{"id":262148,"date":"2006-04-01T05:00:00","date_gmt":"2006-04-01T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/issues\/the-canadian-priorities-agenda\/"},"modified":"2025-10-07T19:52:39","modified_gmt":"2025-10-07T23:52:39","slug":"the-canadian-priorities-agenda","status":"publish","type":"issues","link":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2006\/04\/the-canadian-priorities-agenda\/","title":{"rendered":"Vers un programme de priorit\u00e9s pour le Canada"},"content":{"rendered":"<p>Depuis les travaux de la Commission Macdonald il y a 20 ans, les Canadiens ont eu peu d&#8217;occasions d&#8217;engager un v\u00e9ritable d\u00e9bat sur les perspectives \u00e9conomiques et sociales du pays. M\u00e9\u201ame la r\u00e9cente campagne \u00e9lectorale, bien qu&#8217;elle ait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 de nettes diff\u00e9rences entre les partis relativement \u00e0 quelques mesures politiques bien pr\u00e9cises, n&#8217;a pas permis d&#8217;engager le d\u00e9bat sur les grands d\u00e9fis qui attendent le Canada.<\/p>\n<p>L&#8217;IRPP a con\u00e7u le projet sur les priorit\u00e9s canadiennes pour contribuer \u00e0 un d\u00e9bat de fond sur les choix et les priorit\u00e9s politiques du pays. La pr\u00e9misse en est simple : m\u00e9\u201ame si c&#8217;est une r\u00e9alit\u00e9 parfois difficile \u00e0 accepter et \u00e0 g\u00e9rer, il n&#8217;en reste pas moins que nos gouvernements doivent choisir soigneusement les politiques \u00e0 mettre en \u0153uvre en fonction des ressources limit\u00e9es dont ils disposent. Tout en prenant en consid\u00e9ration les imp\u00e9ratifs politiques, les gouvernements doivent ainsi \u00e9galement \u00e9valuer les cou\u00cc\u201ats, les avantages et les effets distributifs des politiques envisag\u00e9es, ainsi que leurs retomb\u00e9es \u00e0 long terme, puisque l&#8217;ensemble des bienfaits d&#8217;une mesure donn\u00e9e n&#8217;apparai\u00cc\u201at souvent que bien apr\u00e8s l&#8217;engagement des d\u00e9penses initiales.<\/p>\n<p>Pour lancer ce projet, nous avons demand\u00e9 \u00e0 un groupe d&#8217;experts d&#8217;identifier les principaux d\u00e9fis politiques que le Canada se devra de relever \u00e0 moyen terme. Les r\u00e9sultats de cet exercice font l&#8217;objet du pr\u00e9sent article et des textes qui l&#8217;accompagnent. Pour la deuxi\u00e8me \u00e9tape, l&#8217;IRPP entreprendra une s\u00e9rie d&#8217;\u00e9tudes pour \u00e9valuer en d\u00e9tail les effets de politiques con\u00e7ues pour relever ces grands d\u00e9fis. Pour l&#8217;\u00e9tape finale, nous r\u00e9unirons un jury compos\u00e9 de membres poss\u00e9dant une exp\u00e9rience reconnue de l&#8217;analyse des politiques publiques pour faire le bilan des politiques propos\u00e9es et d\u00e9gager celles qui sont le plus susceptibles d&#8217;am\u00e9liorer le bien-\u00e9\u201atre \u00e9conomique et social des Canadiens.<\/p>\n<p>Pour d\u00e9terminer quelles sont ces grandes priorit\u00e9s, l&#8217;IRPP a donc r\u00e9uni un groupe form\u00e9 de 12 universitaires, analystes et praticiens ayant tous une solide connaissance des politiques publiques. Nos participants apportent un large \u00e9ventail d&#8217;expertises et de perspectives provenant du monde universitaire, des milieux gouvernementaux et des \u00e9tablissements de recherche ind\u00e9pendants, de m\u00e9\u201ame que d&#8217;horizons politiques et r\u00e9gionaux divers.<\/p>\n<p>Le 27 janvier dernier, nos 12 sp\u00e9cialistes ont particip\u00e9 \u00e0 un atelier tenu dans les bureaux de l&#8217;IRPP pour convenir des huit principaux d\u00e9fis politiques auxquels le Canada est confront\u00e9. Ce choix devait reposer sur deux crit\u00e8res : leur importance par rapport au bien-\u00e9\u201atre \u00e9conomique et social du Canada, et la possibilit\u00e9 de les relever \u00e0 l&#8217;aide de mesures politiques pr\u00e9cises. En d\u00e9but d&#8217;atelier, chaque participant a pr\u00e9sent\u00e9 les trois d\u00e9fis qui lui semblaient d&#8217;une importance particuli\u00e8rement critique.<\/p>\n<p>Leurs choix respectifs figurent au tableau 1. On peut voir qu&#8217;il y a plusieurs recoupements parmi les 36 d\u00e9fis propos\u00e9s. Certains participants ont choisi des d\u00e9fis presque identiques, par exemple le vieillissement de la population. D&#8217;autres ont privil\u00e9gi\u00e9 des d\u00e9fis reposant sur des th\u00e8mes analogues, notamment l&#8217;am\u00e9lioration du capital humain, en les articulant toutefois autour d&#8217;enjeux et de priorit\u00e9s diff\u00e9rents. Aussi a-t-on consacr\u00e9 la suite de l&#8217;atelier \u00e0 recenser ces recoupements afin d&#8217;obtenir une synth\u00e8se repr\u00e9sentative de toutes les id\u00e9es mises de l&#8217;avant.<\/p>\n<p>En fin d&#8217;atelier, les participants ont \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s \u00e0 voter pour les huit d\u00e9fis les plus importants \u00e0 leurs yeux, parmi les 14 que l&#8217;exercice de synth\u00e8se avait d\u00e9gag\u00e9s. Les r\u00e9sultats de cet exercice (voir le tableau 2) serviront \u00e0 identifier les sujets de recherche pour la prochaine \u00e9tape du projet.<\/p>\n<p>\u00c9tant donn\u00e9 l&#8217;\u00e9tendue et la diversit\u00e9 de l&#8217;expertise de nos sp\u00e9cialistes, nous n&#8217;\u00e9tions pas \u00e9tonn\u00e9s que ceux-ci aient des opinions divergentes et assez arr\u00e9\u201at\u00e9es quant aux priorit\u00e9s politiques du Canada. Mais, malgr\u00e9 des diff\u00e9rences bien senties, on rel\u00e8ve aussi de grands enjeux communs. Le d\u00e9veloppement du capital humain et naturel, par exemple, ou l&#8217;am\u00e9lioration de la productivit\u00e9, indispensables \u00e0 notre croissance \u00e9conomique \u00e0 long terme. De m\u00e9\u201ame, la notion d&#8217;\u00e9quit\u00e9 est au c\u0153ur des consid\u00e9rations de plusieurs, que ce soit entre jeunes et vieux, riches et pauvres, les g\u00e9n\u00e9rations d&#8217;aujourd&#8217;hui et celles de demain, comme l&#8217;indique une inqui\u00e9tude largement partag\u00e9e quant aux r\u00e9percussions de l&#8217;ins\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique et du vieillissement sur la coh\u00e9sion sociale.<\/p>\n<p>Plusieurs participants ont par ailleurs voulu rappeler l&#8217;importance de nos institutions. Comme le font valoir Tom Kent et Janice MacKinnon au d\u00e9but de leurs textes, l&#8217;\u00e9laboration de priorit\u00e9s politiques sera d\u00e9nu\u00e9e de sens si notre syst\u00e8me de gouvernance, c&#8217;est\u00e0-dire l&#8217;ensemble des instruments servant \u00e0 d\u00e9terminer et \u00e0 mettre en \u0153uvre des politiques efficaces, n&#8217;est pas \u00e0 la hauteur. Selon eux plusieurs questions m\u00e9ritent notre attention, notamment le ro\u00cc\u201ale du Parlement, la repr\u00e9sentation \u00e9lectorale et le bon fonctionnement de la f\u00e9d\u00e9ration. Ce dernier \u00e9l\u00e9ment qui ressort dans plusieurs des textes sous diff\u00e9rents angles\u2014 de l&#8217;unit\u00e9 nationale \u00e0 la notion de citoyennet\u00e9 commune en passant par la coop\u00e9ration f\u00e9d\u00e9raleprovinciale et les relations fiscales\u2014 est \u00e0 juste titre consid\u00e9r\u00e9 comme une condition essentielle \u00e0 une intervention gouvernementale efficace dans les autres domaines. La plupart de nos sp\u00e9cialistes s&#8217;entendaient sur ce point.<\/p>\n<p>La notion de capital est un concept \u00e9conomique qui s&#8217;est \u00e9tendu ces derni\u00e8res ann\u00e9es \u00e0 plusieurs autres sph\u00e8res et qui, selon Nancy Olewiler, est fort utile pour mieux comprendre les d\u00e9fis politiques canadiens. Comme elle le fait remarquer, le Canada jouit d&#8217;un abondant capital humain (une population instruite et en sant\u00e9), naturel (nos r\u00e9serves de ressources naturelles), physique (notre infrastructure publique et priv\u00e9e) et social (une d\u00e9mocratie stable et une soci\u00e9t\u00e9 civile). En soulignant l&#8217;importance du \u00ab capital public \u00bb, c&#8217;est-\u00e0-dire les \u00e9l\u00e9ments du bien collectif qui r\u00e9clament une action gouvernementale, elle affirme que \u00ab nous avons v\u00e9cu de ce capital public tout en y consacrant trop peu d&#8217;investissements ou des investissements inefficaces \u00bb. Plusieurs autres participants sont aussi de cet avis, en ce qui a trait notamment au capital humain et naturel.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9ducation, la formation et le d\u00e9veloppement des comp\u00e9tences sont d&#8217;une importance indiscutable pour tous nos contributeurs. C&#8217;est d&#8217;ailleurs le seul d\u00e9fi qu&#8217;ils ont unanimement inscrit \u00e0 leur liste de huit priorit\u00e9s. Mais l\u00e0 encore, le raisonnement, les facteurs en jeu ainsi que l&#8217;approche \u00e0 privil\u00e9gier varient selon chacun. Ainsi Janice MacKinnon, Kevin Lynch et Anne Golden, qui donnent priorit\u00e9 \u00e0 la productivit\u00e9 et \u00e0 l&#8217;innovation, jugent indispensable de disposer au pr\u00e9alable d&#8217;une main-d&#8217;\u0153uvre instruite et qualifi\u00e9e. On retrouve le m\u00e9\u201ame raisonnement chez Pierre Fortin et Robert Lacroix, bien que ce dernier mette l&#8217;accent sur la capacit\u00e9 d&#8217;innover dans une \u00e9conomie du savoir et, par cons\u00e9quent, sur la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;injecter des fonds suppl\u00e9mentaires dans l&#8217;enseignement postsecondaire et la recherche universitaire. Pierre Fortin est quant \u00e0 lui cat\u00e9gorique : \u00ab Nous devons d&#8217;urgence (&#8230;) promouvoir les comp\u00e9tences essentielles que sont l&#8217;alphab\u00e9tisme et l&#8217;arithm\u00e9tique \u00bb, car c&#8217;est l&#8217;acquisition de ces comp\u00e9tences de base par la population qui produira le meilleur rendement sur nos investissements publics. D&#8217;autres vont dans le m\u00e9\u201ame sens en \u00e9voquant le probl\u00e8me chronique du d\u00e9crochage scolaire, les besoins croissants en m\u00e9tiers sp\u00e9cialis\u00e9s, les lacunes de la formation linguistique des immigrants et les d\u00e9boires connus dans le dossier de la scolarisation des autochtones. Ceci donne \u00e0 penser que le principal d\u00e9fi en mati\u00e8re de capital humain est probablement celui d&#8217;assurer une meilleure allocation des ressources.<\/p>\n<p>Toutes ces questions rappellent, par ailleurs, que la raison d&#8217;\u00e9\u201atre de l&#8217;\u00e9ducation ne se limite pas \u00e0 r\u00e9pondre aux besoins du march\u00e9 du travail; elle permet aussi d&#8217;am\u00e9liorer la qualit\u00e9 de vie, la mobilit\u00e9 sociale et le capital social. C&#8217;est cette m\u00e9\u201ame conviction qui anime plusieurs de nos d\u00e9fenseurs du capital humain qui pr\u00e9f\u00e8rent nettement mettre l&#8217;accent sur la jeunesse et la petite enfance. Tom Kent estime \u00e0 ce propos qu&#8217;on ne r\u00e9pondrait pas aux vrais besoins en se contentant d&#8217;am\u00e9liorer l&#8217;enseignement postsecondaire. La priorit\u00e9 absolue consiste selon lui \u00e0 prendre soin de nos enfants et de leur d\u00e9veloppement. Un avis partag\u00e9 par Jane Jenson, Judith Maxwell et Ken Battle, pour qui l&#8217;apprentissage pr\u00e9coce est un d\u00e9terminant cl\u00e9 de r\u00e9ussite scolaire, une pr\u00e9paration \u00e0 l&#8217;apprentissage permanent et un outil de pr\u00e9vention chez les enfants vuln\u00e9rables et \u00e0 risque. Ces quatre auteurs pr\u00e9conisent donc un meilleur acc\u00e8s \u00e0 des services de garde de qualit\u00e9, pas seulement dans la perspective de d\u00e9velopper notre capital humain mais \u00e9galement dans celle de soutenir les familles et les communaut\u00e9s, notre capital social.<\/p>\n<p>Nancy Olewiler plaide aussi avec conviction en faveur de la protection et de la valorisation de notre capital naturel, un point de vue repris par Anne Golden. Minerais, for\u00e9\u201ats, eau douce et faune ne sont que quelquesunes des nombreuses ressources naturelles du Canada, qui sont toutes \u00e0 leur fa\u00e7on indispensables \u00e0 la production de la majorit\u00e9 des biens et services que nous produisons. Mais l&#8217;incurie qui caract\u00e9rise leur gestion (\u00e0 tel point que nous n&#8217;avons aucune id\u00e9e des r\u00e9serves dont nous disposons et moins encore du rythme auquel elles s&#8217;\u00e9puisent) a engendr\u00e9 des pertes inqui\u00e9tantes.<\/p>\n<p>Mme Olewiler note que, paradoxalement, certaines ressources non renouvelables comme les combustibles fossiles et les min\u00e9raux, dont les prix refl\u00e8tent de plus pr\u00e8s la raret\u00e9, sont en fait mieux g\u00e9r\u00e9es que les for\u00e9\u201ats et les stocks de poissons. Elle rappelle enfin que la fa\u00e7on dont nous g\u00e9rons nos ressources a des r\u00e9percussions profondes pour bien des r\u00e9gions rurales dont c&#8217;est le principal moyen de subsistance.<\/p>\n<p>Anne Golden en appelle \u00e9galement \u00e0 une meilleure gestion de nos ressources, en particulier des for\u00e9\u201ats, de l&#8217;eau, du p\u00e9trole et du gaz naturel, d&#8217;autant plus que la forte demande actuelle nous offre l&#8217;occasion id\u00e9ale d&#8217;\u00e9laborer une strat\u00e9gie d&#8217;optimisation de leurs avantages \u00e9conomiques dans une perspective de d\u00e9veloppement durable. Elle ajoute que la question du r\u00e9chauffement plan\u00e9taire devrait constituer l&#8217;axe d&#8217;une strat\u00e9gie globale de gestion des ressources naturelles, et elle pr\u00e9conise la tenue d&#8217;un d\u00e9bat ouvert et cr\u00e9atif sur les changements climatiques en vue d&#8217;adopter des programmes d&#8217;\u00e9change de droits d&#8217;\u00e9mission et des cibles mieux d\u00e9finies pour les grands pollueurs. Bref, il serait grand temps de passer \u00e0 l&#8217;action.<\/p>\n<p>Robert Lacroix et Jim Stanford ont aussi retenu les changements climatiques parmi leurs principaux d\u00e9fis, mais sans int\u00e9grer cette priorit\u00e9 \u00e0 la gestion des ressources naturelles : on peut en effet soutenir que, tout en \u00e9tant connexes, les deux questions n\u00e9cessitent une r\u00e9ponse politique diff\u00e9rente. Tous deux exhortent le Canada \u00e0 respecter ses engagements de Kyoto, mais abordent la question d&#8217;un angle diff\u00e9rent. Le premier r\u00e9clame d&#8217;Ottawa qu&#8217;il respecte le principe pollueur-payeur pour prendre en compte la responsabilit\u00e9 de l&#8217;Alberta, qui, m\u00e9\u201ame si elle ne compte que 10 p. 100 de la population canadienne, a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 46 p. 100 de la hausse des gaz \u00e0 effet de serre depuis 1990. Le second met l&#8217;accent sur la conservation et estime qu&#8217;en investissant dans les technologies propres, le transport en commun et les v\u00e9hicules peu \u00e9nergivores, le Canada se rapprocherait des cibles de Kyoto sans sacrifier sa croissance \u00e9conomique<\/p>\n<p>Si, au d\u00e9part, seuls 4 des 12 participants avaient inscrit le capital naturel et l&#8217;environnement parmi leurs trois priorit\u00e9s, ils ont convaincu l&#8217;atelier de leur importance et ont finalement obtenu 10 voix en leur faveur.<\/p>\n<p>Le bien-\u00e9\u201atre \u00e9conomique repose \u00e0 l&#8217;\u00e9vidence sur de nombreux facteurs, comme l&#8217;explique Lars Osberg, mais le revenu demeure l&#8217;un des plus importants. Or, si l&#8217;am\u00e9lioration \u00e0 long terme du niveau de vie passe par l&#8217;augmentation du revenu moyen, le niveau de productivit\u00e9 d&#8217;un pays est lui un d\u00e9terminant cl\u00e9 de son revenu par habitant. Aussi, on ne saurait sousestimer l&#8217;importance de la productivit\u00e9, bien que cette notion puisse sembler obscure pour beaucoup de gens. L&#8217;augmentation du niveau de productivit\u00e9 et de son taux de croissance arrive d&#8217;ailleurs en t\u00e9\u201ate des priorit\u00e9s de Kevin Lynch, Anne Golden, Tom Kent et Janice MacKinnon. Cet enjeu est \u00e9galement repris indirectement par cinq autres auteurs, qui soulignent l&#8217;importance d&#8217;am\u00e9liorer notre performance en ce qui concerne le capital humain, puisqu&#8217;une main-d&#8217;\u0153uvre qualifi\u00e9e et exp\u00e9riment\u00e9e est aussi plus productive.<\/p>\n<p>Si Janice MacKinnon explique le retard de la productivit\u00e9 canadienne par notre faible capacit\u00e9 d&#8217;innovation, Tom Kent exprime son inqui\u00e9tude \u00e0 ce chapitre en pro\u00cc\u201anant le \u00ab travail intelligent \u00bb. La premi\u00e8re juge essentiel d&#8217;investir dans la recherche-d\u00e9veloppement (R-D) et soutient qu&#8217;il incombe aux gouvernements d&#8217;en faire plus, c&#8217;est-\u00e0-dire de financer la recherche et d&#8217;inciter nos entreprises \u00e0 multiplier leurs efforts de R-D. Le second propose de r\u00e9former le r\u00e9gime fiscal et le cadre de r\u00e9glementation pour inciter entreprises et particuliers \u00e0 \u00e9pargner, \u00e0 investir, \u00e0 prendre des risques et \u00e0 cr\u00e9er des occasions d&#8217;affaires.<\/p>\n<p>Les revenus des Canadiens augmenteront au rythme de notre productivit\u00e9 quoi qu&#8217;il arrive \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger, mais ceci ne veut pas dire que l&#8217;on ne doit pas se soucier de ce qui se passe ailleurs. Kevin Lynch note \u00e0 cet \u00e9gard que notre productivit\u00e9 moyenne est inf\u00e9rieure \u00e0 celle de nos principaux partenaires commerciaux, les \u00c9tats-Unis surtout, et que cet \u00e9cart se creuse en raison de nos faibles taux de croissance. Il ajoute que les d\u00e9penses du secteur priv\u00e9 aussi bien en R-D qu&#8217;en machinerie et \u00e9quipement, deux facteurs d\u00e9terminants de productivit\u00e9, sont aussi tr\u00e8s inf\u00e9rieures \u00e0 celles d&#8217;autres pays d\u00e9velopp\u00e9s. L&#8217;accroissement de ces taux d&#8217;investissement, conclut-il, est au c\u0153ur du d\u00e9fi de la productivit\u00e9 canadienne.<\/p>\n<p>Anne Golden s&#8217;inqui\u00e8te pour sa part de notre faible \u00ab comp\u00e9titivit\u00e9 \u00bb (terme global qu&#8217;elle utilise pour parler de divers facteurs de productivit\u00e9 et de croissance) dans une \u00e9conomie mondialis\u00e9e en rapide mutation. Outre la dynamisation de la productivit\u00e9 et de l&#8217;innovation, elle consid\u00e8re qu&#8217;il faut aussi (tout comme Kevin Lynch d&#8217;ailleurs) augmenter l&#8217;investissement \u00e9tranger direct sortant et entrant. Ce dernier est en effet une source importante de transfert technologique par les entreprises \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n<p>Elle souligne \u00e9galement l&#8217;avantage consid\u00e9rable qu&#8217;il y aurait \u00e0 continuer de r\u00e9duire les cou\u00cc\u201ats li\u00e9s au mouvement des biens traversant la fronti\u00e8re canadoam\u00e9ricaine, compte tenu de l&#8217;importance des flux d&#8217;\u00e9changes quotidiens. Nancy Olewiler abonde dans le m\u00e9\u201ame sens. \u00e0 son avis, nous nous devons d&#8217;am\u00e9liorer la coop\u00e9ration et les relations commerciales avec notre voisin du Sud, non seulement comme un objectif valable en soi mais aussi pour nous permettre de mieux affronter la concurrence de plus en plus vive des march\u00e9s \u00e9mergents.<\/p>\n<p>La croissance de la productivit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 retenue par la moiti\u00e9 seulement de nos participants, bien que ce soit un enjeu important pour l&#8217;accroissement du niveau de vie. Par ailleurs, l&#8217;appui donn\u00e9 aux deux d\u00e9fis connexes de cr\u00e9ation et de commercialisation du savoir et du capital humain (respectivement 6 et 12 votes) nous permet de supposer que la productivit\u00e9 canadienne constitue une priorit\u00e9 plus largement partag\u00e9e que ne l&#8217;indiquent les r\u00e9sultats bruts.<\/p>\n<p>Le portrait de la situation du Canada au sein de l&#8217;\u00e9conomie mondiale que nous trace Robert Lacroix au d\u00e9but de son texte est de plus en plus connu. Le perfectionnement des technologies de transport et de communication ainsi que l&#8217;expansion des flux financiers et commerciaux, soutient-il, exposent in\u00e9vitablement des pays comme le no\u00cc\u201atre aux chocs \u00e9conomiques qui \u00e9branlent d&#8217;autres r\u00e9gions du globe, ce qui entrai\u00cc\u201ane des mouvements de capitaux et de maind&#8217;\u0153uvre entre cat\u00e9gories d&#8217;emploi, secteurs d&#8217;activit\u00e9 et r\u00e9gions g\u00e9ographiques. Le Canada et les \u00c9tats-Unis parviennent \u00e0 s&#8217;adapter assez rapidement mais ces chocs n&#8217;en causent pas moins souvent des difficult\u00e9s temporaires, notamment sous forme de mises \u00e0 pied. Et pour les travailleurs peu qualifi\u00e9s ou moins mobiles, ces difficult\u00e9s peuvent s&#8217;av\u00e9rer plus difficiles \u00e0 surmonter.<\/p>\n<p>Les raisons ne manquent donc pas de justifier des mesures de s\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique offrant \u00e0 chacun un \u00ab filet de protection sociale \u00bb. La premi\u00e8re \u00e9tant d&#8217;ordre moral : aider ceux qui sont dans le besoin, m\u00e9\u201ame si leur situation risque de perdurer. Mais Lars Osberg avance un raisonnement plus subtil fond\u00e9 sur la n\u00e9cessit\u00e9 de rajustements \u00e9conomiques en cas de perturbations. En effet, tout un chacun sera mieux dispos\u00e9 \u00e0 participer \u00e0 une \u00e9conomie sujette \u00e0 de telles perturbations s&#8217;il se sait prot\u00e9g\u00e9 par un filet de s\u00e9curit\u00e9 qui le pr\u00e9munit contre les coups durs. En int\u00e9grant cette forme de \u00ab gestion du risque \u00bb \u00e0 la notion de protection sociale, Osberg prend en compte les effets de l&#8217;incertitude \u00e9conomique sur le bien-\u00e9\u201atre des individus.<\/p>\n<p>Clairement mis de l&#8217;avant par Ken Battle et Judith Maxwell, le th\u00e8me de la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique est indirectement repris par d&#8217;autres auteurs. Ken Battle d\u00e9plore l&#8217;absence d&#8217;un syst\u00e8me coh\u00e9rent de \u00ab prestations pour adultes \u00bb qui mettrait de l&#8217;ordre dans notre mosai\u00cc\u02c6que de programmes, de l&#8217;assurance-emploi \u00e0 l&#8217;aide sociale en passant par les prestations pour enfants, l&#8217;aide aux invalides et le r\u00e9gime de pensions. Non seulement chaque programme compte-t-il son lot de probl\u00e8mes, dit-il, l&#8217;engrenage de la pauvret\u00e9, par exemple, ou la discrimination, mais ils poursuivent parfois des objectifs carr\u00e9ment contradictoires. La refonte d&#8217;un syst\u00e8me global de prestations pour adultes figure donc en t\u00e9\u201ate de ses priorit\u00e9s.<\/p>\n<p>Judith Maxwell se penche de son co\u00cc\u201at\u00e9 sur la situation des adultes en a\u00cc\u201age de travailler qui sont pris avec des emplois pr\u00e9caires et peu r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s. Pour certains, ces emplois servent de tremplin vers un poste permanent mieux pay\u00e9, mais trop nombreux sont ceux pour qui cette situation persiste. Ces travailleurs trouvent difficilement des services de garde ad\u00e9quats \u00e0 prix abordable et ils parviennent rarement \u00e0 se perfectionner. Le fait de se trouver dans ce genre d&#8217;emploi pr\u00e9caire et sans avenir en termes d&#8217;acquisition de comp\u00e9tences, de r\u00e9mun\u00e9ration et de s\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique a des cons\u00e9quences n\u00e9fastes \u00e0 long terme pour leurs familles, leurs enfants et pour les quartiers o\u00f9 ils vivent. Elle conclut \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de mettre en place de meilleurs parcours favorisant le passage de l&#8217;\u00e9cole au march\u00e9 du travail pour les jeunes adultes.<\/p>\n<p>\u00e0 l&#8217;instar de Judith Maxwell, Jim Stanford d\u00e9plore les cons\u00e9quences du travail peu r\u00e9mun\u00e9r\u00e9. Mais il s&#8217;inqui\u00e8te surtout de la concentration et de l&#8217;\u00e9tendue de la pauvret\u00e9 au Canada, et de l&#8217;exclusion sociale qui s&#8217;ensuit. Il observe que l&#8217;incidence de la pauvret\u00e9 ne semble pas avoir progress\u00e9 au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es, mais il montre que son \u00e9tendue et sa concentration\u2014 aussi bien g\u00e9ographique que parmi certains groupes identifiables comme les immigrants et les minorit\u00e9s visibles\u2014 ont sensiblement augment\u00e9. Le Canada compte aujourd&#8217;hui plus de quartiers pouvant \u00e9\u201atre qualifi\u00e9s de \u00ab d\u00e9favoris\u00e9s \u00bb, alors que les familles \u00e0 faible revenu \u00e9taient autrefois dispers\u00e9es dans des quartiers o\u00f9 les revenus \u00e9taient plus vari\u00e9s. L&#8217;auteur s&#8217;interroge sur les r\u00e9percussions de cette concentration de la \u00ab pauvret\u00e9 selon le code postal \u00bb sur le mieux-\u00e9\u201atre des familles et des collectivit\u00e9s<\/p>\n<p>Lars Osberg s&#8217;int\u00e9resse pour sa part aux changements intervenus aux deux extr\u00e9mit\u00e9s de la r\u00e9partition des revenus, et note qu&#8217;il y a eu un accroissement des in\u00e9galit\u00e9s de revenus au Canada. Il trouve particuli\u00e8rement alarmante la baisse radicale du revenu r\u00e9el des m\u00e9nages qui se situent au bas de l&#8217;\u00e9chelle. La multiplication simultan\u00e9e des sans-abri et des maisons-cha\u00cc\u201ateaux illustre cet \u00e9cart confirm\u00e9 par toutes les donn\u00e9es. Or l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 croissante des revenus fragilise le tissu social, porte atteinte aux institutions fond\u00e9es sur la confiance et la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, et amoindrit la civilit\u00e9 qui doit r\u00e9gner entre citoyens, une observation qui renvoie \u00e0 la notion de \u00ab capital social \u00bb souvent reprise dans le d\u00e9bat public.<\/p>\n<p>La discussion portant sur les enjeux qui entourent la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique et l&#8217;exclusion sociale est refl\u00e9t\u00e9e dans trois des priorit\u00e9s identifi\u00e9es par les participants dans leur liste finale : am\u00e9lioration de la situation d&#8217;emploi et de l&#8217;employabilit\u00e9 des adultes, am\u00e9lioration de la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique des familles avec enfants, r\u00e9duction de la pauvret\u00e9 et de l&#8217;exclusion. Aucun de ces trois d\u00e9fis n&#8217;a r\u00e9colt\u00e9 plus de sept votes, mais neuf participants ont accord\u00e9 leurs voix \u00e0 au moins l&#8217;un d&#8217;entre eux.<\/p>\n<p>L&#8217;enjeu du vieillissement de la population\u2014 la \u00ab temp\u00e9\u201ate d\u00e9mographique \u00bb qui se pointe \u00e0 l&#8217;horizon pour reprendre l&#8217;expression imag\u00e9e de Pierre Fortin\u2014 figurait parmi les priorit\u00e9s de d\u00e9part de quatre participants ; il a finalement \u00e9t\u00e9 retenu comme un des huit principaux d\u00e9fis du Canada par les deux tiers du groupe.<\/p>\n<p>Le d\u00e9bat sur les soins de sant\u00e9 et la viabilit\u00e9 financi\u00e8re du syst\u00e8me public repose essentiellement sur ce dilemme : comment r\u00e9pondre aux besoins de sant\u00e9 d&#8217;une population qui vieillit rapidement alors m\u00e9\u201ame que le nombre de travailleurs contribuant au financement des services et programmes destin\u00e9s aux personnes a\u00cc\u201ag\u00e9es est appel\u00e9 \u00e0 diminuer. Selon Janice MacKinnon, nous devons \u00e0 tout prix introduire des moyens de financement li\u00e9s \u00e0 l&#8217;usage du syst\u00e8me afin d&#8217;avoir les bonnes mesures incitatives et emp\u00e9\u201acher que les d\u00e9penses de sant\u00e9 n&#8217;empi\u00e8tent sur le financement d&#8217;autres domaines qui influent davantage sur l&#8217;\u00e9tat de sant\u00e9 de la population, notamment l&#8217;\u00e9ducation, la lutte contre la pauvret\u00e9 et l&#8217;environnement.<\/p>\n<p>La sant\u00e9 constitue une priorit\u00e9 majeure pour l&#8217;ensemble de nos sp\u00e9cialistes. Alors que cinq d&#8217;entre eux ont accord\u00e9 leurs voix \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;assurer la p\u00e9rennit\u00e9 du syst\u00e8me de sant\u00e9, plusieurs ont soutenu en atelier que l&#8217;objectif \u00e0 poursuivre \u00e9tait en fait celui d&#8217;am\u00e9liorer l&#8217;\u00e9tat de sant\u00e9 de la population, et ce d\u00e9fi connexe a obtenu sept voix. Au total, 11 participants sur 12 ont vot\u00e9 pour l&#8217;un ou l&#8217;autre de ces d\u00e9fis.<\/p>\n<p>Afin de parer \u00e0 ce grand tournant d\u00e9mographique, Janice MacKinnon et Anne Golden pr\u00e9conisent un renforcement des mesures favorisant une plus grande participation au march\u00e9 du travail. Mais si la premi\u00e8re privil\u00e9gie le d\u00e9veloppement de la main-d&#8217;\u0153uvre actuelle et future, notamment celle des autochtones, la seconde juge plus prometteur de mettre l&#8217;accent sur les travailleurs a\u00cc\u201ag\u00e9s.<\/p>\n<p>Par ailleurs, comme il sera important d&#8217;attirer et de retenir de jeunes travailleurs mobiles et hautement qualifi\u00e9s, Janice MacKinnon et Pierre Fortin sont d&#8217;avis qu&#8217;il faudra assurer un partage plus \u00e9quitable du fardeau fiscal entre g\u00e9n\u00e9rations, c&#8217;est-\u00e0-dire entre ceux qui contribuent au financement des d\u00e9penses publiques et ceux qui en b\u00e9n\u00e9ficient. Pour ce dernier, la notion d&#8217;\u00e9quit\u00e9 s&#8217;\u00e9tend \u00e9galement aux prochaines g\u00e9n\u00e9rations et par cons\u00e9quent n\u00e9cessite une r\u00e9duction du niveau de la dette publique.<\/p>\n<p>Le vieillissement de la population et les liens interg\u00e9n\u00e9rationnels figurent aussi parmi les priorit\u00e9s de Judith Maxwell. Le plus urgent \u00e0 ses yeux est de r\u00e9pondre aux besoins des familles \u00e0 chaque stade du cycle de vie, afin d&#8217;y pr\u00e9server les liens naturels d&#8217;entraide et de partage. Cela n\u00e9cessiterait selon elle de mettre en place des syst\u00e8mes de soins pour les tout-petits comme pour les tr\u00e8s a\u00cc\u201ag\u00e9s, ainsi qu&#8217;une meilleure pr\u00e9paration et trajectoire vers le march\u00e9 du travail pour les jeunes adultes.<\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, les th\u00e8mes issus de cette journ\u00e9e de discussion ont obtenu l&#8217;appui de l&#8217;ensemble des participants, qui ont ainsi t\u00e9moign\u00e9 de leur volont\u00e9 de trouver un terrain d&#8217;entente sur les grands enjeux qui ont \u00e9t\u00e9 soulev\u00e9s, du capital humain et naturel \u00e0 la productivit\u00e9 en passant par la croissance, le changement d\u00e9mographique et la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, ces enjeux sont per\u00e7us par chacun sous des angles diff\u00e9rents, laissant ouverte la question des instruments politiques les plus ad\u00e9quats pour relever les d\u00e9fis qu&#8217;ils ont recens\u00e9s. C&#8217;est cette question que l&#8217;IRRP se propose d&#8217;explorer au cours de la prochaine phase de ce projet.<\/p>\n<p>En terminant, nous d\u00e9sirons remercier chaleureusement chacun des participants d&#8217;avoir accept\u00e9 de prendre part \u00e0 cet exercice et de nous avoir accord\u00e9 le b\u00e9n\u00e9fice de leur jugement et expertise.\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis les travaux de la Commission Macdonald il y a 20 ans, les Canadiens ont eu peu d&#8217;occasions d&#8217;engager un v\u00e9ritable d\u00e9bat sur les perspectives \u00e9conomiques et sociales du pays. 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