{"id":261856,"date":"2004-08-01T04:00:00","date_gmt":"2004-08-01T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/issues\/choix-politiques-et-solidarite-sociale-a-lheure-de-la-mondialisation\/"},"modified":"2025-10-07T19:42:42","modified_gmt":"2025-10-07T23:42:42","slug":"choix-politiques-et-solidarite-sociale-a-lheure-de-la-mondialisation","status":"publish","type":"issues","link":"https:\/\/policyoptions.irpp.org\/fr\/2004\/08\/choix-politiques-et-solidarite-sociale-a-lheure-de-la-mondialisation\/","title":{"rendered":"Choix politiques et solidarit\u00e9 sociale \u00e0\u00a0 l&#8217;heure de la mondialisation"},"content":{"rendered":"<p>Tenons-nous encore bien en main notre avenir social? \u00e0 l&#8217;heure de la mondialisation, entend-on souvent, les pressions qui s&#8217;exercent au-del\u00e0 de nos fronti\u00e8res restreignent nos choix et nous imposent des trajectoires dont nous ne pouvons d\u00e9vier qu&#8217;au prix fort. Les grandes tendances \u00e9conomiques, ajoute-t-on, modifient ce que nous sommes en \u00e9rodant la solidarit\u00e9 et les valeurs qui fondent nos politiques sociales. Est-ce bien le cas? Notre avenir social nous glisse-t-il vraiment entre les mains?<\/p>\n<p>Aucun doute, la mondialisation se fait partout sentir : croissance r\u00e9guli\u00e8re des \u00e9changes de biens et services ; transmission instantan\u00e9e des images, id\u00e9es et informations ; mouvements de millions de personnes \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle du globe. Si besoin \u00e9tait, l&#8217;\u00e9pid\u00e9mie du SRAS est venue illustrer de saisissante fa\u00e7on l&#8217;intensit\u00e9 des liens, la vitesse d&#8217;interaction et la vuln\u00e9rabilit\u00e9 d&#8217;un monde chaque jour plus int\u00e9gr\u00e9, m\u00e9\u201ame si les \u00e9v\u00e9nements des deux derni\u00e8res ann\u00e9es ont frein\u00e9 le processus. Depuis les attentats du 11 septembre, les \u00c9tats ont en effet redoubl\u00e9 d&#8217;ardeur pour contro\u00cc\u201aler les mouvements transfrontaliers de biens et de personnes, brusquement rappel\u00e9s \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 d&#8217;une mondialisation qui n&#8217;est pas que technologique et commerciale. Elle est \u00e9galement politique et sujette aux al\u00e9as qui viennent avec cette dimension. Mais en d\u00e9pit des turbulences politiques actuelles, il est peu probable que le processus de mondialisation soit renvers\u00e9 \u00e0 long terme.<\/p>\n<p>Il ne fait \u00e9galement aucun doute que le contrat social h\u00e9rit\u00e9 de la g\u00e9n\u00e9ration d&#8217;apr\u00e8s-guerre est pr\u00e9sentement remis en question. Au chapitre des politique sociales, la p\u00e9riode actuelle se caract\u00e9rise notamment par l&#8217;ambition de restructurer les programmes sociaux en fonction d&#8217;une \u00e9conomie du savoir. Car le passage \u00e0 un nouveau si\u00e8cle a cr\u00e9\u00e9 de nouveaux risques n\u00e9cessitant de mettre \u00e0 jour les instruments politiques utilis\u00e9s jusqu&#8217;ici. Mais il y a plus. L&#8217;\u00c9tat-providence est aussi l&#8217;objet de vives pressions. Certes, les d\u00e9penses sociales en Occident continuent d&#8217;augmenter par rapport au PIB dans l&#8217;ensemble des pays de l&#8217;OCDE, comme en t\u00e9moignent les r\u00e9cents investissements du gouvernement canadien touchant les prestations pour enfants et les soins de sant\u00e9. Mais l&#8217;image demeure d&#8217;un \u00c9tat-providence peinant \u00e0 remplir son mandat traditionnel et \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 de nouveaux besoins sociaux, ceux par exemple des familles modernes en mati\u00e8re de d\u00e9veloppement de la petite enfance.<\/p>\n<p>Deux tendances lourdes, donc. Y a-t-il un lien entre elles? L&#8217;\u00c9tat-providence subit-il \u00e0 ce point les effets de la mondialisation? Apr\u00e8s tout, une foule d&#8217;autres facteurs gr\u00e8vent les budgets sociaux : vieillissement de la population, ralentissement de la productivit\u00e9, \u00e9ch\u00e9ancier des r\u00e9gimes de retraite, implacable hausse des cou\u00cc\u201ats de sant\u00e9. Du co\u00cc\u201at\u00e9 des revenus, il y a les contrecoups du financement de la dette, r\u00e9sultat de notre d\u00e9sastreuse gestion des finances publiques durant la p\u00e9riode 1975-1995. Ennuyeuse mais imparable, l&#8217;arithm\u00e9tique budg\u00e9taire fournit en somme de multiples sources de pression sur l&#8217;\u00c9tat-providence.<\/p>\n<p>Faut-il ajouter la mondialisation \u00e0 cette liste? Certains analystes le croient, pour deux raisons. Elle accentuerait tout d&#8217;abord les contraintes externes sur la capacit\u00e9 des nations d&#8217;\u00e9laborer et de pr\u00e9server leurs contrats sociaux. Car si l&#8217;int\u00e9gration \u00e9conomique n&#8217;induit pas n\u00e9cessairement une homog\u00e9n\u00e9isation \u00e0 rabais, elle inciterait \u00e0 une convergence au plus bas d\u00e9nominateur commun des dispositions sociales, sur le mod\u00e8le am\u00e9ricain. Deuxi\u00e8mement, la mondialisation saperait les liens internes qui cimentent la solidarit\u00e9 sociale en accentuant d&#8217;anciennes failles, en cr\u00e9ant de nouvelles frictions et en affaiblissant l&#8217;engagement des citoyens entre eux. Ces observations se v\u00e9rifient-elles dans le contexte canadien?<\/p>\n<p>En ce qui concerne l&#8217;impact de la mondialisation sur notre marge de man\u0153uvre, je ne crois pas que nous devrions nous inqui\u00e9ter outre mesure. Car il est de plus en plus \u00e9vident que les d\u00e9mocraties occidentales conservent une libert\u00e9 appr\u00e9ciable pour ce qui est d&#8217;\u00e9tablir leurs propres politiques sociales pour r\u00e9pondre aux d\u00e9fis pos\u00e9es par la mondialisation. En t\u00e9moigne assur\u00e9ment l&#8217;exemple du Canada. On y a certes observ\u00e9 quelques conversions aux normes am\u00e9ricaines, surtout en mati\u00e8re d&#8217;assurance-emploi. Mais dans d&#8217;autres domaines, comme celui de la sant\u00e9, les \u00e9carts historiques se sont maintenus et m\u00e9\u201ame accentu\u00e9s. Le Canada a ainsi pr\u00e9serv\u00e9 sa propre structure de r\u00e9alisations sociales ; les \u00c9tats-Unis ont connu en 20 ans, en particulier dans les ann\u00e9es 1980, un accroissement sensible des in\u00e9galit\u00e9s, mais cela est beaucoup moins vrai au Canada.<\/p>\n<p>Pourrons-nous maintenir ce cap? Pour le savoir, il nous faut identifier les instruments ayant jusqu&#8217;ici contribu\u00e9 \u00e0 pr\u00e9server le mod\u00e8le canadien. Est-ce le niveau global des d\u00e9penses sociales? La conception des programmes sociaux? Les sch\u00e9mas d&#8217;imposition? Une fois d\u00e9termin\u00e9s ces instruments cl\u00e9s, nous \u00e9valuerons s&#8217;ils risquent de subir de nouvelles contraintes \u00e0 mesure que se r\u00e9v\u00e9leront les cons\u00e9quences \u00e0 long terme de l&#8217;int\u00e9gration \u00e9conomique nord-am\u00e9ricaine.<\/p>\n<p>La principale diff\u00e9rence entre le Canada et les \u00c9tats-Unis ne r\u00e9side pas dans le niveau des d\u00e9penses sociales. \u00e0 ce chapitre, l&#8217;\u00e9cart entre les deux pays est beaucoup moins grand que ne l&#8217;imaginent la plupart des Canadiens, comme l&#8217;indique la figure 1. L&#8217;analyse des donn\u00e9es de 1995 rapport\u00e9es au tableau 1 montre en outre que l&#8217;\u00e9cart entre les d\u00e9penses publiques brutes s&#8217;amenuise consid\u00e9rablement lorsqu&#8217;on tient compte des modalit\u00e9s d&#8217;imposition des avantages sociaux. Si bien qu&#8217;on a du mal \u00e0 croire qu&#8217;un si faible \u00e9cart suffise \u00e0 expliquer des r\u00e9alisations sociales aussi dissemblables. (On notera m\u00e9\u201ame que, selon la derni\u00e8re colonne du tableau, les Am\u00e9ricains d\u00e9pensent davantage que nous si l&#8217;on ajoute le financement priv\u00e9 de besoins sociaux comme la sant\u00e9 et l&#8217;\u00e9ducation.)<\/p>\n<p>En somme, ce qui importe c&#8217;est moins les sommes que l&#8217;on d\u00e9pense que la mani\u00e8re dont elles sont d\u00e9pens\u00e9es, comme l&#8217;illustrent nos deux principaux programmes sociaux : sant\u00e9 et pensions. Les figures 2 et 3 confirment ainsi qu&#8217;en proportion du PIB, le Canada leur consacre moins d&#8217;argent tout en obtenant de meilleurs r\u00e9sultats. \u00e0 l&#8217;\u00e9vidence, la conception des programmes rev\u00e9\u201at une grande importance.<\/p>\n<p>Qu&#8217;en est-il de la situation d&#8217;ensemble? La figure 4 confirme que le syst\u00e8me canadien des transferts fiscaux compense beaucoup mieux qu&#8217;aux \u00c9tats-Unis les in\u00e9galit\u00e9s de revenus de march\u00e9. Et la figure 5 \u00e9tablit clairement que l&#8217;essentiel de la redistribution s&#8217;effectue au Canada du co\u00cc\u201at\u00e9 des d\u00e9penses. Le niveau d&#8217;in\u00e9galit\u00e9 est beaucoup plus grand entre les revenus de march\u00e9 et les revenus totaux (qui englobent les transferts gouvernementaux) qu&#8217;entre les revenus totaux et les revenus apr\u00e8s impo\u00cc\u201at (qui englobent \u00e0 la fois les transferts et la fiscalit\u00e9). Le r\u00e9gime fiscal joue donc un ro\u00cc\u201ale d\u00e9cisif s&#8217;agissant de r\u00e9unir les ressources n\u00e9cessaires pour soutenir les d\u00e9penses ; les taxes directes jouent certes un ro\u00cc\u201ale dans la redistribution mais celui-ci n&#8217;est que secondaire.<\/p>\n<p>Qu&#8217;est-ce que cela implique pour l&#8217;avenir? D&#8217;abord une bonne nouvelle : la conception des programmes sociaux joue un ro\u00cc\u201ale cl\u00e9, et elle n&#8217;est pas entrav\u00e9e outre mesure par l&#8217;int\u00e9gration \u00e9conomique. En la mati\u00e8re, rien n&#8217;indique donc que nous perdrions notre marge de man\u0153uvre. Le d\u00e9bat est plus vif du co\u00cc\u201at\u00e9 de la fiscalit\u00e9, certains analystes r\u00e9p\u00e9tant qu&#8217;une concurrence mondialis\u00e9e n\u00e9cessite d&#8217;abaisser les taux d&#8217;imposition. Mais l&#8217;argument me laisse sceptique. Car m\u00e9\u201ame s&#8217;ils avaient raison, nous pourrions pr\u00e9server notre contrat social en modifiant la composition de nos taxes et impo\u00cc\u201ats.<\/p>\n<p>Traditionnellement, nous avons moins fait appel aux cotisations sociales comme source de financement que d&#8217;autres pays, \u00c9tats-Unis compris, nous privant ainsi d&#8217;une source de revenus plus durable politiquement. Les \u00c9tats-providence des pays d&#8217;Europe du Nord par exemple y ont bien davantage recours que nous, tandis que, au Royaume-Uni, le chancelier Gordon Brown mise sur le rel\u00e8vement des cotisations nationales pour financer son engagement d&#8217;augmenter au niveau moyen europ\u00e9en (en proportion du PIB) les d\u00e9penses sociales.<\/p>\n<p>Il semble que le Canada commence aussi \u00e0 envisager d&#8217;emprunter cette voie. Le peu de r\u00e9sistance suscit\u00e9 par la progression annuelle des taux de cotisation du RPC est \u00e0 cet \u00e9gard r\u00e9v\u00e9lateur. R\u00e9cemment, l&#8217;Alberta et l&#8217;Ontario ont m\u00e9\u201ame impos\u00e9 des cotisations de sant\u00e9, pr\u00e9sum\u00e9ment parce qu&#8217;elles jugeaient qu&#8217;elles seraient mieux accept\u00e9es par les \u00e9lecteurs qu&#8217;une hausse comparable de l&#8217;impo\u00cc\u201at sur le revenu. L&#8217;accueil r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 cette d\u00e9cision en Ontario tient plus \u00e0 la promesse des lib\u00e9raux de ne pas hausser les taxes qu&#8217;\u00e0 l&#8217;utilisation de cet outil fiscal comme tel. En misant davantage sur les cotisation sociales, nous risquons certes d&#8217;amoindrir la progressivit\u00e9 de notre r\u00e9gime fiscal, mais dans cette \u00e9ventualit\u00e9, nous pourrions poursuivre nos objectifs de redistribution en misant plus assidu\u00cc\u201ament encore sur les d\u00e9penses publiques. C&#8217;est donc la ligne du bas de la figure 5 (page ci-contre), et non celle du centre, qu&#8217;il faut consid\u00e9rer.<\/p>\n<p>En somme, le d\u00e9bat concernant les contraintes et les imp\u00e9ratifs qu&#8217;imposeraient les forces ext\u00e9rieures est non pertinent, puisque ce sont avant tout les choix de politique int\u00e9rieure qui comptent. C&#8217;est ainsi le second argument, selon lequel la mondialisation viendrait modifier nos politiques int\u00e9rieures et miner la solidarit\u00e9 sociale, qui doit retenir notre attention.<\/p>\n<p>Pour \u00e9\u201atre fructueux, un contrat social doit \u00e9\u201atre soutenu par un esprit de communaut\u00e9 et une reconnaissance parmi les citoyens de leurs responsabilit\u00e9s les uns envers les autres. On se gardera cependant de tout id\u00e9alisme. Les programmes sociaux ont toujours soulev\u00e9 des conflits politiques et il n&#8217;est aucun besoin d&#8217;enjoliver le pass\u00e9 en invoquant un a\u00cc\u201age d&#8217;or o\u00f9 ils auraient fait consensus. La redistribution n&#8217;en repose pas moins sur cet esprit de communaut\u00e9. La mondialisation l&#8217;a-t-elle affaibli? At-elle accentu\u00e9 certaines failles et cr\u00e9\u00e9 de nouveaux d\u00e9saccords qui rendent cette solidarit\u00e9 plus difficile? Analysons ces sources de d\u00e9saccord potentiel de la vie politique canadienne : classes sociales, r\u00e9gions, langue, diversit\u00e9 ethnique.<\/p>\n<p>Avec d&#8217;autres, Robert Reich a soutenu que la mondialisation et les nouvelles technologies ont creus\u00e9 l&#8217;\u00e9cart entre travailleurs qualifi\u00e9s et non qualifi\u00e9s sur le double plan professionnel et psychologique. Des sp\u00e9cialistes hautement mobiles et qualifi\u00e9s\u2014 les \u00ab analystes symboliques \u00bb\u2014 se retireraient ainsi de la soci\u00e9t\u00e9 pour se r\u00e9fugier physiquement et politiquement dans des communaut\u00e9s ferm\u00e9es (Reich 1991). Observe-t-on ce ph\u00e9nom\u00e8ne au Canada? Il est vrai que, d&#8217;apr\u00e8s les donn\u00e9es de Statistique Canada, la part des revenus totaux (apr\u00e8s impo\u00cc\u201ats et transferts) du cinqui\u00e8me des familles canadiennes les plus ais\u00e9es est pass\u00e9e de 37 p. 100 en 1989 \u00e0 39 p. 100 en 2000. Mais pour autant, ces Canadiens \u00e0 revenu sup\u00e9rieur se sont-ils \u00e9loign\u00e9s des autres pour ce qui est d&#8217;appuyer le principe de redistribution? Certes, les enqu\u00e9\u201ates d&#8217;opinion r\u00e9v\u00e8lent qu&#8217;ils s&#8217;int\u00e9ressent davantage aux r\u00e9ductions d&#8217;impo\u00cc\u201at et sont moins enclins \u00e0 soutenir les d\u00e9penses sociales. Et les sondages men\u00e9s par Ekos Research aupr\u00e8s de l&#8217;\u00e9lite des secteurs public et priv\u00e9 montrent que ses priorit\u00e9s diff\u00e8rent de celles de la population en g\u00e9n\u00e9ral, surtout dans le secteur priv\u00e9 o\u00f9 comp\u00e9titivit\u00e9, r\u00e9ductions d&#8217;impo\u00cc\u201at et un \u00c9tat moins interventionniste sont des options qui sont plus fortement privil\u00e9gi\u00e9es. Or, dans la population en g\u00e9n\u00e9ral, la demande pour des r\u00e9ductions d&#8217;impo\u00cc\u201at, en hausse au milieu des ann\u00e9es 1990, s&#8217;est att\u00e9nu\u00e9e par la suite. Si bien qu&#8217;au tournant du si\u00e8cle, les Canadiens avaient cess\u00e9 d&#8217;opposer mesures de productivit\u00e9 et mesures sociales. Et quand on leur a demand\u00e9 de choisir entre r\u00e9ductions d&#8217;impo\u00cc\u201at et accroissement des d\u00e9penses pour des programmes sociaux comme la sant\u00e9 et l&#8217;\u00e9ducation, ils ont largement privil\u00e9gi\u00e9 ces derniers (Graves 2001 ; Graves et Jenkins 2002).<\/p>\n<p>Mais ces \u00e9carts sont-ils vraiment plus importants qu&#8217;il y a un quart de si\u00e8cle? Apr\u00e8s tout, les classes sociales ont toujours r\u00e9agi diff\u00e9remment \u00e0 ces questions, et il n&#8217;est gu\u00e8re \u00e9tonnant que les d\u00e9cideurs du secteur priv\u00e9 donnent priorit\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9conomie. En t\u00e9moigne la figure 6, qui indique dans quelle proportion les Canadiens \u00e0 revenu \u00e9lev\u00e9 et les autres jugent que l&#8217;\u00c9tat consacre trop d&#8217;argent \u00e0 l&#8217;aide sociale. On voit ainsi que ces deux groupes ont effectivement durci leurs points de vue dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1990, p\u00e9riode o\u00f9 la population a pris conscience du probl\u00e8me de la dette, des d\u00e9ficits et des niveaux d&#8217;imposition alors m\u00e9\u201ame que le Reform Party\/Alliance canadienne venait incarner ces pr\u00e9occupations. L&#8217;\u00e9cart historique entre la tranche des revenus les plus \u00e9lev\u00e9s et l&#8217;ensemble des Canadiens s&#8217;est donc bel et bien creus\u00e9 durant cette p\u00e9riode. Mais la tendance n&#8217;a pas dur\u00e9. \u00e0 mesure que se sont am\u00e9lior\u00e9es finances publiques et performance \u00e9conomique, et par suite des compressions gouvernementales dans divers programmes sociaux, l&#8217;hostilit\u00e9 s&#8217;est att\u00e9nu\u00e9e dans les deux camps et l&#8217;\u00e9cart entre eux s&#8217;est r\u00e9tr\u00e9ci. Les classes sociales restent au Canada un clivage important, et c&#8217;est aujourd&#8217;hui autour de la mondialisation que se focalise cette tension. Mais il semble injustifi\u00e9 de craindre une accentuation des failles entre les \u00ab analystes symboliques \u00bb et la population dans son ensemble.<\/p>\n<p>Penchons-nous maintenant sur nos in\u00e9galit\u00e9s r\u00e9gionales historiques. La r\u00e9orientation Nord-Sud de nos sh\u00e9mas d&#8217;\u00e9changes commerciaux a-t-elle creus\u00e9 l&#8217;\u00e9cart entre les provinces privil\u00e9gi\u00e9es et les autres?<\/p>\n<p>Signalons d&#8217;abord une autre bonne nouvelle : l&#8217;\u00e9cart entre r\u00e9gions riches et pauvres se comble peu \u00e0 peu, m\u00e9\u201ame si c&#8217;est \u00e0 une lenteur d\u00e9sesp\u00e9rante. Du d\u00e9but des ann\u00e9es 1970 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990, les disparit\u00e9s de revenu entre r\u00e9gions ont en effet diminu\u00e9 de plus d&#8217;un tiers, selon une tendance qui se poursuit (en partie gra\u00cc\u201ace \u00e0 la situation en ColombieBritannique qui a contribu\u00e9 \u00e0 abaisser le niveau sup\u00e9rieur). Ce qui ne diminue en rien les graves difficult\u00e9s de certaines r\u00e9gions, celles de la province rurale de Terre-Neuve par exemple, mais il s&#8217;agit de probl\u00e8mes qui d\u00e9bordent de beaucoup le cadre de la mondialisation.<\/p>\n<p>Qu&#8217;en est-il alors de la solidarit\u00e9 interr\u00e9gionale? Comme \u00e0 son habitude, Tom Courchene pose franchement la question : Peut-on conserver un syst\u00e8me de transferts Est-Ouest dans un syst\u00e8me \u00e9conomique NordSud de plus en plus affirm\u00e9? Et, dans la foul\u00e9e, l&#8217;appui aux transferts interr\u00e9gionaux s&#8217;amenuiserait-il? Les compressions dans certains programmes, li\u00e9s notamment \u00e0 l&#8217;assurance-emploi et au d\u00e9veloppement r\u00e9gional, ont de fait \u00e9t\u00e9 durement ressenties dans les provinces Maritimes, et le programme de p\u00e9r\u00e9quation a \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9 de tous co\u00cc\u201at\u00e9s, y compris par l&#8217;ancien premier ministre de l&#8217;Ontario. Mais les critiques en provenance des provinces les mieux nanties sont courantes en politique canadienne. Or, selon la figure 7, on n&#8217;observe aucune baisse \u00e0 long terme du soutien \u00e0 la redistribution interr\u00e9gionale, en particulier dans les provinces plus riches. Sans doute le soutien de celles-ci a-t-il toujours \u00e9t\u00e9 plus faible que la moyenne canadienne et, comme pour les classes sociales, l&#8217;\u00e9cart entre cette moyenne et les provinces donatrices s&#8217;est creus\u00e9 au milieu des ann\u00e9es 1990, surtout en Alberta et en Colombie-Britannique. Mais, \u00e0 nouveau, ce m\u00e9contentement s&#8217;est dissip\u00e9 au tournant du si\u00e8cle pour en revenir \u00e0 la moyenne de la fin des ann\u00e9es 1980. Et tout bien consid\u00e9r\u00e9, le programme de p\u00e9r\u00e9quation a moins souffert des compressions que d&#8217;autres programmes sociaux.<\/p>\n<p>Qu&#8217;en est-il maintenant de la question de la langue et des rapports entre le Qu\u00e9bec et le reste du Canada? Aucun doute, ces relations restent difficiles. D&#8217;autant que l&#8217;av\u00e8nement d&#8217;un espace \u00e9conomique nord-am\u00e9ricain est venu amoindrir\u2014 sans l&#8217;\u00e9liminer\u2014 le cou\u00cc\u201at d&#8217;une \u00e9ventuelle s\u00e9paration. Il est en effet invraisemblable qu&#8217;un Qu\u00e9bec ind\u00e9pendant se voie interdire tr\u00e8s longtemps d&#8217;adh\u00e9rer \u00e0 l&#8217;ALENA. Il vaut tout de m\u00e9\u201ame de rappeler que dans le dernier tournant de la campagne r\u00e9f\u00e9rendaire de 1995, le premier ministre Lucien Bouchard avait d\u00e9laiss\u00e9 sa calculatrice et les analyses minutieuses des cons\u00e9quences \u00e9conomiques de l&#8217;ind\u00e9pendance pour recentrer son discours sur l&#8217;affirmation culturelle, l&#8217;identit\u00e9 et la reconnaissance. Des questions bien ant\u00e9rieures \u00e0 la mondialisation, et qui restent primordiales en ce qui a trait \u00e0 notre capacit\u00e9 de vivre ensemble, mais nous ne saurions bla\u00cc\u201amer le monde ext\u00e9rieur de notre incapacit\u00e9 de les r\u00e9soudre.<\/p>\n<p>Qu&#8217;en est-il enfin des nouveaux aspects de la diversit\u00e9 canadienne, ceux notamment qui d\u00e9coulent de sch\u00e9mas d&#8217;immigration en pleine \u00e9volution? \u00c9tonnamment, le d\u00e9bat sur la mondialisation s&#8217;attarde peu \u00e0 sa dimension la plus humaine : les mouvements de personnes \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle du globe ainsi que la nature de plus en plus multiculturelle et multiraciale du monde politique moderne.<\/p>\n<p>Des sp\u00e9cialistes d&#8217;autres domaines estiment pourtant que la diversit\u00e9 ethnique mine la solidarit\u00e9 sociale et que les soci\u00e9t\u00e9s diversifi\u00e9es sont moins enclines \u00e0 soutenir le principe de redistribution, soit parce que leurs populations majoritaires d\u00e9sapprouvent les programmes sociaux susceptibles de transf\u00e9rer des ressources \u00e0 des \u00ab \u00e9trangers \u00bb, ou que les groupes \u00e9conomiquement vuln\u00e9rables \u00e9prouvent des difficult\u00e9s \u00e0 collaborer au sein de coalitions favorables \u00e0 la redistribution en raison de leurs divisions raciales ou ethniques.<\/p>\n<p>On voit ainsi surgir un peu partout ce genre d&#8217;arguments, tr\u00e8s courants dans les \u00e9tudes sur la politique sociale des \u00c9tats-Unis. De nouvelles donn\u00e9es r\u00e9v\u00e8lent par exemple que les \u00c9tats et les villes pluriethniques de ce pays tendent \u00e0 consacrer moins d&#8217;argent aux programmes de redistribution que les r\u00e9gions plus homog\u00e8nes. Ces arguments sont m\u00e9\u201ame repris dans les \u00e9conomies en voie de d\u00e9veloppement. En qu\u00e9\u201ate d&#8217;explications \u00e0 la faible performance \u00e9conomique et sociale de nombreux pays pauvres, en Afrique notamment, de plus en plus d&#8217;analystes de la Banque mondiale et d&#8217;ailleurs parlent des graves r\u00e9percussions des conflits ethniques. Nombre de politologues europ\u00e9ens cherchant \u00e0 comprendre la force des partis d&#8217;extr\u00e9\u201ame-droite en Europe \u00e9voquent quant \u00e0 eux un fort ressentiment \u00e0 l&#8217;endroit des immigrants et des transferts sociaux dont ils b\u00e9n\u00e9ficient ; en 1995, Herbert Kitschelt disait craindre que l&#8217;id\u00e9e m\u00e9\u201ame d&#8217;\u00ab \u00c9tat-providence multiculturel \u00bb ne soit une contradiction dans les termes. Et au Royaume-Uni, David Goodhart, l&#8217;\u00e9diteur de <em>Prospect,<\/em> une publication s&#8217;affichant de centre-gauche, a r\u00e9cemment d\u00e9fray\u00e9 la chronique pour avoir soutenu que la diversit\u00e9 culturelle du pays rendait impossible le maintien d&#8217;un \u00c9tat-providence.<\/p>\n<p>Certains th\u00e9oriciens ont soutenu un raisonnement analogue dans diff\u00e9rents d\u00e9bats sur la citoyennet\u00e9 et le multiculturalisme. Cette fois, l&#8217;accent \u00e9tait mis non pas sur la diversit\u00e9 ethnique proprement dite mais sur les politiques multiculturelles accordant reconnaissance et moyens aux groupes ethniques pour faire valoir leur identit\u00e9 et leurs pratiques par l&#8217;entremise du syst\u00e8me \u00e9ducatif, de rites publics ou de d\u00e9penses gouvernementales. Or les d\u00e9tracteurs de cette d\u00e9marche multiculturelle affirment qu&#8217;elle sape l&#8217;\u00c9tat-providence en r\u00e9orientant vers une politique de reconnaissance le temps, l&#8217;\u00e9nergie et l&#8217;argent qui devraient \u00e9\u201atre d\u00e9volus \u00e0 une politique de redistribution, en sapant la confiance et la solidarit\u00e9 chez des groupes vuln\u00e9rables qui seraient autrement des alli\u00e9s naturels ou, enfin, en incitant les groupes marginalis\u00e9s \u00e0 d\u00e9finir leurs probl\u00e8mes sous l&#8217;angle de leur appartenance ethnique pluto\u00cc\u201at que des obstacles \u00e9conomiques que d&#8217;autres groupes doivent aussi surmonter.<\/p>\n<p>La question n&#8217;est pas que th\u00e9orique. La gauche europ\u00e9enne s&#8217;inqui\u00e8te des am\u00e9nagements qu&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 multiculturelle lui imposerait de faire \u00e0 ses politiques sociales traditionnelles. Un rapport r\u00e9cemment produit \u00e0 la demande des partis de gauche du Parlement europ\u00e9en concluait que \u00ab l&#8217;immigration a intensifi\u00e9 et approfondi les instincts protectionnistes au sein de la soci\u00e9t\u00e9 \u00bb et que leurs propres \u00e9lecteurs \u00ab se sentaient menac\u00e9s par l&#8217;afflux d&#8217;immigrants constituant une source de main-d&#8217;\u0153uvre \u00e0 bon march\u00e9 et un fardeau sur les budgets sociaux. Et l&#8217;enjeu gagne en intensit\u00e9 \u00e0 l&#8217;approche de l&#8217;\u00e9largissement de l&#8217;UE aux pays d&#8217;Europe de l&#8217;Est \u00bb (Azmanova 2003). D\u00e9chir\u00e9s entre une aile culturellement progressiste favorable au multiculturalisme et une aile plus conservatrice centr\u00e9e sur ses besoins socio\u00e9conomiques, les partis de gauche se sont tr\u00e8s peu prononc\u00e9s sur des questions comme l&#8217;immigration lors des derniers scrutins nationaux. Un silence qui, selon le rapport, leur a cou\u00cc\u201at\u00e9 beaucoup de voix.<\/p>\n<p>Des questions tr\u00e8s d\u00e9licates, donc, qu&#8217;il faut aborder avec prudence. Mais leur importance est telle qu&#8217;on ne saurait les n\u00e9gliger. D&#8217;o\u00f9 les recherches auxquelles j&#8217;ai collabor\u00e9 avec quelques confr\u00e8res. Richard Johnston, Stuart Soroka et moi-m\u00e9\u201ame avons ainsi adapt\u00e9 des mod\u00e8les con\u00e7us pour expliquer les diff\u00e9rents niveaux de d\u00e9penses sociales dans les d\u00e9mocraties occidentales en int\u00e9grant le facteur de l&#8217;immigration. Nos r\u00e9sultats initiaux montrent que l&#8217;augmentation du nombre d&#8217;immigrants en proportion de la population est statistiquement et n\u00e9gativement corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 la croissance des d\u00e9penses sociales. Il reste \u00e0 \u00e9tablir s&#8217;il y a effectivement un lien de cause \u00e0 effet et dans quel sens ce lien agirait : est-ce l&#8217;accroissement important de l&#8217;immigration qui affaiblit l&#8217;appui aux programmes sociaux, ou bien les \u00c9tats-providence en rapide croissance sont-ils moins accueillants \u00e0 l&#8217;endroit des immigrants? Chose certaine, certains des plus grands \u00c9tats-providence europ\u00e9ens appliquent d&#8217;ores et d\u00e9j\u00e0 de s\u00e9rieuses restrictions \u00e0 l&#8217;immigration.<\/p>\n<p>Pour autant, les d\u00e9tracteurs des politiques multiculturelles font fausse route. Will Kymlicka et moi-m\u00e9\u201ame avons classifi\u00e9 les d\u00e9mocraties occidentales selon la force relative de leurs politiques multiculturelles des 20 derni\u00e8res ann\u00e9es, avant d&#8217;examiner les changements apport\u00e9s \u00e0 leurs d\u00e9penses sociales, \u00e0 leurs mesures de redistribution et aux r\u00e9sultats obtenus dans la lutte contre la pauvret\u00e9 des enfants et l&#8217;in\u00e9galit\u00e9. Or nous n&#8217;avons trouv\u00e9 aucune preuve d&#8217;un lien syst\u00e9matique entre l&#8217;adoption de politiques multiculturelles fortes et l&#8217;\u00e9rosion de l&#8217;\u00c9tatprovidence. S&#8217;il existe une tension sous-jacente entre diversit\u00e9 ethnique et solidarit\u00e9 sociale, rien n&#8217;indique donc qu&#8217;elle soit accentu\u00e9e par des politiques multiculturelles.<\/p>\n<p>Au Canada, la politique d&#8217;accueil, qui consiste \u00e0 laisser entrer chaque ann\u00e9e un nombre d&#8217;immigrants correspondant \u00e0 1 p. 100 de la population, a produit le plus haut taux d&#8217;immigration au monde avec l&#8217;Australie. Cette ouverture \u00e0 la dimension humaine de la mondialisation compromet-elle notre engagement de solidarit\u00e9 en faveur de tous ceux qui vivent en sol canadien? Un autre projet de recherche que j&#8217;ai men\u00e9 avec Richard Johnston et Stuart Soroka a permis d&#8217;\u00e9tudier le lien entre diversit\u00e9 ethnique, confiance et soutien \u00e0 l&#8217;endroit de l&#8217;\u00c9tat-providence, \u00e0 partir d&#8217;un important sondage effectu\u00e9 aupr\u00e8s d&#8217;un \u00e9chantillonnage de Canadiens vivant en r\u00e9gion m\u00e9tropolitaine, o\u00f9 se concentre justement le Canada multiculturel. De fa\u00e7on pluto\u00cc\u201at troublante, la premi\u00e8re partie du sondage r\u00e9v\u00e8le que les Canadiens vivant dans des collectivit\u00e9s multiraciales font moins confiance \u00e0 leurs voisins que ceux vivant dans des collectivit\u00e9s plus homog\u00e8nes, tous autres facteurs \u00e9tant constants. Mais de fa\u00e7on plus rassurante, il ne r\u00e9v\u00e8le aucun lien v\u00e9ritable entre l&#8217;appartenance ou la composition ethnique d&#8217;une collectivit\u00e9 et l&#8217;appui aux programmes sociaux. Et dans la mesure o\u00f9 l&#8217;on observe des diff\u00e9rences, ce sont les minorit\u00e9s pluto\u00cc\u201at que les majorit\u00e9s qui se montrent plus r\u00e9serv\u00e9es face \u00e0 la redistribution. Nous n&#8217;avons ainsi trouv\u00e9 aucune donn\u00e9e attestant d&#8217;une r\u00e9probation des majorit\u00e9s. En comparaison des \u00e9carts dans le soutien aux programmes sociaux suivant les tranches de revenus, l&#8217;\u00e9ducation, le sexe ou l&#8217;a\u00cc\u201age, le facteur ethnique se r\u00e9duit \u00e0 presque rien. Quelle que soit donc l&#8217;exp\u00e9rience d&#8217;autres pays, il apparai\u00cc\u201at \u00e9vident que le Canada peut tout \u00e0 fait maintenir de g\u00e9n\u00e9reux programmes d&#8217;immigration et promouvoir le multi-culturalisme sans n\u00e9cessairement compromettre l&#8217;appui de la population aux programmes sociaux.<\/p>\n<p>Et pourquoi le Canada se distinguerait-il ainsi des autres pays? L&#8217;une des r\u00e9ponses pourrait r\u00e9sider dans la rapidit\u00e9 avec laquelle les immigrants s&#8217;int\u00e8grent \u00e0 l&#8217;\u00e9conomie canadienne, de telle sorte qu&#8217;ils ne sont pas consid\u00e9r\u00e9s comme accaparant les budgets d&#8217;aide sociale. Si c&#8217;est le cas, la faiblesse des succ\u00e8s \u00e9conomiques des nouveaux immigrants des ann\u00e9es 1990 par rapport \u00e0 leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs pourrait \u00e9\u201atre doublement pr\u00e9occupante. Quoi qu&#8217;il en soit, le v\u00e9ritable secret r\u00e9side peut-\u00e9\u201atre dans l&#8217;esp\u00e8ce d&#8217;ind\u00e9finition qui caract\u00e9rise l&#8217;identit\u00e9 canadienne. Sans doute une identit\u00e9 qui englobe plusieurs nationalit\u00e9s depuis ses origines s&#8217;accommode-t-elle plus facilement de la diversit\u00e9 multiculturelle. L&#8217;incapacit\u00e9 de d\u00e9finir pr\u00e9cis\u00e9ment ce que nous sommes en tant que Canadiens peut donc pr\u00e9senter quelques avantages. Chose certaine, le fait de composer avec la diversit\u00e9 rev\u00e9\u201at ici une dimension symbolique inexistante ailleurs.<\/p>\n<p>O\u00f9 cela nous conduira-t-il? La mondialisation a-t-elle accentu\u00e9 d&#8217;anciennes failles et cr\u00e9\u00e9 de nouvelles divisions? Le bilan est certes mitig\u00e9, mais il n&#8217;est gu\u00e8re inqui\u00e9tant. C&#8217;est vrai, le foss\u00e9 entre riches et moins riches se creuse lentement. Mais, politiquement, l&#8217;\u00e9cart entre ces deux groupes ne semble pas s&#8217;accroi\u00cc\u201atre. La mondialisation ne semble pas non plus accentuer les divisions r\u00e9gionales ni affaiblir le soutien populaire \u00e0 la redistribution interr\u00e9gionale. Assur\u00e9ment, elle a r\u00e9duit le cou\u00cc\u201at \u00e9conomique d&#8217;une \u00e9ventuelle s\u00e9paration du Qu\u00e9bec, mais on ne saurait bla\u00cc\u201amer les autres de nos difficult\u00e9s \u00e0 r\u00e9soudre nos tensions historiques. En derni\u00e8re analyse, tout indique donc que le Canada parvient \u00e0 g\u00e9rer le rapport entre multiculturalisme et solidarit\u00e9 sociale de fa\u00e7on plus harmonieuse que de nombreux autres pays.<\/p>\n<p>Quelles conclusions g\u00e9n\u00e9rales tirer de cette qu\u00e9\u201ate pour trouver un juste \u00e9quilibre entre nos deux h\u00e9ritages du XXe si\u00e8cle? En d\u00e9finitive, j&#8217;avancerais que nous avons des probl\u00e8mes bien plus s\u00e9rieux \u00e0 r\u00e9gler. Car \u00e0 mon avis, la pression exerc\u00e9e sur l&#8217;\u00c9tat-providence s&#8217;explique principalement par les banales difficult\u00e9s financi\u00e8res \u00e9voqu\u00e9es au d\u00e9but de ces pages : vieillissement de la population, ralentissement de la productivit\u00e9, \u00e9ch\u00e9ance des grands programmes sociaux et r\u00e9percussions d&#8217;une dette remontant \u00e0 20 ou 30 ans. Cette imparable arithm\u00e9tique budg\u00e9taire n&#8217;a certes rien d&#8217;excitant mais elle est tr\u00e8s r\u00e9v\u00e9latrice.<\/p>\n<p>En comparaison de ces r\u00e9alit\u00e9s imm\u00e9diates, la mondialisation soul\u00e8ve un tout autre genre de d\u00e9fi. Une \u00e9conomie du savoir de niveau international n\u00e9cessite un autre type de contrat social, et les Canadiens cherchent encore \u00e0 s&#8217;adapter \u00e0 cette nouvelle logique. Mais les contraintes \u00e9conomiques internationales ne sauraient d\u00e9terminer la refonte de notre contrat social, d&#8217;autant que la mondialisation ne semble pas avoir aggrav\u00e9 les divisions internes de notre soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>\u00e0 quoi ressembleront d\u00e8s lors nos futurs programmes sociaux? Premier message \u00e0 retenir : nous tenons encore bien en main notre avenir social. Nos politiques int\u00e9rieures restent d\u00e9cisives pour ce qui est d&#8217;\u00e9voluer dans une \u00e9conomie mondialis\u00e9e et nous adapter \u00e0 cette \u00e8re nouvelle. Ce qui ne veut pas dire qu&#8217;il nous faut reconduire automatiquement les choix du pass\u00e9. La confiance suscit\u00e9e par l&#8217;efficacit\u00e9 des programmes gouvernementaux et la capacit\u00e9 des gouvernements de g\u00e9rer les fonds publics a \u00e9t\u00e9 durement \u00e9branl\u00e9e ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Et les \u00e9lecteurs pourraient emprunter une nouvelle voie en privil\u00e9giant les r\u00e9ductions d&#8217;impo\u00cc\u201ats pluto\u00cc\u201at que les programmes sociaux. Mais si les Canadiens font le choix d&#8217;un contrat social moins g\u00e9n\u00e9reux, s&#8217;ils adh\u00e8rent en plus grand nombre \u00e0 la conception am\u00e9ricaine des obligations qui lient les citoyens entre eux, il s&#8217;agira pr\u00e9cis\u00e9ment d&#8217;une d\u00e9cision politique et non d&#8217;un imp\u00e9ratif \u00e9conomique. Et c&#8217;est l\u00e0 une excellente raison d&#8217;\u00e9\u201atre optimiste pour l&#8217;avenir.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><em>Ce texte est une traduction mise \u00e0 jour d&#8217;une allocution prononc\u00e9e en avril 2003 dans la s\u00e9rie des <\/em>Donald Gow Memorial Lectures<em> de la School of Policy Studies. 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