{"id":261927,"date":"2004-12-01T05:00:00","date_gmt":"2004-12-01T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/issues\/le-parti-quebecois-au-dela-du-conflit-des-ambitions\/"},"modified":"2025-10-07T19:45:23","modified_gmt":"2025-10-07T23:45:23","slug":"le-parti-quebecois-au-dela-du-conflit-des-ambitions","status":"publish","type":"issues","link":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2004\/12\/le-parti-quebecois-au-dela-du-conflit-des-ambitions\/","title":{"rendered":"Le Parti qu\u00e9b\u00e9cois : au-del\u00e0\u00a0 du conflit des ambitions"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>\u00ab Qui donc d\u00e9m\u00e9\u201alera la mort de l&#8217;avenir \u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>Gaston Miron<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quel automne maussade pour le Parti qu\u00e9b\u00e9cois ! La crise qui secoue cette formation fait les manchettes chaque semaine, quasi tous les jours depuis biento\u00cc\u201at quatre mois. Au fil des ann\u00e9es, cette formation a habitu\u00e9 les observateurs comme le grand public \u00e0 des disputes et \u00e0 des tensions. Les congr\u00e8s et les conseils nationaux sont depuis toujours des espaces d&#8217;\u00e9changes o\u00f9 des protagonistes se querellent sur la souverainet\u00e9, le partenariat et mille et un d\u00e9tails du programme. Ce qui \u00e9tonne cette fois, c&#8217;est l&#8217;ampleur des d\u00e9saccords. Les tensions sont devenues des affrontements et les discussions ont l&#8217;allure de conflits ouverts. Jean-Pierre Charbonneau, d\u00e9put\u00e9 de Borduas et ancien pr\u00e9sident de l&#8217;Assembl\u00e9e nationale, n&#8217;h\u00e9sitait pas \u00e0 parler de la r\u00e9surgence d&#8217;un \u00ab cancer qui dure depuis des ann\u00e9es \u00bb.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 du spectacle navrant qui est offert \u00e0 la population qu\u00e9b\u00e9coise et canadienne, ce nouvel \u00e9pisode est r\u00e9v\u00e9lateur de probl\u00e9matiques qui d\u00e9bordent largement de l&#8217;agenda des ambitions personnelles ou de celui des in\u00e9vitables al\u00e9as de la vie politique. Il convient d&#8217;examiner les causes conjoncturelles, puis celles qui rel\u00e8vent de la structure elle-m\u00e9\u201ame pour ensuite mieux comprendre les dilemmes que doivent r\u00e9soudre les joueurs politiques.<\/p>\n<p>L&#8217;ampleur de la d\u00e9faite d&#8217;avril 2003 (33 p. 100 du vote) ne pouvait pas laisser indemne le leadership du Parti qu\u00e9b\u00e9cois. Bernard Landry devait to\u00cc\u201at ou tard r\u00e9pondre de ses actes et de son leadership apr\u00e8s que son parti eut r\u00e9alis\u00e9 son pire score depuis 30 ans. Trois \u00e9v\u00e9nements ont cependant retard\u00e9 l&#8217;ouverture des hostilit\u00e9s. Premi\u00e8rement, Bernard Landry a tir\u00e9 profit de la diffusion d&#8217;un film de Jean-Claude Labrecque,<em> \u00e0 hauteur d&#8217;homme<\/em>, qui montrait un chef souverainiste injustement traqu\u00e9, \u00ab victime \u00bb des attaques syst\u00e9matiques d&#8217;une presse \u00ab hostile \u00bb. Visionn\u00e9 par presque un million de t\u00e9l\u00e9spectateurs, ce film a \u00e9t\u00e9 un baume pour le chef \u00e9corch\u00e9. Deuxi\u00e8mement, le Parti qu\u00e9b\u00e9cois a repris rapidement la premi\u00e8re place dans les sondages, d\u00e9classant les lib\u00e9raux de Jean Charest. Ce renversement, moins de six mois apr\u00e8s l&#8217;\u00e9lection, s&#8217;explique par une s\u00e9rie de propositions gouvernementales qui ont heurt\u00e9 en peu de temps les centrales syndicales et les mouvements communautaires de m\u00e9\u201ame qu&#8217;une culture politique ba\u00cc\u201atie sur le principe du consensus. Troisi\u00e8mement, le mouvement souverainiste a ind\u00e9niablement tir\u00e9 profit du scandale des commandites et de la victoire r\u00e9gionale du Bloc qu\u00e9b\u00e9cois aux \u00e9lections f\u00e9d\u00e9rales de juin 2004.<\/p>\n<p>Ces trois \u00e9v\u00e9nements ont sur le coup fait \u00e9cran au conflit latent et retard\u00e9 son \u00e9closion. Bernard Landry a pu en profiter pour ensuite\u2014 et paradoxalement\u2014 en pa\u00cc\u201atir : ainsi, rapidement, on a compar\u00e9 le leadership de Landry \u00e0 celui d&#8217;un Duceppe \u00ab gagnant \u00bb et les projecteurs, braqu\u00e9s jusque-l\u00e0 sur les enjeux canadiens, se sont tourn\u00e9s vers la sc\u00e8ne qu\u00e9b\u00e9coise. Bien plus, la plausible victoire du Parti qu\u00e9b\u00e9cois aux prochaines \u00e9lections, rappel\u00e9e lors de la publication des sondages, a in\u00e9vitablement stimul\u00e9 les ambitions personnelles de ceux et celles qui estiment pouvoir faire mieux que Bernard Landry \u00e0 la t\u00e9\u201ate des troupes souverainistes.<\/p>\n<p>Pour compl\u00e9ter le tableau, il faut ajouter un \u00e9pisode ant\u00e9rieur. Bernard Landry avait, en 2001, \u00e0 la suite du d\u00e9part de Lucien Bouchard, fait avorter, au nom du \u00ab bien du parti \u00bb, toute course r\u00e9elle ; les pr\u00e9tendants se sont alors retir\u00e9s ; il s&#8217;est donc retrouv\u00e9 \u00e0 la t\u00e9\u201ate du parti sans traverser le processus de l\u00e9gitimation que constitue une course au leadership. Aujourd&#8217;hui, certains lui reprochent cet \u00e9pisode.<\/p>\n<p>Au seuil de l&#8217;ann\u00e9e 2005, l&#8217;\u00e9chiquier souverainiste est donc occup\u00e9 en son centre par trois joueurs \u00ab convoitant \u00bb le m\u00e9\u201ame poste : Pauline Marois, plus mod\u00e9r\u00e9e, reprend l&#8217;essentiel de la strat\u00e9gie \u00e9tapiste sous la forme d&#8217;un \u00ab plan de match \u00bb propos\u00e9 en 2003. Elle tire profit de ses exp\u00e9riences minist\u00e9rielles (sant\u00e9, \u00e9ducation, finances), mais porte aussi l&#8217;odieux d&#8217;un certain nombre de maladresses qui l&#8217;ont affaiblie. Le cynisme qu&#8217;elle a affich\u00e9 au soir de l&#8217;\u00e9lection des lib\u00e9raux dans le film de Labrecque (\u00ab Nous serons assez nombreux pour foutre la merde&#8230; \u00bb) la poursuivra longtemps.<\/p>\n<p>De l&#8217;autre co\u00cc\u201at\u00e9, Fran\u00e7ois Legault, d\u00e9put\u00e9 de Rousseau, a un parcours qui cadre peu avec la culture du Parti qu\u00e9b\u00e9cois. Associ\u00e9 au secteur priv\u00e9 (Air Transat), il a \u00e9t\u00e9 promu au Cabinet par Lucien Bouchard en septembre 1998 sans d&#8217;abord avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9lu. En \u00ab campagne \u00bb depuis plus d&#8217;un an, il propose de donner un \u00ab coup de barre \u00bb et d&#8217;obliger le parti \u00e0 faire un \u00abmea culpa \u00bb. Dans un document pr\u00e9sent\u00e9 en octobre 2004, il pose ce diagnostic : \u00ab Notre capital de sympathie dans la population n&#8217;est pas \u00e9puis\u00e9, mais il apparai\u00cc\u201at d\u00e9sormais insuffisant.\u00bb Son plan est tout orient\u00e9 vers l&#8217;\u00e9ducation&#8230; et l&#8217;exigence \u00ab de mobiliser les Qu\u00e9b\u00e9coises et les Qu\u00e9b\u00e9cois autour d&#8217;un projet de pays emballant et concret \u00bb.<\/p>\n<p>Enfin, on retrouve Bernard Landry qui subira en juin 2005 un vote de confiance lors du congr\u00e8s. Les r\u00e9cents \u00e9v\u00e9nements ne le placent pas au-dessus de la m\u00e9\u201al\u00e9e. Bien au contraire, il devra d\u00e9fendre son poste bec et ongles.<\/p>\n<p>Il y a cependant plus. Il faut ajouter l&#8217;ombre de Gilles Duceppe et celle de Jacques Parizeau, lesquels ne cessent d&#8217;intervenir ou de s&#8217;interposer, le premier, subrepticement et poliment, le second, sans m\u00e9nagement. Il faut aussi convenir du poids variable de ceux qui ont tir\u00e9 leur r\u00e9v\u00e9rence tout en maintenant une pr\u00e9sence dans l&#8217;espace public : c&#8217;est le cas de Joseph Facal et de Jos\u00e9e Legault. Enfin, il importe de consid\u00e9rer la position originale de Fran\u00e7oise David qui vient de fonder Option-citoyenne, une formation politique de gauche qui pourrait nuire marginalement, mais peut-\u00e9\u201atre significativement, au Parti qu\u00e9b\u00e9cois lors des prochaines \u00e9lections.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9chiquier ne serait pas complet si nous n\u00e9gligions l&#8217;\u00e9mergence d&#8217;une nouvelle pi\u00e8ce : les radicaux. Habituellement sans nom, du moins pour l&#8217;opinion publique, ceux-ci s&#8217;articulent \u00e0 pr\u00e9sent autour d&#8217;un homme, Robert Laplante, directeur de la revue<em> L&#8217;Action nationale<\/em>. Dans un long texte paru en janvier 2004, \u00ab Revoir le cadre strat\u00e9gique \u00bb, il fait \u00e9tat d&#8217;une mani\u00e8re syst\u00e9matique d&#8217;une position qui n&#8217;avait jamais \u00e9t\u00e9 aussi clairement formul\u00e9e ; il propose que, d\u00e8s l&#8217;\u00e9lection du Parti qu\u00e9b\u00e9cois, celui-ci enclenche des \u00ab gestes de rupture \u00bb qui placeraient la dynamique canadienne dans une situation de crise. Mais, surtout, les Qu\u00e9b\u00e9cois seraient appel\u00e9s \u00e0 se prononcer par voie r\u00e9f\u00e9rendaire non pas sur la souverainet\u00e9, mais sur une constitution qu\u00e9b\u00e9coise. L&#8217;ambition est simple : profiter du syst\u00e8me \u00e9lectoral qui avantage le Parti qu\u00e9b\u00e9cois pour enclencher un processus d&#8217;affrontement sans pour autant avoir obtenu l&#8217;appui de plus de 50 p.100 des Qu\u00e9b\u00e9cois.<\/p>\n<p>Inutile de dire que le jugement de Laplante est sans merci quant \u00e0 l&#8217;\u00e9tapisme qui est au c\u0153ur du programme du Parti qu\u00e9b\u00e9cois depuis trente ans. Quand Jacques Parizeau a repris \u00e0 son compte plusieurs \u00e9l\u00e9ments de la proposition de Laplante dans un long texte que les m\u00e9dias ont publi\u00e9 et comment\u00e9, cette position a migr\u00e9 des cercles \u00e9troits pour devenir une pi\u00e8ce centrale de l&#8217;\u00e9chiquier. Ce pion rebelle avec lequel les leaders du Parti qu\u00e9b\u00e9cois ont toujours eu \u00e0 composer est devenu une pi\u00e8ce autonome.<\/p>\n<p>En somme, lors du congr\u00e8s de juin 2005, plusieurs poignards viseront le m\u00e9\u201ame homme : Bernard Landry. Et le sc\u00e9nario tire sa puissance de quatre intrigues qui s&#8217;enchev\u00e9\u201atrent : un leadership install\u00e9 \u00e0 la va-vite en 2001, une d\u00e9faite \u00e9lectorale cuisante en 2003, la red\u00e9finition de l&#8217;aile radicale et l&#8217;espoir sens\u00e9 d&#8217;une victoire \u00e9lectorale dans deux ou trois ans.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de ces protagonistes et des causes qui renvoient \u00e0 un horizon limit\u00e9, s&#8217;ajoutent en fait des tendances lourdes, des lames de fond qui traversent les zones obscures de la mouvance nationaliste, lames qui ne sont visibles qu&#8217;\u00e0 la lumi\u00e8re de deux distinctions, th\u00e9oriques, certes, mais n\u00e9anmoins f\u00e9condes.<\/p>\n<p>D&#8217;abord, le niveau d&#8217;appui \u00e0 la souverainet\u00e9 et la place de cette th\u00e9matique dans l&#8217;agenda des pr\u00e9occupations doivent \u00e9\u201atre nettement distingu\u00e9s. Depuis plusieurs ann\u00e9es, il ne fait pas de doute que la souverainet\u00e9 n&#8217;est pas une pr\u00e9occupation centrale de l&#8217;\u00e9lectorat qu\u00e9b\u00e9cois. Les priorit\u00e9s sont ailleurs : sant\u00e9, \u00e9ducation, environnement. Les souverainistes ont beau r\u00e9p\u00e9ter que la r\u00e9solution de ces probl\u00e8mes passe par la souverainet\u00e9, l&#8217;\u00e9lectorat demeure sceptique et tarde \u00e0 faire le lien entre les deux univers. Pour un grand nombre de jeunes r\u00e9unis en colloque \u00e0 la fin de l&#8217;\u00e9t\u00e9 2004 par l&#8217;Universit\u00e9 du Nouveau Monde, l&#8217;ordre des priorit\u00e9s ne coi\u00cc\u02c6ncide pas avec l&#8217;agenda du Parti qu\u00e9b\u00e9cois. Ce t\u00e9moignage recueilli par <em>La Presse<\/em> en dit long : \u00ab Les causes qui nous int\u00e9ressent sont internationales et environnementales. Ici, il n&#8217;y a pas grand monde qui se dit nationaliste qu\u00e9b\u00e9cois. La scission est trop grande actuellement entre le discours social-d\u00e9mocrate et celui de ceux qui pro\u00cc\u201anent la souverainet\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Dans leur rapport de tourn\u00e9e aupr\u00e8s des jeunes, trois d\u00e9put\u00e9s p\u00e9quistes, nomm\u00e9s \u00ab Les Trois Mousquetaires \u00bb, faisaient le m\u00e9\u201ame constat : \u00ab [&#8230;] on voit mal en quoi la souverainet\u00e9 peut \u00e9\u201atre une r\u00e9ponse aux probl\u00e8mes sociaux qui se vivent au jour le jour. \u00bb<\/p>\n<p>Dans ce contexte, il n&#8217;est pas \u00e9tonnant qu&#8217;une large majorit\u00e9 de Qu\u00e9b\u00e9cois ne souhaite pas de r\u00e9f\u00e9rendum. Sur la base de ces faits, il ne faut cependant pas d\u00e9duire que les \u00e9lecteurs ont massivement rejet\u00e9 la souverainet\u00e9. Sous une forme ou sous une autre, elle continue d&#8217;osciller entre 40p.100et50p.100danslesdiff\u00e9rents sondages, se situant le plus souvent autour de 47 p. 100. La souverainet\u00e9 continue donc d&#8217;\u00e9\u201atre appuy\u00e9e par une quasi-majorit\u00e9 sans que celle-ci ne suscite ni passion ni enthousiasme. Elle n&#8217;a plus la ferveur d&#8217;autrefois ; elle n&#8217;est plus au c\u0153ur des discussions. La voix souverainiste est comme en sourdine, dans une m\u00e9moire latente.<\/p>\n<p>Cette situation s&#8217;explique largement par une deuxi\u00e8me distinction. La souverainet\u00e9 a deux visages, deux faces: il y a, d&#8217;une part, la souverainet\u00e9-r\u00e9elle, celle qui n&#8217;est pas, celle qui implique une constitution, des institutions et une reconnaissance internationale. Cette souverainet\u00e9, c&#8217;est le \u00ab pays \u00bb concret. L&#8217;autre, c&#8217;est la souverainet\u00e9-menace et elle poss\u00e8de les attributs oppos\u00e9s : elle existe comme une virtualit\u00e9, comme une possibilit\u00e9. Elle n&#8217;est pas r\u00e9elle, mais elle agit n\u00e9anmoins. La r\u00e9alisation de la premi\u00e8re se situe dans le champ du r\u00e9el ; elle est \u00e0 venir. Son statut est binaire : \u00ab to be or not to be \u00bb. La seconde se situe dans le champ symbolique, celui du discours, et elle peut cohabiter avec d&#8217;autres projets et de multiples all\u00e9geances.<\/p>\n<p>Fort de cette double distinction, il est plus ais\u00e9 de d\u00e9m\u00e9\u201aler les all\u00e9geances. Tous les souverainistes sont nationalistes, mais tous les nationalistes ne sont pas souverainistes, bien que, \u00e0 des moments donn\u00e9s, une frange des nationalistes \u00ab f\u00e9d\u00e9ralistes \u00bb appuie ponctuellement la souverainet\u00e9 pour faire avancer la cause du Qu\u00e9bec \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de la f\u00e9d\u00e9ration canadienne.<\/p>\n<p>D&#8217;une certaine mani\u00e8re, quand la souverainet\u00e9 a \u00e9t\u00e9 endoss\u00e9e par la t\u00e9\u201ate d&#8217;affiche politique qu&#8217;\u00e9tait Ren\u00e9 L\u00e9vesque en 1967, quand elle a obtenu quelque 20 p. 100 des appuis en 1970 et 30 p. 100 en 1973, elle a acquis une efficacit\u00e9. Bien que cela puisse parai\u00cc\u201atre \u00e9trange, la souverainet\u00e9-menace \u00e9tait alors d\u00e9j\u00e0 construite ! Les \u00e9lites politiques et \u00e9conomiques n&#8217;ont pas pu d\u00e8s lors ignorer cette pression. Pour les Qu\u00e9b\u00e9cois francophones, l&#8217;effet de cette virtualit\u00e9 a conduit \u00e0 des comportements d&#8217;affirmation et d&#8217;appropriation; elle a \u00e9t\u00e9 un vecteur de \u00ab fiert\u00e9 \u00bb, elle a \u00e9t\u00e9 un levier de puissance qui a agi dans des sph\u00e8res aussi vari\u00e9es que celles des affaires, de la culture ou des relations internationales. Peu de gens ont pris note de cette \u00ab puissance symbolique \u00bb : ni les f\u00e9d\u00e9ralistes parce qu&#8217;ils auraient avou\u00e9 ne r\u00e9agir que sous le coup de la menace, ni les souverainistes parce que cela aurait montr\u00e9 que le sort des Qu\u00e9b\u00e9cois au sein de la f\u00e9d\u00e9ration canadienne n&#8217;en n&#8217;\u00e9tait pas n\u00e9cessairement un de perdant.<\/p>\n<p>En d&#8217;autres termes, avant m\u00e9\u201ame d&#8217;\u00e9\u201atre une r\u00e9alit\u00e9 juridique, la souverainet\u00e9 a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 des changements palpables et continue d&#8217;en g\u00e9n\u00e9rer. Ces changements ne se situent pas au niveau constitutionnel mais dans la r\u00e9alit\u00e9 de tous les jours : emplois, revenus, entreprenariat, etc.<\/p>\n<p>Reconfigur\u00e9 selon ces param\u00e8tres, l&#8217;appui \u00e0 la souverainet\u00e9 n&#8217;est pas \u00ab mou \u00bb ou al\u00e9atoire ; il est un jumelage de ces deux composantes. Pour certains, la valeur de la composante \u00ab menace \u00bb l&#8217;emporte sur la r\u00e9alisation effective du projet ; pour d&#8217;autres, c&#8217;est l&#8217;inverse. \u00e0 partir de l\u00e0, on comprend mieux certaines attitudes de l&#8217;opinion publique qui pourraient \u00e0 premi\u00e8re vue \u00e9\u201atre consid\u00e9r\u00e9es illogiques :<\/p>\n<ul>\n<li>\n<p>Voil\u00e0 pourquoi la souverainet\u00e9 peut ais\u00e9ment obtenir des scores nettement plus \u00e9lev\u00e9s que le parti qui en est le v\u00e9hicule de r\u00e9alisation ;<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>Voil\u00e0 pourquoi la souverainet\u00e9 affiche des scores plus \u00e9lev\u00e9s quand le Parti qu\u00e9b\u00e9cois n&#8217;est pas au pouvoir ;<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>Voil\u00e0 pourquoi la souverainet\u00e9 a culmin\u00e9 au moment de l&#8217;\u00e9chec de l&#8217;accord du lac Meech (\u00e0 ce moment-l\u00e0, quasi tous les nationalistes devenaient momentan\u00e9ment souverainistes) ;<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>Voil\u00e0 pourquoi le Bloc qu\u00e9b\u00e9cois\u2014comme incarnation de la \u00ab menace \u00bb sur la sc\u00e8ne f\u00e9d\u00e9rale\u2014 a pu chaque fois obtenir de meilleurs scores que le Parti qu\u00e9b\u00e9cois ;<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>Voil\u00e0 pourquoi les d\u00e9bats sur les institutions d&#8217;un Qu\u00e9bec souverain laissent les gens indiff\u00e9rents ;<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>Voil\u00e0 pourquoi, enfin, peut ais\u00e9ment cohabiter un fort appui \u00e0 la souverainet\u00e9 et un pi\u00e8tre int\u00e9r\u00e9\u201at \u00e0 l&#8217;endroit de sa r\u00e9alisation, voire une lassitude syst\u00e9matique.<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>La souverainet\u00e9 s&#8217;inscrit dans une conscience citoyenne comme une possibilit\u00e9, une option qui ne se trouve pas n\u00e9cessairement au premier plan des d\u00e9bats et des discussions, une \u00ab police d&#8217;assurance \u00bb, selon l&#8217;expression de Ren\u00e9 L\u00e9vesque, qu&#8217;on utilisera seulement si n\u00e9cessaire mais qui a une vertu singuli\u00e8re\u2014 quasi magique\u2014 celle de limiter les d\u00e9sastres eux-m\u00e9\u201ames !<\/p>\n<p>\u00e0 travers cette lecture, on comprend mieux pourquoi l&#8217;appui \u00e0 la souverainet\u00e9 gagne plusieurs points lorsque le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral \u00ab menace \u00bb le Qu\u00e9bec. Dans l&#8217;affrontement, plusieurs utilisent la souverainet\u00e9menace et, lorsque le combat des titans s&#8217;essouffle, l&#8217;appui d\u00e9gringole.<\/p>\n<p>Un dernier effet doit \u00e9\u201atre aussi consid\u00e9r\u00e9. Pour que la menace fonctionne, il faut que la souverainet\u00e9 r\u00e9elle soit plausible. La menace n&#8217;a de force que celle de sa potentielle r\u00e9alisation. \u00e0 l&#8217;inverse, la pr\u00e9sence de cette menace depuis trente ans a paradoxalement min\u00e9 les motifs de la r\u00e9alisation. \u00ab Les raisins de la col\u00e8re ne sont plus l\u00e0 \u00bb, ai-je \u00e9crit ailleurs. Quand le statut socio-\u00e9conomique des francophones \u00e9tait nettement inf\u00e9rieur \u00e0 celui des anglophones, le gain semblait \u00e9vident aux yeux des militants. Quand les deux statuts se rejoignent, plusieurs ont peine \u00e0 imaginer des \u00ab gains \u00bb suppl\u00e9mentaires. Yvon Deschamps, l&#8217;humoriste qu\u00e9b\u00e9cois par excellence, a ainsi dit r\u00e9cemment : \u00ab We have achieved it [sovereignty] in our minds. We have it in our hearts. We are Qu\u00e9b\u00e9cois and we have already come a long way. But for me, the legal status of a country called Quebec is no longer necessary. We are Qu\u00e9b\u00e9cois&#8230;and nobody can take that away from us. \u00bb (<em>The Globe and Mail<\/em>, 6 mai 2004 ; seul ce quotidien a repris la citation dans ses pages.)<\/p>\n<p>Cette dialectique de la souverainet\u00e9 nous permet de mieux comprendre la position des pi\u00e8ces sur l&#8217;\u00e9chiquier du Parti qu\u00e9b\u00e9cois.<\/p>\n<p>Un \u00e9ch\u00e9ancier pr\u00e9cis, fix\u00e9 sur le court terme, tel que propos\u00e9 lors du conseil national du Parti qu\u00e9b\u00e9cois d&#8217;octobre 2004, \u00e9vacue la souverainet\u00e9-menace. Elle obligerait ceux et celles qui n&#8217;y voient qu&#8217;une arme \u00e0 choisir. Appuy\u00e9e par Fran\u00e7ois Legault et bon nombre de radicaux, cette tendance veut d\u00e9finir le pays du Qu\u00e9bec, tracer des plans pr\u00e9cis. Elle r\u00e9cuse le caract\u00e8re virtuel du projet, ne voyant pas qu&#8217;une large part de sa puissance d\u00e9coule d&#8217;une certaine mystique.\u00a0Habit\u00e9s par le \u00ab pays \u00bb, ces gens sont convaincus qu&#8217;une rh\u00e9torique plus claire, d\u00e9gag\u00e9e de l&#8217;\u00e9ternelle menace, aurait un effet de ralliement massif.<\/p>\n<p>Dans l&#8217;autre camp, on estime qu&#8217;une d\u00e9faite r\u00e9f\u00e9rendaire aurait des cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses. Traduite dans les termes de notre lecture, l&#8217;\u00e9preuve du r\u00e9el, si elle aboutit \u00e0 un \u00e9chec, risque cette fois d&#8217;annihiler la puissance de la menace. Joseph Facal, ancien pr\u00e9sident du Conseil du Tr\u00e9sor, \u00e9crivait dans une lettre r\u00e9cente : \u00ab Quand on se radicalise, on se marginalise, et on troque la possibilit\u00e9 de r\u00e9ellement parvenir \u00e0 ses fins contre la certitude confortable, mais ultimement st\u00e9rile, d&#8217;avoir raison envers et contre tous. \u00bb<\/p>\n<p>L&#8217;examen du comportement r\u00e9cent des diff\u00e9rents joueurs peut nous amener \u00e0 croire que ceux-ci ont perdu le sens du jeu, qu&#8217;ils sont devenus erratiques. N&#8217;at-on pas vu Pauline Marois r\u00e9clamer une course au leadership et ne r\u00e9colter qu&#8217;une poign\u00e9e d&#8217;appuis lors du conseil national d&#8217;aou\u00cc\u201at 2004? N&#8217;a-t-on pas vu Bernard Landry se contredire deux fois en quelques jours lors du conseil national d&#8217;octobre 2004? N&#8217;a-t-on pas vu un Jacques Parizeau maudire tous ceux qui l&#8217;accusaient de vouloir une \u00e9lection r\u00e9f\u00e9rendaire, alors qu&#8217;il signait un texte sous-titr\u00e9 \u00ab C&#8217;est l&#8217;\u00e9lection qui donnerait au Parti qu\u00e9b\u00e9cois le mandat de r\u00e9aliser la souverainet\u00e9 \u00bb? L&#8217;analyse de la disposition des forces nous am\u00e8ne pluto\u00cc\u201at \u00e0 croire que ces faux pas ne s&#8217;inscrivent pas comme de simples erreurs de jugement, mais comme autant de preuves que la partie est terriblement serr\u00e9e et que tous les joueurs sont plac\u00e9s devant les m\u00e9\u201ames dilemmes pour lesquels il n&#8217;y a pas de r\u00e9ponse facile. Pas \u00e9tonnant dans ce contexte qu&#8217;ils se tirent parfois dans le pied !<\/p>\n<p>On pourrait dresser de multiples listes, et diverger sur les formulations. Il n&#8217;en reste pas moins que six grands dilemmes semblent explicitement ou implicitement s&#8217;imposer aux diff\u00e9rents acteurs.<\/p>\n<p>Premier dilemme : le nationalisme nostalgique. D&#8217;une mani\u00e8re syst\u00e9matique, la bataille des plaines d&#8217;Abraham, la pendaison des Patriotes ou la volont\u00e9 assimilatrice de Lord Durham ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9es comme ressort d&#8217;une identit\u00e9 particuli\u00e8re : celle de la victime. Or, il ne fait point de doute que ces \u00e9vocations n&#8217;ont plus la m\u00e9\u201ame r\u00e9sonance, notamment chez les jeunes, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que la souverainet\u00e9-menace a entrai\u00cc\u201an\u00e9 des progr\u00e8s consid\u00e9rables ; ceux-ci n&#8217;ont jamais v\u00e9cu les humiliations des plus vieux. Une question se pose : par quoi donc remplacer cet argumentaire? Les litiges fiscaux ou les empi\u00e9tements f\u00e9d\u00e9raux? Rien de tout cela ne fait vibrer les c\u0153urs. C&#8217;est aussi oublier que le Canada est d\u00e9j\u00e0 l&#8217;une des f\u00e9d\u00e9rations les plus d\u00e9centralis\u00e9es du monde et que le Qu\u00e9bec poss\u00e8de d\u00e9j\u00e0 les comp\u00e9tences de proximit\u00e9 qui sont d&#8217;ailleurs au c\u0153ur de l&#8217;ordre du jour : sant\u00e9, \u00e9ducation, environnement. Pour \u00e9viter de passer pour de vieux ringards, les souverainistes pourraient certes mettre de co\u00cc\u201at\u00e9 les rappels historiques, mais ils se priveraient alors d&#8217;un des moteurs puissants de l&#8217;identit\u00e9 nationale, celle des origines.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me dilemme est, selon l&#8217;expression de Pierre Trudeau, celui du \u00ab mai\u00cc\u201atre chanteur \u00bb. Lorsque la situation des Qu\u00e9b\u00e9cois francophones \u00e9tait nettement inf\u00e9rieure \u00e0 celle des AngloQu\u00e9b\u00e9cois, la menace \u00e9tait une arme de \u00ab rattrapage \u00bb ; celui-ci \u00e9tant r\u00e9alis\u00e9, du moins pour l&#8217;essentiel, l&#8217;arme, si elle continue d&#8217;\u00e9\u201atre syst\u00e9matiquement utilis\u00e9e, peut donner des a Qu\u00e9b\u00e9cois une image d&#8217;\u00e9ternels \u00ab chialeux \u00bb aux yeux des Canadiens, mais surtout \u00e0 leurs propres yeux. Pour \u00e9viter cette \u00e9tiquette, le Parti qu\u00e9b\u00e9cois et le Bloc qu\u00e9b\u00e9cois peuvent d\u00e9cider de faire un usage mod\u00e9r\u00e9 de la menace. Le d\u00e9faut de ce choix est qu&#8217;il fragilise du m\u00e9\u201ame coup leur raison d&#8217;\u00e9\u201atre. Trop ou trop peu, l\u00e0 aussi la marge d&#8217;action est \u00e9troite.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me dilemme est celui du contenu. Certains souhaitent associer la souverainet\u00e9 \u00e0 un projet de soci\u00e9t\u00e9 sp\u00e9cifique. Ici, l&#8217;\u00e9cueil est celui de la division. Si l&#8217;appui \u00e0 la souverainet\u00e9 exige l&#8217;appui \u00e0 un projet de soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9fini (\u00e0 gauche par exemple), l&#8217;\u00e9lectorat risque de se segmenter, les appuis devenant conditionnels \u00e0 une double proposition. Par ailleurs, si la souverainet\u00e9 n&#8217;est pas li\u00e9e \u00e0 un projet, le projet demeure abstrait et surtout d\u00e9tach\u00e9 des autres th\u00e9matiques qui pr\u00e9occupent l&#8217;\u00e9lectorat. L\u00e0 aussi il n&#8217;y a pas de solution facile.<\/p>\n<p>Le quatri\u00e8me dilemme renvoie \u00e0 une dynamique plus fondamentale. Les citoyens du Qu\u00e9bec, tout comme ceux du reste du monde occidental, sont devenus cyniques \u00e0 l&#8217;endroit des politiciens et des institutions politiques. Comment donc provoquer la passion pour un projet politique? Comment susciter l&#8217;enthousiasme pour un espace syst\u00e9matiquement d\u00e9nigr\u00e9? La proposition de transf\u00e9rer toutes les comp\u00e9tences assum\u00e9es par Ottawa vers les \u00e9lus de l&#8217;Assembl\u00e9e nationale est peu susceptible de rallier les foules \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 le cynisme colore toutes les perceptions. \u00e0 ce jeu, c&#8217;est le statu quo qui gagne. Combattre le cynisme est un d\u00e9fi titanesque ; pr\u00e9tendre qu&#8217;un gouvernement national du Qu\u00e9bec serait plus honn\u00e9\u201ate provoque des ricanements ; quant \u00e0 transf\u00e9rer la souverainet\u00e9 entre les mains de la soci\u00e9t\u00e9 civile, c&#8217;est l&#8217;attacher \u00e0 des groupes sp\u00e9cifiques qui pourraient l&#8217;instrumentaliser pour leurs propres int\u00e9r\u00e9\u201ats.<\/p>\n<p>Le cinqui\u00e8me dilemme touche le parti comme organisation. Dans toutes les d\u00e9mocraties, les projets politiques sont habituellement v\u00e9hicul\u00e9s par les partis politiques. Ce mode de diffusion pr\u00e9sente certes des atouts ; il compte cependant des effets pervers, particuli\u00e8rement lorsque les partis sont emport\u00e9s dans des dynamiques internes qui les \u00e9loignent de l&#8217;\u00e9lecteur moyen. Comment donc le Parti qu\u00e9b\u00e9cois peut-il maintenir la souverainet\u00e9 au c\u0153ur de ses ambitions sans pour autant \u00e9\u201atre en d\u00e9phasage radical \u00e0 l&#8217;endroit de l&#8217;opinion publique, laquelle ne ressent aucune urgence \u00e0 r\u00e9aliser la souverainet\u00e9? En somme, l&#8217;opinion publique jouit d&#8217;une flexibilit\u00e9 que les partis n&#8217;ont pas puisqu&#8217;ils doivent d\u00e9finir des programmes et s&#8217;engager sur le moyen terme : ou bien le Parti qu\u00e9b\u00e9cois s&#8217;estime capable d&#8217;\u00ab \u00e9duquer \u00bb la population d&#8217;une mani\u00e8re tr\u00e8s l\u00e9niniste et platonicienne\u2014 ce qui est fort difficile\u2014, ou bien il accompagne l&#8217;opinion publique dans ses h\u00e9sitations, souffrant alors de ses impr\u00e9cisions et de ses oscillations, un pari difficile \u00e0 relever lorsqu&#8217;il faut voter des propositions et appuyer un programme.<\/p>\n<p>Reste le sixi\u00e8me et dernier dilemme, le plus paradoxal. Si la souverainet\u00e9 comme menace a ind\u00e9niablement eu un effet de d\u00e9fense et de promotion du fait fran\u00e7ais, inversement un recul de cette menace pourrait bien signifier son affaiblissement et induire une \u00e9rosion des acquis. Ces propositions sont des corollaires. \u00e0 la limite, m\u00e9\u201ame si la souverainet\u00e9-r\u00e9alit\u00e9 devait demeur\u00e9e virtuelle, la souverainet\u00e9-menace devrait continuer d&#8217;\u00e9\u201atre pr\u00e9sente. Cette menace n&#8217;a de force qu&#8217;en autant que le projet lui-m\u00e9\u201ame est reconnu comme cr\u00e9dible et que l&#8217;hypoth\u00e8se d&#8217;une s\u00e9paration demeure plausible. Comment maintenir les deux faces de la souverainet\u00e9 sans tomber dans un machiav\u00e9lisme que l&#8217;\u00ab adversaire \u00bb d\u00e9masquerait sans tarder. Voil\u00e0 un dilemme de plus&#8230;<\/p>\n<p>Le Parti qu\u00e9b\u00e9cois n&#8217;a en fait jamais cess\u00e9 de jouer les deux faces de la souverainet\u00e9. Brandissant l&#8217;une ou l&#8217;autre selon les agendas ou les publics. Ce qui est en cause \u00e0 pr\u00e9sent, c&#8217;est la possibilit\u00e9 de cette cohabitation des deux visages au sein de la m\u00e9\u201ame rh\u00e9torique partisane. Celle-ci est-elle encore possible? Est-elle rendue \u00e0 son terme? Il n&#8217;est pas impossible de croire que cette double id\u00e9e soit le reflet d&#8217;une \u00e9poque et d&#8217;une g\u00e9n\u00e9ration qui aurait atteint une large part de ces objectifs sans pour autant r\u00e9aliser l&#8217;ultime finalit\u00e9.<\/p>\n<p>Il est difficile de pr\u00e9voir l&#8217;issue du congr\u00e8s de juin 2005. Si les radicaux gagnent, convaincus qu&#8217;il faut un agenda pr\u00e9cis et serr\u00e9, convaincus aussi qu&#8217;un gouvernement p\u00e9quiste ne devrait pas h\u00e9siter \u00e0 utiliser les fonds publics pour d\u00e9fendre la souverainet\u00e9, le parti a de fortes chances de heurter bon nombre d&#8217;\u00e9lecteurs et de braquer contre eux ceux qui voient la souverainet\u00e9 simplement comme une menace.<\/p>\n<p>Si les mod\u00e9r\u00e9s l&#8217;emportent, le Parti qu\u00e9b\u00e9cois court le risque de voir plusieurs militants d\u00e9\u00e7us retourner dans l&#8217;espace priv\u00e9 ; il risque aussi de voir les plus radicaux s&#8217;engager dans la construction d&#8217;une formation distincte et m\u00e9\u201ame belliqueuse. Il suffirait d&#8217;une saign\u00e9e de 5 p.100 d&#8217;ind\u00e9pendantistes, doubl\u00e9e d&#8217;une d\u00e9fection de 2 ou 3 p. 100 qui suivraient la proposition de Fran\u00e7oise David et d&#8217;une ADQ restaur\u00e9e, pour que les lib\u00e9raux de Jean Charest remportent un grand nombre de circonscriptions.<\/p>\n<p>Qui appuiera Bernard Landry en juin 2005? Les radicaux et partisans de Fran\u00e7ois Legault&#8230; difficilement. Le clan de Marois ne sera pas tellement plus enclin \u00e0 appuyer l&#8217;actuel chef du Parti qu\u00e9b\u00e9cois. Cette formation pourrait donc perdre celui qui fait le trait d&#8217;union entre les mod\u00e9r\u00e9s et les radicaux.<\/p>\n<p>\u00e0 plus long terme, compte tenu de la complexit\u00e9 des enjeux, toute projection ne permet d&#8217;entrevoir que les oppos\u00e9s du spectre des possibles.<\/p>\n<p>D&#8217;une mani\u00e8re tr\u00e8s optimiste pour le Parti qu\u00e9b\u00e9cois, on peut imaginer que de ce jeu complexe des int\u00e9r\u00e9\u201ats et des symboles, qui court sur le pass\u00e9, le pr\u00e9sent et l&#8217;avenir, qui engage le parti et l&#8217;\u00e9lectorat, \u00e9merge un joueur, une tendance, un discours, qui tirera profit de cette \u00e9preuve exceptionnelle pour le Parti qu\u00e9b\u00e9cois. Fort de cette r\u00e9solution, cr\u00e9atrice et originale, n\u00e9e de la n\u00e9cessit\u00e9, le parti de Ren\u00e9 L\u00e9vesque pourrait amener le nationalisme qu\u00e9b\u00e9cois dans une nouvelle phase de son \u00e9volution et ce, \u00e0 partir du m\u00e9\u201ame v\u00e9hicule id\u00e9ologique. Le parti pourrait sortir de cette \u00e9preuve plus grand et plus fort.<\/p>\n<p>\u00e0 l&#8217;inverse, la multiplication d&#8217;erreurs et de disputes pourrait mener le Parti qu\u00e9b\u00e9cois dans une situation de haute vuln\u00e9rabilit\u00e9, voire d&#8217;\u00e9clatement, laquelle ferait le bonheur de l&#8217;Action d\u00e9mocratique de Mario Dumont qui occupe aussi le champ nationaliste. Cette formation renouvellerait les craintes d&#8217;assimilation dans un discours de droite, une combinaison tr\u00e8s fr\u00e9quente dans les d\u00e9mocraties occidentales.<\/p>\n<p>Mais au-del\u00e0 des sc\u00e9narios trop tranch\u00e9s pour s&#8217;actualiser, il faut esp\u00e9rer que la classe politique, en cherchant \u00e0 r\u00e9soudre les dilemmes qui se posent \u00e0 elle, et derri\u00e8re lesquels se profilent des enjeux cruciaux, ne laisse pas le corps de ce projet dans une condition si mis\u00e9rable que le peuple aura honte de se l&#8217;approprier \u00e0 nouveau advenant le cas o\u00f9 la question de sa survie serait explicitement pos\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Qui donc d\u00e9m\u00e9\u201alera la mort de l&#8217;avenir \u00bb Gaston Miron Quel automne maussade pour le Parti qu\u00e9b\u00e9cois ! La crise qui secoue cette formation fait les manchettes chaque semaine, quasi tous les jours depuis biento\u00cc\u201at quatre mois. 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