, j&#8217;ai toujours dit les m\u00e9\u201ames choses en anglais et en fran\u00e7ais, et c&#8217;est le genre de premier ministre que je serais; on pourra avoir une grande confiance en moi pour \u00e7a.<\/p>\n<p><em>OP<\/em>\u00a0: \u00e7a veut dire que Stephen Harper avait adopt\u00e9 le rapport O&#8217;Brien.<\/p>\n<p>ST\u00c9PHANE DION : Oui, et c&#8217;est un rapport qui avait \u00e9t\u00e9 command\u00e9 par M. Martin. C&#8217;est uniquement en raison de cela que le transfert \u00e0 la province de Qu\u00e9bec a augment\u00e9. Si on enl\u00e8ve la croissance de la p\u00e9r\u00e9quation, en fait, le gouvernement Harper a coup\u00e9 la province de Qu\u00e9bec, il l&#8217;a coup\u00e9e avec les garderies, il l&#8217;a coup\u00e9e dans le transfert aux autochtones, il l&#8217;a coup\u00e9e dans le transfert pour la main-d&#8217;\u0153uvre et dans le transfert pour les changements climatiques.<\/p>\n<p>OP : \u00e7a souligne un peu la question du soi-disant d\u00e9s\u00e9quilibre fiscal entre Ottawa et les provinces, ce qu&#8217;on appelle en anglais le \u00ab vertical fiscal imbalance \u00bb, dont vous avez toujours ni\u00e9 l&#8217;existence quand vous \u00e9tiez au gouvernement. Maintenant, dans l&#8217;opposition, quel est l&#8217;\u00e9tat de votre r\u00e9flexion l\u00e0-dessus et surtout \u00e0 propos du Qu\u00e9bec?<\/p>\n<p>ST\u00c9PHANE DION : Qu&#8217;on me d\u00e9finisse l&#8217;\u00e9quilibre fiscal. Si l&#8217;on ne peut pas d\u00e9finir l&#8217;\u00e9quilibre fiscal, il y a un probl\u00e8me \u00e0 utiliser le concept de d\u00e9s\u00e9quilibre fiscal. La grande erreur de M. Harper, c&#8217;est d&#8217;adopter une rh\u00e9torique, mais de ne pas la faire suivre par les faits. S&#8217;il accepte un concept comme celui-l\u00e0, il doit en donner une d\u00e9finition et il doit le chiffrer. Il n&#8217;a jamais fait \u00e7a.<\/p>\n<p>Ce qui veut dire que le premier ministre de l&#8217;Ontario, le premier ministre de la Saskatchewan, le premier ministre du Qu\u00e9bec, le premier ministre de Terre-Neuve ont tous compris ce qu&#8217;ils ont voulu comprendre dans l&#8217;utilisation de ce concept. Moi, je trouve \u00e7a du mauvais f\u00e9d\u00e9ralisme que de ne pas \u00e9\u201atre clair et pr\u00e9cis.<\/p>\n<p>Ce que j&#8217;ai toujours dit \u00e0 mes homologues provinciaux, je l&#8217;ai livr\u00e9. Le Premier ministre a pris des engagements qu&#8217;il n&#8217;a pas livr\u00e9s. Et vous avez maintenant le m\u00e9contentement que vous voyez \u00e0 peu pr\u00e8s partout au Canada.<\/p>\n<p>Je peux ajouter cependant que je serai un bien meilleur partenaire pour les provinces parce que je crois en une p\u00e9r\u00e9quation forte, je crois \u00e0 des r\u00e8gles de transfert claires, je crois \u00e0 la division des pouvoirs et \u00e0 l&#8217;utilisation du pouvoir f\u00e9d\u00e9ral de d\u00e9pense conform\u00e9ment \u00e0 l&#8217;Entente-cadre sur l&#8217;union sociale. Cette entente nous a valu des ententes au fil des ann\u00e9es qui sont parfois difficiles \u00e0 n\u00e9gocier, mais qui se terminent toujours par des sourires et des poign\u00e9es de mains. Et au bout du compte, je crois que c&#8217;est le meilleur syst\u00e8me pour les citoyens. C&#8217;est de la bonne copie pour les journalistes, parfois des maux de t\u00e9\u201ate pour les bureaucrates, les fonctionnaires et les politiciens, mais au bout du compte, \u00e7a nous donne de bons services pour les citoyens.<\/p>\n<p><em>OP<\/em>\u00a0: Passons \u00e0 la situation dans le camp souverainiste maintenant. M. Boisclair s&#8217;est fait tasser subitement apr\u00e8s les \u00e9lections, M. Duceppe part une journ\u00e9e, revient le lendemain, Mme. Marois revient, avec des conditions concernant la tenue d&#8217;un r\u00e9f\u00e9rendum, elle dit non, qu&#8217;il n&#8217;y aura plus de gauche dans le camp p\u00e9quiste. Quelle est votre \u00e9valuation de la situation actuellement?<\/p>\n<p>ST\u00c9PHANE DION : Je vais prendre \u00e7a l&#8217;un apr\u00e8s l&#8217;autre. D&#8217;abord, le d\u00e9part d&#8217;Andr\u00e9 Boisclair. M. Boisclair, je crois, est victime du fait que ce parti, pluto\u00cc\u201at que d&#8217;un chef, est \u00e0 la recherche d&#8217;un messie qui, par son seul charisme, propulserait les Qu\u00e9b\u00e9cois vers l&#8217;ind\u00e9pendance. Le mod\u00e8le, c&#8217;est un Ren\u00e9 L\u00e9vesque qui aurait r\u00e9ussi. Ils sont \u00e0 la recherche de ce mod\u00e8le. Celui qui \u00e9tait le plus proche du mod\u00e8le en question, c&#8217;\u00e9tait Lucien Bouchard. Et depuis, bien, \u00e7a p\u00e9riclite, \u00e7a s&#8217;\u00e9loigne du mod\u00e8le. C&#8217;est tr\u00e8s exigeant comme mod\u00e8le!<\/p>\n<p>Les p\u00e9quistes ont tendance \u00e0 bla\u00cc\u201amer leur chef pour les carences de leur option. Il est tr\u00e8s difficile de convaincre les Qu\u00e9b\u00e9cois de renoncer au Canada; je ne saurais trop bien comment leur donner des conseils \u00e0 ce propos !<\/p>\n<p>Leur ta\u00cc\u201ache devient encore plus difficile depuis que la Loi sur la clart\u00e9 les emp\u00e9\u201ache de gagner dans la confusion. Il leur faut convaincre les Qu\u00e9b\u00e9cois de renoncer clairement au Canada : toute une commande ! M. Boisclair ne devrait pas prendre tout cela sur ses \u00e9paules. Il aurait fait meilleure figure sans l&#8217;engagement insens\u00e9 qu&#8217;il a pris de tenir un r\u00e9f\u00e9rendum pr\u00e9cipit\u00e9 apr\u00e8s une victoire p\u00e9quiste. Le fond du probl\u00e8me, la difficult\u00e9 avec laquelle le Parti qu\u00e9b\u00e9cois se d\u00e9bat depuis des d\u00e9cennies, c&#8217;est que les Qu\u00e9b\u00e9cois, en grande majorit\u00e9, veulent rester Canadiens. En somme, le fond du probl\u00e8me du PQ, c&#8217;est l&#8217;option bien davantage que le chef.<\/p>\n<p><em>OP<\/em>\u00a0: Et Gilles Duceppe?<\/p>\n<p>ST\u00c9PHANE DION : Bon, dans le cas de M. Duceppe, il y a une autre dimension qui s&#8217;ajoute, c&#8217;est-\u00e0-dire l&#8217;ass\u00e8chement bloquiste. Le Parti qu\u00e9b\u00e9cois, faute de faire l&#8217;ind\u00e9pendance, est amen\u00e9 parfois \u00e0 gouverner. Et il gouverne plus ou moins bien, on peut en discuter, mais il gouverne. Et il y a des ministres moins bons que d&#8217;autres, certains meilleurs, et c&#8217;est un parti qui est un parti de gouvernement. Le Bloc ne peut pas \u00e9\u201atre un parti de gouvernement, c&#8217;est un parti qui est un r\u00e9ceptacle de m\u00e9contentements et de frustrations. Il a trouv\u00e9 un chef, M. Duceppe, qui a du talent pour \u00e7a, qui est bon pour capter le m\u00e9contentement.<\/p>\n<p>Sauf que les Qu\u00e9b\u00e9cois ne le voient pas comme premier ministre. Et \u00e7a, les p\u00e9quistes le sentent. Et pour cette raison, ils lui ont dit deux fois non. Ils pr\u00e9f\u00e8rent avoir un de leurs ministres, M. Boisclair, maintenant Mme. Marois, qui ont fait leurs preuves en tant que dirigeants. Cela prouve que m\u00e9\u201ame le Parti qu\u00e9b\u00e9cois a un probl\u00e8me avec le Bloc qui est simplement un r\u00e9ceptacle de protestations, un vote de protestation. Et M. Duceppe n&#8217;allait pas passer la barre comme premier ministre, et il se retrouve au Bloc, son \u00e9l\u00e9ment. Mais je crois que les Qu\u00e9b\u00e9cois sont pr\u00e9\u201ats au d\u00e9blocage. Les Qu\u00e9b\u00e9cois sont pr\u00e9\u201ats, y compris au f\u00e9d\u00e9ral, pas seulement au provincial, au f\u00e9d\u00e9ral aussi, \u00e0 avoir un vote d&#8217;action pluto\u00cc\u201at qu&#8217;un vote de protestation. Et ce vote d&#8217;action, \u00e7a va \u00e9\u201atre un vote lib\u00e9ral, j&#8217;en suis convaincu, \u00e9tant donn\u00e9 que les orientations du gouvernement conservateur sont beaucoup trop \u00e0 droite, beaucoup trop conservatrices, beaucoup trop r\u00e9publicaines, \u00e0 la Bush, pour les Qu\u00e9b\u00e9cois.<\/p>\n<p>Mme Marois maintenant. Sa d\u00e9claration contre un r\u00e9f\u00e9rendum pr\u00e9cipit\u00e9 parai\u00cc\u201at tout \u00e0 fait raisonnable et sens\u00e9e. Je crois qu&#8217;un chef ind\u00e9pendantiste, s\u00e9cessionniste donc, responsable, ne cherche pas \u00e0 pr\u00e9cipiter ses concitoyens dans un r\u00e9f\u00e9rendum qui les diviserait, parce qu&#8217;il ou elle sait que, ce faisant, l&#8217;ind\u00e9pendance devient impossible. L&#8217;ind\u00e9pendance n&#8217;est possible que s&#8217;il y a un appui clair pour une question claire, pour un enjeu extr\u00e9\u201amement difficile, la s\u00e9paration, la scission d&#8217;un \u00c9tat moderne, qui n&#8217;a jamais encore \u00e9t\u00e9 tent\u00e9e.<\/p>\n<p>Les seuls cas de s\u00e9cession qu&#8217;on ait, ont \u00e9t\u00e9 des r\u00e9gimes qui sortaient du totalitarisme, comme, disons, la Tch\u00e9coslovaquie, o\u00f9 les choses ne sont pas encore en place : il n&#8217;y a pas de charte des droits, pas d&#8217;institutions bien ficel\u00e9es, ni l&#8217;habitude de travailler conjointement ; pas de relations entre citoyens en chair et en os, qui soient fond\u00e9es sur la libert\u00e9. D\u00e8s l&#8217;instant o\u00f9 ces conditions se cr\u00e9ent, ces conditions de libert\u00e9 au sein d&#8217;une d\u00e9mocratie bien \u00e9tablie, la scission est un probl\u00e8me \u00e9norme. Et pour y arriver, pour se convaincre de cesser d&#8217;\u00e9\u201atre des concitoyens, pour se transformer en \u00e9trangers les uns envers les autres, il faut une volont\u00e9 de rupture tr\u00e8s ferme au d\u00e9part, exprim\u00e9e clairement, sans ambigui\u00cc\u02c6t\u00e9.<\/p>\n<p>Alors, quand Mme Marois dit : Je ne ferai de r\u00e9f\u00e9rendum que si j&#8217;ai l&#8217;assurance de le gagner, elle dit la bonne chose. J&#8217;ajouterais cependant : le gagner clairement, avec une question qui ne fasse pas partie de l&#8217;arsenal des conditions gagnantes. La question doit faire partie des conditions essentielles pour savoir ce que les gens pensent vraiment.<\/p>\n<p><em>PO<\/em>: It is 20 years exactly since the Meech Lake Accord. You once said in a roundtable with Mr. Bourassa, at the Universit\u00e9 de Montr\u00e9al, that Mr. Trudeau&#8217;s opposition to the Meech Lake Accord was \u201cthe worst constitutional error in Canadian history.\u201d I wanted to give you a chance to elaborate.<\/p>\n<p>ST\u00c9PHANE DION: Mr. Trudeau&#8217;s opposition to Meech: well, we have Meech except that we don&#8217;t have the symbolic advantage of Meech. Look at the five conditions. First, the federal spending power: I would claim that the Social Union Framework guarantee goes further than what Meech was proposing.<\/p>\n<p><em>PO<\/em>: Immigration, Senate, Supreme Court, distinct society&#8230;<\/p>\n<p>ST\u00c9PHANE DION: Immigration: The Canada-Quebec immigration agreement is the law; more than the law, it&#8217;s a law that none of the two partners may get out of without the agreement of the other, so it&#8217;s very entrenched. The distinct society: it&#8217;s a resolution in the House. It&#8217;s not in the Constitution, so we don&#8217;t have the symbolic gain, but it&#8217;s a fact. And the judges of the Supreme Court, including the current Chief Justice, said that obviously they take into account Quebec&#8217;s distinctiveness when they have to make their decisions. The veto\u00a0power too has been recognized by Parliament. The last one is the Supreme Court judges. This one is not done.<\/p>\n<p>But the four others are. And we don&#8217;t have the symbolic gain. That is too bad. That is why I think Mr. Trudeau was wrong in saying that Meech will destroy Canada. In fact, I&#8217;m sure that &#8230; we&#8217;ll never know for sure on this issue, but I&#8217;m confident, let&#8217;s say, that if Meech had passed, I would be a university professor today, and we would not have had the second referendum.<\/p>\n<p><em>PO<\/em>: Was there a payback price paid for that in 1995, in October 1995, the referendum?<\/p>\n<p>ST\u00c9PHANE DION: 1995 would not have happened, very likely, without the outrage, the sense of rejection that Meech created, that the Meech failure created. But can I add something?<\/p>\n<p><em>PO<\/em>: Sure.<\/p>\n<p>ST\u00c9PHANE DION: You may not like this personally, but I think Mr. Mulroney dramatized the debate on Meech, claiming that if Meech doesn&#8217;t pass &#8230;<\/p>\n<p><em>PO<\/em>: It&#8217;s called pressure-cooker tactics.<\/p>\n<p>ST\u00c9PHANE DION: Yes. When the Meech debate started, separation was really low, and at the end, separation was very high. And the main reason is that the Prime Minister of our country was saying that without this agreement, we Quebecers should not stay in Canada, or we may not stay in Canada. Since he was inviting us to envisage separation, many people thought, maybe we should get out. I mean, if the Prime Minister of your country is saying that without a constitutional change, you should consider leaving the country, you would be inclined to conclude that, indeed, you should leave. Mr. Mulroney was wrong to put the very existence of the country at stake in order to prove his point. So Mr. Trudeau was not alone to make mistakes at that time.<\/p>\n<p><em>PO<\/em>: The other major test of a prime minister is usually the conduct of foreign policy, and particularly CanadaUS relations.<\/p>\n<p>ST\u00c9PHANE DION: Yes.<\/p>\n<p><em>PO<\/em>: So how do you see relations with the United States, and particularly the White House and the relationship between the president and the prime minister, and not President Bush, but the president of the United States?<\/p>\n<p>ST\u00c9PHANE DION: Exactly. Our US neighbour is an ally, not a model, and this distinction is not understood or not welcome by the current prime minister. But I have this distinction very clear in my mind. And every opportunity I had in the past to interact with our American friends, the US administration, I&#8217;ve been successful on this premise. I&#8217;ve been able to negotiate with North Dakota a filter to protect Lake Winnipeg from the Devil&#8217;s Lake outflow. Unfortunately, the current government did not pursue this agreement.<\/p>\n<p>And the key point, each time I had this interaction with them was respect, I always respected them; never was I involved in Bush-bashing or whatever. And I will respect the president, the president that the people of the United States will elect, and I will work with him or her as I&#8217;m working with all the premiers of my country, even when they are separatist or Conservative or NDP. It&#8217;s the way it should work, and it&#8217;s what I will do.<\/p>\n<p>The second thing I would like to say is: Do not focus only on the president, it&#8217;s a very complex system, as you know. If you want to have progress on softwood, you need to find your allies there, and it&#8217;s the consumers, who have to pay much more for their house because of the strong softwood lobby that is blocking Canadian wood. And it&#8217;s not the president alone who is able to deliver it to you.<\/p>\n<p>You need to work hard. That&#8217;s what I did for the climate change conference. I brought America to Montreal. I brought to Montreal a huge number of governors, mayors of big cities, environmental groups, journalists, business people willing to have a common market in North America, who pressured the US delegation to move toward us, and at the end of the day, the US administration moved a bit, not up to Kyoto, but under the Convention for Climate Change.<\/p>\n<p>Last thing, sometimes the best way to have progress with the United States is not necessarily only with a direct link to them. Sometimes, it&#8217;s to speak to others. In my case, I knew that it would be impossible to move the United States if I was not able to understand what their main problem is. Their main problem, at that time and many times, was not Canada, it was China. So as long as China was not willing to work with the other countries on climate change, the US would not, because they are in competition with China, as you know, because of the huge trade deficit they have with them. So I went to China twice, and China started to move. I went to Australia too, it was an ally of the United States on this issue. They moved toward us, and they helped the United States to move as well.<\/p>\n<p>So if I may recap: respect, the distinction between an ally and a model, to have very strong links with the president\u2014 but with the system and the society as well, to understand what their main concerns are, and to work with third parties and other countries in order to help the United States to move closer to our view.<\/p>\n<p>PO: On the environment, do you still believe Canada can meet its targets under Kyoto in the 2008-12 framework?<\/p>\n<p>ST\u00c9PHANE DION: The current government fails to understand that we need to do everything we can to meet the Kyoto targets while strengthening the economy. Instead of action and leadership, we have inaction and denial. The Conservatives scrapped the plan put in place by the previous Liberal government when I was minister of the environment in 2005. Over the last few months, when the polls told them they should be taking action, they have recreated some of the programs they had cut but they changed the names and committed less money. They have still not proposed a credible plan. I have often said that if a plan had been put in place last year, Canada would have been on a good footing for 2008. The Kyoto framework sets out mechanisms for noncompliance, so the Conservatives&#8217; decision to walk away from the agreement is nonsense. What we really need is to replace rhetoric with a strong plan now to create real momentum and transformative change before 2012. We need to be leaders in the post-2012 period and we need to continue to stay within the Kyoto framework to set targets and to work to achieve them. The Liberals proposed an industrial polluter plan that signals the kind of aggressive and smart action that is needed today. It is called the Carbon Budget. Not only will this plan help us reach a target, but it will give us the tools needed to transform Canada into a clean-energy superpower.<\/p>\n<p><em>PO<\/em>: Do you agree that in 1997 and again in 2003, when we signed on and reaffirmed our affirmation of this accord, that we didn&#8217;t have a plan at the time?<\/p>\n<p>ST\u00c9PHANE DION: In 2000, the Liberals released a plan; in 2002, we updated that plan. Remember that these were new issues at the time, and there was fierce resistance from Mr. Harper and the Conservatives at the time, against the actions undertaken by the Liberals, in fact against any action at all. My plan as environment minister in 2005 was strong and certainly welcomed by experts and environmental groups. Mr. Harper burned this plan, made greenhouse gas emissions with it, and we wasted a full year. It&#8217;s clear today that if I was prime minister, Canada would be taking the action needed to meet this challenge, and seizing the economic opportunity of being an early mover. As much as the Liberal government helped change a fiscal deficit to a surplus in the \u201d\u02dc90s, the Liberal Party under my leadership will change an environmental deficit into a surplus of innovation.<\/p>\n<p><em>PO<\/em>: The environment was the centrepiece of your leadership campaign and what drove your insurgency at the convention. I wonder about the challenges between taking over a party, as you did in December, and uniting it from third place in the leadership, from 18 percent on the first ballot to being 55 percent on the fourth ballot. Your sense of the challenges of uniting a party.<\/p>\n<p>ST\u00c9PHANE DION: The party is united. Once in a while you have stories in newspapers because it&#8217;s always good copy to have anonymous comments.<\/p>\n<p><em>PO<\/em>: And finally, on Afghanistan and the mission, in the cabinet in the summer of 2005, you voted in favour of the redeployment from Kabul to Kandahar obviously. In May of 2006 &#8230;<\/p>\n<p>ST\u00c9PHANE DION: Not a vote, it&#8217;s a cabinet decision.<\/p>\n<p><em>PO<\/em>: Well, you obviously supported it. In May of 2006, you voted against the motion to extend the mission on the grounds that there wasn&#8217;t enough time to debate it in the House &#8230;<\/p>\n<p>ST\u00c9PHANE DION: I thought that it was a shame the way the Prime Minister, in six hours, was asking for a two-year extension, without all the information we needed, when in other countries, it takes months in their parliaments to discuss it, and also the Prime Minister was wrong to blackmail the House with the threat of an election if we were not doing what he wanted. At the time, we Liberals were in a leadership race. I think it&#8217;s a shame what the Prime Minister did at that time.<\/p>\n<p><em>PO<\/em>: But then, and I was going to say, in the spring of 2007, you proposed your own motion, as opposition leader, to wind up the operations in southern Afghanistan by 2009. But the way I read your motion, you did not propose necessarily to leave the country.<\/p>\n<p>ST\u00c9PHANE DION: No.<\/p>\n<p><em>PO<\/em>: Perhaps to redeploy in a safer part of the country?<\/p>\n<p>ST\u00c9PHANE DION: No. The combat mission in Kandahar must end in February 2009.<\/p>\n<p><em>PO<\/em>: And if you are prime minister in 2009, it will end in 2009?<\/p>\n<p>ST\u00c9PHANE DION: Not only that, but in addition I would communicate this information to our allies right away. Canada is part of a team. We need to say to the team what we will do. And we need to be clear. If we&#8217;re not clear about the February 2009 deadline, our allies will think that we intend to stay longer. If you say nothing, they will assume that you will stay. But now the Prime Minister is saying nothing. In fact, he is buying tanks and helicopters that will be on the ground only at the end of 2008, if not in 2009. So he is still sending the message that it&#8217;s an open-ended combat mission in Kandahar. It&#8217;s what the other countries of NATO understand, I&#8217;m very frank, I&#8217;m very honest, I&#8217;m very clear: the combat mission in Kandahar is over in February 2009.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>OPTIONS POLITIQUES\u00a0: M. Dion, merci d&#8217;avoir accept\u00e9 de nous rencontrer. Commen\u00e7ons par votre vision des relations f\u00e9d\u00e9rales-provinciales. Quel est, \u00e0 votre avis, l&#8217;\u00e9quilibre appropri\u00e9 entre Ottawa et les provinces, surtout en vertu des articles 91 et 92 sur la division des pouvoirs? 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