{"id":262338,"date":"2007-04-01T04:00:00","date_gmt":"2007-04-01T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/issues\/la-dialectique-de-la-souverainete\/"},"modified":"2025-10-07T19:58:54","modified_gmt":"2025-10-07T23:58:54","slug":"la-dialectique-de-la-souverainete","status":"publish","type":"issues","link":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2007\/04\/la-dialectique-de-la-souverainete\/","title":{"rendered":"La dialectique de la souverainet\u00e9"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00ab Lorsque vous avez num\u00e9riquement le dessous, soyez capable de battre en retraite. \u00bb<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: right;\">Sun Tzu,\u00a0<em>L&#8217;art de la guerre<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quand on aligne les r\u00e9sultats obtenus par les p\u00e9quistes depuis 1995, la pente est nette et la chute est brusque : 49 p. 100 lors du r\u00e9f\u00e9rendum de 1995, 43 p. 100 aux \u00e9lections de 1998, puis 33 p. 100 en 2003 et finalement 28 p. 100 en 2007, lors du dernier scrutin. Audel\u00e0 des quatre chefs qui ont successivement port\u00e9 les couleurs du PQ durant cette p\u00e9riode et bien au-del\u00e0 des slogans, des plans de campagne ou des logos remani\u00e9s, une tendance lourde se dessine. Dans le Canada anglais, et dans les salons f\u00e9d\u00e9ralistes, l&#8217;allure de ce graphique en am\u00e8ne peut-\u00eatre plusieurs \u00e0 tourner la page et \u00e0 consid\u00e9rer la question du Qu\u00e9bec comme d\u00e9finitivement r\u00e9gl\u00e9e. \u00ab Fini les folies \u00bb, disait Pierre Trudeau.<\/p>\n<p>Or, les mouvements sociaux tournent rarement la page de cette mani\u00e8re. En Europe, on a bien vu le d\u00e9clin des grands partis communistes et les nombreuses difficult\u00e9s de la gauche. La qu\u00e9\u201ate d&#8217;un \u00c9tat interventionniste, redistribuant la richesse ou \u00e9tablissant des contraintes pour les entreprises, n&#8217;est pas pour autant morte. Avec d&#8217;autres slogans et d&#8217;autres acteurs, sur des luttes plus sectorielles, en prenant appui sur des enjeux diff\u00e9rents\u2014 l&#8217;environnement, l&#8217;altermondialisation ou la diversit\u00e9 culturelle\u2014, les affrontements d&#8217;hier \u00e9mergent \u00e0 nouveau, rev\u00e9\u201atant de nouveaux habits. Il est donc trop to\u00cc\u201at pour envoyer les avis de d\u00e9c\u00e8s de l&#8217;ambition souverainiste au Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p>En fait, le recul du PQ pourrait donner lieu \u00e0 une transformation du mouvement social qui le porte depuis presque quarante ans. Le mouvement pourrait entrer dans une phase moins offensive, plus attentiste, une phase o\u00f9 l&#8217;id\u00e9e pourrait se situer \u00ab ailleurs \u00bb et \u00ab autrement \u00bb dans la culture politique qu\u00e9b\u00e9coise. Telles sont les avenues que le pr\u00e9sent texte tente d&#8217;explorer.<\/p>\n<p>Au lendemain de sa d\u00e9faite \u00e9lectorale, le PQ est plac\u00e9 devant un dilemme : que faire? Le programme de juin 2005 n&#8217;est plus appropri\u00e9 et, selon les t\u00e9nors du PQ, la proposition doit \u00e9\u201atre revue. Quand on prend du recul, on peut imaginer des positions qui peuvent se structurer selon la logique classique, celle de la triade th\u00e8se, antith\u00e8se et synth\u00e8se.<\/p>\n<p>La th\u00e8se consisterait \u00e0 mettre toute l&#8217;\u00e9nergie sur la souverainet\u00e9. L&#8217;\u00e9lection du PQ n&#8217;aurait d\u00e8s lors qu&#8217;un objectif : d\u00e9clencher un r\u00e9f\u00e9rendum. Pas de social-d\u00e9mocratie, pas de programme \u00e9conomique. Ni droite, ni gauche, tout le discours serait centr\u00e9 sur ce seul enjeu ainsi que sur les modalit\u00e9s de la transition. Cette position a \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9e, du moins pour l&#8217;essentiel, par Louis Bernard, ancien conseiller de Ren\u00e9 L\u00e9vesque et candidat lors de la course au leadership de 2005. Le pari est simple : en ne misant que sur cette question, les segments de gauche comme de droite pourraient librement appuyer la souverainet\u00e9. Bien que cette id\u00e9e n&#8217;ait jamais \u00e9t\u00e9 mise en place, on peut douter qu&#8217;elle soit viable. Primo, l&#8217;id\u00e9e de souverainet\u00e9 ne pourrait se d\u00e9faire aussi facilement de son penchant historique vers le centre-gauche ; peu de gens seraient dupes. Secundo, le chef de l&#8217;ADQ, qui a su r\u00e9colter l&#8217;appui de souverainistes, n&#8217;a pas affich\u00e9 de sympathie souverainiste depuis douze ans\u2014 bien au contraire\u2014 ; les gains risqueraient d&#8217;\u00e9\u201atre r\u00e9duits, ti\u00e8des et vacillants. Tertio, au cours des derniers mois, le PQ a exprim\u00e9 plus clairement que jamais son message, et plus que jamais il a subi un recul dans ses appuis. En somme, le radicalisme n&#8217;a pas pay\u00e9.<\/p>\n<p>L&#8217;antith\u00e8se consiste, bien \u00e9videmment, \u00e0 renier l&#8217;option et le projet de souverainet\u00e9. Personne ne doutera que les forces f\u00e9d\u00e9ralistes caressent ce sc\u00e9nario. La menace souverainiste ne p\u00e8serait plus sur l&#8217;avenir du Canada et l&#8217;on tournerait la page. L&#8217;ancien bras droit de Jean Chr\u00e9tien, Jean Pelletier, y allait de cette proposition, souhaitant m\u00e9\u201ame la tenue d&#8217;un troisi\u00e8me r\u00e9f\u00e9rendum pour qu&#8217;on ferme les livres d\u00e9finitivement par une victoire retentissante des forces du NON. Au sein du Parti qu\u00e9b\u00e9cois, les r\u00e9sultats de l&#8217;\u00e9lection du 26 mars pourraient aussi pousser un certain nombre de souverainistes \u00e0 abandonner d\u00e9finitivement cette vell\u00e9it\u00e9 ind\u00e9pendantiste. En effet, les \u00e9checs successifs, le vieillissement de l&#8217;\u00e9lectorat traditionnellement souverainiste et l&#8217;\u00e9tiolement du membership pourraient provoquer, avec une bonne dose d&#8217;amertume, un retrait massif de milliers de militants de tout engagement \u00e0 cette cause.<\/p>\n<p>Reste la synth\u00e8se, et c&#8217;est l\u00e0 qu&#8217;est tout le probl\u00e8me. Quel est-elle? Pour plusieurs, elle consisterait \u00e0 mettre l&#8217;option en veilleuse. Les p\u00e9quistes reporteraient la r\u00e9alisation du projet en d\u00e9calant la tenue d&#8217;un r\u00e9f\u00e9rendum. Les premi\u00e8res r\u00e9flexions d&#8217;Andr\u00e9 Boisclair, au lendemain du scrutin, laissent entrevoir une telle orientation. Pour d&#8217;autres, la synth\u00e8se r\u00e9habiliterait le partenariat ou l&#8217;association ou m\u00e9\u201ame une forme d&#8217;entente conf\u00e9d\u00e9rale. Du point de vue de l&#8217;analyse dialectique, ces synth\u00e8ses n&#8217;en sont pas vraiment. Elles ressemblent bien plus \u00e0 des positions m\u00e9dianes. Elles n&#8217;am\u00e8nent pas le processus \u00e0 un autre stade de son d\u00e9veloppement. Au contraire, elles le cantonnent dans la zone des h\u00e9sitations traditionnelles.<\/p>\n<p>Du point de vue de l&#8217;\u00e9tude des mouvements sociaux, on me permettra d&#8217;envisager une autre synth\u00e8se prenant pour point de d\u00e9part trois positions historiques qui ont leur longue dur\u00e9e pour d\u00e9nominateur commun.<\/p>\n<p>D&#8217;abord, la position de Robert Bourassa, pr\u00e9sent\u00e9e solennellement au lendemain de la mort de l&#8217;Accord du lac Meech en juin 1990 : \u00ab Le Canada anglais doit comprendre de fa\u00e7on tr\u00e8s claire que, quoi qu&#8217;on dise et quoi qu&#8217;on fasse, le Qu\u00e9bec est, aujourd&#8217;hui et pour toujours, une soci\u00e9t\u00e9 distincte, libre et capable d&#8217;assumer son destin et son d\u00e9veloppement. \u00bb<\/p>\n<p>Par ailleurs, d\u00e8s novembre 1984, Ren\u00e9 L\u00e9vesque avait propos\u00e9 que la souverainet\u00e9 devienne une \u00ab police d&#8217;assurance \u00bb. Cette nouvelle d\u00e9finition de la souverainet\u00e9 \u00e9tait congruente avec son soutien \u00e0 l&#8217;\u00e9quipe conservatrice de Brian Mulroney lors de l&#8217;\u00e9lection f\u00e9d\u00e9rale de septembre 1984. Ce soutien, ult\u00e9rieurement baptis\u00e9 le \u00ab beau risque \u00bb, a permis une victoire historique des conservateurs f\u00e9d\u00e9raux au Qu\u00e9bec, mais il a aussi suscit\u00e9 une vague de d\u00e9missions dans les rangs des ind\u00e9pendantistes radicaux.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 Daniel Johnson p\u00e8re, on se souvient du bino\u00cc\u201ame qu&#8217;il posa en 1965 : \u00ab \u00c9galit\u00e9 ou ind\u00e9pendance \u00bb. Dans son ouvrage, il pose en termes clairs ce que repr\u00e9sente pour lui l&#8217;ind\u00e9pendance : \u00ab J&#8217;estime qu&#8217;on ne doit pas, a priori, rejeter la solution s\u00e9paratiste. Car il peut arriver que l&#8217;ind\u00e9pendance totale du Qu\u00e9bec, pour des raisons qui ne d\u00e9pendent pas surtout de lui, devienne la seule issue [&#8230;]. \u00bb Il \u00e9crit encore : \u00ab Le droit \u00e0 l&#8217;autod\u00e9termination [&#8230;] est un patrimoine collectif que je consid\u00e8re comme d\u00e9finitivement acquis et que je ne consentirai jamais \u00e0 remettre en jeu dans aucune n\u00e9gociation. \u00bb<\/p>\n<p>En somme, au moment o\u00f9 Ren\u00e9 L\u00e9vesque fut le moins souverainiste, et au moment o\u00f9 Robert Bourassa et Daniel Johnson se sont le plus approch\u00e9s des arcanes souverainistes, ils ont tous soutenu la m\u00e9\u201ame id\u00e9e en s&#8217;appuyant sur deux notions \u00e0 premi\u00e8re vue contradictoires : autant la souverainet\u00e9 ne peut \u00e9\u201atre rejet\u00e9e comme possibilit\u00e9, autant elle ne doit pas \u00e9\u201atre r\u00e9alis\u00e9e et propos\u00e9e aux Qu\u00e9b\u00e9cois dans un avenir d\u00e9termin\u00e9. Chez ces trois chefs historiques du gouvernement du Qu\u00e9bec, l&#8217;ind\u00e9pendance n&#8217;est pas pos\u00e9e comme un absolu, ni comme une condition au d\u00e9veloppement, mais comme une alternative, une \u00ab arme d\u00e9fensive \u00bb sans date de p\u00e9remption.<\/p>\n<p>Ce d\u00e9tour historique permet de mieux comprendre le pr\u00e9sent du mouvement souverainiste. Au cours des derniers mois, l&#8217;appui \u00e0 la souverainet\u00e9 se situait \u00e0 45 p. 100. Parfois un peu plus, parfois un peu moins selon les maisons de sondage et les questions pos\u00e9es. Quant aux r\u00e9sultats du Parti qu\u00e9b\u00e9cois \u00e0 l&#8217;\u00e9lection du 26 mars, il fut de 28 p. 100. Un tel \u00e9cart prend sa source au croisement de deux d\u00e9finitions de la souverainet\u00e9 dans l&#8217;opinion publique qu\u00e9b\u00e9coise.<\/p>\n<p>Pour une bonne moiti\u00e9 des souverainistes, l&#8217;ind\u00e9pendance du Qu\u00e9bec ne fait aucun doute. Pour eux, la souverainet\u00e9 doit arriver \u00ab le plus to\u00cc\u201at possible \u00bb. Le projet constitue une condition incontournable au plein d\u00e9veloppement \u00e9conomique, social et culturel du Qu\u00e9bec. Voter pour le PQ est indispensable \u00e0 leurs yeux, peu importe le chef ou les slogans. On y retrouve les courants les plus \u00ab durs \u00bb du PQ, celui port\u00e9 par Jacques Parizeau au premier chef. C&#8217;est la base historique du PQ qui rejoint entre 25 et 30 p. 100 de l&#8217;ensemble de l&#8217;\u00e9lectorat.<\/p>\n<p>Par contre, pour d&#8217;autres, la souverainet\u00e9 est de l&#8217;ordre d&#8217;une r\u00e9action d\u00e9fensive ; elle n&#8217;est pas une n\u00e9cessit\u00e9, mais une possibilit\u00e9. Elle est brandie lorsque Ottawa ou le Canada anglais heurte le Qu\u00e9bec. Elle rassemble probablement un bloc de 15 \u00e0 30 p. 100 de l&#8217;\u00e9lectorat. Ainsi s&#8217;explique la variation des appuis \u00e0 la souverainet\u00e9 au moment de la mort de Meech ou lors du scandale des commandites. Le soutien au projet souverainiste rel\u00e8ve alors de l&#8217;opposition, d&#8217;une \u00ab menace \u00bb et non d&#8217;un projet ferme. Et c&#8217;est pr\u00e9cis\u00e9ment dans cette zone, historiquement fr\u00e9quent\u00e9e par Robert Bourassa, Ren\u00e9 L\u00e9vesque et Daniel Johnson p\u00e8re, que se situent une bonne part des Qu\u00e9b\u00e9cois. Pour ces souverainistes, le projet de souverainet\u00e9 demeure essentiellement une r\u00e9action, une riposte \u00e0 ce qui est per\u00e7u comme un affront.<\/p>\n<p>Pour les premiers, le destin de la nation qu\u00e9b\u00e9coise conduit intrins\u00e8quement ou naturellement \u00e0 la cr\u00e9ation d&#8217;un \u00c9tat national. Pour le deuxi\u00e8me groupe, l&#8217;existence d&#8217;une nation qu\u00e9b\u00e9coise n&#8217;impose pas la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;un \u00c9tat ind\u00e9pendant. C&#8217;est le rejet, l&#8217;humiliation ou l&#8217;affront qui pourrait pousser \u00e0 la cr\u00e9ation de l&#8217;\u00c9tat national. Quand la col\u00e8re est pass\u00e9e, quand les coupables sont punis, comme un accord\u00e9on qui se contracte, l&#8217;option de la souverainet\u00e9, sans \u00e9\u201atre reni\u00e9e, se d\u00e9gonfle et passe au second plan, dans une zone qui provoque la consternation chez les press\u00e9s. Les \u00e9lecteurs de ce groupe dirigent alors leurs appuis ailleurs\u2014 pour mille et une raisons\u2014 lorsqu&#8217;une offre partisane leur semble plus all\u00e9chante. Lors de la derni\u00e8re \u00e9lection, l&#8217;ADQ, Qu\u00e9bec solidaire ou les Verts ont profit\u00e9 de ce ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re les 45 p. 100 de gens favorables \u00e0 la souverainet\u00e9, on retrouve donc les deux groupes de souverainistes : ceux de la souverainet\u00e9-n\u00e9cessit\u00e9 et ceux de la souverainet\u00e9-possibilit\u00e9.<\/p>\n<p>Pour ces derniers, l&#8217;\u00ab arme d\u00e9fensive \u00bb qu&#8217;est la souverainet\u00e9 ne doit \u00e9\u201atre brandie qu&#8217;\u00e0 des moments particuliers. Or rien, du moins depuis la victoire de Stephen Harper en janvier 2006, ne justifie pour l&#8217;instant un tel mouvement \u00e0 leurs yeux. Les lib\u00e9raux f\u00e9d\u00e9raux ont subi la racl\u00e9e en 2004, puis en 2006, payant pour le scandale des commandites. Stephen Harper a reconnu la nation par un vote historique \u00e0 la Chambre des communes. Il a accord\u00e9 une place pour le Qu\u00e9bec \u00e0 l&#8217;UNESCO. Enfin, il a reconnu et solutionn\u00e9 une large part du d\u00e9s\u00e9quilibre fiscal.<\/p>\n<p>Un usage imm\u00e9diat de l&#8217;arme r\u00e9f\u00e9rendaire apparai\u00cc\u201at ainsi inappropri\u00e9 \u00e0 ce groupe d&#8217;\u00e9lecteurs. Un r\u00e9f\u00e9rendum perdu risquerait m\u00e9\u201ame d&#8217;\u00e9mousser le tranchant et la puissance de cette arme. De ce point de vue, le comportement d&#8217;\u00e9vitement du Parti qu\u00e9b\u00e9cois lors de la derni\u00e8re \u00e9lection n&#8217;en est pas un de peur, de mollesse ou d&#8217;ignorance. Quand on prend en compte les diff\u00e9rentes composantes animant le vote souverainiste, le comportement d&#8217;appui au parti de Mario Dumont devient autant rationnel, logique et strat\u00e9gique que celui qui consiste \u00e0 appuyer le PQ pour les ind\u00e9pendantistes du premier groupe.<\/p>\n<p>Pour sortir de l&#8217;impasse o\u00f9 ils se trouvent, les p\u00e9quistes peuvent envisager plusieurs possibilit\u00e9s. L&#8217;essentiel de leur probl\u00e8me renvoie cependant au temps. Dans les rangs du PQ, c&#8217;est d&#8217;ailleurs \u00e0 l&#8217;aune de l&#8217;urgence qu&#8217;on mesure la fermet\u00e9 des convictions. On peut estimer que cette pr\u00e9cipitation d\u00e9coule du caract\u00e8re g\u00e9n\u00e9rationnel du PQ ; au terme d&#8217;un long cycle de militantisme, plusieurs sont press\u00e9s et veulent, de toute urgence, voir le pays \u00e9merger. Un autre ph\u00e9nom\u00e8ne contribue certainement \u00e0 cet \u00e9tat de fait : l&#8217;agenda d&#8217;un parti et, plus globalement, l&#8217;agenda \u00e9lectoral. De par leurs structures, les partis politiques doivent enclencher des processus sur deux, trois ou quatre ans: conseil, congr\u00e8s, programme, plateforme. Sur un projet dont ils contro\u00cc\u201alent l&#8217;agenda, un \u00e9ch\u00e9ancier plus court et un \u00e9ch\u00e9ancier plus long sont souvent impensables, voire impraticables.<\/p>\n<p>Si lors du prochain congr\u00e8s, les membres du parti devaient mettre en veilleuse l&#8217;option pour un, deux ou trois mandats cela conduirait le Parti qu\u00e9b\u00e9cois \u00e0 remiser l&#8217;arme dans son fourreau, \u00e0 en n&#8217;emp\u00e9\u201acher l&#8217;usage et \u00e0 rendre \u00ab vuln\u00e9rable \u00bb le Qu\u00e9bec. Pendant dix ans ou quinze ans, le Qu\u00e9bec perdrait ainsi sa \u00ab police d&#8217;assurance \u00bb, et la d\u00e9claration de Robert Bourassa serait amput\u00e9e de son \u00ab toujours \u00bb. \u00e0 l&#8217;oppos\u00e9, une proposition d&#8217;usage imm\u00e9diat aurait aussi un effet hautement probl\u00e9matique. En opposition avec l&#8217;opinion publique, le Parti qu\u00e9b\u00e9cois risquerait fort d&#8217;\u00e9\u201atre marginalis\u00e9.<\/p>\n<p>Une autre proposition avec laquelle il est possible de jongler consiste \u00e0 d\u00e9marquer le Parti qu\u00e9b\u00e9cois de l&#8217;agenda de la souverainet\u00e9. Depuis plus de trente ans, cela est impossible dans la mesure o\u00f9 seul le parti qui se trouve au gouvernement peut \u00e9\u201atre l&#8217;instigateur d&#8217;un r\u00e9f\u00e9rendum gra\u00cc\u201ace \u00e0 l&#8217;appui d&#8217;une majorit\u00e9 de d\u00e9put\u00e9s.<\/p>\n<p>Quand on tente de lier les positions historiques des premiers ministres du Qu\u00e9bec avec la nature ambivalente de l&#8217;opinion publique sur cette question, on peut imaginer un \u00ab compromis historique \u00bb sur cette d\u00e9licate question.<\/p>\n<p>En modifiant la loi sur les consultations populaires, l&#8217;Assembl\u00e9e nationale pourrait permettre l&#8217;initiative populaire en mati\u00e8re r\u00e9f\u00e9rendaire. Cette mesure, d\u00e9j\u00e0 \u00e9tablie dans plusieurs pays et dans une trentaine d&#8217;\u00c9tats am\u00e9ricains, de m\u00e9\u201ame qu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9chelle municipale au Qu\u00e9bec, permettrait de d\u00e9placer le contro\u00cc\u201ale de l&#8217;agenda r\u00e9f\u00e9rendaire du gouvernement \u00e0 la population.\u00a0On peut ainsi imaginer que si 15 p. 100 des inscrits sur la liste \u00e9lectorale demandaient par p\u00e9tition la tenue d&#8217;un r\u00e9f\u00e9rendum, le gouvernement, quel qu&#8217;il soit, serait tenu de d\u00e9clencher une telle proc\u00e9dure dans les soixante jours. Le projet de souverainet\u00e9, reconnu dans sa dualit\u00e9, trouverait alors une flexibilit\u00e9 lui permettant d&#8217;\u00e9pouser les variations de l&#8217;opinion publique.<\/p>\n<p>Par voie de cons\u00e9quence, le Parti qu\u00e9b\u00e9cois pourrait soutenir que, s&#8217;il prend le pouvoir, son gouvernement ne d\u00e9clencherait pas de lui-m\u00e9\u201ame un r\u00e9f\u00e9rendum sur cette question comme en 1980 et en 1995. Advenant qu&#8217;il forme \u00e0 nouveau le gouvernement, il n&#8217;actionnerait la proc\u00e9dure r\u00e9f\u00e9rendaire que dans la mesure o\u00f9 elle serait soutenue par la soci\u00e9t\u00e9 civile, via la proc\u00e9dure de l&#8217;initiative populaire. Cet engagement lui permettrait de soutenir une double exigence : se lib\u00e9rer du poids des sc\u00e9narios r\u00e9f\u00e9rendaires sans renier sa foi profonde \u00e0 l&#8217;endroit du projet souverainiste.<\/p>\n<p>Ce compromis donnerait surtout de la flexibilit\u00e9 au PQ. Celui-ci pourrait continuer d&#8217;\u00e9\u201atre habit\u00e9 par le projet. Il pourrait aussi en faire la promotion et la \u00ab p\u00e9dagogie \u00bb, selon l&#8217;expression consacr\u00e9e, sans pour autant \u00e9\u201atre coinc\u00e9 par une \u00e9ch\u00e9ance ou des modalit\u00e9s. Bien plus, d&#8217;autres partis pourraient se joindre \u00e0 ce mouvement sans qu&#8217;ils ne deviennent des concurrents. Si la souverainet\u00e9 devait \u00e9\u201atre souhait\u00e9e par un grand nombre de Qu\u00e9b\u00e9cois, dans deux, cinq ou vingt ans, ou selon une urgence d\u00e9clench\u00e9e par une \u00ab offensive f\u00e9d\u00e9rale \u00bb, l&#8217;id\u00e9e d&#8217;un r\u00e9f\u00e9rendum sur cette question pourrait se concr\u00e9tiser rapidement et ce, peu importe quel est le parti au pouvoir \u00e0 Qu\u00e9bec \u00e0 ce moment-l\u00e0.<\/p>\n<p>Le projet occuperait alors une position \u00ab attentiste \u00bb, inscrite dans la dur\u00e9e ; il ne subirait pas les al\u00e9as des \u00e9lections. \u00e0 court terme, il pourrait cesser de presser le Qu\u00e9bec avec une insistance qui, du moins depuis quelques ann\u00e9es, g\u00e9n\u00e8re une profonde lassitude. Et, si le PQ devait mourir, l&#8217;id\u00e9e qui a \u00e9t\u00e9 la sienne pourrait perdurer \u00e0 travers le temps, une situation qui maintiendrait le Canada anglais dans une tension profitable aux deux grandes communaut\u00e9s linguistiques. En bout de piste, l&#8217;h\u00e9ritage historique des Bourassa, L\u00e9vesque et Johnson p\u00e8re serait d\u00e8s lors pr\u00e9serv\u00e9.<\/p>\n<p>Devant ce type de proposition, remettant en question le r\u00e9pertoire de strat\u00e9gies utilis\u00e9es jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent, on trouvera \u00e9videmment plusieurs sceptiques. Quand un parti \u00ab h\u00e9g\u00e9monise \u00bb un mouvement social, comme ce fut le cas du PQ \u00e0 partir de 1970, il en red\u00e9finit les contours en fonction de ses int\u00e9r\u00e9\u201ats et des exigences propres \u00e0 son champ d&#8217;action. Le mouvement est souvent \u00e9clips\u00e9 par le parti qui s&#8217;accapare de tout l&#8217;espace discursif, symbolique et militant. Le parti devient \u00ab propri\u00e9taire \u00bb du mouvement. Or, quand ce m\u00e9\u201ame parti est en difficult\u00e9 ou qu&#8217;il semble incapable d&#8217;incarner la vari\u00e9t\u00e9 des \u00e9nergies et des ambitions, il est aussi possible qu&#8217;il laisse \u00e9clore, hors de son contro\u00cc\u201ale direct, des formes d&#8217;actions multiples qui sauront peut-\u00e9\u201atre l&#8217;amener ailleurs.<\/p>\n<p>Depuis une quarantaine d&#8217;ann\u00e9es, les mouvements sociaux ont montr\u00e9 leurs forces et leurs capacit\u00e9s de modifier l&#8217;ordre social et politique. Ceux qui croient que seul un parti fort devenu gouvernement peut porter une id\u00e9e devraient regarder autour d&#8217;eux et consid\u00e9rer \u00e0 quel point le mouvement \u00e9cologiste, le mouvement des femmes, et les mouvements de d\u00e9fense des minorit\u00e9s ont su provoquer ici et ailleurs dans le monde des changements parfois bien plus importants que les gouvernements eux-m\u00e9\u201ames.<\/p>\n<p>L&#8217;histoire \u00e9tant pleine de renversements, bien malin qui peut pr\u00e9dire l&#8217;avenir avec exactitude. En regardant la dynamique des mouvements sociaux, on peut cependant penser que le mouvement nationaliste, terreau des tendances souverainistes, cherchera \u00e0 reprendre ses droits sur le parti. Et, d&#8217;une mani\u00e8re plus globale, on peut entrevoir que le dirigisme qui a tant marqu\u00e9 le Qu\u00e9bec depuis quarante ans, bien qu&#8217;historiquement n\u00e9cessaire, a peut-\u00e9\u201atre fait son temps. Reste une \u00e9vidence : le recul du PQ \u00e0 l&#8217;\u00e9lection du 26 mars obligera les forces politiques \u00e0 sortir des sentiers battus.<\/p>\n<\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00ab Lorsque vous avez num\u00e9riquement le dessous, soyez capable de battre en retraite. \u00bb Sun Tzu,\u00a0L&#8217;art de la guerre Quand on aligne les r\u00e9sultats obtenus par les p\u00e9quistes depuis 1995, la pente est nette et la chute est brusque : 49 p. 100 lors du r\u00e9f\u00e9rendum de 1995, 43 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