{"id":261975,"date":"2005-03-01T05:00:00","date_gmt":"2005-03-01T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/issues\/the-right-on-the-outside-looking-in\/"},"modified":"2025-10-07T19:46:48","modified_gmt":"2025-10-07T23:46:48","slug":"the-right-on-the-outside-looking-in","status":"publish","type":"issues","link":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2005\/03\/the-right-on-the-outside-looking-in\/","title":{"rendered":"La droite depuis 1980 : une r\u00e9volution, quelle r\u00e9volution?"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab Bienvenue en 1980 ! \u00bb, lan\u00e7ait Pierre Elliott Trudeau le soir du 18 f\u00e9vrier 1980. <em>Options politiques<\/em> parai\u00cc\u201atra pour la premi\u00e8re fois, quelques semaines plus tard, une toute nouvelle revue pour un \u00ab nouveau-vieux \u00bb gouvernement.<\/p>\n<p>Comme la gestation chez les homo sapiens, le Parti lib\u00e9ral aura mis neuf mois \u00e0 renai\u00cc\u201atre de ses cendres et \u00e0 reprendre le pouvoir aux conservateurs, apr\u00e8s que l&#8217;infortun\u00e9 Joe Clark eut commis un hara-kiri budg\u00e9taire. Pour tenter de faire oublier ses six mois de tergiversations avant de se d\u00e9cider \u00e0 affronter le Parlement, Clark s&#8217;\u00e9tait montr\u00e9 hyper-d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 faire adopter une taxe sur les carburants, oubliant lui-m\u00e9\u201ame que l&#8217;appui des partis d&#8217;opposition est indispensable \u00e0 tout gouvernement minoritaire.<\/p>\n<p>Plus \u00e7a change, plus c&#8217;est pareil, dites-vous? Vingt-cinq ans plus tard, un autre gouvernement minoritaire tr\u00e9bucherat-il biento\u00cc\u201at sur son premier budget? Il semble bien que non ! D&#8217;ailleurs, c&#8217;est su\u00cc\u201arement en se rappelant la r\u00e9action du pays \u00e0 la d\u00e9cision du ministre des Finances John Crosbie d&#8217;augmenter le prix du gallon d&#8217;essence (vous vous souvenez des gallons?) que Paul Martin a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 les mesures incitatives pluto\u00cc\u201at qu&#8217;une forte hausse des taxes sur l&#8217;essence pour remplir ses engagements environnementaux.<\/p>\n<p>\u00c9videmment, du changement, il y en a eu. Le Canada d&#8217;aujourd&#8217;hui est tr\u00e8s diff\u00e9rent de ce qu&#8217;il \u00e9tait en cette fin d&#8217;hiver 1980 du lancement d&#8217;<em>Options politiques<\/em>. D&#8217;ailleurs, le retour au pouvoir des lib\u00e9raux fut largement interpr\u00e9t\u00e9 comme une simple petite anomalie dans le virage \u00e0 droite g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 qui s&#8217;amor\u00e7ait \u00e0 l&#8217;\u00e9poque dans le monde anglosaxon. Les Britanniques avaient \u00e9lu Margaret Thatcher le 4 mai 1979, soit 18 jours seulement avant que Joe Clark n&#8217;envoie Pierre Elliott Trudeau pr\u00e9parer sa renaissance. Et 10 mois apr\u00e8s le fameux mot de bienvenue de ce dernier, Ronald Reagan devenait pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<p>La r\u00e9volution Reagan-Thatcher aurait suppos\u00e9ment inject\u00e9 une forte dose de conservatisme \u00e0 la vie politique, y compris en nos contr\u00e9es. Mais est-ce vraiment le cas? \u00e0 bien des \u00e9gards, il n&#8217;en est rien. La famille conservatrice compte plusieurs branches, avec chacune ses propres caract\u00e9ristiques. Dans le cas des reagano-thatch\u00e9riens cens\u00e9s avoir prolif\u00e9r\u00e9 depuis 25 ans, le march\u00e9 est tout et la taille de l&#8217;\u00c9tat, cruciale. Or, selon les derni\u00e8res donn\u00e9es de l&#8217;OCDE, les revenus fiscaux du Canada repr\u00e9sentaient 33,9 p. 100 de son PIB en 2002 contre 30,9 en 1980 avec une pointe de 36,7 p. 100 en 1998. En fait de r\u00e9volution, on a d\u00e9j\u00e0 vu mieux !<\/p>\n<p>Mais \u00e0 d&#8217;autres \u00e9gards, c&#8217;est vrai, les choses ont immens\u00e9ment chang\u00e9. Le Programme \u00e9nerg\u00e9tique national (PEN) de Pierre Elliott Trudeau, par exemple, serait impensable de nos jours. Lanc\u00e9 tout juste huit jours apr\u00e8s l&#8217;\u00e9lection de Ronald Reagan, le PEN constituait une intrusion massive dans l&#8217;\u00e9conomie du pays. Et on le faisait en toute connaissance de cause : \u00ab Ces d\u00e9cisions concernent le secteur \u00e9nerg\u00e9tique. Elles toucheront durablement presque toutes les sph\u00e8res d&#8217;activit\u00e9, les ressources de chaque citoyen ainsi que la structure \u00e9conomique et sociale de la nation \u00bb, \u00e9crivait le ministre Marc Lalonde. Suivant le raisonnement d&#8217;Ottawa, cette seconde crise du p\u00e9trole constituait une aubaine pour l&#8217;Alberta et les p\u00e9troli\u00e8res majoritairement am\u00e9ricaines qui profitaient du gaz et du p\u00e9trole canadiens. Mais cette fois, l&#8217;aubaine b\u00e9n\u00e9ficierait \u00e0 l&#8217;ensemble des Canadiens. Merci Ottawa ! (\u00ab Il s&#8217;agit d&#8217;une s\u00e9rie de d\u00e9cisions nationales prises par le gouvernement du Canada \u00bb peut-on lire au tout d\u00e9but du document du ministre Lalonde, comme pour insister sur le leadership d&#8217;Ottawa.) L&#8217;id\u00e9e pouvait alors sembler judicieuse, mais elle a suscit\u00e9 en Alberta une amertume si durable\u2014 encore ressentie de nos jours\u2014 qu&#8217;aucun gouvernement f\u00e9d\u00e9ral n&#8217;osera plus jamais envisager pareille ing\u00e9rence.<\/p>\n<p>Il est vrai aussi que, m\u00e9\u201ame \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, des consid\u00e9rations budg\u00e9taires temp\u00e9raient parfois l&#8217;ardeur interventionniste d&#8217;Ottawa. Par exemple, la flamb\u00e9e des cours du gaz et du p\u00e9trole mit la formule de p\u00e9r\u00e9quation \u00e0 si rude \u00e9preuve qu&#8217;on d\u00e9cida, en 1982, alors m\u00e9\u201ame que M. Trudeau inscrivait ce principe dans la constitution, d&#8217;exclure de la formule l&#8217;or noir albertain. Encore aujourd&#8217;hui on observe les cons\u00e9quences de cette d\u00e9cision d&#8217;il y a 20 ans dans la bataille opposant Ottawa \u00e0 la Nouvelle-\u00c9cosse et \u00e0 Terre-Neuve-et-Labrador (biento\u00cc\u201at \u00e0 la Saskatchewan) qui r\u00e9clament une baisse du taux de r\u00e9cup\u00e9ration fiscale de leurs propres revenus \u00e9nerg\u00e9tiques. Avec succ\u00e8s d&#8217;ailleurs.<\/p>\n<p>Outre sa vibrante d\u00e9claration de principes sur les valeurs nationales, le document du PEN (dont j&#8217;ai en main un exemplaire tout \u00e9corn\u00e9) comprend de forts int\u00e9ressants tableaux anticipant une hausse constante du cours du p\u00e9trole brut : de 16,75 $ en aou\u00cc\u201at 1980 \u00e0 66,75 $ en juillet 1990 (soit 90,78 $ en dollars actuels). Depuis, nous avons appris la modestie en mati\u00e8re de pronostics. La tendance, on le sait maintenant, n&#8217;est pas toujours \u00e0 la hausse.<\/p>\n<p>Jug\u00e9es normales en 1980, d&#8217;autres formes d&#8217;intervention directe semblent aujourd&#8217;hui tout aussi extravagantes. Rappelons que le gouvernement de ce juste pays a longtemps exploit\u00e9 une compagnie a\u00e9rienne et une soci\u00e9t\u00e9 de chemin de fer. Le regrett\u00e9 Jack Pickersgill raconte dans ses m\u00e9moires qu&#8217;il arrivait au ministre des Transports de se m\u00e9\u201aler personnellement des trajets et horaires de vol, ce qui semble aberrant mais qui \u00e9tait tenu pour acquis au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980 ; et ce qu&#8217;on tient pour acquis \u00e0 une \u00e9poque donn\u00e9e est \u00e9videmment ce qui la caract\u00e9rise le mieux. Entre-temps, le gouvernement Mulroney a brad\u00e9 Air Canada et entrepris le d\u00e9mant\u00e8lement de P\u00e9tro-Canada. Depuis, le transporteur a fait pi\u00e8tre figure, mais pas plus que la moyenne des compagnies a\u00e9riennes. M\u00e9\u201ame la Suisse gestionnaire a mis son transporteur en faillite. Les gens prennent l&#8217;avion en plus grand nombre, les prix sont plus bas que jamais et la solution d\u00e9sormais tenue pour acquise aux probl\u00e8mes de l&#8217;industrie a\u00e9ronautique r\u00e9side dans l&#8217;arriv\u00e9e de nouveaux concurrents. Le ministre des Transports reste en fonction (bien que certains doutent de son utilit\u00e9), mais ses interventions directes se font rares. Pour le faire sortir de sa r\u00e9serve, sans doute faudrait-il qu&#8217;un transporteur de premier plan reste litt\u00e9ralement clou\u00e9 au sol.<\/p>\n<p>De 1980 \u00e0 ce jour, c&#8217;est probablement l&#8217;Accord de libre \u00e9change Canada\u2013\u00c9tats-Unis (ALE) qui a le plus marqu\u00e9 le paysage \u00e9conomique. Certes, les \u00e9conomistes en parlaient d\u00e9j\u00e0 dans les ann\u00e9es 1950. En fait, on en parle depuis avant m\u00e9\u201ame la toute premi\u00e8re entente du genre conclue dans les ann\u00e9es 1850. Dans l&#8217;un des premiers num\u00e9ros d&#8217;<em>Options politiques<\/em>, mon confr\u00e8re de McGill, Irving Brecher, publiait en sa faveur un plaidoyer admirable.<\/p>\n<p>Mais, en 1980, tr\u00e8s peu d&#8217;observateurs auraient pr\u00e9dit qu&#8217;on allait en moins de 10 ans s&#8217;entendre sur un projet d&#8217;accord, le n\u00e9gocier, le faire approuver lors d&#8217;un scrutin f\u00e9d\u00e9ral et d\u00e9l\u00e9guer notre premier ministre \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie de signature. Aujourd&#8217;hui, l&#8217;ALE est pour ainsi dire un non-enjeu. Comme Tom\u00a0Kent le signale ailleurs dans ce num\u00e9ro, il n&#8217;a certes pas r\u00e9solu tous les probl\u00e8mes\u2014 le conflit du bois d&#8217;\u0153uvre, raviv\u00e9 en 1980, fait toujours rage\u2014, mais personne ne pr\u00e9conise s\u00e9rieusement de le r\u00e9voquer. Selon les estimations les plus prudentes, il a permis des gains de productivit\u00e9 de l&#8217;ordre de 6 p. 100 dans le secteur manufacturier. Comme le soulignait Daniel Trefler, de l&#8217;Universit\u00e9 de Toronto, on chercherait sans doute en vain des d\u00e9cisions ayant entrai\u00cc\u201an\u00e9 une croissance aussi forte et aussi stable.<\/p>\n<p>Mais, au plan des mentalit\u00e9s, c&#8217;est probablement du co\u00cc\u201at\u00e9 des d\u00e9ficits budg\u00e9taires que s&#8217;est op\u00e9r\u00e9 le plus grand changement. Les simples citoyens s&#8217;en sont peut-\u00e9\u201atre toujours inqui\u00e9t\u00e9, mais dans les ann\u00e9es 1970 et m\u00e9\u201ame dans la d\u00e9cennie suivante, la majorit\u00e9 des \u00e9conomistes voyait ces craintes comme un signe d&#8217;inculture politique. Ils avaient tort.<\/p>\n<p>En 1979-1980, le d\u00e9ficit f\u00e9d\u00e9ral s&#8217;\u00e9levait \u00e0 14,6 milliards de dollars. C&#8217;est peu par rapport \u00e0 ce qui allait suivre, mais cela repr\u00e9sente tout de m\u00e9\u201ame 40 milliards en dollars actuels, ou 4,6 p. 100 du PIB de l&#8217;\u00e9poque. Il bondira \u00e0 8,3 p. 100 dans les trois ann\u00e9es suivantes (l&#8217;\u00e9quivalent de 100 milliards actuels !), soit un record dont Michael Wilson et Don Mazankowski n&#8217;ont pu s&#8217;approcher m\u00e9\u201ame pendant la sombre p\u00e9riode du tournant des ann\u00e9es 1990 (leur pire r\u00e9sultat se chiffrant \u00e0 5,6 p. 100).<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 cela, les th\u00e9ories keyn\u00e9siennes pures et dures avaient toujours la cote au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980. C&#8217;est ainsi que, en avril 1983, un Marc Lalonde devenu ministre des Finances pr\u00e9sentait un document budg\u00e9taire intitul\u00e9 <em>Le d\u00e9ficit f\u00e9d\u00e9ral en perspective<\/em>. Avec un d\u00e9ficit d\u00e9passant 7 p. 100 du PIB c&#8217;\u00e9tait certainement une perspective vertigineuse ! Mais le ministre estimait tout de m\u00e9\u201ame que le ralentissement de l&#8217;\u00e9conomie justifiait cette fuite en avant : \u00ab Le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral a donc eu toute possibilit\u00e9 pour financer son d\u00e9ficit sans pousser les taux d&#8217;int\u00e9r\u00e9\u201at \u00e0 la hausse&#8230;Le d\u00e9ficit devra [cependant \u00e9\u201atre r\u00e9duit d\u00e8s que la situation \u00e9conomique le permettra. \u00bb D\u00e8s qu&#8217;elle le permettra en effet.<\/p>\n<p>Je me rappelle certaines conf\u00e9rences de l&#8217;\u00e9poque o\u00f9 des sp\u00e9cialistes r\u00e9put\u00e9s arguaient que, en \u00e9vitant les trop lourds d\u00e9ficits, l&#8217;inflation \u00e0 deux chiffres qui avait cours \u00e0 ce moment-l\u00e0 \u00e9roderait la valeur r\u00e9elle de la dette. En fait, c&#8217;\u00e9tait m\u00e9\u201ame, disaient-ils, une politique d&#8217;aust\u00e9rit\u00e9, parce qu&#8217;on r\u00e9duisait la dette. Vers la m\u00e9\u201ame p\u00e9riode o\u00f9 Marc Lalonde pr\u00e9sentait ses \u00ab perspectives \u00bb, deux \u00e9conomistes de Queen&#8217;s University, Neil Bruce et le regrett\u00e9 Doug Purvis, publiaient pour le Conseil \u00e9conomique de l&#8217;Ontario (qui serait biento\u00cc\u201at aboli) une c\u00e9l\u00e8bre \u00e9tude intitul\u00e9e \u00ab Some Unpleasant Keynesian Arithmetic \u00bb montrant l&#8217;effet \u00e0 long terme d&#8217;une baisse des taux d&#8217;inflation combin\u00e9e \u00e0 une progression des taux d&#8217;int\u00e9r\u00e9\u201ats r\u00e9els plus rapide que le rythme de croissance \u00e9conomique. Cette \u00e9tude et une autre \u00e0 parai\u00cc\u201atre, \u00ab The Medium Term is the Message \u00bb, ont contribu\u00e9 \u00e0 faire changer d&#8217;avis bon nombre d&#8217;\u00e9conomistes canadiens jusque-l\u00e0 favorables \u00e0 une politique budg\u00e9taire d\u00e9ficitaire.<\/p>\n<p>Les \u00e9conomistes aiment croire qu&#8217;ils ont une certaine influence politique. Et en d\u00e9laissant leur vision d\u00e9contract\u00e9e du probl\u00e8me de la dette, sans doute ont-ils l\u00e9g\u00e8rement influ\u00e9 sur la d\u00e9cision de Jean Chr\u00e9tien et de son ministre des Finances Paul Martin de renverser le rapport dette-PIB. Mais je soup\u00e7onne qu&#8217;il faut en cr\u00e9diter (ou en bla\u00cc\u201amer, selon les avis) un autre facteur. Aussi cocasses que semblent aujourd&#8217;hui les pronostics du PEN sur le cours du p\u00e9trole, les tableaux figurant ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e dans les budgets conservateurs n&#8217;en \u00e9taient pas moins ridicules quand ils pr\u00e9voyaient d&#8217;atteindre en deux ans le rapport dette-PIB id\u00e9al. Le m\u00e9\u201ame tableau s&#8217;est retrouv\u00e9 dans trois ou quatre budgets cons\u00e9cutifs avec pour seul changement l&#8217;ann\u00e9e de r\u00e9f\u00e9rence. Les conservateurs eux-m\u00e9\u201ames finirent par en \u00e9\u201atre g\u00e9\u201an\u00e9s et cess\u00e8rent de le reproduire. L&#8217;incapacit\u00e9 du gouvernement, non seulement de r\u00e9duire le d\u00e9ficit mais d&#8217;en emp\u00e9\u201acher l&#8217;explosion, a finalement convaincu les pontes d&#8217;Ottawa de prendre des mesures draconiennes. Un tournant auquel auront aussi contribu\u00e9 la crise du peso, le d\u00e9sastreux indice de Moody&#8217;s et l&#8217;absence d&#8217;une opposition digne de ce nom apr\u00e8s l&#8217;\u00e9lection de 1993. \u00e0 ce jour, le Canada a successivement boucl\u00e9 huit budgets \u00e9quilibr\u00e9s.<\/p>\n<p>Paradoxalement, le triomphe d&#8217;un principe budg\u00e9taire r\u00e9put\u00e9 conservateur comporte aussi de gros inconv\u00e9nients. Car m\u00e9\u201ame les conservateurs reconnaissent que les gouvernements sont seuls \u00e0 pouvoir accomplir certaines choses, dont toutes ne peuvent \u00e9\u201atre financ\u00e9es par les impo\u00cc\u201ats courants. Si le Canada poss\u00e9dait un porte-avions, par exemple, ou les capacit\u00e9s logistiques qui lui auraient permis de r\u00e9duire de quelques semaines \u00e0 quelques jours l&#8217;envoi de secours d&#8217;urgence aux victimes du tsunami, il est \u00e0 souhaiter qu&#8217;il s&#8217;agirait d&#8217;\u00e9quipements con\u00e7us pour durer ; peut-\u00e9\u201atre pas aussi longtemps que nos v\u00e9n\u00e9rables Sea Kings mais, disons, deux ou trois d\u00e9cennies. Il n&#8217;y aurait rien de mal \u00e0 emprunter pour faire ce genre d&#8217;investissement \u00e0 long terme. Et il n&#8217;existe aucune raison valable pour faire payer seulement par les parents des investissements dont profiteront \u00e9galement leurs enfants et petits-enfants. Mais depuis les ann\u00e9es 1990, notre politique de tol\u00e9rance z\u00e9ro en mati\u00e8re de d\u00e9ficit nous interdit de tels choix budg\u00e9taires. Et le prix qu&#8217;aura \u00e0 payer le ministre des Finances qui mettra fin \u00e0 cette s\u00e9rie de budgets \u00e9quilibr\u00e9s semble grandir chaque ann\u00e9e. Entre \u00e9limination et spirale des d\u00e9ficits, on choisira \u00e9videmment la premi\u00e8re solution. Mais peut-\u00e9\u201atre les Canadiens et leurs dirigeants politiques en savent-ils aujourd&#8217;hui suffisamment sur la question de la dette pour assouplir leur approche des finances publiques.<\/p>\n<p>Mais au-del\u00e0 de notre conversion au fondamentalisme antid\u00e9ficit, la r\u00e9volution conservatrice reste \u00e0 faire au Canada. Par exemple, les propositions gauchistes ne manquent pas sur l&#8217;emploi des surplus f\u00e9d\u00e9raux. Mais nous, qui pr\u00e9conisons de les retourner en r\u00e9ductions d&#8217;impo\u00cc\u201at \u00e0 leurs propri\u00e9taires l\u00e9gitimes, sommes peu entendus. Pour l&#8217;heure, tout indique que le gouvernement utilisera pluto\u00cc\u201at sa mince marge de man\u0153uvre pour lancer un programme national de garde d&#8217;enfants qui, selon toute apparence, serait l&#8217;\u00e9quivalent social du PEN : imposant, g\u00e9r\u00e9 depuis Ottawa et inclinant vers une structure syndiqu\u00e9e et r\u00e9glement\u00e9e, sinon fonctionnaris\u00e9e. Les tenants du thatch\u00e9risme auraient pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 recevoir du gouvernement de l&#8217;argent comptant, voire des bons d&#8217;\u00e9change, pour acheter les services de garde de leur choix\u2014 ou aucun service du tout. Question de laisser au libre-march\u00e9 le loisir de provoquer son l\u00e9gendaire chaos cr\u00e9ateur. \u00ab Que mille fleurs s&#8217;\u00e9panouissent \u00bb : tel devrait \u00e9\u201atre le principe directeur de ce programme, et non pas : \u00ab Services identiques et institutionnalis\u00e9s pour tous apr\u00e8s une p\u00e9riode d&#8217;attente ind\u00e9finie \u00bb. Le m\u00e9\u201ame principe devrait d&#8217;ailleurs valoir pour nos syst\u00e8mes d&#8217;\u00e9ducation et de sant\u00e9.<\/p>\n<p>S&#8217;il y avait eu une v\u00e9ritable r\u00e9volution conservatrice, nous aurions d\u00e9j\u00e0 privatis\u00e9 de grandes parties du secteur public. Au lieu de quoi nous tournons autour du pot quand il est question de concurrence en mati\u00e8re de soins de sant\u00e9. Lors de la derni\u00e8re \u00e9lection f\u00e9d\u00e9rale, n&#8217;at-on pas diabolis\u00e9 le Parti conservateur simplement parce qu&#8217;il a sugg\u00e9r\u00e9 que le payeur unique de notre syst\u00e8me \u00e0 payeur unique puisse choisir ses fournisseurs?<\/p>\n<p>Indiscutablement, nous avons en un quart de si\u00e8cle modifi\u00e9 en profondeur notre perception de l&#8217;endettement, des d\u00e9ficits et du commerce avec les \u00c9tats-Unis. Mais aujourd&#8217;hui comme hier, de nombreux Canadiens sinon la plupart songent encore \u00e0 lancer un nouveau programme public chaque fois qu&#8217;on d\u00e9couvre un nouveau probl\u00e8me. Et les r\u00e8gles du jeu incitent toujours nos gouvernements \u00e0 multiplier d\u00e9penses et programmes s&#8217;ils d\u00e9sirent \u00e9\u201atre vus comme \u00e9tant sensibles aux besoins de la population. Par automatisme, c&#8217;est g\u00e9n\u00e9ralement en premier recours et non en dernier ressort que nous nous tournons aujourd&#8217;hui encore vers le gouvernement.<\/p>\n<p>Y a-t-il eu r\u00e9volution conservatrice dans d&#8217;autres domaines qu&#8217;\u00e9conomiques? Quelques lignes ne suffiront pas \u00e0 faire le tour de la question. \u00e0 moins que la r\u00e9ponse la plus courte et la plus \u00e9vidente ne soit celle-ci : \u00ab Pas vraiment. \u00bb<\/p>\n<p>Le mariage homosexuel provoque certaines tensions et les sondages r\u00e9v\u00e8lent le peu d&#8217;enthousiasme des Canadiens sur la question, m\u00e9\u201ame s&#8217;ils n&#8217;invoqueraient pas la clause nonobstant (une innovation des ann\u00e9es 1980) pour renverser une d\u00e9cision judiciaire en sa faveur. Mais quel chemin parcouru en 25 ans ! La majorit\u00e9 des opposants au mariage homosexuel approuverait en effet une forme ou l&#8217;autre d&#8217;union civile et accorderait des avantages sociaux aux conjoints de m\u00e9\u201ame sexe. En 1980, cela les aurait su\u00cc\u201arement indign\u00e9s. Certains protestent contre la souplesse de nos lois sur le divorce, l&#8217;avortement et la peine capitale, mais ils pr\u00e9\u201achent plus ou moins dans le d\u00e9sert. En mati\u00e8re de prostitution, on parle d\u00e9sormais de \u00ab travailleuses et travailleurs du sexe \u00bb. On entend r\u00e9guli\u00e8rement des jurons \u00e0 la radio comme au petit \u00e9cran, et la grossi\u00e8ret\u00e9 sous toutes ses formes s&#8217;exprime \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision par ca\u00cc\u201able, sans m\u00e9\u201ame pr\u00e9texter la licence artistique.<\/p>\n<p>Les conservateurs ne sont pas unanimes sur les questions sociales. Les libertaires pro\u00cc\u201anent une libert\u00e9 maximale, bien qu&#8217;ils n&#8217;appr\u00e9cient pas toujours qu&#8217;on l&#8217;exerce de fa\u00e7on aussi publique ou impudente. Les conservateurs sociaux voudraient, eux, que les lois t\u00e9moignent de valeurs plus traditionnelles. Mais au total, nous n&#8217;en avons pas moins \u00e9t\u00e9 submerg\u00e9s au fil des 25 derni\u00e8res ann\u00e9es par un authentique \u00ab tsunami culturel \u00bb.<\/p>\n<p>Un parcours \u00e9tonnant, en somme, mais qui a tr\u00e8s peu inclin\u00e9 \u00e0 droite. Bien que les conservateurs aient encore quelques raisons d&#8217;esp\u00e9rer. Quant \u00e0 l&#8217;ensemble des Canadiens, ils peuvent \u00e9\u201atre rassur\u00e9s car, quoi qu&#8217;il advienne, <em>Options politiques<\/em> sera l\u00e0 pour en t\u00e9moigner&#8230; (Article traduit de l&#8217;anglais)\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Bienvenue en 1980 ! \u00bb, lan\u00e7ait Pierre Elliott Trudeau le soir du 18 f\u00e9vrier 1980. Options politiques parai\u00cc\u201atra pour la premi\u00e8re fois, quelques semaines plus tard, une toute nouvelle revue pour un \u00ab nouveau-vieux \u00bb gouvernement. 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