{"id":262264,"date":"2006-12-01T05:00:00","date_gmt":"2006-12-01T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/issues\/lafghanistan-archetype-dune-nouvelle-politique-etrangere-canadienne\/"},"modified":"2025-10-07T19:56:21","modified_gmt":"2025-10-07T23:56:21","slug":"lafghanistan-archetype-dune-nouvelle-politique-etrangere-canadienne","status":"publish","type":"issues","link":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2006\/12\/lafghanistan-archetype-dune-nouvelle-politique-etrangere-canadienne\/","title":{"rendered":"L&#8217;Afghanistan : arch\u00e9type d&#8217;une \u00ab nouvelle \u00bb politique \u00e9trang\u00e8re canadienne?"},"content":{"rendered":"<p>Depuis maintenant cinquante ans, le gouvernement canadien fait du maintien de la paix l&#8217;une des facettes les plus m\u00e9diatis\u00e9es de sa politique \u00e9trang\u00e8re. En plus d&#8217;\u00e9\u201atre une activit\u00e9 qui octroie une reconnaissance internationale au pays, il s&#8217;agit \u00e9galement d&#8217;une des seules fonctions des forces arm\u00e9es canadiennes qui fassent consensus autant chez les francophones que chez les anglophones. Par contre, alors que les forces canadiennes entament leur cinqui\u00e8me ann\u00e9e d&#8217;op\u00e9ration en Afghanistan, plusieurs questionnent la nature et la pertinence de la mission, de m\u00e9\u201ame que ses cons\u00e9quences sur la politique \u00e9trang\u00e8re canadienne. Les sondages d&#8217;opinion publique montrent d&#8217;ailleurs qu&#8217;une partie significative de la population canadienne se montre r\u00e9ticente vis-\u00e0-vis de cette op\u00e9ration.<\/p>\n<p>Il est vrai que la Force internationale d&#8217;assistance \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 (FIAS) ne repr\u00e9sente pas le mod\u00e8le-type de mission multilat\u00e9rale auquel les Canadiens ont \u00e9t\u00e9 habitu\u00e9s par le pass\u00e9. En plus de ne pas \u00e9\u201atre dirig\u00e9e par les Nations Unies\u2014 c&#8217;est pluto\u00cc\u201at l&#8217;Alliance atlantique qui m\u00e8ne les op\u00e9rations\u2014, la mission permet aux militaires canadiens de recourir \u00e0 la force de mani\u00e8re offensive, si n\u00e9cessaire, afin d&#8217;atteindre leurs objectifs et, surtout, met les soldats canadiens dans des situations beaucoup plus dangereuses que par le pass\u00e9. Pourtant, la FIAS n&#8217;arrive pas comme un cheveu sur la soupe. Elle est pluto\u00cc\u201at la suite logique d&#8217;une s\u00e9rie d&#8217;initiatives prises tant par le Canada que par ses alli\u00e9s traditionnels au cours des quinze derni\u00e8res ann\u00e9es. Pour cette raison, il est imp\u00e9ratif de situer la participation canadienne \u00e0 la FIAS dans un contexte plus global pour comprendre ce qui motive Ottawa \u00e0 s&#8217;impliquer dans ce type de mission.<\/p>\n<p>L&#8217;implosion de l&#8217;Union sovi\u00e9tique entrai\u00cc\u201ana une augmentation importante du nombre d&#8217;op\u00e9rations de paix conduites sous les auspices des Nations Unies, de quatre en 1990 \u00e0 quinze en 2002. La rivalit\u00e9 EstOuest n&#8217;\u00e9tant plus, le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 autorisa le d\u00e9ploiement de Casques bleus dans le cadre de conflits intra-\u00e9tatiques, les autorisant de surcroi\u00cc\u201at \u00e0 recourir \u00e0 la force pour mener \u00e0 bien leur mandat.<\/p>\n<p>Les interventions onusiennes en Somalie (ONUSOM I &amp; II) et dans les r\u00e9publiques de l&#8217;ex-Yougoslavie (FORPRONU) sont g\u00e9n\u00e9ralement cit\u00e9es comme refl\u00e9tant ces op\u00e9rations dites de \u00ab deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration \u00bb. Mais elles sont \u00e9galement associ\u00e9es, avec la Mission des Nations Unies au Rwanda (MINUAR), \u00e0 l&#8217;incapacit\u00e9 de l&#8217;ONU d&#8217;intervenir rapidement et efficacement dans des contextes pr\u00e9caires, o\u00f9 aucun accord de paix n&#8217;avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9alablement sign\u00e9 entre les parties bellig\u00e9rantes. Force est effectivement de constater que les seuls effectifs onusiens n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 en mesure de r\u00e9tablir la paix dans ces pays et que, dans plusieurs cas, ils se sont trouv\u00e9s dans des situations aussi chaotiques qu&#8217;avant l&#8217;arriv\u00e9e des troupes multinationales.<\/p>\n<p>Si les Casques bleus n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 en mesure d&#8217;appliquer le mandat qui leur avait \u00e9t\u00e9 confi\u00e9, ce n&#8217;est pas par incomp\u00e9tence ou par manque de ressources (quoique, dans plusieurs situations, davantage d&#8217;\u00e9quipements auraient \u00e9t\u00e9 bienvenus), mais pluto\u00cc\u201at en raison de l&#8217;absence de mandates clairs, atteignables et adapt\u00e9s \u00e0 chacune des situations ; en d&#8217;autres mots, par manque de volont\u00e9 politique de la part des \u00c9tats membres du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations Unies (CSNU) et plus particuli\u00e8rement de ses membres permanents. Puisque le CSNU est davantage un organe politique qu&#8217;un centre de planification tactique, les r\u00e9solutions qui y sont adopt\u00e9es repr\u00e9sentent plus souvent qu&#8217;autrement une version \u00ab consensuelle \u00bb et, par cons\u00e9quent, \u00e9dulcor\u00e9e des objectifs strat\u00e9giques, loin des r\u00e9alit\u00e9s op\u00e9rationnelles.<\/p>\n<p>\u00e0 la suite des \u00e9checs en Somalie et en Bosnie, les alli\u00e9s traditionnels du Canada (nomm\u00e9ment les \u00c9tatsUnis, la Grande-Bretagne et la France) ont remis en question la capacit\u00e9 de l&#8217;ONU de mener efficacement ce type d&#8217;op\u00e9rations. Consid\u00e9rant qu&#8217;il \u00e9tait beaucoup plus ais\u00e9 d&#8217;obtenir un consensus entre Occidentaux qu&#8217;au sein du CSNU, ces derniers ont graduellement d\u00e9laiss\u00e9 cette organisation afin de concentrer leurs efforts en mati\u00e8re d&#8217;intervention de paix au sein de l&#8217;OTAN. L&#8217;exemple yougoslave est d&#8217;ailleurs explicite \u00e0 ce sujet: l&#8217;<em>Implementation Force<\/em> (IFOR) et la <em>Stabilization Force<\/em> (SFOR), deux op\u00e9rations de l&#8217;OTAN, ont respectivement succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 la FORPRONU parce que le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 jugeait que l&#8217;op\u00e9ration de l&#8217;ONU, sous sa forme d&#8217;alors, n&#8217;\u00e9tait pas en mesure d&#8217;atteindre les objectifs qu&#8217;on lui avait fix\u00e9s. Si l&#8217;IFOR et la SFOR avaient toutes deux obtenu l&#8217;aval des Nations Unies, ce ne fut toutefois pas le cas pour l&#8217;op\u00e9ration <em>Allied Force<\/em>, o\u00f9 les forces de l&#8217;Alliance atlantique, au printemps 1999, bombard\u00e8rent le Kosovo sans mandat du Conseil de s\u00e9curit\u00e9, pour tenter de contrer le d\u00e9ploiement des troupes serbes dans cette ancienne province yougoslave. Les membres de l&#8217;OTAN justifi\u00e8rent cette d\u00e9cision en invoquant, entre autres choses, l&#8217;incapacit\u00e9 de l&#8217;ONU \u00e0 r\u00e9agir promptement et ad\u00e9quatement en cas de menaces \u00e0 la paix et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 internationales. La force terrestre (KFOR), d\u00e9ploy\u00e9e apr\u00e8s les frappes a\u00e9riennes, fut quant \u00e0 elle avalis\u00e9e par le Conseil de s\u00e9curit\u00e9, mais son commandement demeura la responsabilit\u00e9 de l&#8217;OTAN. En l&#8217;espace de cinq ans seulement, les alli\u00e9s traditionnels du Canada ont ainsi graduellement d\u00e9laiss\u00e9 les op\u00e9rations men\u00e9es dans le cadre onusien, pr\u00e9f\u00e9rant sa l\u00e9gitimation politique seulement, et confiant \u00e0 l&#8217;OTAN le commandement de leurs troupes militaires.<\/p>\n<p>Que ce soit le fruit de l&#8217;affirmation explicite de l&#8217;h\u00e9g\u00e9monie am\u00e9ricaine dans l&#8217;\u00e8re post-guerre froide, ou le r\u00e9sultat de l&#8217;\u00e9volution de la nature des conflits, ou les deux, la cons\u00e9quence pratique pour le Canada fut la m\u00e9\u201ame : s&#8217;il souhaitait pr\u00e9server ou accroi\u00cc\u201atre son influence aupr\u00e8s de ses alli\u00e9s traditionnels en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 internationale, le Canada devait s&#8217;engager dans de nouveaux types de missions, plus complexes et plus dangereux. C&#8217;est ce qu&#8217;il fit en participant aux op\u00e9rations militaires en exYougoslavie, de l&#8217;IFOR \u00e0 la SFOR, en passant par <em>Allied Force<\/em>, d\u00e9ployant dans les Balkans plusieurs milliers de soldats au cours des ann\u00e9es 1990.<\/p>\n<p>Avec cette \u00e9volution g\u00e9ostrat\u00e9gique en t\u00e9\u201ate, il n&#8217;est pas surprenant de voir que, suite aux attentats de septembre 2001, Am\u00e9ricains et Europ\u00e9ens ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 confier le mandat d&#8217;intervenir en Afghanistan \u00e0 l&#8217;OTAN pluto\u00cc\u201at qu&#8217;aux Nations Unies. \u00e0 cet effet, la r\u00e9ponse de Bruxelles ne se fit pas attendre: le recours quasi imm\u00e9diat et historique \u00e0 l&#8217;article 5 du Trait\u00e9 de l&#8217;Atlantique-Nord, qui stipule qu&#8217;une attaque contre l&#8217;un de ses membres est consid\u00e9r\u00e9e comme une attaque contre tous ses membres, en t\u00e9moigne explicitement. La r\u00e9ponse d&#8217;Ottawa fut toute aussi prompte. Le 13 septembre 2001, le premier ministre Chr\u00e9tien invoqua le m\u00e9\u201ame article 5 et assura Washington que le Canada pr\u00e9\u201aterait assistance aux \u00c9tats-Unis. Devant un manque flagrant de ressources, le ministre de la D\u00e9fense nationale eut toutefois du mal \u00e0 rassurer ses alli\u00e9s quant \u00e0 la capacit\u00e9 du Canada d&#8217;honorer ses engagements. Il participera n\u00e9anmoins aux multiples op\u00e9rations militaires en Afghanistan, aux co\u00cc\u201at\u00e9s de ses alli\u00e9s europ\u00e9ens et am\u00e9ricains.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir publiquement li\u00e9 les attaques terroristes de 2001 au r\u00e9gime taliban en Afghanistan, qui abritait sciemment les membres et sympathisants d&#8217;Al-Qai\u00cc\u02c6da, les \u00c9tats-Unis ont appel\u00e9 leurs alli\u00e9s \u00e0 former une coalition de volontaires afin de renverser le r\u00e9gime tyrannique. Le Canada a initialement r\u00e9pondu \u00e0 l&#8217;appel, mais de fa\u00e7on modeste. En octobre 2001, Ottawa mit sur pied l&#8217;op\u00e9ration Apollo, qui se voulait la contribution canadienne \u00e0 l&#8217;op\u00e9ration am\u00e9ricaine Libert\u00e9 immuable (<em>Enduring Freedom<\/em>). Dans le cadre de cette mission, plus d&#8217;une centaine de militaires canadiens ont particip\u00e9 \u00e0 la traque de terroristes et au renversement du r\u00e9gime taliban en Afghanistan. Bien que les Nations Unies et l&#8217;OTAN encourag\u00e8rent la communaut\u00e9 internationale \u00e0 combattre le terrorisme, la coalition multinationale qui s&#8217;est d\u00e9ploy\u00e9e en Afghanistan \u00e0 la fin de 2001 n&#8217;\u00e9tait mandat\u00e9e par aucune organisation internationale et ce, m\u00e9\u201ame si les Am\u00e9ricains la justifiaient par une r\u00e9solution du CSNU exhortant la communaut\u00e9 internationale \u00e0 \u00ab redoubler d&#8217;efforts pour pr\u00e9venir et \u00e9liminer les actes terroristes \u00bb (RES 1368).<\/p>\n<p>En d\u00e9cembre 2001, l&#8217;Alliance atlantique cr\u00e9a la FIAS et l&#8217;autorisa \u00e0 se d\u00e9ployer dans la r\u00e9gion de Kaboul, capitale afghane. Le Canada r\u00e9agit par le d\u00e9ploiement, en f\u00e9vrier 2002, de pr\u00e8s de 900 soldats. Il est \u00e0 noter que, \u00e0 ce moment-l\u00e0, malgr\u00e9 l&#8217;appui onusien et celui l&#8217;OTAN, la FIAS n&#8217;\u00e9tait pas une op\u00e9ration de paix, mais encore une coalition d&#8217;\u00c9tats volontaires.<\/p>\n<p>La FIAS \u00e9volua parall\u00e8lement \u00e0 l&#8217;op\u00e9ration am\u00e9ricaine Libert\u00e9 immuable. Les mandats des deux missions sont compl\u00e9mentaires, mais passablement diff\u00e9rents. Alors que celui de la FIAS s&#8217;apparente davantage \u00e0 celui d&#8217;une op\u00e9ration de paix de l&#8217;ONU (\u00ab stabilisation \u00bb, \u00ab reconstruction \u00bb et organisation d&#8217;\u00e9lections d\u00e9mocratiques\u2014 les militaires ayant toutefois le droit d&#8217;ouvrir le feu sous certaines conditions), celui de Libert\u00e9 immuable en est carr\u00e9ment un de guerre.<\/p>\n<p>En 2003, alors que la FIAS \u00e9prouvait depuis quelque temps de la difficult\u00e9 \u00e0 trouver des \u00c9tats \u00ab volontaires \u00bb pour assurer le commandement, le Canada, appuy\u00e9 par les Pays-Bas et l&#8217;Allemagne, fit pression aupr\u00e8s de l&#8217;Alliance atlantique pour que l&#8217;organisation prenne elle-m\u00e9\u201ame les r\u00e9\u201anes de l&#8217;op\u00e9ration qu&#8217;elle avait cr\u00e9\u00e9e deux ans plus to\u00cc\u201at. C&#8217;est en aou\u00cc\u201at 2003 que l&#8217;OTAN prit le commandement de la FIAS. En plus de devenir une v\u00e9ritable op\u00e9ration de paix, le mandat de la FIAS changea \u00e9galement de mani\u00e8re significative : \u00e0 l&#8217;automne 2003, il passa de la seule r\u00e9gion de Kaboul \u00e0 l&#8217;ensemble du pays. L&#8217;\u00e9largissement du mandat se fit \u00e9tape par \u00e9tape, d\u00e9butant par les r\u00e9gions o\u00f9 r\u00e9gnait une stabilit\u00e9 relative.<\/p>\n<p>Au cours de cette p\u00e9riode, le gouvernement canadien d\u00e9cida d&#8217;accroi\u00cc\u201atre sa participation \u00e0 la mission. Au c\u0153ur de la crise diplomatique concernant la guerre en Irak, le ministre de la D\u00e9fense nationale, John McCallum, annon\u00e7a l&#8217;envoi de 1 000 nouveaux soldats \u00e0 Kaboul, qui se joignirent aux autres Canadiens au cours de l&#8217;\u00e9t\u00e9 2003. Quelques mois plus tard, pour souligner le travail du Canada, le g\u00e9n\u00e9ral Rick Hillier, maintenant chef d&#8217;\u00e9tat-major, se vit confier le poste de commandant de la FIAS entre f\u00e9vrier et aou\u00cc\u201at 2004. Cette \u00e9poque marqua le d\u00e9but de l&#8217;op\u00e9ration canadienne Ath\u00e9na, rempla\u00e7ant l&#8217;op\u00e9ration Apollo.<\/p>\n<p>\u00e0 la suite des pressions en ce sens de la part du g\u00e9n\u00e9ral Hillier (et \u00e0 son apparente garantie que le Canada disposerait de suffisamment de troupes pour intervenir ailleurs, dont au Soudan), le premier ministre Martin annon\u00e7a, au printemps 2005, que les soldats canadiens quitteraient la r\u00e9gion de Kaboul pour se diriger vers la province de Kandahar. Les cons\u00e9quences de cette d\u00e9cision furent multiples. Kandahar \u00e9tant une r\u00e9gion bien plus hostile que la capitale, les risques de pertes humaines y \u00e9taient de beaucoup sup\u00e9rieurs. Ainsi, au cours de l&#8217;ann\u00e9e 2006 seulement, pr\u00e8s de trois fois plus de militaires canadiens ont perdu la vie \u00e0 Kandahar qu&#8217;au cours des interventions onusiennes en Somalie et en ex-Yougoslavie r\u00e9unies. De plus, cette r\u00e9gion n&#8217;\u00e9tait, \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, pas encore sous la juridiction de l&#8217;OTAN, mais pluto\u00cc\u201at sous le mandat de Libert\u00e9 immuable.<\/p>\n<p>De par cette d\u00e9cision, le Canada a donc intentionnellement quitt\u00e9 une r\u00e9gion relativement stable et chapeaut\u00e9e par l&#8217;OTAN pour se concentrer sur une province plus dangereuse, sous le commandement d&#8217;aucune organisation internationale. Pour justifier sa d\u00e9cision, Paul Martin expliqua qu&#8217;il souhaitait que les forces canadiennes pr\u00e9parent le terrain \u00e0 l&#8217;expansion de la FIAS dans le sud du pays, pr\u00e9vue pour la fin du printemps 2006 (l&#8217;expansion aura finalement lieu en aou\u00cc\u201at). Il serait plus exact d&#8217;affirmer que le Canada d\u00e9sirait jouer un ro\u00cc\u201ale cl\u00e9 en Afghanistan afin (1) de signaler \u00e0 Washington qu&#8217;il prenait la menace du terrorisme international au s\u00e9rieux (malgr\u00e9 son refus de participer \u00e0 la guerre en Irak) et (2) d&#8217;\u00e9\u201atre consid\u00e9r\u00e9, au Canada et \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger, comme un alli\u00e9 fiable et influent.<\/p>\n<p>Lorsque, au milieu des ann\u00e9es 1990, les alli\u00e9s traditionnels du Canada ont amorc\u00e9 un virage strat\u00e9gique en mati\u00e8re d&#8217;op\u00e9rations de paix multilat\u00e9rales, Ottawa fut plac\u00e9 devant le dilemme suivant : l&#8217;ONU ou l&#8217;OTAN? La participation canadienne aux op\u00e9rations onusiennes lui a valu, au cours de la guerre froide, une r\u00e9putation internationalement reconnue, en plus de jouir d&#8217;un appui pratiquement unanime au sein de la population canadienne. Cependant, en poursuivant son implication dans le cadre de ces missions, le Canada craignait d&#8217;\u00e9\u201atre marginalis\u00e9 par ses alli\u00e9s et ainsi de risquer de perdre ce qu&#8217;il jugeait \u00e9\u201atre son influence au sein de l&#8217;OTAN (ellem\u00e9\u201ame sujette \u00e0 discussion).<\/p>\n<p>L&#8217;histoire r\u00e9cente montre que le Canada a choisi la voie emprunt\u00e9e par ses alli\u00e9s. Les chiffres \u00e0 cet effet sont r\u00e9v\u00e9lateurs. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, le Canada fournissaitenviron10 p.100des Casques bleus \u0153uvrant sous les auspices des Nations Unies. Quinze ans plus tard, cette proportion chutait drastiquement, se situant loin sous la barre des 0,1 p.100.Parall\u00e8lement,au cours de cette m\u00e9\u201ame p\u00e9riode, le nombre de soldats canadiens d\u00e9ploy\u00e9s sous l&#8217;\u00e9gide de l&#8217;OTAN grimpa en fl\u00e8che. En 1999, le pays participa, entre autres, \u00e0 environ 6 p. 100 des 30 000 sorties a\u00e9riennes effectu\u00e9es par l&#8217;Alliance atlantique contre le r\u00e9gime de Milosevic. De surcroi\u00cc\u201at, depuis 1995, toutes les interventions majeures (plus de 800 soldats) des Forces canadiennes furent effectu\u00e9es sous l&#8217;\u00e9gide de l&#8217;OTAN et non plus de l&#8217;ONU.<\/p>\n<p>Ce changement strat\u00e9gique n&#8217;a cependant rien de surprenant. Les \u00e9nonc\u00e9s de\u00a0politique \u00e9trang\u00e8re et de d\u00e9fense canadiennes (publi\u00e9s en 1992, 1994 et 1995) \u00e9voquaient clairement une volont\u00e9 croissante de mener des op\u00e9rations sous l&#8217;\u00e9gide de l&#8217;OTAN pluto\u00cc\u201at que de l&#8217;ONU, dont le manque d&#8217;efficacit\u00e9 \u00e9tait d\u00e9nonc\u00e9. L&#8217;\u00e9nonc\u00e9 de 2005, intitul\u00e9 <em>Fiert\u00e9 et influence : notre ro\u00cc\u201ale dans le monde<\/em>, va encore plus loin, soulignant que le Canada est dispos\u00e9 \u00e0 intervenir m\u00e9\u201ame en dehors du cadre de l&#8217;OTAN, c&#8217;est-\u00e0-dire au sein de coalitions de volontaires<em> ad hoc<\/em>.<\/p>\n<p>Le manque d&#8217;effectifs et de ressources militaires ainsi que la recherche de r\u00e9sultats concrets conduisent le Canada \u00e0 intervenir davantage dans le cadre d&#8217;op\u00e9rations ponctuelles de dur\u00e9e limit\u00e9e, o\u00f9 les objectifs sont clairs et plus facilement atteignables. Cette politique vise \u00e0 \u00e9viter les cons\u00e9quences fa\u00cc\u201acheuses des interventions en Somalie et dans les Balkans, o\u00f9 la cr\u00e9dibilit\u00e9 des op\u00e9rations de paix a \u00e9t\u00e9 ternie. Le Canada ne remet toutefois pas compl\u00e8tement en question sa participation \u00e0 des op\u00e9rations de l&#8217;ONU. La mise sur pied de la Brigade d&#8217;intervention rapide des forces en attente des Nations Unies (BIRFA), en 1996, dont le Canada a \u00e9t\u00e9 l&#8217;un des principaux instigateurs, en est un exemple. Le mandat de cette force est d&#8217;intervenir rapidement dans un conflit, d\u00e8s que le CSNU en fait la demande explicite, pour une dur\u00e9e maximale de six mois, puisque l&#8217;objectif est de laisser d&#8217;autres membres de l&#8217;ONU de prendre la rel\u00e8ve.<\/p>\n<p>En Afghanistan, cette politique s&#8217;est traduite par la mise sur pied de l&#8217;op\u00e9ration Apollo et du d\u00e9placement des Forces canadiennes dans la province de Kandahar. Ces deux missions furent cr\u00e9\u00e9es sachant explicitement qu&#8217;elles seraient \u00e9ph\u00e9m\u00e8res. Elles visaient \u00e0 atteindre des objectifs clairs et \u00e0 court terme. L&#8217;op\u00e9ration Apollo, mise sur pied quasi imm\u00e9diatement apr\u00e8s les attentats de septembre 2001, visait \u00e0 pr\u00e9parer, conjointement avec les Am\u00e9ricains, le d\u00e9ploiement \u00e0 plus grande \u00e9chelle d&#8217;une coalition multinationale en Afghanistan. Le d\u00e9placement vers Kandahar, quant \u00e0 lui, visait \u00e0 assurer la transition de troupes op\u00e9rant sous Libert\u00e9 immuable vers un commandement de l&#8217;OTAN. L&#8217;extension de deux ans du mandat des Forces canadiennes \u00e0 Kandahar, jusqu&#8217;en f\u00e9vrier 2009, approuv\u00e9e par la Chambre des communes en mai 2006, peut sembler \u00e9\u201atre en contradiction avec cette strat\u00e9gie. Elle fixe n\u00e9anmoins pr\u00e9cis\u00e9ment dans le temps la dur\u00e9e de l&#8217;engagement canadien et repr\u00e9sente d&#8217;ailleurs, \u00e0 en croire les propos du g\u00e9n\u00e9ral Hillier, l&#8217;\u00e9tendue maximale que peuvent soutenir les Forces canadiennes, faute de quoi des soldats ayant d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9s \u00e0 Kandahar par le pass\u00e9 devront l&#8217;\u00e9\u201atre pour une seconde fois.<\/p>\n<p>Cette strat\u00e9gie t\u00e9moigne du fait que le Canada souhaite maximiser son influence aupr\u00e8s de ses alli\u00e9s. L&#8217;\u00e9nonc\u00e9 politique de 2005 souligne explicitement les ressources limit\u00e9es du Canada et le besoin, cons\u00e9quemment, de concentrer ses engagements. Cette logique l&#8217;am\u00e8ne \u00e0 d\u00e9ployer des forces militaires l\u00e0 o\u00f9 ses alli\u00e9s traditionnels interviennent. Ottawa aurait tr\u00e8s bien pu d\u00e9cider de ne pas intervenir militairement en Afghanistan, au risque cependant d&#8217;aggraver encore davantage l&#8217;\u00e9tat de ses relations bilat\u00e9rales avec les \u00c9tats-Unis et de perdre toute cr\u00e9dibilit\u00e9 \u00e0 l&#8217;OTAN. Son engagement, massif compte tenu de ses ressources, montre sa d\u00e9termination \u00e0 concentrer ses effectifs sur un principal th\u00e9a\u00cc\u201atre d&#8217;op\u00e9rations. Malgr\u00e9 les soidisant garanties, exig\u00e9es par le gouvernement Martin, que le Canada pourrait intervenir simultan\u00e9ment dans d&#8217;autres op\u00e9rations, la quantit\u00e9 de troupes n\u00e9cessaires pour accomplir la mission \u00e0 Kandahar \u00e9tait suffisante pour pr\u00e9venir toute illusion : le Canada ne pourrait que contribuer minimalement \u00e0 d&#8217;autres missions (en fournissant des conseillers militaires, des policiers, de l&#8217;assistance technique, etc.), comme c&#8217;est actuellement le cas en Hai\u00cc\u02c6ti, au Soudan et en Bosnie-Herz\u00e9govine.<\/p>\n<p>Mais cette nouvelle strat\u00e9gie n&#8217;est toutefois pas sans risque, particuli\u00e8rement aupr\u00e8s de la population canadienne. Le fait de d\u00e9laisser les op\u00e9rations dites \u00ab traditionnelles \u00bb de maintien de la paix risque d&#8217;\u00e9roder le soutien populaire canadien.<\/p>\n<p>La participation des Forces canadiennes aux op\u00e9rations de maintien de la paix jouit d&#8217;un appui virtuellement unanime dans la soci\u00e9t\u00e9 canadienne, et ce depuis le tout d\u00e9but des ann\u00e9es 1960. Les Canadiens ont \u00e9t\u00e9 habitu\u00e9s \u00e0 ce type de mission, notamment en raison de la rh\u00e9torique politique qui l&#8217;entoure. Au milieu des ann\u00e9es 1980, alors que la nature des interventions militaires \u00e9voluait graduellement en fonction des \u00ab nouveaux \u00bb types de conflits, les dirigeants politiques canadiens justifiaient n\u00e9anmoins le d\u00e9ploiement des militaires en recourant au symbole du maintien de la paix. L&#8217;appui populaire aux interventions canadiennes a d&#8217;ailleurs commenc\u00e9 \u00e0 s&#8217;effriter lors des op\u00e9rations dans les Balkans et en Somalie, c&#8217;est-\u00e0-dire au moment o\u00f9 le Canada a commenc\u00e9 \u00e0 s&#8217;\u00e9loigner significativement des missions de maintien de la paix traditionnelles, pour intervenir dans des missions de plus en plus belliqueuses et chaotiques.<\/p>\n<p>Au cours de la guerre du Kosovo, une grande majorit\u00e9 de Canadiens (66 p. 100) se disaient en faveur de l&#8217;intervention de l&#8217;OTAN avant et apr\u00e8s le d\u00e9clenchement des bombardements. Plus encore, la plupart des Canadiens (58 p. 100) se montraient m\u00e9\u201ame favorables au d\u00e9ploiement de forces terrestres en appui aux forces a\u00e9riennes. Cet appui populaire s&#8217;explique non seulement par le type de justifications fourni par le gouvernement canadien, ce dernier faisant valoir le caract\u00e8re \u00ab humanitaire \u00bb de la mission, mais \u00e9galement par la doctrine du \u00ab z\u00e9ro mort \u00bb, c&#8217;est-\u00e0-dire par l&#8217;absence de victimes parmi les militaires canadiens.<\/p>\n<p>Dans le cas de l&#8217;Afghanistan, la chute importante de l&#8217;appui populaire est survenue au moment o\u00f9 les Forces canadiennes subissaient de plus en plus de pertes humaines, c&#8217;est-\u00e0-dire \u00e0 partir du printemps 2006. En effet, en octobre 2001, pr\u00e8s de 84 p. 100 des Canadiens appuyaient l&#8217;intervention du Canada aux co\u00cc\u201at\u00e9s des \u00c9tats-Unis en Afghanistan (L\u00e9ger Marketing). Le taux d&#8217;approbation se r\u00e9tr\u00e9cit progressivement, passant \u00e0 75 p. 100 en 2002, puis \u00e0 61 p. 100 en 2004 (Environics). C&#8217;est toutefois au cours du printemps 2006 qu&#8217;il chuta drastiquement, divisant la population canadienne ; depuis, environ 50 p. 100 des Canadiens appuient ou d\u00e9sapprouvent la mission des Forces canadiennes en Afghanistan.<\/p>\n<p>Il est particuli\u00e8rement int\u00e9ressant de souligner que l&#8217;appui des Qu\u00e9b\u00e9cois \u00e0 l&#8217;intervention en Afghanistan au cours de l&#8217;ann\u00e9e 2006 n&#8217;a jamais d\u00e9pass\u00e9 43 p. 100. Le graphique suivant montre l&#8217;\u00e9volution de l&#8217;\u00e9cart entre les Canadiens hors Qu\u00e9bec et les Qu\u00e9b\u00e9cois sur la question. \u00e0 l&#8217;heure actuelle, 30 p. 100 seulement des Qu\u00e9b\u00e9cois appuient la participation canadienne \u00e0 la mission.<\/p>\n<p>Outre la mort de soldats canadiens, les analyses d&#8217;opinion publique soulignent \u00e9galement qu&#8217;une certaine confusion quant \u00e0 la nature de la mission explique la baisse d&#8217;appuis. Ainsi, un quart des Canadiens croient que les Forces canadiennes effectuent une mission de maintien de la paix en Afghanistan, alors qu&#8217;environ 20 p. 100 d&#8217;entre eux estiment qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;une op\u00e9ration d&#8217;appui \u00e0 la politique \u00e9trang\u00e8re am\u00e9ricaine, soit le m\u00e9\u201ame nombre qui affirment qu&#8217;il s&#8217;agit pluto\u00cc\u201at d&#8217;une mission d&#8217;assistance humanitaire (Environics, novembre 2006).<\/p>\n<p>Les justifications politiques de la mission ne semblent donc pas fonctionner. Les arguments formul\u00e9s en termes de guerre contre le terrorisme ne suffisant pas (i.e., si l&#8217;on ne vainc pas le terrorisme en Afghanistan, le Canada sera davantage menac\u00e9 sur son propre territoire), les dirigeants politiques canadiens ont eu recours \u00e0 des symboles associ\u00e9s aux causes humanitaires (dont celui, omnipr\u00e9sent dans les m\u00e9dias, de la construction d&#8217;\u00e9coles pour fillettes). La confusion et la division actuelles qui r\u00e8gnent parmi la population canadienne soulignent l&#8217;\u00e9chec de ces deux strat\u00e9gies.<\/p>\n<p>Ce qui demeure clair, en revanche, est que l&#8217;actuelle crise de l\u00e9gitimation de l&#8217;usage de la force au Canada t\u00e9moigne de clivages internes, dont la \u00ab diff\u00e9rence qu\u00e9b\u00e9coise \u00bb fait foi. La d\u00e9sapprobation d&#8217;une majorit\u00e9 de Qu\u00e9b\u00e9cois et d&#8217;une part significative de Canadiens vis-\u00e0-vis de l&#8217;intervention canadienne en Afghanistan est d&#8217;ailleurs syst\u00e9matiquement entretenue par les diff\u00e9rents partis d&#8217;opposition \u00e0 la Chambre des communes.<\/p>\n<p>Le chef du NPD, Jack Layton, s&#8217;est r\u00e9cemment fait l&#8217;apo\u00cc\u201atre du rapatriement des troupes canadiennes (apr\u00e8s avoir pr\u00e9conis\u00e9 un changement de mission vers une intervention de type \u00ab maintien de la paix \u00bb). Parmi les principaux candidats \u00e0 la succession de Paul Martin au Parti lib\u00e9ral, seul Michael Ignatieff appuie ouvertement la mission canadienne, alors que Bob Rae, Gerard Kennedy et St\u00e9phane Dion souhaitent le retour \u00e0 la maison des militaires. Cet enjeu pr\u00e9cis fut d&#8217;ailleurs omnipr\u00e9sent dans les d\u00e9bats entourant la campagne \u00e0 la direction du parti. Plusieurs lib\u00e9raux affirment que Michael Ignatieff aurait de la difficult\u00e9 \u00e0 se distinguer de Stephen Harper lors des prochaines \u00e9lections f\u00e9d\u00e9rales. Cette situation est d&#8217;autant plus cruciale que les circonscriptions qu\u00e9b\u00e9coises sont particuli\u00e8rement importantes pour tout parti f\u00e9d\u00e9ral qui souhaite former un gouvernement majoritaire \u00e0 Ottawa.<\/p>\n<p>Gilles Duceppe, quant \u00e0 lui, est pluto\u00cc\u201at r\u00e9serv\u00e9 sur la question. Instigateur du d\u00e9bat \u00e0 la Chambre des communes en avril 2006 sur la nature et la pertinence de l&#8217;intervention, il souhaite que le Parlement canadien d\u00e9batte davantage du ro\u00cc\u201ale des Forces canadiennes sur la sc\u00e8ne internationale. La d\u00e9cision du gouvernement Harper de voter (dans un climat d&#8217;urgence injustifi\u00e9) la prolongation de la mission canadienne a d&#8217;ailleurs contribu\u00e9 \u00e0 l\u00e9gitimer la position du chef bloquiste. Cette m\u00e9\u201ame d\u00e9cision du gouvernement conservateur t\u00e9moigne en outre de la crise de l\u00e9gitimit\u00e9 dont font actuellement les frais les Forces canadiennes. Le faible taux d&#8217;appui populaire \u00e0 la mission a pouss\u00e9 le gouvernement \u00e0 chercher l&#8217;approbation de l&#8217;appareil l\u00e9gislatif afin de l\u00e9gitimer sa d\u00e9cision. Cette tactique fut \u00e9galement employ\u00e9e par Jean\u00a0Chr\u00e9tien lorsqu&#8217;il imposa, en avril 1998, un d\u00e9bat sp\u00e9cial aux Communes au moment o\u00f9 la situation se d\u00e9t\u00e9riorait en ex-Yougoslavie. Il s&#8217;agissait alors d&#8217;une premi\u00e8re depuis Mackenzie King.<\/p>\n<p>La \u00ab nouvelle \u00bb politique \u00e9trang\u00e8re canadienne ne m\u00e9rite donc peut-\u00e9\u201atre pas ce qualificatif, du moins si, par \u00ab nouveau \u00bb, l&#8217;on entend quelque chose de propre au gouvernement Harper, voire \u00e0 celui de Paul Martin. Elle s&#8217;inscrit pluto\u00cc\u201at dans l&#8217;\u00e9volution de la situation g\u00e9ostrat\u00e9gique mondiale depuis la fin de la guerre froide, alors que le Canada intervient de plus en plus dans le cadre de l&#8217;OTAN et cherche \u00e0 maximiser son influence aupr\u00e8s de ses alli\u00e9s traditionnels. M\u00e9\u201ame les r\u00e9percussions politiques internes de cette \u00e9volution sur le ro\u00cc\u201ale des Forces canadiennes ne sont pas nouvelles.<\/p>\n<p>En revanche, reconnai\u00cc\u201atre ceci ne doit pas nous conduire \u00e0 n\u00e9gliger l&#8217;ampleur de l&#8217;actuelle crise de l\u00e9gitimit\u00e9. Utilis\u00e9e \u00e0 des fins partisanes, l&#8217;ambivalence des Canadiens pourrait se r\u00e9v\u00e9ler un enjeu important lors des prochaines \u00e9lections f\u00e9d\u00e9rales. De mani\u00e8re plus fondamentale, l&#8217;absence d&#8217;un ro\u00cc\u201ale pour les Forces canadiennes faisant consensus parmi la population canadienne risque d&#8217;assombrir leurs succ\u00e8s et de limiter la port\u00e9e de ce que peut accomplir le Canada sur la sc\u00e8ne internationale. En concentrant ses ressources dans une mission impopulaire, le gouvernement canadien a par le fait m\u00e9\u201ame mis dans un m\u00e9\u201ame panier toute la l\u00e9gitimit\u00e9 et l&#8217;efficacit\u00e9 de sa politique \u00e9trang\u00e8re.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis maintenant cinquante ans, le gouvernement canadien fait du maintien de la paix l&#8217;une des facettes les plus m\u00e9diatis\u00e9es de sa politique \u00e9trang\u00e8re. 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