{"id":261933,"date":"2004-12-01T05:00:00","date_gmt":"2004-12-01T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/issues\/la-victoire-de-bush-nannonce-pas-une-mainmise-republicaine-sur-la-maison-blanche\/"},"modified":"2025-10-07T19:45:36","modified_gmt":"2025-10-07T23:45:36","slug":"la-victoire-de-bush-nannonce-pas-une-mainmise-republicaine-sur-la-maison-blanche","status":"publish","type":"issues","link":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2004\/12\/la-victoire-de-bush-nannonce-pas-une-mainmise-republicaine-sur-la-maison-blanche\/","title":{"rendered":"La victoire de Bush n&#8217;annonce pas une mainmise r\u00e9publicaine sur la Maison-Blanche"},"content":{"rendered":"<p>Pour une deuxi\u00e8me fois de suite, le choix d&#8217;un pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis a tenu le monde entier en haleine pendant plusieurs mois et les \u00e9lecteurs am\u00e9ricains ont rendu un verdict serr\u00e9. Certes, l&#8217;\u00e9cart entre les candidats a \u00e9t\u00e9 un peu plus grand\u2014 et moins contestable\u2014 cette fois-ci qu&#8217;en 2000. Mais il n&#8217;en demeure pas moins qu&#8217;un glissement d&#8217;un peu plus de 100 000 voix dans un \u00c9tat, l&#8217;Ohio, aurait pu mener John Kerry \u00e0 la Maison-Blanche.<\/p>\n<p>Les lecteurs attentifs d&#8217;<em>Options politiques<\/em> s&#8217;en rappelleront : plusieurs signes avant-coureurs nous avaient amen\u00e9s \u00e0 pr\u00e9dire une victoire de George W. Bush plus d&#8217;un mois avant le jour du vote. Malgr\u00e9 son caract\u00e8re pr\u00e9visible, le r\u00e9sultat de l&#8217;\u00e9lection n&#8217;en pr\u00e9sente pas moins certains traits d&#8217;un paradoxe. D&#8217;une part, l&#8217;opinion am\u00e9ricaine \u00e9tait relativement peu enthousiaste envers son pr\u00e9sident, dont le taux d&#8217;approbation en fin de mandat atteignait \u00e0 peine la barre des 50 p. 100. Jamais un pr\u00e9sident n&#8217;aura \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9lu sur la base d&#8217;un taux d&#8217;approbation si chancelant. D&#8217;autre part, l&#8217;\u00e9lectorat semblait mu\u00cc\u201ar pour du changement\u2014 notamment en ce qui concerne les politiques \u00e9conomiques et la conduite de la guerre en Irak\u2014 mais la majorit\u00e9 a malgr\u00e9 tout opt\u00e9 pour la continuit\u00e9.<\/p>\n<p>Les \u00c9tats-Unis ont connu des \u00e9lections serr\u00e9es dans le pass\u00e9 mais c&#8217;est la premi\u00e8re fois dans l&#8217;histoire r\u00e9cente de ce pays que l&#8217;on observe deux \u00e9lections cons\u00e9cutives si a\u00cc\u201aprement disput\u00e9es. Comment expliquer que les deux derni\u00e8res \u00e9lections aient \u00e9t\u00e9 aussi contest\u00e9es et que l&#8217;\u00e9cart entre les candidats des deux grands partis ait si peu chang\u00e9 en quatre ans? Quel a \u00e9t\u00e9 le facteur d\u00e9terminant qui a permis \u00e0 George W. Bush de l&#8217;emporter de nouveau? Que nous r\u00e9v\u00e8lent les r\u00e9sultats de l&#8217;\u00e9lection du 2 novembre sur la nouvelle configuration du paysage politique am\u00e9ricain? Cet article tente d&#8217;apporter quelques \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse \u00e0 ces questions.<\/p>\n<p>\u00e0 notre avis, si la r\u00e9\u00e9lection de George W. Bush n&#8217;est pas vraiment surprenante, compte tenu du pass\u00e9 \u00e9lectoral am\u00e9ricain et des tendances lourdes qui le favorisaient, les scores serr\u00e9s des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles de 2000 et 2004 annoncent une situation nouvelle : celle d&#8217;une Am\u00e9rique divis\u00e9e en deux blocs \u00e9lectoraux de plus en plus stables et de force \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9gale. Il faudra donc s&#8217;habituer au suspense des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles.<\/p>\n<p>Dans une telle situation, il est difficile d&#8217;isoler le facteur d\u00e9terminant qui a permis \u00e0 George W. Bush d&#8217;\u00e9\u201atre r\u00e9\u00e9lu. Nous observons toutefois que, dans ce nouveau paysage politique polaris\u00e9, l&#8217;\u00e9lection de 2004 s&#8217;est jou\u00e9e sur des enjeux qui ne laissent pas entrevoir une mainmise \u00e0 long terme des r\u00e9publicains sur la Maison-Blanche.<\/p>\n<p>La victoire de Bush est-elle surprenante? Si on la replace dans son contexte historique, non. Les Am\u00e9ricains ont privil\u00e9gi\u00e9 dans le pass\u00e9 la stabilit\u00e9 des administrations pr\u00e9sidentielles. Apr\u00e8s avoir confi\u00e9 la direction de leur pays pendant 20 ans aux D\u00e9mocrates (de 1932 \u00e0 1952), ils ont ensuite maintenu le m\u00e9\u201ame parti en place \u00e0 la Maison-Blanche pour au moins 8 ans (administrations r\u00e9publicaines : 1952-1960, 1968-1976, 19801992, 2000-2008 ; administrations d\u00e9mocrates : 1960-1968, 1992-2000), \u00e0 la seule exception du d\u00e9mocrate Jimmy Carter, battu en 1980 par Ronald Reagan apr\u00e8s un seul mandat. Dans cette perspective, c&#8217;est pluto\u00cc\u201at la d\u00e9faite de George W. Bush que sa r\u00e9\u00e9lection qui aurait constitu\u00e9 une surprise. En fait, ce qui \u00e9tonne est pluto\u00cc\u201at la tr\u00e8s grande stabilit\u00e9 des appuis partisans au niveau des \u00c9tats, qui s&#8217;explique entre autres facteurs par une polarisation accrue de l&#8217;\u00e9lectorat.<\/p>\n<p>La polarisation de l&#8217;\u00e9lectorat, d\u00e9j\u00e0 bien amorc\u00e9e en 2000, rendait pr\u00e9visible la relative stabilit\u00e9 de la carte politique am\u00e9ricaine. Entre 2000 et 2004, seuls le Nouveau-Mexique, l&#8217;Iowa et le New Hampshire ont chang\u00e9 de couleur, les deux premiers passant du bleu des d\u00e9mocrates au rouge des r\u00e9publicains\u2014 par des marges plus minces que celle de l&#8217;Ohio\u2014 et le troisi\u00e8me faisant le parcours inverse avec un r\u00e9sultat \u00e0 peine moins serr\u00e9.<\/p>\n<p>Comme l&#8217;indique le graphique 1, le vote de 2000 permet une pr\u00e9diction tr\u00e8s fid\u00e8le de celui de 2004. Une fois cette tendance identifi\u00e9e, toutefois, peu de variables permettent d&#8217;expliquer l&#8217;ampleur des gains du candidat sortant. L&#8217;exception notable est un indice d&#8217;intensit\u00e9 de la pratique religieuse, \u00e9labor\u00e9 par le Pew Research Center for the People and the Press (https:\/\/people-press.org). George W. Bush a fait des gains plus grands dans les \u00c9tats o\u00f9 la population est plus pratiquante, mais la marge est loin d&#8217;\u00e9\u201atre spectaculaire.<\/p>\n<p>L&#8217;impact de la pratique religieuse et des valeurs traditionnelles sur le vote peut \u00e9galement \u00e9\u201atre mesur\u00e9 au niveau individuel. Dans le sondage que le bureau am\u00e9ricain de L\u00e9ger Marketing a r\u00e9alis\u00e9 quelques jours avant l&#8217;\u00e9lection, l&#8217;intensit\u00e9 de la pratique religieuse s&#8217;av\u00e8re la variable la plus forte pour expliquer le vote pour Bush, quelles que soient les variables de contro\u00cc\u201ale qui l&#8217;accompagnent (pour les r\u00e9sultats d\u00e9taill\u00e9s de nos analyses, voir : https:\/\/cepea.cerium.ca\/article180.html). Cette tendance \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente en 2000, toutefois, et on ne peut pas attribuer la plus grande part de l&#8217;augmentation du vote pour George Bush aux segments les plus religieux de la population. En fait, selon les sondages de sortie des bureaux de scrutin publi\u00e9s par le r\u00e9seau CNN (www.cnn.com\/election\/2004), le pr\u00e9sident avait d\u00e9j\u00e0 largement fait le plein des votes des segments les plus pratiquants en 2000 et l&#8217;augmentation de ses appuis aurait \u00e9t\u00e9 moins \u00e9lev\u00e9 chez ces derniers (+ 1 point de pourcentage) que chez les moins pratiquants (+ 3 ou 4 points).<\/p>\n<p>Les chr\u00e9tiens \u00e9vang\u00e9liques blancs, qui forment 23 p. 100 de l&#8217;\u00e9lectorat et ont appuy\u00e9 Bush \u00e0 78 p. 100, ont donn\u00e9 au pr\u00e9sident plus du tiers des neuf millions de votes qu&#8217;il a gagn\u00e9s entre 2000 et 2004. De ce point de vue, le ph\u00e9nom\u00e8ne le plus important n&#8217;est pas l&#8217;augmentation de leur nombre (stable en proportion de l&#8217;\u00e9lectorat), mais bien leur fid\u00e9lit\u00e9 grandissante envers les r\u00e9publicains. Le poids de plus en plus d\u00e9terminant qu&#8217;ils exercent \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur du parti a contribu\u00e9 \u00e0 placer les enjeux moraux tels l&#8217;avortement ou le mariage entre conjoints de m\u00e9\u201ame sexe au c\u0153ur de la campagne. On a aussi \u00e9mis l&#8217;hypoth\u00e8se selon laquelle les r\u00e9f\u00e9rendums sur des enjeux moraux tenus dans 11 \u00c9tats avaient contribu\u00e9 \u00e0 \u00ab faire sortir \u00bb le vote conservateur. Les analyses que nous avons pumener \u00e0 ce sujet (disponibles en ligne) ne sont toutefois pas concluantes. Il y a effectivement eu augmentation de la participation \u00e9lectorale, mais celle-ci n&#8217;a pas sembl\u00e9 donner d&#8217;avantage syst\u00e9matique \u00e0 un parti ou \u00e0 l&#8217;autre. Par exemple, si on observe l&#8217;augmentation de la participation \u00e9lectorale dans un \u00c9tat cl\u00e9 comme l&#8217;Ohio, o\u00f9 se tenait un r\u00e9f\u00e9rendum visant \u00e0 interdire les mariages entre conjoints de m\u00e9\u201ame sexe, il n&#8217;y a aucun lien entre le degr\u00e9 d&#8217;appui au r\u00e9f\u00e9rendum et l&#8217;augmentation de la participation \u00e9lectorale entre 2000 et 2004. Ce qui est vrai, par contre, c&#8217;est que les d\u00e9mocrates esp\u00e9raient beaucoup d&#8217;une augmentation sensible de la participation \u00e9lectorale, qu&#8217;on supposait b\u00e9n\u00e9fique au challenger, mais que les nouveaux \u00e9lecteurs ont fini par voter comme les autres.<\/p>\n<p>Est-ce qu&#8217;une meilleure campagne de Kerry aurait pu changer les choses? C&#8217;est possible, mais c&#8217;est loin d&#8217;\u00e9\u201atre su\u00cc\u201ar. Certes, la campagne du candidat d\u00e9mocrate a mis du temps \u00e0 prendre son envol. \u00e0 peu pr\u00e8s tous les observateurs s&#8217;entendent pour reconnai\u00cc\u201atre qu&#8217;il a gagn\u00e9 les trois d\u00e9bats et domin\u00e9 la course dans le dernier droit, mais la \u00ab tortue \u00bb Bush avait un avantage initial trop marqu\u00e9 sur le \u00ab li\u00e8vre \u00bb Kerry. En s&#8217;appuyant sur un programme \u00e9lectoral ancr\u00e9 \u00e0 droite et en ne laissant transparai\u00cc\u201atre aucun doute sur la solidit\u00e9 de leur performance lors du premier mandat, George Bush et ses strat\u00e8ges faisaient un double pari. D&#8217;une part, ils tenaient \u00e0 galvaniser l&#8217;\u00e9lectorat conservateur qui leur \u00e9tait acquis d&#8217;avance. D&#8217;autre part, en projetant une image r\u00e9solue et in\u00e9branlable, l&#8217;\u00e9quipe Bush a pu attaquer sans rela\u00cc\u201ache l&#8217;apparente irr\u00e9solution de John Kerry, qui n&#8217;a certes pas aid\u00e9 sa cause en y allant de certaines d\u00e9clarations malhabiles pr\u00e9\u201atant flanc \u00e0 cette critique.<\/p>\n<p>D&#8217;aucuns affirment que John Kerry aurait du\u00cc\u201a faire davantage porter l&#8217;\u00e9lection sur les enjeux int\u00e9rieurs, l\u00e0 o\u00f9 l&#8217;insatisfaction envers l&#8217;administration Bush \u00e9tait la plus palpable. On \u00e9voque \u00e0 cet \u00e9gard la strat\u00e9gie victorieuse de Bill Clinton en 1992, qui avait fait de l&#8217;\u00e9conomie son cheval de bataille et avait r\u00e9ussi \u00e0 orienter l&#8217;\u00e9lection sur les enjeux nationaux.<\/p>\n<p>Dans notre article d&#8217;octobre dans cette revue, nous soulignions que la seule chance pour Kerry de l&#8217;emporter r\u00e9sidait dans sa capacit\u00e9 de faire d\u00e9vier l&#8217;attention de l&#8217;\u00e9lectorat vers les enjeux \u00e9conomiques qui l&#8217;avantageaient, notamment l&#8217;emploi, o\u00f9 la performance de l&#8217;administration Bush a \u00e9t\u00e9 moins que reluisante. Il fallait donc \u00e9loigner l&#8217;attention de l&#8217;enjeu du terrorisme (le point fort de Bush) et r\u00e9orienter les pr\u00e9occupations \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de la situation en Irak de fa\u00e7on \u00e0 mettre au jour les erreurs de l&#8217;administration Bush dans ce dossier.<\/p>\n<p>Notre analyse des donn\u00e9es recueillies par L\u00e9ger Marketing confirme que la campagne de Kerry n&#8217;a pas atteint ces objectifs. Le tableau 1 pr\u00e9sente une analyse de r\u00e9gression logistique qui d\u00e9montre que, une fois pris en compte tous les facteurs structurants du vote (r\u00e9gion ; taille de la communaut\u00e9 ; appartenance \u00e0 la communaut\u00e9 afroam\u00e9ricaine ; scolarit\u00e9 ; revenu ; pratique religieuse), la pr\u00e9occupation relative aux enjeux s\u00e9curitaires contribuait de fa\u00e7on tr\u00e8s significative \u00e0 faire opter les \u00e9lecteurs pour George Bush. Ceci signifie en clair que les enjeux s\u00e9curitaires ont permis au pr\u00e9sident de puiser au-del\u00e0 de son \u00e9lectorat de base. Par contre, notre analyse indique que les pr\u00e9occupations pour les enjeux \u00e9conomiques ne sont pas parvenues \u00e0 faire pencher de nouveaux \u00e9lecteurs vers Kerry au-del\u00e0 de ceux qui l&#8217;appuyaient d\u00e9j\u00e0 en raison des facteurs structurants retenus.<\/p>\n<p>Faut-il n\u00e9cessairement faire porter \u00e0 John Kerry l&#8217;odieux de cet \u00e9chec? En fait, m\u00e9\u201ame si la performance \u00e9conomique de l&#8217;administration Bush laissait \u00e0 d\u00e9sirer \u00e0 plusieurs \u00e9gards, la ta\u00cc\u201ache de John Kerry en 2004 n&#8217;\u00e9tait pas du tout la m\u00e9\u201ame que celle de Bill Clinton en 1992 et il est donc permis de douter qu&#8217;une strat\u00e9gie inspir\u00e9e du fameux slogan de l&#8217;\u00e9quipe Clinton\u2014\u00ab It&#8217;s the economy, Stupid! \u00bb\u2014 eu\u00cc\u201at pu porter fruit. Le contexte dans lequel Kerry a men\u00e9 sa campagne n&#8217;\u00e9tait pas celui de 1992 : les r\u00e9publicains \u00e9taient au pouvoir depuis seulement quatre ans (et non 12) et il \u00e9tait beaucoup plus difficile de ramener l&#8217;attention sur les questions internes dans un pays en guerre qui ressentait encore le traumatisme du 11 septembre.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9faite d\u00e9mocrate annoncet-elle une mainmise r\u00e9publicaine sur la Maison-Blanche? Certains commentateurs ont parl\u00e9 d&#8217;une tr\u00e8s dure d\u00e9faite pour les d\u00e9mocrates et ont vu dans le \u00ab blanchissage \u00bb r\u00e9publicain dans le Sud une \u00e9volution \u00e0 long terme qui allait leur fermer pour longtemps les portes de la Maison-Blanche. Ces interpr\u00e9tations sont exag\u00e9r\u00e9es. Les d\u00e9mocrates ont obtenu plus de voix que les r\u00e9publicains au cours de trois des quatre derni\u00e8res \u00e9lections (1992, 1996 et 2000) et l&#8217;\u00e9cart de trois points de pourcentage observ\u00e9 en 2004 (51 \u00e0 48 p. 100) ne rappelle en rien les dures d\u00e9faites de ce parti durant les ann\u00e9es 1980.<\/p>\n<p>Il est vrai que les r\u00e9publicains dominent maintenant enti\u00e8rement le Sud et une bonne partie de l&#8217;Ouest. Mais les d\u00e9mocrates ont aussi leurs bastions en Nouvelle-Angleterre et sur la co\u00cc\u201ate du Pacifique. Cette g\u00e9ographie du vote conf\u00e8re aux r\u00e9publicains un certain avantage de d\u00e9part, mais celui-ci est loin d&#8217;\u00e9\u201atre insurmontable. Elle met en relief l&#8217;importance \u00e9lectorale d&#8217;un petit nombre d&#8217;\u00c9tats (Michigan, Wisconsin, Pennsylvanie, Minnesota, Iowa et Ohio), mod\u00e9r\u00e9s au plan id\u00e9ologique et vivant avec difficult\u00e9 leur transition vers la nouvelle \u00e9conomie. Les d\u00e9mocrates ont l&#8217;avantage mais ne dominent pas enti\u00e8rement cette r\u00e9gion, ayant remport\u00e9 dans cinq de ces \u00c9tats en 2000 et dans quatre d&#8217;entre eux en 2004. Mais l&#8217;Ohio leur a \u00e9chapp\u00e9 de justesse dans les deux cas, et cela leur a cou\u00cc\u201at\u00e9 la victoire. Il n&#8217;est pas interdit de croire que l&#8217;Ohio sera encore \u00e0 surveiller dans quatre ans.<\/p>\n<p>Certains ont vu dans le r\u00e9sultat de l&#8217;\u00e9lection une pouss\u00e9e conservatrice chez nos voisins du Sud. L&#8217;argument ne r\u00e9siste pas \u00e0 l&#8217;analyse. Les Am\u00e9ricains ne sont pas plus conservateurs maintenant qu&#8217;il y a quatre ou huit ans. M\u00e9\u201ame si la derni\u00e8re \u00e9lection a mis en \u00e9vidence la place d&#8217;une certaine conception de la religion en politique et a vu augmenter sensiblement le poids des chr\u00e9tiens \u00e9vang\u00e9liques dans le Parti r\u00e9publicain, la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine dans son ensemble est \u00e0 bien des \u00e9gards moins conservatrice aujourd&#8217;hui qu&#8217;il y a quelques d\u00e9cennies. Le changement se situe ailleurs et d\u00e9coule de la polarisation id\u00e9ologique accrue des choix \u00e9lectoraux. L&#8217;id\u00e9ologie et les valeurs religieuses sont plus \u00e9troitement li\u00e9es qu&#8217;auparavant aux choix \u00e9lectoraux. L&#8217;\u00e9lection de 2004 n&#8217;a donc fait que renforcer en ce sens une tendance d\u00e9j\u00e0 bien ancr\u00e9e.<\/p>\n<p>Le champ de bataille des prochaines campagnes sera donc limit\u00e9 sur le plan g\u00e9ographique et id\u00e9ologique. G\u00e9ographiquement, il se situera encore dans une dizaine d&#8217;\u00c9tats cl\u00e9s parmi ceux qui ont mobilis\u00e9 l&#8217;attention cette ann\u00e9e. Id\u00e9ologiquement, la bataille sera men\u00e9e chez ceux\u2014 qui risquent d&#8217;\u00e9\u201atre moins nombreux qu&#8217;avant\u2014 dont le choix ne sera pas dict\u00e9 par leurs valeurs ou leurs orientations id\u00e9ologiques. En 2004, les enjeux li\u00e9s au terrorisme et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 sont venus brouiller les cartes sur le terrain id\u00e9ologique \u00e9troit des \u00e9lecteurs mod\u00e9r\u00e9s. Tout un pan de l&#8217;\u00e9lectorat, qui aurait en temps normal \u00e9t\u00e9 r\u00e9ceptif au message de politique interne livr\u00e9 avec aplomb par le candidat d\u00e9mocrate Kerry, n&#8217;\u00e9tait tout simplement pas pr\u00e9\u201at \u00e0 \u00ab changer de jockey en pleine course \u00bb dans le contexte d&#8217;un conflit arm\u00e9 en Irak et d&#8217;une guerre contre le terrorisme dont on saisit encore mal toutes les dimensions. Dans un contexte autre, il n&#8217;est pas clair que cette portion de l&#8217;\u00e9lectorat aurait n\u00e9cessairement jet\u00e9 son d\u00e9volu de nouveau sur George W. Bush.<\/p>\n<p>On peut donc anticiper pour l&#8217;avenir des batailles rang\u00e9es qui devraient encore produire des r\u00e9sultats serr\u00e9s et \u00e0 l&#8217;issue incertaine. Dans le num\u00e9ro d&#8217;octobre dernier de cette revue, nous soulignions que la campagne pr\u00e9sidentielle allait d\u00e9boucher sur un r\u00e9sultat serr\u00e9 \u00e0 l&#8217;image d&#8217;un pays plus divis\u00e9 que jamais. On peut d&#8217;ores et d\u00e9j\u00e0 s&#8217;aventurer \u00e0 pr\u00e9dire que cette conclusion s&#8217;appliquera \u00e9galement \u00e0 la prochaine \u00e9lection pr\u00e9sidentielle.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><em>Les donn\u00e9es et les d\u00e9tails techniques concernant les analyses mentionn\u00e9es dans cet article sont disponibles sur le site Web de la chaire (https:\/\/cepea.cerium.ca\/article180.html). Nous remercions Jean-Marc L\u00e9ger de nous avoir donn\u00e9 acc\u00e8s aux donn\u00e9es de sondage de L\u00e9ger Marketing.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour une deuxi\u00e8me fois de suite, le choix d&#8217;un pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis a tenu le monde entier en haleine pendant plusieurs mois et les \u00e9lecteurs am\u00e9ricains ont rendu un verdict serr\u00e9. Certes, l&#8217;\u00e9cart entre les candidats a \u00e9t\u00e9 un peu plus grand\u2014 et moins contestable\u2014 cette fois-ci qu&#8217;en 2000. 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