{"id":262350,"date":"2007-05-01T04:00:00","date_gmt":"2007-05-01T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/issues\/la-souverainete-canadienne-dans-le-passage-du-nord-ouest\/"},"modified":"2025-10-07T19:59:21","modified_gmt":"2025-10-07T23:59:21","slug":"la-souverainete-canadienne-dans-le-passage-du-nord-ouest","status":"publish","type":"issues","link":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2007\/05\/la-souverainete-canadienne-dans-le-passage-du-nord-ouest\/","title":{"rendered":"La souverainet\u00e9 canadienne dans le passage du Nord-Ouest"},"content":{"rendered":"<p class=\"dropcap-big\">Les m\u00e9dias ont largement relay\u00e9 le constat alarmant des scientifiques sur la fonte rapide de la banquise arctique. La publication r\u00e9cente du nouveau rapport du Groupe d&#8217;experts intergouvernemental sur l&#8217;\u00e9volution du climat (GIEC), qui traduit le renforcement des convictions de la communaut\u00e9 scientifique mondiale quant \u00e0 une r\u00e9elle tendance au r\u00e9chauffement de la plan\u00e8te, a relanc\u00e9 le d\u00e9bat sur les impacts g\u00e9opolitiques de la disparition de la banquise estivale dans l&#8217;Arctique canadien. Selon les observations satellitaires fournies par la NASA, le couvert de glace dans l&#8217;ensemble de l&#8217;Arctique, \u00e0 son minimum de septembre, a diminu\u00e9 de 21,3 p. 100 de 1992 \u00e0 2006, marquant une acc\u00e9l\u00e9ration d&#8217;un ph\u00e9nom\u00e8ne observ\u00e9 d\u00e8s les ann\u00e9es 1980, mais encore fort lent \u00e0 l&#8217;\u00e9poque. Les campagnes oc\u00e9anographiques de 2005 et de 2006, dans l&#8217;Arctique russe comme canadien, ont permis de mesurer de visu l&#8217;ampleur des changements : de vastes espaces maritimes \u00e9taient pratiquement libres de glace \u00e0 des p\u00e9riodes o\u00f9 on aurait d\u00fb\u201a trouver une banquise saisonni\u00e8re cons\u00e9quente. Les Inuits confirment, de m\u00e9moire d&#8217;homme, n&#8217;avoir jamais vu un tel ph\u00e9nom\u00e8ne et s&#8217;inqui\u00e8tent des signes d&#8217;essoufflement des populations de phoques et d&#8217;ours, qui ont besoin de la banquise pour mettre bas ou chasser.<\/p>\n<p>Une incertitude demeure sur la vitesse r\u00e9elle de ce retrait, mais les scientifiques sont maintenant d&#8217;accord sur un point : avec les changements climatiques, la banquise estivale de l&#8217;Arctique canadien devrait dispara\u00eetre d&#8217;ici 20 \u00e0 30 ans environ. Seule subsisterait dans l&#8217;oc\u00e9an Arctique une banquise permanente, dont l&#8217;\u00e9tendue demeure inconnue et que le r\u00e9chauffement grignoterait peu \u00e0 peu. L&#8217;ouverture potentielle des mythiques routes maritimes des passages du Nord-Ouest et du Nord-Est a relanc\u00e9 le d\u00e9bat de la souverainet\u00e9 sur les eaux nordiques. En particulier, Washington a r\u00e9affirm\u00e9 son refus de reconna\u00eetre la souverainet\u00e9 canadienne sur les eaux du passage du Nord-Ouest, suscitant une vive \u00e9motion dans l&#8217;opinion publique canadienne, et une r\u00e9action tant du gouvernement lib\u00e9ral de Paul Martin que du gouvernement conservateur de Stephen Harper. Depuis l&#8217;\u00e9lection de ce dernier, la question de la d\u00e9fense de la souverainet\u00e9 canadienne sur les eaux de l&#8217;archipel arctique fait officiellement partie des priorit\u00e9s d&#8217;Ottawa. Pendant la campagne \u00e9lectorale, Stephen Harper a annonc\u00e9 un ambitieux programme d&#8217;investissements pour affirmer la souverainet\u00e9 du Canada dans l&#8217;Arctique.<\/p>\n<p>Qu&#8217;en est-il de ces promesses ? Depuis le d\u00e9but du si\u00e8cle et la remise en cause plus affirm\u00e9e de la revendication canadienne par les \u00c9tats-Unis, Ottawa a-t-il pos\u00e9 des gestes concrets ? Compte tenu de l&#8217;\u00e9volution attendue du trafic maritime dans le passage du Nord-Ouest, la r\u00e9ponse est-elle adapt\u00e9e ?<\/p>\n<p class=\"dropcap\">Sous le gouvernement de Paul Martin, Ottawa a cherch\u00e9 \u00e0 souligner sa pr\u00e9sence dans l&#8217;Arctique. Il s&#8217;agissait de \u00ab porter le drapeau \u00bb dans cette r\u00e9gion longtemps n\u00e9glig\u00e9e, de d\u00e9montrer une \u00ab occupation effective \u00bb pour satisfaire un crit\u00e8re fondamental du droit international advenant un arbitrage international du diff\u00e9rend avec les \u00c9tats-Unis. Il est fondamental, en droit, de manifester sa pr\u00e9sence et son int\u00e9r\u00eat <em>continus<\/em> dans une dispute de souverainet\u00e9. De plus, une absence peut devenir un argument pour souligner l&#8217;incapacit\u00e9 potentielle du Canada \u00e0 assumer ses responsabilit\u00e9s dans des eaux o\u00f9 la navigation pourrait cro\u00eetre rapidement. En effet, dans l&#8217;\u00e9tat actuel, il semble que les Forces canadiennes soient nettement insuffisantes pour faire face \u00e0 une crise d&#8217;envergure, du moins sans l&#8217;appui des troupes am\u00e9ricaines.<\/p>\n<p>Aux pr\u00e9tentions canadiennes de souverainet\u00e9 sur les eaux de l\u2019archipel arctique, Washington pouvait parfaitement objecter le faible investissement politique canadien dans cette r\u00e9gion et m\u00eame le d\u00e9sengagement manifeste depuis la fin de la guerre froide. De fait, le Canada a arr\u00eat\u00e9 de d\u00e9ployer des navires dans les eaux arctiques en 1989, abandonn\u00e9 le programme d\u2019achat de sous-marins nucl\u00e9aires en 1990 et r\u00e9duit drastiquement les patrouilles a\u00e9riennes, pass\u00e9es de 26 en moyenne par ann\u00e9e dans les ann\u00e9es 1980 \u00e0 4 seulement en 2000 pour tout le territoire nordique.<\/p>\n<p>Le \u00ab 2000 Arctic Capability Report \u00bb avait soulign\u00e9 l&#8217;inqui\u00e9tante d\u00e9gradation des capacit\u00e9s op\u00e9rationnelles des Forces canadiennes dans cette r\u00e9gion du monde. M\u00eame le mat\u00e9riel, adapt\u00e9 aux conditions arctiques des ann\u00e9es 1970, n&#8217;est plus tr\u00e8s fonctionnel de nos jours, soulignait le rapport. Les h\u00e9licopt\u00e8res Griffon, par exemple, ne peuvent voler dans des temp\u00e9ratures inf\u00e9rieures \u00e0 -25<sup>o<\/sup>C, ce qui g\u00eane consid\u00e9rablement les op\u00e9rations dans l&#8217;Arctique ; il faudrait y d\u00e9ployer des Cormorants. La suppression du R\u00e9giment a\u00e9roport\u00e9 en 1995 prive aussi les Forces d&#8217;un outil pr\u00e9cieux pour intervenir rapidement dans des r\u00e9gions recul\u00e9es.<\/p>\n<p class=\"dropcap\">Les gouvernements lib\u00e9ral puis conservateur ont r\u00e9agi, sur le front diplomatique tout d&#8217;abord, en multipliant les occasions de r\u00e9affirmer la souverainet\u00e9 canadienne revendiqu\u00e9e sur les eaux int\u00e9rieures de l&#8217;archipel arctique. La vigueur de la r\u00e9action canadienne au sujet de l&#8217;\u00eele de Hans, \u00e0 l&#8217;\u00e9t\u00e9 2005, ne s&#8217;expliquait gu\u00e8re par l&#8217;enjeu \u2015 d\u00e9risoire \u2015 de cet \u00eelot tr\u00e8s au nord et dont le contr\u00f4le n&#8217;a aucun impact sur le passage du Nord-Ouest, mais plut\u00f4t par le souci d&#8217;affirmer l&#8217;importance que rev\u00eatait d\u00e9sormais la question de la souverainet\u00e9 du Canada. En tan\u00e7ant s\u00e8chement l&#8217;ambassadeur am\u00e9ricain, David Wilkins, le 27 janvier 2006, Stephen Harper a soulign\u00e9 la fermet\u00e9 de la position canadienne \u00e0 ce sujet.<\/p>\n<blockquote><p>La vigueur de la r\u00e9action canadienne au sujet de l&#8217;\u00eele de Hans, \u00e0 l&#8217;\u00e9t\u00e9 2005, ne s&#8217;expliquait gu\u00e8re par l&#8217;enjeu \u2015 d\u00e9risoire \u2015 de cet \u00eelot tr\u00e8s au nord et dont le contr\u00f4le n&#8217;a aucun impact sur le passage du Nord-Ouest, mais plut\u00f4t par le souci d&#8217;affirmer l&#8217;importance que rev\u00eatait d\u00e9sormais la question de la souverainet\u00e9 du Canada.<\/p><\/blockquote>\n<p>Ottawa a \u00e9galement voulu \u00e9toffer sa pr\u00e9sence officielle par le biais de d\u00e9ploiements militaires plus nombreux et en annon\u00e7ant un ambitieux programme de d\u00e9veloppement des capacit\u00e9s militaires dans la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>En ce qui concerne la surveillance de la r\u00e9gion, le lancement du satellite <em>RadarSat-2<\/em> devrait permettre une couverture constante de l&#8217;archipel arctique. Le 29 ao\u00fbt 2005, le gouvernement canadien a annonc\u00e9 un investissement de 400 millions de dollars dans un contrat de fourniture d&#8217;images prises par ce satellite qui, apr\u00e8s de multiples reports, sera lanc\u00e9 en 2007. Cette couverture permettra d&#8217;obtenir des informations de grande qualit\u00e9 sur les mouvements de navires dans la r\u00e9gion arctique. D&#8217;autre part, l&#8217;installation d&#8217;un syst\u00e8me d&#8217;\u00e9coute sous-marine de type Sound Surveillance System (SOSUS) pourrait \u00eatre relativement peu co\u00fbteuse tout en permettant d&#8217;obtenir des informations sur la navigation de surface et sous-marine dans les points cl\u00e9s des eaux arctiques. Il a \u00e9galement beaucoup \u00e9t\u00e9 question d&#8217;investir dans un syst\u00e8me de radar haute fr\u00e9quence \u00e0 ondes de surface (RHFOS) qui permet une surveillance \u00ab au-del\u00e0 de l&#8217;horizon \u00bb dans une r\u00e9gion o\u00f9 la couverture radar est lacunaire. Enfin, l&#8217;acquisition de drones, ou avions sans pilote l\u00e9gers, bas\u00e9s \u00e0 Comox (C.-B.) et Goose Bay (Labrador), pourrait assurer la surveillance a\u00e9rienne.<\/p>\n<p class=\"dropcap\">Deuxi\u00e8mement, la pr\u00e9sence canadienne se manifeste, par une capacit\u00e9 d&#8217;intervention accrue dans l&#8217;Arctique. On a ainsi augment\u00e9 les effectifs de 500 Rangers et la port\u00e9e de leurs patrouilles. Les Rangers sont un corps auxiliaire de l&#8217;arm\u00e9e canadienne tr\u00e8s utile en ce sens, puisque les Inuits, qui constituent l&#8217;essentiel des effectifs, connaissent parfaitement le terrain. Il a aussi \u00e9t\u00e9 question de recr\u00e9er un bataillon a\u00e9roport\u00e9 et une force de r\u00e9action rapide, de construire un centre de formation militaire \u00e0 Cambridge, au Nunavut, et une base navale dans l&#8217;Arctique, et de commander de nouveaux brise-glace arm\u00e9s, plus puissants, capables notamment de naviguer dans les eaux arctiques en toutes saisons, ce que les b\u00e2timents actuels ne peuvent faire.<\/p>\n<p>Pendant longtemps, parall\u00e8lement \u00e0 son d\u00e9sengagement de l&#8217;Arctique, le gouvernement canadien a n\u00e9glig\u00e9 le financement de la recherche arctique. Par exemple, le 30 avril 2001, lors d&#8217;une conf\u00e9rence sur l&#8217;Arctique canadien, les sommes consacr\u00e9es par divers pays \u00e0 la recherche polaire (par ann\u00e9e) ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9es. Les \u00c9tats-Unis y consacraient 463 millions de dollars canadiens, la Su\u00e8de, 11 millions, le Canada, moins de 3 millions. La somme consacr\u00e9e aux sciences sociales dans cette r\u00e9gion \u00e9tait si d\u00e9risoire que les participants n&#8217;en ont m\u00eame pas parl\u00e9.<\/p>\n<p>L&#8217;auteur de ces lignes, apr\u00e8s avoir d\u00e9pos\u00e9 en janvier 2003 une demande de subvention au Centre canadien pour le d\u00e9veloppement de la politique \u00e9trang\u00e8re (CCDPE) sur l&#8217;impact g\u00e9opolitique des changements climatiques dans l&#8217;Arctique canadien, s&#8217;est vu r\u00e9pondre \u00e0 l&#8217;\u00e9poque que ce sujet \u00ab ne concernait pas suffisamment la politique \u00e9trang\u00e8re du Canada \u00bb.<\/p>\n<p>Cette politique \u00e9tait \u00e0 courte vue pour deux raisons : d&#8217;une part, en n\u00e9gligeant la recherche, on s&#8217;emp\u00eachait de bien comprendre les changements rapides introduits par les changements climatiques. D&#8217;autre part, au-del\u00e0 de ses retomb\u00e9es scientifiques, la recherche est un \u00e9l\u00e9ment important pour \u00e9tayer une revendication territoriale : elle implique une pr\u00e9sence gouvernementale r\u00e9guli\u00e8re et t\u00e9moigne de l&#8217;int\u00e9r\u00eat officiel pour la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Depuis quelques ann\u00e9es, Ottawa a d\u00e9cid\u00e9 de r\u00e9investir massivement dans la recherche arctique. Ainsi, en ao\u00fbt 2003, un programme de 70 millions de dollars a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 pour cartographier ad\u00e9quatement les fonds oc\u00e9aniques de l&#8217;Arctique : si les retomb\u00e9es \u00e9conomiques potentielles sont importantes, celles de nature politique le sont aussi, car le Canada pourrait \u00e9ventuellement y trouver des arguments pour \u00e9tayer ses revendications de zone de plateau continental : apr\u00e8s avoir ratifi\u00e9 la Convention du droit de la mer en novembre 2003, Ottawa dispose de dix ans pour d\u00e9poser aupr\u00e8s de l&#8217;ONU une revendication globale et document\u00e9e.<\/p>\n<p>En juin 2002, une proposition, soumise par un consortium d&#8217;universit\u00e9s canadiennes et d&#8217;agences f\u00e9d\u00e9rales et visant la transformation du brise-glace <em>sir John Franklin<\/em> en un navire de recherche de pointe, l&#8217;<em>Amundsen<\/em>, a \u00e9t\u00e9 accept\u00e9e par la Fondation canadienne pour l&#8217;innovation ; le co\u00fbt total de ce programme a \u00e9t\u00e9 de 67 millions. Le brise-glace permet aujourd&#8217;hui au Canada de r\u00e9affirmer sa place en recherche arctique.<\/p>\n<p>Tout r\u00e9cemment, en septembre 2005, le gouvernement annon\u00e7ait une enveloppe de 150 millions de dollars suppl\u00e9mentaires destin\u00e9e \u00e0 la recherche, ce qui devrait permettre au Canada de demeurer proactif en vue de l&#8217;Ann\u00e9e polaire internationale (API, 2007-2008). En mars 2007, le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral a financ\u00e9 44 projets de recherche, un pas tr\u00e8s positif pour l&#8217;affirmation du Canada dans l&#8217;Arctique, d&#8217;autant plus que les budgets am\u00e9ricains affichent en m\u00eame temps une nette tendance \u00e0 la baisse : seuls 59 millions (72 millions de dollars canadiens) ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9bloqu\u00e9s par Washington pour l&#8217;API.<\/p>\n<p class=\"dropcap\">Par ailleurs, les Forces canadiennes ont multipli\u00e9 les man\u0153uvres dans l&#8217;Arctique au cours des cinq derni\u00e8res ann\u00e9es. En ao\u00fbt 2002, la marine a organis\u00e9 l&#8217;op\u00e9ration Narwhal 1, qui comprenait la fr\u00e9gate <em>HMCS Montr\u00e9al<\/em>, 5 h\u00e9licopt\u00e8res, 4 avions Twin Otter, 220 marins et 200 soldats d&#8217;infanterie. En ao\u00fbt 2004 a suivi l&#8217;exercice Narwhal 2. En ao\u00fbt 2005, l&#8217;op\u00e9ration Hudson Sentinel a conduit deux dragueurs de mines \u00e0 patrouiller la baie d&#8217;Hudson : il s&#8217;agissait de la premi\u00e8re visite de b\u00e2timents militaires depuis 1975 dans cette partie de l&#8217;espace maritime canadien.<\/p>\n<p>En 2006, deux exercices terrestres ont \u00e9t\u00e9 organis\u00e9s, Glacial Gunner en f\u00e9vrier puis Arctic Patricia en mai, ainsi qu&#8217;un exercice combin\u00e9 (op\u00e9ration Lancaster, en ao\u00fbt). Ces exercices ont permis de mesurer le degr\u00e9 d&#8217;impr\u00e9paration des Forces arm\u00e9es pour op\u00e9rer efficacement dans le Nord, mais ils \u00e9taient aussi riches d&#8217;enseignement sur la fa\u00e7on d&#8217;y rem\u00e9dier. De plus, ils ont permis de t\u00e9moigner du regain d&#8217;int\u00e9r\u00eat du Canada pour la surveillance de cette r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Cependant, une certaine incertitude demeure quant au reste du programme militaire du Canada. Le lancement du satellite d&#8217;observation <em>RadarSat-2<\/em> a subi retard sur retard. Le programme de radar \u00e0 longue port\u00e9e semble abandonn\u00e9, tout comme semble compromis le syst\u00e8me d&#8217;\u00e9coute sous-marine, mais l&#8217;acquisition de drones pour des patrouilles a\u00e9riennes est apparemment encore \u00e0 l&#8217;ordre du jour.<\/p>\n<p>L&#8217;ann\u00e9e 2006 a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par une ind\u00e9cision persistante quant au site de la base navale arctique, ind\u00e9cision qui semble traduire les h\u00e9sitations gouvernementales devant les co\u00fbts \u00e9normes d&#8217;un tel projet. Le gouvernement a annonc\u00e9 qu&#8217;il pourrait se contenter de la construction d&#8217;un relais logistique plut\u00f4t que d&#8217;une base compl\u00e8te. Il importe qu&#8217;il \u00e9value le co\u00fbt global de ces projets co\u00fbteux. L&#8217;installation et la gestion d&#8217;un syst\u00e8me d&#8217;\u00e9coute sous-marine co\u00fbtent cher. La construction des trois brise-glace additionnels est \u00e9valu\u00e9e par certains analystes \u00e0 environ 1,5 milliard de dollars, mais d&#8217;autres soulignent que le co\u00fbt r\u00e9el de tels b\u00e2timents lourds serait plus proche de 2 milliards. L&#8217;impact financier de l&#8217;engagement canadien en Afghanistan pourrait \u00e9galement compliquer le financement de toutes ces mesures pr\u00e9vues par le gouvernement conservateur.<\/p>\n<p>Pour ses activit\u00e9s navales dans le Nord, la marine a obtenu en 2004 l&#8217;autorisation de commander trois navires de soutien interarm\u00e9es (NSI) et de nouveaux navires de ravitaillement \u00e0 coque renforc\u00e9e, dans le cadre d&#8217;un programme global de 2,1 milliards destin\u00e9 \u00e0 remplacer les anciens Auxiliary Oil and Replenishment (AOR) qui ont maintenant 35 ans de service. Les NSI seront capables de naviguer dans des eaux couvertes de 70 cm de glace. Cependant, m\u00eame si ces b\u00e2timents arm\u00e9s disposent d&#8217;une certaine autonomie op\u00e9rationnelle, il est permis de se questionner sur l&#8217;utilit\u00e9 de tels navires d&#8217;appui et de ravitaillement dans l&#8217;Arctique, sachant qu&#8217;aucun b\u00e2timent arm\u00e9 de la marine n&#8217;a de capacit\u00e9 de navigation dans des eaux englac\u00e9es, \u00e0 la diff\u00e9rence de certaines fr\u00e9gates danoises notamment. Par ailleurs, l&#8217;achat de trois puissants brise-glace arm\u00e9s pour la marine canadienne a soulev\u00e9 la controverse : est-ce vraiment le mandat de la marine que de surveiller les c\u00f4tes et de reprendre celui de la Garde c\u00f4ti\u00e8re ? De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, sachant que la principale menace pour la souverainet\u00e9 canadienne ne provient pas tellement de sous-marins \u00e9trangers mais de la surveillance d&#8217;un accroissement potentiel du trafic maritime commercial dans l&#8217;Arctique, quelle est la pertinence de d\u00e9ployer un syst\u00e8me d&#8217;\u00e9coute sousmarine et des b\u00e2timents militaires ? Ne conviendrait-il pas plut\u00f4t de renforcer un corps civil dont c&#8217;est pr\u00e9cis\u00e9ment le mandat, \u00e0 savoir la Garde c\u00f4ti\u00e8re ?<\/p>\n<p class=\"dropcap\">L&#8217;inqui\u00e9tude de l&#8217;opinion publique canadienne et du gouvernement canadien tient, en bonne partie, \u00e0 la remise en cause active par Washington de la souverainet\u00e9 revendiqu\u00e9e par le Canada sur les eaux de l&#8217;archipel arctique. Certes, la possibilit\u00e9 d&#8217;y voir se d\u00e9velopper un trafic d&#8217;armes, de drogue, d&#8217;immigrants ill\u00e9gaux est r\u00e9elle, mais la litt\u00e9rature sur l&#8217;ouverture du passage du Nord-Ouest traduit plus l&#8217;inqui\u00e9tude nourrie par une possible explosion du trafic maritime commercial. Assistera-t-on vraiment \u00e0 l&#8217;ouverture d&#8217;une nouvelle autoroute maritime ?<\/p>\n<p>L&#8217;exploitation des ressources naturelles de l&#8217;Arctique induira sans doute un certain trafic maritime. Des gisements avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 exploit\u00e9s : le p\u00e9trole sur l&#8217;\u00eele Cameron jusqu&#8217;en 1996, du zinc et du plomb aux mines de Polaris et de Nanisivik, ferm\u00e9es en 2002. On sait que l&#8217;Arctique rec\u00e8le encore d&#8217;importants gisements de zinc, de fer et de plomb ; on pense y d\u00e9couvrir des gisements d&#8217;or, de diamants, de p\u00e9trole et de gaz, comme il en existe d\u00e9j\u00e0 sur la partie continentale de l&#8217;Arctique. Selon le US Geological\u00a0Survey, il y a des indices prometteurs de gisements de p\u00e9trole dans l&#8217;extr\u00eame-nord de l&#8217;Arctique, les couches s\u00e9dimentaires p\u00e9trolif\u00e8res pourraient ainsi s&#8217;\u00e9tendre de la mer de Beaufort (o\u00f9 le p\u00e9trole est d\u00e9j\u00e0 exploit\u00e9) \u00e0 travers l&#8217;ouest de l&#8217;archipel arctique jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00eele d&#8217;Ellesmere, dans le bassin de Melville.<\/p>\n<p>Des g\u00e9ologues estiment que pr\u00e8s du quart des hydrocarbures encore \u00e0 d\u00e9couvrir se trouve dans les r\u00e9gions arctiques, notamment dans le bassin de Sverdrup (l&#8217;ouest de l&#8217;archipel arctique canadien). Si la mise en exploitation du potentiel minier russe et canadien, tel qu&#8217;il est pressenti \u00e0 l&#8217;heure actuelle, se confirmait, c&#8217;est un important trafic qui en r\u00e9sulterait, tant pour le transport des pond\u00e9reux par vraquiers que pour assurer la logistique des mines. En 2004, le gisement de nickel et de kimberlite (potentiellement diamantif\u00e8re) de Darnley Bay Resources Limited \u00e0 Paulatuk a \u00e9t\u00e9 explor\u00e9, et son potentiel semble tr\u00e8s int\u00e9ressant. Une importante mine de fer est \u00e0 l&#8217;\u00e9tude au site de Mary River, sur l&#8217;\u00eele de Baffin. En janvier 2005, sentant une forte demande future pour des cargos \u00e0 coque renforc\u00e9e, les chantiers navals finlandais Aker Finnyards (Helsinki) ont cr\u00e9\u00e9 une filiale sp\u00e9cialement destin\u00e9e \u00e0 la construction de ce type de navire.<\/p>\n<p>Les gisements d&#8217;or et de diamants, dont le produit final est peu volumineux, seront certainement exploit\u00e9s ; quant aux mines de m\u00e9taux de base et aux gisements d&#8217;hydrocarbures, ils devront se r\u00e9v\u00e9ler tr\u00e8s rentables, car les co\u00fbts de mise en \u0153uvre de telles exploitations sont consid\u00e9rables : construire un port dans une r\u00e9gion de fortes mar\u00e9es, ouvrir une route d&#8217;acc\u00e8s \u00e0 la mine, d\u00e9velopper des infrastructures d&#8217;h\u00e9bergement, d\u00e9poser \u00e0 l&#8217;avance les sommes destin\u00e9es \u00e0 la d\u00e9pollution du site \u00e0 sa fermeture, transporter les minerais extraits, etc. Il faut alors que les cours mondiaux soient durablement \u00e9lev\u00e9s car, \u00e0 l&#8217;heure actuelle, les gisements arctiques ne justifient pas encore des investissements majeurs pour leur exploitation.<\/p>\n<p>Le tourisme constitue \u00e9galement un secteur en pleine expansion : des compagnies touristiques emploient des brise-glace russes ou ont achet\u00e9 des paquebots \u00e0 coque renforc\u00e9e pour exploiter le potentiel touristique du passage du Nord-Ouest. Leur nombre augmente rapidement : on relevait un voyage de tourisme dans l&#8217;archipel en 1990, cinq voyages en 1995, quinze en 1999 et huit en 2004 ; le Groenland a connu la visite de 53 navires en 2004.<\/p>\n<p class=\"dropcap\">Mais l&#8217;int\u00e9r\u00eat principal de l&#8217;ouverture des routes maritimes arctiques r\u00e9side surtout dans l&#8217;ouverture annonc\u00e9e des mythiques passages entre l&#8217;Europe et l&#8217;Asie que des explorateurs ont recherch\u00e9s depuis le XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Il est vrai que le passage du Nord-Ouest constitue une route plus courte\u00a0d&#8217;environ 6 000 km par rapport \u00e0 celui du canal de Panama (voir le tableau 1).<\/p>\n<p>Ce constat a nourri les sp\u00e9culations les plus alarmistes sur l&#8217;imminence d&#8217;une nouvelle autoroute arctique. Quelques observations s&#8217;imposent, cependant.<\/p>\n<p>Tout d&#8217;abord, qu&#8217;il s&#8217;agisse du trafic de conteneurs ou de pond\u00e9reux (ciment, p\u00e9trole, c\u00e9r\u00e9ales, minerais), la tendance est \u00e0 l&#8217;augmentation rapide de la taille des navires. Les navires Panamax (1984) pouvaient transporter 4 400 EVP, mais la classe des ultragros porteurs (ULC, 2003) a une capacit\u00e9 d\u00e9passant 8 000 EVP, tandis que d\u00e9j\u00e0 les chantiers navals con\u00e7oivent des navires de plus de\u00a018 000 EVP. Le gigantisme des navires se traduit par la n\u00e9cessit\u00e9\u00a0de chenaux profonds, larges et aux eaux pr\u00e9visibles. Or la profondeur des d\u00e9troits m\u00e9ridionaux du passage du Nord-Ouest impose de recourir \u00e0 des cargos de taille r\u00e9duite : la profondeur de 13 m du d\u00e9troit Union est tout juste suffisante pour des navires de type Panamax (12 m de tirant d&#8217;eau), mais bien insuffisante pour des classes plus grandes ; des navires de plus de 25 000 tonnes de port en lourd (tpl) ne pourraient y transiter. Selon les normes actuelles, ce sont de petits navires.<\/p>\n<p>Le transit par les chenaux plus profonds des d\u00e9troits de McClure ou du Prince-de-Galles pose les questions de savoir \u00e0 quel rythme cette r\u00e9gion se lib\u00e9rera de ses glaces pluriannuelles et comment les morceaux de la banquise permanente polaire, \u00e0 l&#8217;ouest, d\u00e9riveront lorsque celle-ci se d\u00e9sagr\u00e9gera. Une controverse se fait jour \u00e0 ce sujet : les blocs de glace seront-ils pouss\u00e9s vers l&#8217;archipel arctique par les grands courants de Beaufort ou demeureront-ils dans l&#8217;oc\u00e9an Arctique apr\u00e8s une possible inversion des courants, li\u00e9e au d\u00e9veloppement des d\u00e9pressions induit par le r\u00e9chauffement ?<\/p>\n<p>De toute fa\u00e7on, les oc\u00e9anographes s&#8217;accordent sur plusieurs points : la banquise se reformera chaque hiver, avec une tr\u00e8s grande variabilit\u00e9 interannuelle dans l&#8217;extension de cette banquise et dans son calendrier d&#8217;emb\u00e2cle et de d\u00e9b\u00e2cle. Autrement dit, m\u00eame dans un climat largement r\u00e9chauff\u00e9, il y aura des hivers rigoureux avec une prise pr\u00e9coce de la glace et une fonte plus tardive. Il en r\u00e9sultera une grande incertitude pour les armateurs quant au calendrier de l&#8217;ouverture de la navigation dans le passage du Nord-Ouest, ce que l&#8217;industrie du transport maritime n&#8217;aimera gu\u00e8re. De plus, il faudra utiliser des navires \u00e0 coque renforc\u00e9e,\u00a0car la glace d\u00e9rivante constituera toujours une menace ; sinon, il faudra naviguer \u00e0 vitesse tr\u00e8s r\u00e9duite ou risquer que les assureurs refusent d&#8217;assumer la couverture du navire. Par ailleurs, la fonte de l&#8217;inlandsis du Groenland pourrait envoyer de tr\u00e8s nombreux icebergs dans la baie de Baffin, rendant la navigation durablement plus dangereuse.<\/p>\n<p>Enfin, il faut savoir que les compagnies maritimes de marchandises conteneuris\u00e9es fonctionnent en mode \u00ab juste \u00e0 temps \u00bb : elles ne garantissent pas seulement le transport mais aussi un d\u00e9lai de livraison pr\u00e9cis pour \u00e9viter la constitution de stocks aux entreprises. Transiter par le passage du Nord-Ouest permet de r\u00e9duire la distance, mais, en \u00e9t\u00e9, il risque d&#8217;y avoir des glaces d\u00e9rivantes, pouss\u00e9es par les vents et les courants, qui peuvent consid\u00e9rablement ralentir la vitesse et faire perdre ainsi l&#8217;avantage d&#8217;une distance plus courte, voire m\u00eame bloquer tel ou tel d\u00e9troit, entra\u00eenant des retards qui co\u00fbteraient fort cher en termes de p\u00e9nalit\u00e9s financi\u00e8res et de fiabilit\u00e9 \u00e9corn\u00e9e. De plus, naviguer en hiver demeurerait impossible, ce qui signifie qu&#8217;il faudrait modifier les itin\u00e9raires logistiques deux\u00a0fois par an, un processus complexe et co\u00fbteux pour les affr\u00e9teurs. Investir dans des navires \u00e0 coque renforc\u00e9e suppose aussi de lourdes charges financi\u00e8res et une rentabilit\u00e9 r\u00e9duite si on ne peut entrevoir un amortissement rapide. Il faut \u00e9galement un \u00e9quipage exp\u00e9riment\u00e9 (forts courants de mar\u00e9e, hauts-fonds) et des \u00e9quipements sp\u00e9cifiques si l&#8217;on veut naviguer sans escorte de brise-glace : projecteurs nocturnes, radar puissant, h\u00e9licopt\u00e8re embarqu\u00e9 pour la reconnaissance pr\u00e9alable des d\u00e9troits.<\/p>\n<p>On ne peut donc s&#8217;attendre \u00e0 voir ce type de b\u00e2timent naviguer prochainement, de fa\u00e7on r\u00e9guli\u00e8re, dans les eaux arctiques. Le transport de pond\u00e9reux, qui ne repose pas autant que le transport de conteneurs sur une date pr\u00e9cise de livraison, pourrait plus facilement emprunter le passage dans sa partie m\u00e9ridionale, avec des navires renforc\u00e9s.<\/p>\n<blockquote><p>Le passage du Nord-Ouest, de plus, devra faire face, pour le trafic de transit, \u00e0 la concurrence de la route maritime du Nord, au nord de la Sib\u00e9rie. D&#8217;une distance comparable \u00e0 celle du passage du Nord-Ouest, cet itin\u00e9raire b\u00e9n\u00e9ficie de la pr\u00e9sence de brise-glace russes beaucoup plus puissants, de ports en eau profonde \u00e9chelonn\u00e9s le long du trajet, d&#8217;un savoir-faire russe \u00e9prouv\u00e9 et d&#8217;une fonte des glaces estivale bien plus importante que dans l&#8217;Arctique canadien.<\/p><\/blockquote>\n<p>Le passage du Nord-Ouest, de plus, devra faire face, pour le trafic de transit, \u00e0 la concurrence de la route maritime du Nord, au nord de la Sib\u00e9rie. D&#8217;une distance comparable \u00e0 celle du passage du Nord-Ouest, cet itin\u00e9raire b\u00e9n\u00e9ficie de la pr\u00e9sence de brise-glace russes beaucoup plus puissants, de ports en eau profonde \u00e9chelonn\u00e9s le long du trajet, d&#8217;un savoir-faire russe \u00e9prouv\u00e9 et d&#8217;une fonte des glaces estivale bien plus importante que dans l&#8217;Arctique canadien. En rythme d\u00e9cennal, celui-ci a vu la surface des glaces baisser de 1,6 p. 100, tandis que l&#8217;Arctique russe a perdu 12 p. 100 de son couvert de glace par d\u00e9cennie depuis 1979. Les chantiers navals d&#8217;Akers Finnyard, en Finlande, un des principaux producteurs de brise-glace et de cargos \u00e0 capacit\u00e9 arctique, voient certes affluer les commandes de navires \u00e0 coque renforc\u00e9e, mais ceux-ci sont destin\u00e9s au passage du Nord-Est, pas \u00e0 celui du Nord-Ouest.<\/p>\n<p class=\"dropcap\">Avec une certaine pr\u00e9cipitation, le gouvernement canadien a entrepris d&#8217;afficher un int\u00e9r\u00eat renouvel\u00e9 pour l&#8217;Arctique (40 p. 100 de son territoire), longtemps n\u00e9glig\u00e9. Ses pr\u00e9tentions sur les eaux arctiques \u00e9taient de plus en plus activement contest\u00e9es par les \u00c9tats-Unis et l&#8217;Union europ\u00e9enne. Un r\u00e9investissement important a \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9 dans le domaine de la recherche arctique ; l&#8217;opinion s&#8217;int\u00e9resse \u00e0 ces enjeux et le Canada a affich\u00e9 une fermet\u00e9 rh\u00e9torique quant \u00e0 ses pr\u00e9tentions dans la r\u00e9gion ; les Forces arm\u00e9es ont recommenc\u00e9 \u00e0 tenir des exercices dans l&#8217;Arctique et \u00e0 se r\u00e9approprier un savoir-faire perdu avec le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat pour cette r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Cependant, la mise en \u0153uvre de l&#8217;important programme d&#8217;acquisitions et d&#8217;infrastructures du gouvernement canadien pose la question de la capacit\u00e9 financi\u00e8re du Tr\u00e9sor public. Elle ne peut non plus permettre l&#8217;\u00e9conomie d&#8217;un r\u00e9el d\u00e9bat sur la volont\u00e9 politique du gouvernement : la Garde c\u00f4ti\u00e8re aura-t-elle le mandat d&#8217;arr\u00eater un navire qui refuse de se conformer \u00e0 la Loi sur la pr\u00e9vention de la pollution des eaux arctiques ? Si le gouvernement conservateur va de l&#8217;avant avec son projet controvers\u00e9 de brise-glace arm\u00e9s, comment red\u00e9finira-til le r\u00f4le respectif de la marine et de la Garde c\u00f4ti\u00e8re ? Une politique ne se r\u00e9sume pas \u00e0 l&#8217;acquisition de mat\u00e9riel, mais suppose une doctrine d&#8217;emploi et une volont\u00e9 d&#8217;assumer des risques en affirmant sa souverainet\u00e9.<\/p>\n<p>Enfin, on peut justement se demander si les risques cibl\u00e9s sont les bons. La politique actuelle donne-t-elle les moyens au Canada de contr\u00f4ler un \u00e9ventuel trafic maritime en expansion ? Et de quelle expansion du trafic parle-t-on ? Depuis le premier transit r\u00e9ussi par le passage du Nord-Ouest en 1906, seulement 107 passages ont \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9s en 2006. Peu de navires commerciaux figurent dans la liste de ces navires et, \u00e0 une exception pr\u00e8s, les seuls \u00e0 avoir effectu\u00e9 le passage \u00e9taient des navires touristiques. La fonte estivale de la banquise va certes modifier cette situation et induire un d\u00e9veloppement de la navigation dans l&#8217;Arctique. Mais il importe de ne pas exag\u00e9rer l&#8217;ampleur annonc\u00e9e de ce mouvement, car des contraintes \u00e0 la navigation demeurent, malgr\u00e9 les changements climatiques, dans ces r\u00e9gions \u00e9loign\u00e9es.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les m\u00e9dias ont largement relay\u00e9 le constat alarmant des scientifiques sur la fonte rapide de la banquise arctique. 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